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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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tures électriques. Elles sont depuis pratiquées avec un succès, variable, selon
les années.
Comment procéder ?
La prise de mesures de contrôle des prédateurs d’espèces menacées ou
rares exige, au préalable, une étude approfondie. Elle comprend plusieurs
phases :
- identifier quels sont les prédateurs potentiels et quel est leur impact réel ou
supposé de ce ou de ces prédateurs sur l’espèce à protéger. Quels sont les
prédateurs diurnes et quels sont les prédateurs nocturnes. Il ne faut pas ex-
clure des spécialisations individuelles de prédateurs auxquelles on ne
s’attend pas forcément, telles celles du Rat musqué, de la Foulque macroule,
de la Cigogne blanche, du Héron cendré… D’autre part, la prédation de nuit
et les prédateurs de nuit sont souvent mal connus.
- identifier comment procèdent les prédateurs, en arrivant par voie terrestre,
à la nage si les nids sont sur des îlots, et toujours constater sur place, dès que
la prédation est constatée, pour relever traces et impact. Même sans préda-
tion directe, un stress peut délocaliser des oiseaux nicheurs au stade de la
couvaison.
- comprendre le rôle que les prédateurs jouent dans le contrôle des popula-
tions des espèces côtières. Ainsi, une population de Gravelot à collier inter-
rompu sera d’autant plus sensible à la prédation que d’autres facteurs facili-
tants sont présents, les dérangements, par exemple. N’agir que sur une des
causes risque d’aboutir à des résultats non satisfaisants.
- ne jamais négliger les causes humaines. Le vol d’œufs, de poussins,
d’espèces rares pour la collection ou la naturalisation est beaucoup plus im-
portant qu’on peut le croire même en France métropolitaine.
- communiquer auprès du public et des partenaires pour sensibiliser sur
l’étendue du problème et sur la nécessité d’appliquer une décision
d’élimination de certains prédateurs. Dans les pays francophones, le contrôle
des prédateurs est mieux accepté que dans les pays anglophones et cette me-
sure peut donc être examinée avec plus de sérénité. Il est cependant préfé-
rable de parler ouvertement de la décision prise. En effet, ne pas dire qu’un
contrôle est effectué peut amener à terme à douter des pratiques du gestion-
naire.
- mesurer les avantages et les inconvénients du contrôle. Lorsqu’il s’agit de
l’élimination d’une espèce introduite, celle-ci est approuvée unanimement.
Lorsqu’il s’agit d’espèces locales, leur statut peut être mis en balance avec
celui de l’espèce ou des espèces à protéger. L’examen du statut de conserva-
tion, de l’abondance locale et du rôle de la population locale par rapport aux

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effectifs régionaux ou nationaux de l’espèce permet rapidement de détermi-
ner la priorité.
- prendre une éventuelle décision conformément à la réglementation en vi-
gueur. Les facteurs déterminants sont : la faisabilité (quelles contraintes ré-
glementaires, quels sont les résultats attendus, quelles sont les risques pour
l’espèce contrôlée), la logistique à mettre en œuvre (de quels moyens dis-
pose-t-on ? de quels agents formés), et le coût (coût de l’ensemble des me-
sures de protection, coût du temps passé à attendre la destruction d’un préda-
teur).
Les méthodes de contrôle
Deux grands types de méthodes peuvent être distingués, d’une part,
celles qui conduisent à la mise à mort des prédateurs (mesures léthales) et,
d’autre part, celles qui consistent à limiter l’impact des prédateurs sur les
espèces cibles.
Méthodes léthales
Le tir des animaux
Il est souvent considéré négativement. Pourtant, lorsqu’on a à faire à
des individus spécialisés, il n’existe pas d’autre issue que leur destruction.
Cette méthode demande souvent beaucoup de temps notamment sur
des espaces protégées ouverts en permanence au public où le tir ne peut se
faire que tôt le matin ou tard le soir. Au moins deux agents doivent être habi-
lités au tir et l’information sur les mœurs et déplacements du ou des préda-
teurs visés doit leur être fournie par les naturalistes de terrain pour un gain
de temps et d’efficacité. L’idéal est que les séances d’affût se fassent sur les
lieux de vie de la colonie, ou sur la zone de gagnage des pulli…, et que
l’animal à abattre ait été par avance repéré afin d’abattre le « bon » animal.
