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Добавлен: 19.01.2021
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HYDROGEOLOGIE
L’INTERET que peut inspirer un ouvrage du genre de celui-ci, n'est pas uniquement en raison du nombre des objets qui y sont considere, mais en raison du choix et surtout de l'importance de ces objets, fussent-ils en petit nombre.
S'il efit ete absolument necessaire de remplir completement le cadre qu’embrasse le titre que j'ai choisi, et de traiter avec detail de toutes les considerations qui s'y rapportent, je n'aurais assurement pas entrepris cet ouvrage. Je puis meme aj outer qu'en me bornant au petit nombre d'objets que je me suis propose d'y traiter, j'aurais, malgre cela, pu faire de gros et meme d'assez nombreux volumes ; la matiere m’en fournissait le moyen, et il ne m’eut fallu que du temps pour cela. Mais, outre qu'en general je fais peu de cas des gros ouvrages, il est entre dans mes vues, que celui-ci soit tres-resserre et fort court. S'il a quelque merite, il ne consistera point sans doute dans l'etendue du travail ni dans une erudition recherchee ; mais dans la nature meme et la nouveaute des sujets qui y sont traites, dans l'importance des idees que l’on y trouvera, et dans la convenance indispensable que je leur attribue.
Mon objet, dans cet ouvrage, est donc de presenter seulement quelques considerations que je crois nouvelles et du premier ordre, qui ont echappe aux recherches des physiciens, et qui me paraissent devoir servir de base pour former une bonne theorie de la terre. Je me bornerai, a l'egard de ces considerations, aux developpemens strictement necessaires pour etre entendu.
Je vais en consequence proposer et essayer de resoudre quatre des problemes les plus importans, et dont la solution doit sans contredit faire le fondement de la veritable theorie du globe terrestre. Les voici :
1°. Quelles sont les suites naturelles de l’influence et des mouvemens des eaux a la surface du globe terrestre ?
2°. Pourquoi la mer a-t-elle constamment un bassin et des limites qui la contiennent et la separent des parties seches de la surface du globe, toujours en saillies au dessus d’elle ?
3°. Le bassin des mers a-t-il toujours existe ou nous le voyons actuellement, et si l'on trouve des preuves du sejour de la mer dans des lieux ou elle n'est plus ? par quelle cause s'y est-elle trouvee, et pourquoi n’y est-elle pas encore ?
4°. Quelle est l’influence des corps vivans sur les matieres qui se trouvent a la surface du globe terrestre et qui composent la crofite dont il est recouvert, et quels sont les resultats generaux de cette influence ?
Il ne s'agit pas de creer, a l’egard de ces belles questions, d’ingenieux systemes, ni de proposer de brillantes hypotheses, en se fondant sur des principes supposes ; cette maniere d’etudier la Nature et d’en vouloir tracer la marche, avance rarement nos connaissances a cet egard ; et il arrive meme le plus souvent qu'elle en retarde les vrais progres, en nous ecartant de la seule route qui peut nous en procurer de solides.
Mais sommes-nous donc reduit a ne pouvoir former, sur ces grands sujets, que des hypotheses arbitraires, que des suppositions gratuites, et, comme le pensent bien des modernes, devons-nous toujours eviter, sous le pretexte de ce danger, les questions les plus importantes, pour ne nous occuper qu’a considerer celles d'un ordre inferieur ; qu'a recueillir sans cesse tous les petits faits qui se presentent, et qu'a les etudier isolement jusque dans les plus minutieux details, sans jamais oser chercher, a decouvrir les faits generaux ou ceux du premier ordre, dont les autres ne sont que les derniers resultats ?
Je le vois avec peine ; mais dans l’etude des sciences, comme dans tout autre genre d'occupation, les hommes a petites vues ne peuvent reellement se livrer qu'a de petites choses, qu'a de petits details, et leur nombre est toujours celui qui domine. Or, par suite naturelle de l'estime que chacun attache a ce qu'il peut faire ou a ce qu'il est capable de concevoir, les hommes ordinaires meprisent ou desapprouvent en general la consideration des grands objets et des grandes idees.
