Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

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9.4  

Une utilisation durable de la diversité biologique

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maintenir que dans les écosystèmes en bon état de fonctionnement. On
met alors l’accent sur la nécessité d’une gestion intégrée des milieux et
des ressources, faisant ainsi contrepoids à une approche trop longtemps
sectorielle préoccupée d’une rentabilité à court terme de l’exploitation
de certaines ressources.

Dans le domaine agricole le développement durable, garant d’une

bonne gestion de la biodiversité, est nécessairement un compromis
entre ce qui est économiquement intéressant, techniquement possible,
et écologiquement acceptable. Ainsi, dans les années 1960, la sélection
de variétés cultivées à haut rendement et l’utilisation massive d’engrais
et de pesticides, ont permis des progrès considérables en matière de
productivité (la Révolution verte), aux détriments de la qualité de
l’environnement et de la biodiversité. Dans une perspective de gestion
intégrée des ressources renouvelables, il s’agit d’imaginer et de mettre
en place des systèmes de production mieux intégrés dans leur milieu
dont ils garantissent la viabilité écologique. Cela suppose, par exemple,
une plus grande diversification des systèmes de culture et des itinéraires
techniques nouveaux conçus par les agriculteurs: rotation, choix des
variétés, pratiques culturales, etc.

Dans le domaine des pêches marines, si la pression se poursuit comme

aujourd’hui, on prévoit qu’il n’y aura plus de poissons commercialisables
d’ici 2050. Beaucoup de stocks sont en voie d’épuisement car les délais
de reconstitution sont incompatibles avec les taux de prélèvement sur
la ressource.

On voit les difficultés à mettre en pratique les discours quant à la

gestion des ressources à long terme et les contraintes économiques qui
amènent les propriétaires des bateaux de pêche à chercher le profit
maximum le plus rapidement possible. Plutôt que pêcher plus, il faudrait
pêcher mieux de manière à éviter la surexploitation en limitant les
prises. En réalité, en l’absence de mesures réglementaires contraignantes,
la compétition économique induit des comportements non rationnels.

9.4.2 Les savoirs traditionnels

La Convention sur la diversité biologique traite de la protection et
du maintien des connaissances et des pratiques des communautés
autochtones. Celles-ci sont détentrices de savoirs traditionnels et de
connaissances empiriques concernant la diversité biologique qui se
transmettent de génération en génération. Ces savoirs pourraient être
utiles pour conserver et gérer durablement la biodiversité.


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9  •

  

La conservation de la diversité biologique

L’idée que la protection de la Nature et la préservation de la diversité

biologique passent par le droit des populations à préserver leurs terri-
toires ainsi que leurs modes de vie a longtemps paru iconoclaste pour
les conservationnistes habitués à percevoir les populations humaines
comme des facteurs de perturbation et de dégradation des écosystèmes.
Pourtant, les hommes ont utilisé une grande variété de ressources
biologiques, dans des milieux très divers, en mettant en œuvre une
multitude de techniques spécialement adaptées.

Les recherches en ethnobiologie ont permis de mieux connaître cet

ensemble de connaissances et de comportements représentant un patri-
moine culturel. Ainsi, on a étudié de nombreuses sociétés de pêcheurs
dont l’organisation et les pratiques permettaient de protéger la ressource
de manière bien plus efficace que les modes de gestion étatique le plus
souvent inopérants faute de moyens appropriés. Si de nombreux ensei-
gnements peuvent être tirés de ces savoirs populaires, il faut admettre
néanmoins que les changements démographiques, économiques et
politiques ont profondément modifié les comportements sociaux. Des
systèmes de gestion qui étaient adaptés à certains types de contraintes,
dans un contexte précis, ne le sont plus dans les conditions économiques
et démographiques actuelles. Certains pensent également que l’on renoue
avec le mythe du «bon sauvage», respectueux de son environnement,
alors qu’il existe de nombreux exemples montrant que des sociétés
traditionnelles ont disparu en raison de la dégradation de leur environ-
nement. C’est le cas, par exemple, pour les sociétés de l’île de Pâques
et, semble-t-il, pour les Mayas. En outre, et bien que ce problème soit
peu médiatisé, le braconnage par les autochtones est actuellement une
des causes principales de l’érosion de la biodiversité. Rappelons aussi
que la recherche des produits utilisés par les médecines traditionnelles
fait peser de graves menaces sur certaines espèces.

