Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

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4.2  

L’homme et l’érosion de la diversité biologique

93

© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

continents colonisés par l’homme plus récemment. En réalité, il est
difficile avec les informations dont nous disposons d’affirmer (comme
certains n’hésitent pas à le faire) que l’homme est responsable de
l’extinction de la mégafaune à la fin du Pléistocène. Il est probable qu’un
ensemble de facteurs agissant plus ou moins en synergie est à l’origine
de la disparition de cette mégafaune sur les différents continents. On
pense en particulier:

• aux changements climatiques de la fin du Quaternaire dont les alter-

nances de glaciation et de réchauffement tous les 100 000 ans environ,
ont probablement joué un rôle important en modifiant les habitats et
en affaiblissant la faune et la flore;

• aux épidémies qui ont pu causer l’extinction d’au moins une partie des

espèces, surtout si les hôtes ont été mis en contact avec de nouveaux
pathogènes;

• à la chasse qui a pu jouer un rôle, du moins pour certaines espèces et

sur certains continents, sachant que le défrichement par le feu, l’intro-
duction d’animaux domestiqués ou commensaux, sont probablement
autant d’autres facteurs qui ont pu contribuer à la disparition des
grands mammifères.

4.2.3 L’érosion actuelle de la diversité biologique

L’homme moderne possède des moyens techniques inégalés. Il peut
faire disparaître certains écosystèmes ou transformer complètement
des régions entières. Pour des groupes bien documentés tels que les
mammifères et les oiseaux, ou certains groupes végétaux, on peut se
baser sur les extinctions documentées d’espèces. On estime ainsi que
108 espèces d’oiseaux et 90 espèces de mammifères se sont éteintes
depuis l’an 1600. Il est probable cependant que ce nombre est plus
élevé car toutes les régions du monde ne possèdent pas d’archives
exploitables. En outre, les effectifs de plusieurs espèces ont atteint à un
état critique à l’heure actuelle.

Une grande partie des espèces disparues, que ce soient des mammi-

fères, des oiseaux, des reptiles, des mollusques terrestres ou des plantes,
habitaient des îles. C’est le cas du célèbre dodo de l’île Maurice. Mais
des espèces continentales telles que l’auroch, le pigeon migrateur
américain ou le grand pingouin, ont également été exterminées par la
chasse. Dans le domaine marin on ne compte que deux espèces de
mammifères disparues au cours des siècles derniers, même si certaines
populations de baleines par exemple, ont connu des périodes critiques.


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94

4  •

  

Dynamique de la diversité biologique et activités humaines

Une ONG, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la

Nature) a établi des listes rouges d’espèces en péril ou en voie d’extinc-
tion. En 2007 on avait recensé 16 306 espèces végétales et animales
menacées d’extinction, contre 785 espèces éteintes et 65 ne subsistant
qu’en captivité.

En réalité, pour beaucoup de groupes on manque de données fiables

sur le nombre d’espèces réellement existantes et sur celles qui sont
supposées disparaître. Il est donc difficile dans ce contexte de proposer
des informations quantitatives sérieuses en dehors de quelques taxons
limités. Il n’est pas question bien entendu de dire que l’homme n’a pas
d’impact sur le monde vivant, mais que cet impact n’est peut-être pas
le même selon les groupes considérés. Il est évident par contre que
certaines déclarations catastrophistes relèvent plus de l’intime conviction,
ou du désir de créer un impact médiatique, que de la science…

Les évaluations, parfois discutables sur le plan quantitatif, de

l’érosion de la diversité biologique, ne prennent pas en compte les
phénomènes de spéciation. Or, de même que les espèces évoluent et
s’adaptent aux modifications de l’environnement d’origine naturelle
(c’est le moteur de la biodiversité), on peut penser également que les
espèces évoluent sous l’effet des perturbations d’origine humaine. En
introduisant des espèces en divers endroits du monde séparés géogra-
phiquement, on crée les conditions pour une évolution allopatrique. Le

T

ABLEAU 

4.1    E

FFECTIFS

DES

ESPÈCES

AUTOCHTONES

ÉTEINTES

ET

DISPARUES

 (E

T

/

DISP

.), 

AUTOCHTONES

TOUJOURS

PRÉSENTES

 (A

UT

.) 

ET

D

ORIGINE

EXOTIQUE

 (E

XOT

.)

EN

 F

RANCE

CONTINENTALE

ET

EN

 C

ORSE

 (

D

APRÈS

 P

ASCAL

 et al., 2006).

Groupe

France continentale

Corse

Et/disp.

Aut

Exot.

Et/disp.

Aut.

Exot.

Poissons

2

47

21

0

7

16

Herpétofaune

1

61

8

1

14

6

Amphibiens

0

30

5

0

6

1

Reptiles

1

31

3

1

8

5

Oiseaux

25

236

37

8

111

7

Mammifères

14

88

20

5

26

18

Total

42

432

86

14

158

47


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4.2  

L’homme et l’érosion de la diversité biologique

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

temps nécessaire à l’évolution dépend des groupes considérés, mais en
réalité on ne connaît pas grand-chose concernant la vitesse de spéciation
pour la plupart des groupes.

De toute évidence, pour les micro-organismes, que l’on connaît encore

plus mal, la situation n’est pas comparable à celle des vertébrés. Ces
micro-organismes évoluent très vite et s’adaptent assez bien aux nouvelles
conditions créées par l’homme, comme peuvent en témoigner par
exemple les résistances aux antibiotiques, aux pesticides, etc. (voir
chapitre 3). On estime que la vitesse d’évolution de certains virus est
environ deux millions de fois plus rapide que celle d’un vertébré. Tout
porte à croire que l’action de l’homme, en réalité, tend à augmenter la
diversité microbienne.

