Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

ВУЗ: Не указан

Категория: Не указан

Дисциплина: Не указана

Добавлен: 20.01.2021

Просмотров: 5417

Скачиваний: 2

ВНИМАНИЕ! Если данный файл нарушает Ваши авторские права, то обязательно сообщите нам.
background image

148

6  •

  

Dynamique de la diversité biologique et conséquences (santé)

ou secondaire. Il en résulte que plusieurs agents sont susceptibles de
transmettre le paludisme au même endroit, parfois simultanément, parfois
à des saisons différentes.

En outre, il existe une grande variabilité intraspécifique pour chacune

des espèces. Ainsi, chez Afunestus, certaines populations sont essentiel-
lement anthropophiles, alors que d’autres sont en partie zoophiles, et
leurs potentiels de transmission du Plasmodium sont également diffé-
rents. En ce qui concerne Agambiae qui est le vecteur principal du
paludisme, on sait maintenant qu’il s’agit d’un complexe de 6 espèces
jumelles. En outre il existe des espèces cryptiques et des «formes
cytologiques» dont la fréquence relative varie en fonction des condi-
tions écologiques et des saisons. La complexité des systèmes génétiques
d’Agambiae est donc extraordinaire. Elle résulte probablement de la
capacité de cette espèce à s’adapter rapidement à des environnements
qui évoluent, ainsi qu’aux nouveaux habitats créés par l’homme. On
comprend ainsi les difficultés rencontrées pour contrôler le paludisme
car toutes les espèces ou «formes» n’ont pas toutes les mêmes carac-
téristiques biologiques et écologiques de telle sorte que les méthodes
de lutte doivent être diversifiées.

La complexité réside également dans la variabilité génétique du

parasite, Plasmodium falciparum, qui est capable de développer d’impor-
tantes variations antigéniques pour échapper à la réponse immunitaire
de l’hôte. L’homme se défend en effet en développant une immunité
partielle qui se renforce au cours de la vie à mesure que les contaminations
s’accumulent. Sans compter que les parasites deviennent actuellement
résistants aux produits antipaludéens. La résistance à la nivaquine a été
détectée dans les années 1950 et s’est répandue à travers le monde,
augmentant ainsi la morbidité due au paludisme. Depuis, des résistances
à d’autres antipaludéens sont apparues, obligeant à une recherche
permanente de nouveaux produits.

6.2

LES PATHOLOGIES ÉMERGENTES

Les infections virales et bactériennes ont longtemps constitué la prin-
cipale cause de mortalité humaine. La pandémie de grippe qui a sévi
entre 1918 et 1919 (la grippe espagnole) a tué entre 20 et 40 millions de
personnes, plus que la Première Guerre mondiale. Ce fut probablement
l’une des plus grandes catastrophes naturelles ayant frappé l’humanité.
Elle a été précédée depuis le début de l’ère chrétienne par de grandes


background image

6.2  

Les pathologies émergentes

149

© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

épidémies de peste, maladie animale transmise à l’homme par des
piqûres de puces de rongeurs infectés.

Avec les progrès de l’hygiène et les vaccinations, ce type de mortalité

a régressé de manière considérable. On espérait même que la question
des maladies infectieuses était résolue. Pourtant, les maladies anciennes
réapparaissent et gagnent de nouvelles zones, souvent en raison de
l’apparition d’une résistance du pathogène aux traitements thérapeutiques.
Ainsi, l’apparition de formes résistantes et la progression de l’urbani-
sation ont favorisé le retour de la tuberculose qui a tué 1,7 million de
personnes en 2004. C’est le cas également pour le paludisme, la fièvre
jaune ou le choléra.

En plus des maladies infectieuses anciennes, qui restent une cause de

mortalité non négligeable, des affections nouvelles, jamais décrites aupa-
ravant, apparaissent partout dans le monde et font de très nombreuses
victimes. Ces maladies nouvelles sont appelées maladies émergentes.
Une trentaine d’entre elles ont été identifiées depuis le début des
années 1970.

