Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

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9.10  

Conservation des espèces et des milieux naturels en France

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rivages lacustres, établissement public administratif, créé en 1975,
dont la mission est définie par le code rural. Aux terrains acquis, le
Conservatoire confère un statut particulier qui les protège dans l’avenir
contre toute aliénation intempestive. En 2006, le Conservatoire assurait
la protection de 100 000 hectares sur 400 ensembles naturels, représen-
tant environ 880 km de rivages maritimes.

Les conservatoires régionaux d’espaces naturels, associations de

type loi 1901, s’inspirent du Conservatoire du littoral. Ils ont pour but
d’assurer la préservation des richesses biologiques et des milieux natu-
rels les plus menacés en intervenant sur la maîtrise foncière. En 2007,
la «Fédération nationale des conservatoires Espaces naturels» regrou-
pait 30 conservatoires régionaux et départementaux. Ils tirent la plus
grande part de leurs moyens d’action de leur partenariat avec les
collectivités locales, l’Union européenne et l’État.

9.10.5 Le trop-plein juridique?

Ce n’est pas les outils réglementaires qui font défaut en France. Outre
Natura 2000, les réserves naturelles, ou les acquisitions du Conservatoire
du littoral, on trouve des réserves de chasse, des réserves de pêche, des
sites classés et inscrits, des zones naturelles d’intérêts écologique,
floristique et faunistique (ZNIEFF), des zones de protection spéciale
(ZPS), des zones spéciales de conservation (ZSC), des zones impor-
tantes pour la conservation des oiseaux (ZICO), les réserves naturelles
volontaires, les arrêtés de biotope, les espaces classés boisés, les parcs
naturels régionaux, des sanctuaires, etc., sans compter les sites Ramsar
et les réserves de la biosphère. Dans l’estuaire de la Seine, 12 types de
mesures incitatives et réglementaires viennent s’empiler, créant un
«trop-plein» juridique et administratif comme on les aime… Malgré
cette pléthore d’outils, les autorités administratives sont souvent plus
à l’écoute des associations de chasseurs ou d’agriculteurs, que des
citoyens. Paix sociale oblige…?


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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

En guise de conclusion

Le concept de biodiversité se situe à la croisée des chemins, entre les
sciences de la Nature très longtemps marginalisées et soucieuses de
retrouver l’écoute de la société, et les sciences de l’homme qui redé-
couvrent la complexité, mais également la richesse des relations
homme-Nature. Il a suscité l’émergence de nouvelles questions et de
nouvelles préoccupations concernant le monde vivant et les rapports
que l’homme entretient avec la Nature. En réalité, la biodiversité sert
de bannière à tous ceux qui s’inquiètent des conséquences éventuelles
d’une dégradation générale de la biosphère en raison des activités
humaines. Elle donne également lieu à un grand jeu de rôle auquel
participent ONG de conservation de la Nature, scientifiques, politiques,
citoyens, industriels, etc. Chacun y défend ses convictions et ses intérêts,
à grands renforts de discours mobilisateurs ou de déclarations plus ou
moins catastrophistes… Mais du discours à la réalité, la distance est
grande! Ainsi, les États s’étaient fixés officiellement comme objectif
de parvenir d’ici 2010 à une réduction significative du rythme actuel
d’appauvrissement de la diversité biologique. Nous en sommes bien
loin…

Pourtant, sous des motivations diverses, mais animés par le même

objectif, qui est d’enrayer l’érosion du monde vivant, les ONG de
protection de l’environnement et des scientifiques, ont développé un
argumentaire opérationnel, et commencé à mettre en place quelques
moyens d’action. La perception jusqu’ici essentiellement utilitariste de
la Nature s’enrichit d’une dimension éthique basée sur le respect de la
vie. La conservation de la biodiversité s’appuie ainsi tout à la fois sur


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En guise de conclusion

des arguments écologiques, économiques, éthiques et patrimoniaux.
La demande vis-à-vis des scientifiques n’est plus tant d’assurer la
chronique nécrologique des espèces et d’assister impuissants aux grandes
catastrophes écologiques, que de réhabiliter les milieux dégradés. La
réinstallation du saumon, par exemple, est devenue le symbole et
l’objectif de qualité de nombreux écosystèmes fluviaux européens.

