Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf
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9 •
La conservation de la diversité biologique
étroite avec la science vétérinaire et sa recherche. Le rapport avec les
amateurs et le public en général est très fort, soutenu par un élan de
sympathie considérable, et par un commerce des animaux actif mais
difficile à encadrer.
Dans le cas des espèces aquatiques, la dépendance vis-à-vis du milieu
est particulièrement contraignante. Depuis très longtemps des aquariums
et des stations marines ont été construits pour les êtres marins. Ces
institutions ont une forte tradition d’association avec le public. Leurs
missions portent sur l’information, l’éducation, la conservation et la
recherche. Curieusement et en dépit de leur coût, elles sont mieux
réparties que les jardins botaniques ou zoologiques à travers la planète
et représentent assez bien la diversité des écosystèmes marins. Leurs
financements viennent souvent de leur intégration dans des réseaux
gouvernementaux et régionaux de gestion des ressources halieutiques
ou de recherche fondamentale et appliquée.
9.6
LA BIOLOGIE DE LA CONSERVATION
La biologie de la conservation est née à la fin des années 1970. Elle a
pour objectifs d’évaluer l’impact des actions de l’homme sur les espèces,
les communautés et les écosystèmes, et de faire des propositions
concrètes pour lutter contre la dégradation des écosystèmes. Alors que
la protection de la Nature a recours essentiellement aux moyens régle-
mentaires pour soustraire les espaces et les espèces aux actions de
l’homme, la biologie de la conservation utilise des concepts et théories
empruntés à l’écologie, ou qu’elle contribue à développer, pour mettre
en œuvre des actions concrètes et proposer des méthodologies appro-
priées pour la conservation de la Nature. Comme d’autres disciplines
de «crise», à l’articulation de la science et de la gestion, alliant théorie
et pratique, la biologie de la conservation donne la priorité à l’action.
Elle travaille dans l’urgence puisque des espèces et des habitats menacés
risquent de disparaître rapidement en l’absence de mesures efficaces.
Si dans un premier temps la biologie de la conservation s’est focalisée
sur les espèces phares ou charismatiques, il est devenu rapidement
évident que les questions posées par la conservation des habitats, de
l’échelle locale à l’échelle planétaire, devenaient au moins aussi
importantes que les connaissances portant sur la biologie des espèces.
La restauration et la réhabilitation d’habitats, la réintroduction d’espèces
joueront des rôles de plus en plus importants dans la reconstitution de
la diversité biologique. Cela demande à la fois des approches ex situ et
in situ dont les méthodes font de rapides progrès.

9.6
La biologie de la conservation
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
9.6.1 Fragmentation des habitats
L’un des thèmes favoris de la biologie de la conservation concerne la
fragmentation des habitats naturels par les activités humaines et ses
conséquences sur la biodiversité. Selon la théorie des équilibres dyna-
miques de la biogéographie insulaire, le nombre d’espèces présentes
dans un écosystème est fonction de la surface de l’écosystème: la
réduction des surfaces favorise en principe l’extinction de certaines
Figure 9.2 Les trois principales approches en biologie de la conservation
(d’après Barnaud, 1998).
L’ingénierie écologique
«L’ingénierie écologique se définit comme la conception, la mise
en œuvre et le suivi de la composante écologique d’un projet
d’aménagement et/ou de gestion […] en accord avec l’évolution
des connaissances et des méthodes en écologie». La mise en œuvre
de l’ingénierie écologique s’appuie à la fois sur des concepts théori-
ques de l’écologie et sur un ensemble de techniques d’ingénierie qui
permettent la restauration des systèmes. Par exemple, le réaména-
gement des carrières en eau (gravières) pour leur mise en valeur
écologique, peut être réalisé par la création de zones en pente douce
et la diversification des berges (pentes variées).
Biologie de la conservation
viabilité des populations
viabilité des processus
Approche
«
espèce-
population
»
Approche
«
habitat-
espace
»
Approche
«
écosystème-
paysage
»
Systématique,
Éthologie,
Génétique
des populations
Biogéographie,
Écologie
des communautés,
Phytoscoiologie
Écologie des
écosystèmes,
Écologie des
paysages,
Relations homme-
nature

230
9 •
La conservation de la diversité biologique
espèces. Les biologistes de la conservation sont ainsi sollicités pour
répondre à des questions relatives à la taille et la forme des réserves
naturelles:
• Quelle est la taille minimale d’une réserve pour protéger telle ou
telle espèce?
• Est-il préférable de créer une seule réserve de grande taille ou plusieurs
petites réserves?
• Combien d’individus d’une espèce menacée est-il nécessaire de
protéger dans une réserve pour éviter l’extinction?
• Lorsque plusieurs réserves sont créées, doivent-elles être proches l’une
de l’autre, ou éloignées? Doivent-elles être isolées ou reliées par des
corridors?
Ces questions sont l’occasion de mettre à l’épreuve certaines théories
écologiques. Ainsi, mettant en avant la théorie des équilibres dynamiques
en milieu insulaire, certains scientifiques estiment que des réserves de
grande taille offrent une plus grande diversité d’habitats et abritent une
plus grande variété d’espèces que les réserves de petite taille. En outre les
populations de chaque espèce sont plus grandes, et les effets de lisière
sont moins importants sur des grandes surfaces que sur des petites.
D’autres scientifiques estiment au contraire que plusieurs petites
réserves permettent de protéger une diversité d’habitats plus importante
que dans une grande réserve, pour une superficie totale équivalente,
ainsi qu’une plus grande variété d’espèces rares. Ils mettent également
en avant que plusieurs petites réserves minimisent les risques d’une
catastrophe telle que le feu, une épidémie ou l’introduction d’espèces,
qui peuvent détruire des populations entières dans une réserve.
9.6.2 Réintroductions d’espèces
La conservation ex situ apparaît non pas seulement comme une alter-
native, mais comme une démarche complémentaire de la conservation
in situ. Ce sont des réservoirs d’individus pour la réinstallation ou le
renforcement de populations sauvages d’espèces menacées. En effet,
dans certaines situations, la dégradation de l’habitat est telle qu’on ne
peut maintenir in situ des populations viables. L’alternative est simple:
ou on laisse disparaître à jamais les espèces concernées, ou l’on tente
des opérations de sauvetage en vue de préserver temporairement ex
situ les populations menacées avec comme objectif de les réintroduire
dans leur milieu d’origine si les menaces qui pèsent sur les espèces et
les habitats disparaissent. Dans certains cas, l’habitat est détruit et on