Il n’en reste pas moins que, dans certains cas, les modes de gestion

traditionnelle peuvent se révéler utiles. Ainsi, en matière de gestion des
pêches artisanales, on a voulu appliquer dans les pays en développement
des modes de gestion centralisée, à l’occidentale, qui se sont révélés
catastrophiques à l’usage. On pense à réhabiliter les modes de gestion
traditionnelle, sous la responsabilité des communautés qui avaient montré
leur efficacité dans le passé. Si tant est que ce soit encore possible compte
tenu de la pression démographique et de la dégradation des stocks.

La question des savoirs traditionnels a surtout été l’occasion de faire

apparaître des revendications identitaires face au pouvoir central. La
gestion de la biodiversité, dans ce contexte, n’est le plus souvent qu’un
faire-valoir.


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9.5  

La conservation ex situ

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9.4.3 L’aménagement du territoire

Si l’on parle volontiers de stratégies en vue de maintenir la diversité
biologique au niveau régional, par la création d’aires protégées, il faut
bien reconnaître cependant qu’elles ont le plus souvent été sélectionnées
sur des bases opportunistes, sans vision d’ensemble bien affirmée.
L’expérience a montré qu’une stratégie basée seulement sur la protection
de sites d’importance géographique limitée ne donnait pas entière
satisfaction. 

En particulier, la qualité de l’environnement dans les zones protégées

est fortement influencée par les activités humaines sur les régions
avoisinantes: pollutions d’origine atmosphérique, les modifications
du niveau de la nappe phréatique, la détérioration de sites de repos ou
d’alimentation hors la zone protégée pour les espèces migratrices, etc.;

La dynamique naturelle dans les aires protégées, liée par exemple

aux fluctuations climatiques, peut conduire à des modifications consi-
dérables de la composition et de la structure des écosystèmes, avec
parfois même des pertes d’espèces rares dont la présence avait motivé
la mise en place de l’aire protégée.

Une augmentation quasi générale de la fragmentation des habitats et

du paysage perturbe beaucoup les processus écologiques et la dynamique
des populations: le maintien ou la restauration de connections entre
les différents fragments permettant les échanges fonctionnels est une
préoccupation majeure de la biologie de la conservation.

Pour ces différentes raisons, les objectifs en matière de conservation

portent maintenant en priorité sur des démarches spatialisées. Quand
c’est possible, il est préférable de protéger de grandes surfaces incluant
les principales composantes du paysage. Dans d’autres circonstances,
il faut inscrire les stratégies de conservation dans une vision élargie
d’aménagement du territoire à toutes les échelles (régionales, nationales,
internationales) de manière à éviter des fragmentations trop importantes
et à ménager, lorsque cela est encore possible, les corridors écologiques.
Le réseau européen Natura 2000 est basé sur ces concepts.

9.5

LA CONSERVATION EX SITU

Les collections vivantes sont rassemblées dans les jardins botaniques
et zoologiques, les conservatoires, les arboreta publics et privés. Elles
jouent un rôle fondamental dans la conservation des espèces en voie de
disparition et les programmes de réintroduction; elles constituent l’outil


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9  •

  

La conservation de la diversité biologique

essentiel pour la gestion des ressources génétiques des plantes utiles et
des animaux domestiques.

9.5.1 Les jardins botaniques

Quelque 1 600 jardins botaniques existent à travers le monde. Les plus
anciens ont servi à rassembler les plantes de la pharmacopée tradition-
nelle. Ils ont ensuite évolué en jardins d’acclimatation pour accueillir
et essayer de domestiquer les espèces tropicales ramenées par les
voyageurs et pour développer de nouvelles cultures d’intérêts écono-
miques et décoratifs. Ils témoignent par là du brassage de la flore
résultant des conquêtes, des échanges commerciaux, des explorations.
Récemment leurs missions ont encore changé. Les nouveaux établis-
sements se spécialisent dans la faune et la flore d’un milieu (souvent le
milieu local) en vue de développer l’ingénierie de la conservation et
d’informer le public.