Les villes et la diversité biologique

Les villes sont des créations humaines. Les grandes métropoles
occupent des zones importantes sur la planète où elles ont remplacé
de vastes territoires ruraux. Si la croissance de l’environnement
urbain est à l’origine de la disparition de nombreuses espèces, il
offre néanmoins de nouvelles opportunités de colonisation pour
certaines d’entre elles. La diversité des espèces pourrait même y
être plus importante que dans certains habitats ruraux soumis à une
agriculture intensive. Certes le fait que les villes se soient étendues
récemment, toutes proportions gardées, a laissé peu de temps aux
espèces pour évoluer. Mais en adaptant leur comportement, certains
colonisateurs ont pu exploiter au mieux les nouvelles conditions
qui leur sont offertes: présence de nombreuses structures verticales
propices à la colonisation par les plantes et les animaux, environ-
nement climatique plus tempéré, nouvelles sources de nourriture,
limitation des prédateurs, etc. Ainsi la population de renards dans
le centre de Londres avoisine probablement plusieurs milliers d’indi-
vidus. Les pigeons ramiers ont trouvé asile en ville où ils ne sont
pas chassés, et les tourterelles ont récemment conquis les grandes
métropoles à partir des années 1960 en entrant en concurrence
avec le pigeon commun et le pigeon des bois. Le transport inter-
continental d’espèces est à l’origine d’une diversification de la
diversité biologique urbaine: différentes espèces de perroquets ont
ainsi élu domicile dans les parcs des capitales européennes, ainsi
que divers invertébrés transportés dans les containers.


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96

4  •

  

Dynamique de la diversité biologique et activités humaines

4.3

DYNAMIQUE DE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE 
ET PRESSIONS ANTHROPIQUES

La croissance de la population humaine et celle corrélative de la demande
en ressources naturelles d’une part, le développement d’activités indus-
trielles,  agricoles ou commerciales d’autre part, transforment la
surface du globe, modifient les cycles biogéochimiques ainsi que la
composition de la biodiversité dans la plupart des écosystèmes terrestres
ou aquatiques. Ces impacts sont raisonnablement connus et quantifiés.
Mais ils créent en rétroaction des changements dans le fonctionnement

Figure 4.4    Modèle conceptuel illustrant les effets directs et indirects

sur la biosphère modifié d’après Lubchenko et al. (1991).

Mo

dification 

des terres

déforestation,

pâturage,

intensification,

etc

Cycles

biogéochimiques

carbone,

azote, eau,

éléments chimiques

de synthèse,

autres...

Introductions

et extinctions

d'espèces

invasions 

biologiques,

chasse, pêche,

cueillette

Changements

climatiques

effet de serre,

aérosols,

land cover

Perte de diversité

biologique

extinctions

de populations,

d'espèces;

perte d'écosystème

Population humaine

taille

utilisation des ressources

Activités humaines

agriculture

industrie

énergie

commerce


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4.3  

Dynamique de la diversité biologique et pressions anthropiques

97

© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

de la biosphère conduisant aux évolutions climatiques et à la perte irré-
versible de composantes de la biodiversité (gènes, espèces, écosystèmes).
Cette influence de l’homme sur la biosphère se manifeste au niveau de
différents processus qui sont résumés figure 4.4.

L’expression «changements globaux» est souvent utilisée pour

qualifier tous ces phénomènes que l’on peut classer dans quatre grands
ensembles: (1) les changements dans l’utilisation des terres et la couver-
ture végétale; (2) les changements dans la composition de l’atmosphère;
(3) le changement du climat; (4) les altérations dans la composition des
communautés naturelles et la perte de la biodiversité. En réalité, sous
ce vocable on identifie à la fois les impacts du développement écono-
mique et de la croissance de la population mondiale sur les principaux
compartiments du système Terre – à savoir l’atmosphère, les sols et les
systèmes aquatiques – ainsi que les processus concernés par les échanges
de matière et d’énergie entre ces compartiments.

4.3.1 La pression démographique

Parmi tous les facteurs responsables de l’érosion de la diversité biolo-
gique, la pression démographique et des moyens techniques de plus en
plus puissants constituent les causes ultimes. Il faut en effet utiliser
des espaces plus importants pour héberger et nourrir une population
mondiale qui s’est fortement accrue: 2 milliards d’individus en 1930,
4 milliards en 1975, et 9 ou 10 milliards prévus vers 2050. Cette augmen-
tation de la population concerne toute la planète, mais plus particuliè-
rement les régions tropicales où la diversité biologique est plus grande
que dans les zones tempérées.

4.3.2 Utilisation des terres et transformation 

des paysages

Pour la production de biens et services, l’homme modifie la structure
et le fonctionnement des écosystèmes. Les premières actions significa-
tives de l’homme sur son environnement ont été les brûlis destinés à
débusquer le gibier ou à défricher les terres. Les incendies favorisèrent
les espèces végétales résistantes au feu ainsi que le développement des
savanes et des prairies. Puis l’apparition de l’agriculture a enclenché un
processus de transformation des milieux où vont dominer des espèces
domestiques ainsi que des espèces opportunistes, adventices dans les
cultures et rudérales autour des habitats. Les haies vives permirent de