Les animaux jouent un rôle majeur dans l’origine, ou comme vecteur

ou réservoir, dans une majorité des maladies virales émergentes. Depuis
quelques dizaines d’années, les responsables de la santé ont été confrontés
à l’apparition de fièvres virales hémorragiques (fièvre d’Argentine,
fièvre du Vénézuéla en Amérique du Sud, fièvre de Lassa en Afrique),
à l’identification de pathologies associées à des germes jamais décrits
(polyarthrite de la maladie de Lyme, fièvre hémorragique de Malburg).
Un exemple de maladie émergente récente est le syndrome respiratoire
aigu sévère (SRAS) dont l’agent infectieux est un virus de la famille
des Cornavirus, connu pour ses mutations fréquentes, qui a été trans-
mis à l’homme par des civettes. L’épidémie apparue au cours de l’hiver
2002-2003 en Asie a provoqué des centaines de décès. Son expansion
a été maîtrisée en raison d’une mobilisation sans précédent de tous les
systèmes sanitaires de la planète.

Une  maladie émergente est une maladie dont l’incidence réelle
augmente de manière significative, dans une population donnée,
d’une région donnée, par rapport à la situation habituelle de cette
maladie. Le concept s’applique à une grande variété de maladies
infectieuses, associées ou non à des germes nouveaux. Elles peuvent
être d’origine virale, bactérienne ou parasitaire.


background image

150

6  •

  

Dynamique de la diversité biologique et conséquences (santé)

La plupart des maladies émergentes humaines proviennent de zoonoses,

c’est-à-dire du passage naturel de pathogènes de l’animal à l’homme.
Il faut pour cela qu’ils franchissent deux étapes.

• L’introduction du pathogène dans un hôte nouveau, l’homme en

l’occurrence. Cette phase implique l’existence d’un réservoir chez au
moins un animal sauvage et met en jeu des mécanismes de transmis-
sion entre l’animal et l’homme, généralement par le biais de vecteurs
animaux. Les réservoirs animaux les plus importants sont les rongeurs,
ainsi que les arthropodes (insectes, tiques, etc.). On a identifié des
centaines de virus chez les arthropodes (arbovirus) dont au moins une
centaine peut provoquer des maladies chez l’homme.

L’accroissement de la population mondiale et l’occupation de nouveaux
territoires augmentent les probabilités de contact entre l’homme et des
espèces vectrices d’organismes pathogènes. De fait, de nombreuses
maladies émergentes sont dues à des pathogènes présents de longue
date dans l’environnement, au sein de certaines espèces animales, et
qui apparaissent soudainement à la faveur d’une transformation de
l’environnement. Ainsi, la déforestation en vue de créer des zones de
cultures, facilite la multiplication des rongeurs qui servent souvent
de réservoirs animaux aux virus. La création de barrages favorise quant
à elle la pullulation des moustiques qui sont des vecteurs de nom-
breux pathogènes. Autant de facteurs qui accroissent les possibilités

Chikungunya

Le Chikungunya est une arbovirose transmise par des moustiques
du genre Aedes dont les réservoirs de virus sont des primates. Le
virus a été isolé pour la première fois en Tanzanie en 1952. Il est
responsable d’épidémies observées en Afrique et en Asie. La maladie
a récemment fait son apparition en Europe, touchant environ
200 personnes en Italie en septembre 2007. L’épidémie spectacu-
laire de chikungunya observée en 2005-2006 à la Réunion et à
Mayotte, pourrait être due à des souches africaines qui se seraient
adaptées à l’homme et au moustique Aedes albopictatus qui n’était
pas identifié jusque-là comme vecteur de la maladie. Cependant,
on a mis en évidence l’émergence d’un génotype plus virulent en
2005, ce qui expliquerait les nouveaux symptômes graves observés
dans les îles de l’océan Indien, alors que la maladie était considérée
comme bénigne auparavant.


background image

6.2  

Les pathologies émergentes

151

© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

de contact entre un pathogène et un nouvel hôte tel que l’homme. Il
faut y ajouter un phénomène particulièrement important qui est que le
transfert accru de ces maladies et de leurs vecteurs à travers le monde.

Certaines maladies émergentes résultent aussi de changements dans
nos comportements. C’est le cas de la maladie de Lyme (du nom de
la ville de Lyme aux États-Unis). Le pathogène en cause est une
bactérie nommée Borrelia burgdorferi. La progression de cette
affection est liée à la prolifération des daims dans le nord-est des
États-Unis où ils ne sont plus chassés. Ils viennent brouter dans les
jardins des maisons situés à proximité des forêts et dépourvus de
barrière, Ils amènent avec eux les tiques, porteuses du spirochète,
qui piquent l’homme. Il en résulte une augmentation spectaculaire
de cette maladie infectieuse dans les régions exposées.