Si, comme on n'en saurait douter, il est vraiment utile d'apporter, dans la recherche et la determination des faits, cette precision et cette scrupuleuse exactitude qui honorent les savans qui s'en font une loi ; l’exces de l'assujettissement a cette loi devient a la fin dangereux, en ce qu'il tend sans cesse a retrecir les idees de ceux qui s'y livrent, et par l'habitude qu'il leur donne de ne voir et de ne s'occuper que de petites choses : cet exces jette les sciences physiques cultivees de cette maniere, dans un dedale de petits principes multiplies et sans bornes ; il leur ote la simplicite et la clarte qu'elles doivent avoir, sans nuire a la solidite des preceptes ; enfin, il en fait l'unique domaine d’un petit nombre d'adeptes qui ont l’esprit propre a s'enfoncer dans ce dedale scientifique et a s'y complaire.
Cependant en s'elevant, par la meditation, a la contemplation de l'ensemble des faits observes, je vois que parmi ces faits il y en a reellement de differens ordres d’importance, en sorte que si ce que je nomme les petits faits, ou ceux de l’ordre le plus inferieur, sont les plus faciles a apercevoir, et fournissent aux amateurs de ces petites decouvertes un champ inepuisable ; la Nature neanmoins nous offre continuellement des grands faits dont la consideration est avant tout indispensable pour la bien juger, mais que l'inattention et trop souvent l’incapacite empechent de saisir.
La solution des quatre questions mentionnees ci- dessus me parait s'appuyer sur des faits de cet ordre. Ainsi ces questions, presentees successivement, feront ici chacune la matiere d'un chapitre particulier fort court.
Une bonne Physique terrestre doit comprendre toutes les considerations du premier ordre, relatives a l’atmosphere terrestre ;
ensuite toutes celles du meme genre, qui concernent l'etat de la crofite externe de ce globe, ainsi que les modifications et les changemens qu'elle subit continuellement ; enfin celles de la meme sorte, qui appartiennent a l'origine et aux developpemens d'organisation des corps vivans. Ainsi toutes ces considerations partagent naturellement la physique terrestre en trois parties essentielles, dont la premiere doit comprendre la theorie de l'atmosphere, la Meteorologie ; la seconde, celle de la crofite externe du globe, VHydrogeologie ; la troisieme enfin, celle des corps vivans, la Biologie.
Ce n'est donc reellement que la seconde partie de la Physique terrestre que je publie maintenant dans cet ouvrage, a la fin duquel on trouvera, dans un Appendice, un Memoire sur la matiere du feu, consideree comme instrument chimique dans les analyses, et un autre sur celle du son.
CHAPITRE PREMIER.
Quelles sont les suites naturelles de l'influence et des mouvemens des eaux a la surface du globe terrestre ?
Aucune question, ce me semble, ne peut etre plus importante pour l'etablissement d'une bonne theorie du globe terrestre, que celle dont il s'agit ; elle prete moins a l'imagination qu'aucune autre pour former des hypotheses ; car tout ce qu'on peut dire a son egard, ne peut etre fonde que sur des faits generalement reconnus, et ne saurait etre appuye sur des suppositions. Cependant cette grande question, si necessaire a considerer, si facile a resoudre, me parait encore neuve, au moins sous son point de vue general, et, comme telle, a ete jusqu'a present negligee des physiciens-naturalistes.
Les mouvemens des eaux a la surface du globe doivent etre distingues en deux sortes ; savoir : ceux des eaux douces, qui operent leur influence a la surface des parties seches du globe dont il s'agit, et ceux des eaux salees, qui exercent la leur dans le bassin des mers.
Nous allons voir que ces deux sortes de mouvemens des eaux se contrarient mutuellement, et neanmoins se compensent dans leurs resultats ; et que la premiere sorte constitue l'une des principales causes des mutations perpetuelles que subissent les parties seches du globe, qui s'elevent au dessus du niveau des eaux marines, tandis que la seconde sorte donne lieu a l’enfoncement constant du bassin des mers dans un lit borne de toutes parts.
Resultat de l'influence et des mouvemens des eaux
douces.
Les mouvemens des eaux douces sur les parties decouvertes du globe sont ceux qui sont occasionnes par les pluies, les orages, les fontes de neiges ; en un mot, l'ecoulement des eaux vers les lieux bas, comme celui des torrens, des ruisseaux, des rivieres, des fleuves ; des eaux pluviales de tous les genres ; enfin, des sources et des fontaines.