9.6
La biologie de la conservation
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
envisage alors de réintroduire l’espèce dans des habitats similaires à
ceux dont elle est originaire: c’est la translocation.
Le projet de conservation d’une espèce menacée dans les parcs
zoologiques se définit par ses objectifs: maintenir pendant deux siècles
plus de 90% de la diversité génétique initiale, et maintenir une population
de 250 à 500 individus en vue de la réintroduire dans son milieu naturel.
Il existe pour plus de 300 espèces menacées des programmes d’élevage
en captivité qui associent plusieurs zoos, de façon à maintenir des
populations qui serviront de réservoirs génétiques pour la survie des
animaux dans la Nature. Les parcs zoologiques ont ainsi bien réussi
dans la conservation d’espèces telles que les bisons européens et
américains, le cheval de Prejwalsky, etc.
9.6.3 Écologie de la restauration
Des ingénieurs et des spécialistes de la protection de la Nature ont
tenté depuis longtemps de «réparer» les milieux dégradés. Ils l’ont
fait de manière souvent empirique, avec leur expérience d’hommes de
terrain, en fonction d’objectifs définis dans le cadre d’une gestion dite
écologique des milieux et des espèces. De manière générale, les scien-
tifiques ont longtemps négligé ce domaine jugé trop technique, mais
certains d’entre eux ont progressivement réalisé tout l’intérêt de ces
activités si on les abordait en tant que système expérimental. L’émer-
gence de l’écologie de la restauration dans les années 1980 a donc
Il y a de nouveau des vautours en Lozère
La réintroduction des vautours fauves et des vautours moines dans
les gorges du Tarn est un exemple de restauration de populations.
Le vautour moine a disparu de cette région au début du
XX
e
siècle
et le vautour fauve peu après la Seconde Guerre mondiale. Classé
nuisible, jugé maléfique, mais aussi trophée de chasse apprécié,
ces charognards ont été massacrés pendant des siècles. Dans les
années 1970, avec la création du parc national des Cévennes, le
Fonds d’intervention pour les rapaces a entrepris de réintroduire
les deux espèces à partir d’individus provenant des Pyrénées et de
plusieurs zoos. Les premiers lâchers ont eu lieu au début des
années 1980, et en 2000 près de 300 individus avaient recolonisé
les Causses. On apprécie maintenant les retombées touristiques,
et les bergers les utilisent comme équarrisseurs naturels.

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9 •
La conservation de la diversité biologique
pour origine l’interprétation scientifique de ces nombreuses interventions
et manipulations de systèmes écologiques. Implicitement, l’écologie
de la restauration véhicule l’idée qu’il est possible de conduire des
expériences écologiques rigoureuses, qui permettent une démarche
prédictive. En outre, les problèmes abordés par les pratiques de restau-
ration sont une source de nouvelles questions sur le plan scientifique.
Parmi les exemples d’application de la biologie de la restauration, on
peut citer la récupération de sites très endommagés à la suite d’exploi-
tations et de travaux d’aménagement (décharges, mines, pistes de ski,
Il existe une terminologie complexe dans le domaine de l’écologie
de la restauration
. Donner une définition des termes utilisés qui
soit reconnue par tous est un exercice périlleux. Il faut surtout
savoir qu’il y a différentes formes de restauration qui s’inscrivent
dans un continuum depuis la reconstruction de sites totalement
dévastés comme ceux de zones minières, jusqu’à des opérations
de portée limitée dans des écosystèmes peu perturbés.
– restauration (sensu stricto): c’est la transformation intention-
nelle d’un milieu pour rétablir l’écosystème considéré comme
indigène et historique, dans sa composition taxinomique origi-
nelle, ainsi que dans ses fonctions essentielles (production, auto-
reproduction) préexistantes.
– réhabilitation: lorsque la pression exercée sur un écosystème a
été trop forte ou trop longue, ce dernier est incapable de revenir
à son état antérieur même si l’on relâche la pression humaine.
Seule une intervention humaine forte, mais limitée dans le
temps, permet de replacer l’écosystème sur une trajectoire favo-
rable au rétablissement de ses fonctions essentielles.
– réaffectation: lorsqu’un écosystème a été fortement transformé
par l’homme, on peut en faire un nouvel usage sans chercher à le
réhabiliter. C’est le cas lorsqu’on modifie un écosystème par
une gestion visant à privilégier un élément ou une fonction parti-
culière. Le nouvel état peut être sans relation de structure ou de
fonctionnement avec l’écosystème préexistant dans le cas
d’espaces mis en culture.
Pour certains, la biologie de la restauration inclut également la
«création» qui consiste à créer de nouveaux habitats là où ils
n’existaient pas auparavant.