• La dissémination du micro-organisme parmi les populations du nouvel

hôte, ce qui implique la mise en jeu de mécanismes adéquats, d’autre
part. Les déplacements de population lors de conflits, l’urbanisation,
les voyages (des hommes et des vecteurs) sont des facteurs favorables
à la dissémination des virus. Le virus du SIDA (ou VIH) a diffusé
depuis sa découverte en 1981, de l’Afrique au continent américain
puis à l’Europe et à l’Asie. Mais on sait que le virus était présent dès
1970 et s’était déjà répandu en Afrique entre 1970 et 1980. Et l’iden-
tification de virus apparentés au virus du SIDA chez des animaux
aussi variés que le mouton, le chat, le cheval ou la chèvre indique
que la famille VIH est ancienne. Divers singes africains sont naturel-
lement infestés par des rétrovirus proches du VIH mais qui ne provo-
quent pas de SIDA chez ces animaux. Un des virus humains, le VIH2
est très proche de celui du singe mangabey qui vit en Afrique de
l’ouest. Des contaminations à l’homme à partir de morsures ont pu se
produire. Quant au VIH1, il aurait pu être transmis par des chimpanzés
dont certains sont porteurs d’un virus très proche. Mais on ne sait
pas estimer avec précision à quel moment ces virus ont pu franchir
la barrière d’espèce. Selon d’autres hypothèses, les hommes sont
contaminés depuis longtemps, mais le virus était peu répandu ou
peu virulent. L’épidémie actuelle pourrait résulter à la fois d’une
évolution de la pathénogénécité du VIH humain et de modifications
dans les comportements sociaux qui ont favorisé la diffusion.

Une étude portant sur 335 maladies émergentes entre 1940 à 2004 on

a montré que 60% des maladies émergentes proviennent de maladies
animales transmissibles à l’homme (zoonoses) et la majorité d’entre
elles, d’animaux sauvages. Quelque 20% des maladies émergentes
auraient pour origine des résistances aux traitements. Plus de la moitié


background image

152

6  •

  

Dynamique de la diversité biologique et conséquences (santé)

des pathogènes sont des bactéries ou des rickettsies (des parasites
présents chez les arthropodes). Les virus ou prions ne sont à l’origine que
d’un quart des maladies, le reste étant constitué par des protozoaires,
des vers et des champignons. Les maladies émergentes ont quasiment
quadruplé durant ces cinquante dernières années, même si la courbe
cesse de grimper aujourd’hui. Elles ont connu un pic au cours des
années 1980.

Les recherches ont également permis de distinguer deux grandes zones

favorables à l’émergence de nouveaux pathogènes pour l’homme.
D’une part, les pays tropicaux en développement où une forte pression
démographique amène les hommes à côtoyer une faune sauvage très
riche et diversifiée. Les zones à risque sont l’Asie du Sud-Est, le sous-
continent indien, le delta du Niger et la région des Grands Lacs en
Afrique. L’autre grand foyer est constitué par les pays riches où l’utili-
sation massive des antibiotiques a favorisé l’apparition de souches
bactériennes résistantes, le plus connu étant le staphylocoque doré.

Il existe également d’autres causes qui sont liées aux caractéristiques

biologiques des pathogènes. C’est ainsi que les virus, compte tenu de
leur cycle de vie très court, ont la capacité de s’adapter rapidement aux
changements de l’environnement par rapport aux hommes et autres
animaux à durée de vie plus longue. L’émergence d’un virus peut ainsi
résulter de l’évolution de novo d’un nouveau variant viral, à la suite de
mutations ou de recombinaisons entre des virus existants qui peuvent
engendrer des souches plus virulentes. Le virus A de la grippe par
exemple évolue sans cesse et de nouvelles souches du virus se propa-
gent dans les populations humaines. Les vaccins protègent seulement
contre les souches connues et personne ou presque n’est immunisé
contre les souches nouvelles. Ne rencontrant aucune résistance, ces
dernières se répandent rapidement dans le monde entier et peuvent
provoquer de nombreux morts.

On a signalé de nombreux cas de maladies émergentes chez les

animaux sauvages. Les causes en sont diverses:

• Le passage de pathogènes d’animaux domestiques à des espèces

sauvages vivant à proximité. On peut citer parmi d’autres le passage
du Morbillivirus canin (maladie de Carré) au lion qui a provoqué de
très fortes mortalités en 1991 dans le parc du Sérenguéti en Afrique.
Un autre Morbillivirus a été identifié chez des phoques du lac Baïkal,
morts eux aussi en grand nombre. Il est proche également de celui
de la maladie de Carré et l’on pense qu’il a été transmis aux phoques
par les chiens vivant sur le rivage du lac.