L’avenir de la biodiversité est ainsi devenu une véritable question

d’environnement, au même titre que le réchauffement climatique
d’origine anthropique. La conservation n’est plus seulement du ressort
des écologistes. Elle fait appel à des valeurs morales, et questionne les
modèles de développement économique. Elle interpelle les bases mêmes
des sociétés occidentales, que ce soit au niveau des représentations de la
Nature ou des valeurs morales qu’elles entendent privilégier. Pourtant,
une partie de la société continue de se comporter en prédatrice. Le
profit à court terme et la corruption sont en réalité les causes profondes
de l’érosion de la biodiversité, avec la pauvreté qui concerne malheu-
reusement une part importante de la population mondiale. On est donc
en droit de s’interroger sur la portée réelle des mesures de protection
qui sont prises, sachant que l’on ne s’attaque pas en priorité aux causes
principales. En effet, la lutte contre la pauvreté, objectif prioritaire des
Nations Unies pour le Millénaire, ne suscite guère un engouement
considérable des pays développés. Or, nous allons plus que doubler la
demande alimentaire d’ici cinquante ans. En perspective, des besoins
plus importants en ressources et en terres cultivables, qui seront diffici-
lement compatibles avec la protection de la biodiversité!

Depuis quelques années, la réalité du changement climatique nous

amène également à reconsidérer bien des idées reçues. On a certes
conscience que la biodiversité actuelle est le fruit des nombreux chan-
gements climatiques et géologiques qui sont intervenus dans le passé.
Mais nous avons des difficultés à accepter que notre environnement puisse
changer. Nous aimons les idées d’équilibre, de stabilité, et nous les
appliquons aux milieux naturels. Pourtant, on commence à voir les effets
du réchauffement climatique sur la biologie et la répartition des espèces.
Les bouleversements à venir suscitent des inquiétudes, et les discours
catastrophistes vont bon train!

En réalité, nous sommes dès maintenant mis en demeure de répondre

à de nouvelles questions qui dépassent largement le cadre étroit de la
conservation de la biodiversité dans lequel nous étions jusqu’ici enfer-
més. À quoi vont servir en effet les aires protégées si le réchauffement
se poursuit? Quelles attitudes allons-nous adopter face aux espèces
migratrices et envahissantes qui ne vont pas manquer de coloniser de


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En guise de conclusion

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nouveaux territoires? Comment réagir face aux changements de flore
et de faune, mais aussi face aux conséquences du climat sur les activités
agricoles? Ou face aux maladies émergentes et à leurs vecteurs? Une
partie des réponses s’articule autour de deux mots clés: lutter et/ou
s’adapter. Lutter par exemple contre les émissions de gaz à effet de serre,
si la société le souhaite. Mais aussi, anticiper les changements prévisibles
de la température, du niveau marin, de la pluviométrie… de manière
à prendre en compte ces variables dans nos travaux de restauration,
d’aménagement du territoire, de développement économique, qui deman-
dent tous une vision à long terme. L’alternative, bien entendu, est de
laisser faire, et de répondre seulement sous la pression, aux problèmes
qui ne manqueront pas de se poser. À la société d’assumer ces choix!

Les scientifiques naturalistes qui avaient été à l’origine de l’émergence

de la question de la biodiversité ne sont plus les seuls protagonistes du
débat. Ils vont vivre une période nouvelle, inédite pour les biologistes mais
déjà expérimentée par les physiciens de l’atome, de relations étroites et
récurrentes entre le progrès des connaissances qu’ils développent, et la
réponse de la société face aux perspectives et aux incertitudes qui se
font jour. Il est indispensable que la question de la biodiversité ne reste
pas le domaine réservé de tel ou tel groupe d’intérêt, mais apparaisse
comme un véritable problème de société dont la résolution nécessite la
participation de tous les protagonistes.