En humectant et lavant sans cesse les parties saillantes au dessus du niveau des mers, les eaux douces, aidees par l'action alternative du soleil et des influences atmospheriques (1), alterent et detachent continuellement de ces parties saillantes, des particules, soit terreuses, soit pierreuses, soit des autres corps qu'elles ont detruits, decomposes ou dissous ; les entrainent sans cesse vers les lieux bas, et enfin les portent jusque dans le bassin des mers, qu'elles tendent toujours a combler.
Or, je vais faire voir que, par les suites de ce mouvement des eaux douces, les plaines perdent insensiblement leur integrite et leur niveau ; les ravines se forment, se creusent et se changent en immenses vallees ; les cotes, qui accompagnent et enferment les bassins des fleuves, se changent en cretes elevees, se divisent ensuite en differens lobes qui, a leur tour, se taillent et s'aiguisent en montagnes.
Si l'on suppose que toute la partie decouverte de la surface du globe ait ete dans son origine une vaste plaine, c'est-a-dire, n'ait presente a l'exterieur qu'une surface plane, n'offrant ni montagnes ni vallons, et n'ayant d'autre courbure que celle qu'elle re?oit de la forme generale du globe ; quoique cette supposition ne soit pas necessaire, parce que sans doute les terrains abandonnes successivement par la mer ne sont pas tous sans inegalite dans leur plan, il m’est aise de faire voir qu'au bout d'un tems quelconque l'influence des eaux pluviales aura denature ou detruit le niveau et la regularite de cette vaste plaine, et par la suite aura pu former des montagnes semblables a celles que nous connaissons.
En effet, cette influence des eaux pluviales aura d'abord forme sur la surface de la plaine dont il s'agit, des excavations diverses. Bientot apres les eaux, amassees en differens lieux, se seront frayees un passage vers les points les moins eleves de leur voisinage. Celles qui se seront trouvees peu distantes de la mer, s'y seront jetees, et auront trace sur le sol un petit canal qui se sera agrandi, avec le tems, par la continuite du passage des eaux. De proche en proche les eaux amassees dans les differentes excavations de la plaine se seront jetees dans les canaux qui avoisinent la mer, et par cette voie, jointe au tems necessaire, auront dfi naitre les ruisseaux, les torrens, les rivieres et les fleuves qui sillonnent de tous cotes les parties decouvertes de la surface du globe.
Chaque fleuve se sera creuse, avec l'aide du tems, un bassin vaste, irregulier comme son cours, et au centre duquel se sera trouve le lit ou le canal de ses eaux. Chaque bassin aura necessairement presente de chaque cote deux cotes elevees plus ou moins distantes, accompagnant son lit presque jusqu'a la mer. La multiplicite des bassins qui se seront etablis sur la vaste plaine en question, aura par la suite change les cotes de chaque bassin en espece de cretes. Enfin ces cretes, saillantes et fort elevees, se trouvant tres-souvent baignees ou humectees par les nuages, et inondees par les degroupemens des nuages orageux ou par des pluies multipliees, auront dfi s'imbiber d'une humidite tres- abondante. Or, il en sera resulte, par des suintemens continus, des fontaines, des ruisseaux, des torrens qui auront degrade et divise ces memes cretes, et les auront partages en differens lobes. En un mot, ces lobes, plus ou moins aiguises par les lavages des eaux pluviales, auront forme des montagnes semblables a celles que nous observons maintenant, ou au moins a la plupart d'entre elles.
Cette marche est celle de la Nature, celle de ses moyens connus et de ses facultes, celle enfin qu'indique l'observation de ce qui se passe continuellement sous nos yeux.
Il est donc evident pour moi, que toute montagne qui n'est pas le resultat d'une irruption volcanique ou de quelque autre catastrophe locale, a ete taillee dans une plaine, ou s'est formee insensiblement, dans sa masse, ou en a fait elle-meme partie : en sorte que les sommets des montagnes qui sont dans ce cas, ne sont que des restes de l'ancien niveau de la plaine dont il s'agit, si les lavages et les autres causes de degradation n’en ont pas depuis opere le racourcissement.