Le tir ne peut s’effectuer qu’après autorisation des autorités compé-
tentes et par des personnes habilitées. Des mesures de sécurité drastiques
doivent être mises en œuvre afin d’éviter le moindre incident (contrôle de la
présence de personnes extérieures à proximité). Il est conseillé de procéder
tôt le matin quand il n’y a personne sur le terrain et que les prédateurs sont
relativement actifs.
Le choix de l’arme est important. Les cartouches de grenaille sont à
utiliser pour les petits prédateurs (Corneille, notamment), tandis que le tir à
balles est le seul possible sur de gros prédateurs (Sanglier, Renard). Cette
méthode demande cependant de longues heures d’attente, et la confiance

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absolue en un agent expérimenté et probe.
S’il s’agit d’animaux de petite taille (inférieurs à 40 kilogrammes), ils
peuvent être enterrés sur place.
Les animaux de grande taille seront envoyés à l’équarrissage, même
lorsqu’ils sont comestibles. Il ne faut en effet pas que le tir puisse être assi-
milé à la possibilité de récupérer de la viande, même si celle-ci est destinée à
des personnes défavorisées.
Le piégeage
Il ne peut être effectué que par des personnes ayant obtenu un certifi-
cat d’aptitude à la suite d’un stage de formation organisé par la fédération
départementale des chasseurs. La mise en place de pièges s’effectue après
remise en mairie d’une déclaration de piégeage qui doit être validée par le
maire. Les piégeurs doivent travailler en respectant scrupuleusement la ré-
glementation et les contraintes imposées par le gestionnaire de l’aire proté-
gée ou de la zone à gérer. Tout manquement doit être immédiatement suivi
d’une interdiction d’exercer sur le site.
Les pièges-cages pour les corvidés sont à relever tous les matins.
Elles ont l’avantage d’être sélectives. Le problème est de trouver des « appe-
lants », oiseaux qui sont maintenus en captivité afin d’attirer leurs congé-
nères. Les cages peuvent s’avérer inefficaces pour des oiseaux âgés et expé-
rimentés.
Les principales méthodes non léthales
On peut citer :
- l’utilisation de perchoirs électrifiés placés à proximité,
- l’utilisation de carcasses de corvidés pour effaroucher les corvidés vivants
(efficacité apparemment limitée), méthode paraissant dépassée, mais néan-
moins encore utilisée ici et là. Elle est déconseillée en raison de la mauvaise
image qui lui est associée.
- la mise en place de cages d’exclusion pour que les prédateurs ne puissent
pas piller les nids (et que des animaux, voire des humains n’écrasent pas les
œufs). Cette méthode a été testée avec succès pour améliorer le taux de sur-
vie quotidien du Bécasseau tacheté
Calidris melanotos
(Estelle
et
al
., 1996)
et du Pluvier siffleur
Charadrius melodus
(Vaske
et al.
, 1994). Deblinger
et
al.
(1992) considèrent que les cages d’exclusion réduisent la prédation à un
niveau situé en dessous de 10 %. En Floride, l’utilisation de cages permet
d’augmenter le taux de succès de la nidification de 6 à 48 % (Post & Green-
law, 1989). Le succès est essentiellement lié aux caractéristiques de la cage.

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La littérature fournit des mesures avec des murs de 120 à 250 centimètres de
haut, et des surfaces pouvant aller jusqu’à 3x3 mètres, des grillages de maille
égale à 5x5 centimètres ou de 5x10 centimètres, et le bas de la cage enterré
d’au moins 10 centimètres. Un filet tendu sur le dessus empêche l’intrusion
de prédateurs ailés (Rimmer & Deblinger, 1990). Une variante est apportée
par les exclos circulaires d’un diamètre compris entre 147 et 610 centimètres
(Vaske
et al.
, 1994).
Les inconvénients des cages d’exclusion
Les inconvénients des cages d’exclusion n’en sont pas moins nom-
breux :
- si elles empêchent la prédation sur les œufs, elles ne protègent pas les
poussins,
- les parents peuvent abandonner le nid si la femelle est peu encline à péné-
trer dans la cage. Ce risque d’abandon est cependant diminué si la protection
est installée au cours de la phase d’incubation (Niehaus
et
al
., 2004).
- la durée d’incubation, la synchronisation de l’éclosion et le succès à
l’éclosion peuvent être affectés si la couvaison s’effectue de manière irrégu-
lière en raison du comportement de méfiance des oiseaux vis-à-vis de
l’installation. Ceci peut également avoir des conséquences sur la condition
des poussins et donc sur leur survie à long terme de la population (Mabee &
Estelle, 2000 ; Johnson &Oring, 2002).