De tout temps, les jardins botaniques ont échangé des spécimens et

des informations entre eux, et avec des amateurs qui entretiennent des
«collections» privées. Bien qu’élargissant le spectre de la diversité
végétale répertoriée, ces opérations n’empêchent pas un déséquilibre de
l’échantillonnage en faveur de groupes particuliers (orchidées, cactées,
plantes carnivores, plantes à bulbes, fougères, légumineuses, conifères…).
Un commerce est même organisé: il concerne principalement les plantes
médicinales et décoratives, les légumes et les fruitiers. L’encadrement
scientifique et juridique de cette économie active pose des problèmes
difficiles du fait d’intérêts conflictuels… Les jardins botaniques ont
cependant développé entre eux des réseaux restreints sur la base de
compétences reconnues et de chartes. Actuellement, ces réseaux
élaborent des bases de données informatisées, partiellement ouvertes aux
messageries électroniques du grand public. Quelque 350 institutions

Le toromiro (Sophora toromiro) est un arbre endémique de l’île de
Pâques d’où il a disparu vers 1960. Plusieurs jardins botaniques
qui avaient conservé des semences ont constitué un réseau chargé
d’évaluer la diversité génétique de l’espèce et d’utiliser cette
connaissance pour constituer des populations de reproducteurs
qui seront réimplantées dans l’île de Pâques. Compte tenu de la
croissance de l’arbre, il faudra attendre cent ans avant de savoir si
la réintroduction a réussi.


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9.5  

La conservation ex situ

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sont ainsi regroupées dans le réseau BGCI (Botanic Gardens Conserva-
tion International
) et rassemblent environ 30 000 espèces. Une tendance
récente des activités des jardins botaniques porte sur la mise au point et
la diffusion auprès des pépiniéristes et du public de méthodes de
culture, de propagation et de conservation. Elles dérivent directement
des progrès de la recherche physiologique sur les dormances, les résis-
tances au froid et à la sécheresse, les reproductions végétatives et
sexuées, les cultures de cellules et de tissus. Les effets de mode et de
commerce accentuent l’engouement pour certains taxons et les espèces
«modestes» sont oubliées même si elles sont menacées.

Simultanément, et à l’opposé, les jardins botaniques ont un rôle

important dans la politique de biodiversité d’un pays. Ils sont une source
d’information et un lieu de débats indépendants offerts au public et aux
associations. Ils participent aux campagnes de restauration de milieux
dégradés et de réintroduction d’espèces localement disparues (sensibi-
lisation du public, fourniture de spécimens, prise de co-responsabilité
de gestion pour des milieux originaux: flores des îles, des montagnes
ou des zones humides). Ce sont des partenaires actifs des programmes de
valorisation des ressources génétiques végétales à côté d’institutions publi-
ques et d’entreprises privées (banques de graines, banques de données…).

L’investissement technologique et financier, les nécessités de l’entretien

quotidien et de la présence de personnel qualifié créent des charges
auxquelles toutes les économies ne peuvent pas facilement subvenir.
Les jardins botaniques les plus pertinents sont ceux des pays développés
et le déséquilibre est flagrant avec ceux des régions tropicales pourtant
plus riches en biodiversité naturelle mais moins dotées économiquement.

9.5.2 Les parcs zoologiques

Les parcs zoologiques publics ou privés, ainsi que les expositions de
collections animales vivantes spécialisées (souvent centrées sur des taxons
spectaculaires: poissons, serpents, oiseaux, insectes…), ont des missions
et des activités similaires à celles des jardins botaniques. Leur nombre
à travers le monde dépasse les 2 000 et ils sont en majorité organisés en
réseaux. D’importantes bases de données ont été élaborées; des infor-
mations sont, en principe, librement disponibles sur quelque 250 000
spécimens vivants et leurs ancêtres, appartenant à près de 6 000 espèces.
Pour entretenir vivants en conditions artificielles presque un million de
tétrapodes et autant de poissons, les collections animales doivent faire
face à des coûts et des charges importants que toutes les économies ne
peuvent pas supporter. En particulier leur maintien demande une relation