- les prédateurs les plus petits peuvent passer entre les barreaux et détruire
les nids et les œufs (Mabee & Estelle, 2000). Selon le modèle choisi, des
prédateurs terrestres peuvent insérer la patte entre les barreaux et atteindre le
nid (Nol & Brooks, 1982).
- enfin, il y a également un risque qui pèse sur les adultes eux-mêmes s’ils ne
sortent pas assez rapidement de la cage de protection en cas d’intrusion d’un
prédateur (Neuman
et
al
., 2004 ; Isaksson et
al
., 2007 ; Hardy & Colwell,
2008). Isaksson (2008) précise ainsi que les exclos individuels sont surtout
efficaces chez les espèces dans lesquelles les oiseaux quittent rapidement le
nid à l’approche d’un prédateur, mais que chez une espèce comme le Cheva-
lier gambette qui ne part qu’au dernier moment, l’augmentation de la morta-
lité des adultes ne compense pas le gain de la protection des œufs. Par ail-
leurs, si les deux parents n’acceptent pas de la même façon la cage protec-
trice, il peut y avoir des périodes de non couvaison plus ou moins longues
qui entrainent des retards à l’éclosion de l’ensemble des poussins ou de cer-
tains d’entre eux, avec un risque de désynchronisation et donc de mortalité
des oiseaux nés le plus tardivement (Isaksson, 2008).

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Les répulsifs alimentaire ou auditifs et l’effarouchement
L’utilisation d’œufs de caille d’élevage contenant un vomitif (notam-
ment le bitrex) ou un répulsif a été expérimentée en différentes occasions.
Les résultats semblent probants envers les corvidés. Cependant, cette mé-
thode est surtout adaptée lorsque l’espèce à protéger est en phase de ponte ou
d’incubation, car le refus ne concerne pas les poussins. Aussi cette méthode
apparaît-elle limitée dans le temps (Liebezeit
et al.,
2002).
Son efficacité repose sur l’idée que, si une nourriture au mauvais goût
est associée, par une espèce, à une maladie, cela peut conduire à une diminu-
tion importante de la recherche de ce type de nourriture par cette espèce
(Garcia
et al.
, 1955), en raison de ce qui est considéré comme une aversion
conditionnée à une saveur (Cowan
et al.
, 2000 ; Gustavson
et al.
,
1976 ;
Conover
et al.
, 1977 ; Mason, 1989 ; Nicolaus
et al.
, 1989 ; Catry & Grana-
deiro, 2006). En effet, après avoir goûté un aliment traité, le prédateur fait le
rapprochement avec d’autres aliments, comme, par exemple, les œufs et les
poussins de l’espèce que l’on entend préserver et évitent de les consommer.
Pour que cette méthode soit réellement efficace, il est nécessaire que le pré-
dateur ait été en contact avec les aliments traités avant de l’être avec des
œufs ou des poussins de l’espèce à protéger. Cette méthode nécessite encore
des tests afin de mesurer toutes ses conséquences, tant sur l’espèce préda-
trice que sur d’autres vivant dans le même environnement.
Par ailleurs, on manque également d’informations sur le comporte-
ment des prédateurs. Abandonnent-ils réellement la recherche de tout ali-
ment ressemblant à celui qui leur a apporté des désagréments ? Ou recher-
chent-ils des aliments semblables afin de « tester » si tous ont le même in-
convénient pour eux ?
L’emploi de cadavres dans lesquels le vomitif ou le répulsif est injecté
peut être envisagé, à condition qu’une autorisation ait été délivrée par les
autorités compétentes. Le peu de retours d’expériences empêche d’évaluer
cette méthode qui semble ne pas toujours fonctionner, notamment dans les
zones où le nombre de nicheurs, et donc d’œufs, est très élevé.
Des répulsifs auditifs se trouvent sur le marché, mais aucune publica-
tion comparative ne semble disponible à ce sujet. Il semble cependant que
l’accoutumance est très rapide, ce qui réduit considérablement l’intérêt et
l’efficacité du dispositif.
L’effarouchement par le passage d’humains peut également constituer
un moyen, pourvu qu’il se produise loin des colonies. Cependant, il reste
d’efficacité limitée en raison de la rapide accoutumance des prédateurs qui
comprennent la non nocivité du dispositif pour eux, et également du coût très