Mais, m'objectera-t-on, il n'est pas vraisemblable que des montagnes elevees a plus 3,000 metres (plus de 1,500 toises) au dessus du niveau des eaux marines, comme le Pichincha au Perou, dont la hauteur est de 6,274 metres ; le Pic de Teneriffe, qui a 3,710 metres de hauteur ; le mont Blanc dans les Alpes, qui est haut de 3,076 metres ; le mont Saint-Gottard, aussi dans les Alpes, qui a 3,215 metres de hauteur ; le mont Perdu dans les Pyrenees, dont la hauteur est de 3,435 metres ; le mont Etna en Sicile, qui a 3,258 metres de hauteur, etc. il n'est pas vraisemblable, ajoute-t-on, que des montagnes aussi hautes aient ete taillees dans une plaine dont elles auraient autrefois fait partie, c'est-a- dire, dont elles auraient constitue une partie de la masse ; il faudrait, pour que cela efit pu avoir lieu, que les plaines capables de fournir de pareilles montagnes eussent ete elevees au dessus du niveau des eaux marines, au moins de toute la hauteur de ces montagnes ; ce qui ne parait ni vraisemblable ni meme possible.
A cette objection specieuse je repondrai que je me crois cependant tres-fonde, comme on le verra par la suite de cet ouvrage, a assurer que, parmi les montagnes en question, toutes celles qui ne sont pas le resultat d'irruptions volcaniques, ont ete formees et taillees dans une plaine ; car celles qui ont ete produites par des volcans (et ce sont les plus hautes), comme le Pichincha, le Pic de Teneriffe, l’Etna et bien d'autres, resultent evidemment d'une longue suite de depots auxquels les eruptions de ces volcans ont donne lieu. Or, quant aux montagnes non volcaniques, il m'est facile de faire voir que les plaines qui les ont fournies, ont pu autrefois s'etre trouvees a cette elevation, et que cette meme elevation n'est telle que nous la voyons maintenant, que parce que le niveau des eaux marines qui les avoisinent a present, est fort change par rapport a celui qui existait lorsque les mers etaient tres-eloignees.
Quiconque, en effet, meditera profondement sur les faits et les considerations qui vont etre exposees dans cet ouvrage, sera necessairement dans le cas de se convaincre que cette meme elevation des plaines qui ont fourni les montagnes non volcaniques, n'est maintenant tres-grande que par rapport a l'etat actuel des choses, qui n’est plus tel qu'il etait reellement alors.
Deux causes, par exemple, ont dfi concourir a rendre l'elevation dont il s'agit, aussi grande que nous la trouvons actuellement.
L'une consiste dans l’amoncelement continuel des matieres de remplissage dans la partie du bassin des mers, dont ces memes mers s'eloignent insensiblement ; car elles n'abandonnent ces parties de son bassin, qui deviennent de plus en plus voisines des cotes qu'elle tend a quitter, qu'apres avoir rempli leur fond et l'avoir eleve graduellement. Il en resulte que les cotes que la mer va abandonner, ne sont jamais constituees par un terrain bien bas, quoique souvent il paraisse tel ; car elles sont exhaussees sans cesse par les suites du balancement perpetuel des eaux marines, qui rejette en general de leur cote toutes les matieres de remplissage apportees par les fleuves ; en sorte que les grandes profondeurs des mers ne se rencontrent point pres des cotes que les mers fuient, mais dans leur milieu et dans le voisinage des cotes opposees que ces mers tendent a envahir.
L'autre cause, comme on le verra, se trouve dans les detritus successivement accumules des corps vivans qui elevent perpetuellement, quoiqu'avec une lenteur extreme, le sol des parties seches du globe, et qui le font avec d'autant plus de succes, que la situation de ces parties donne moins de prise aux degradations qu'operent les eaux douces.
Sans doute une plaine qui doit un jour fournir les montagnes que les eaux douces tailleront dans sa masse, a pu, lorsqu'elle etait encore peu distante de la mer, n'avoir qu'une mediocre elevation au dessus de ses eaux ; mais a mesure que le bassin des mers s'est eloigne de cette plaine, ce bassin s'enfon5ant toujours dans l'epaisseur de la crofite externe du globe, et le sol de la plaine s'elevant perpetuellement par les detritus des corps vivans, il a dfi arriver qu'a la suite des siecles d'elevation de la plaine dont il s'agit, soit a la fin suffisante pour qu'un jour de hautes montagnes puissent etre formees et taillees dans son epaisseur.
Quoique la chetive duree de la vie de l'homme le mette hors d'etat de s'apercevoir de ce fait, il est certain que le sol d'une plaine acquiert sans cesse un accroissement reel dans son elevation, tant qu'il est recouvert de vegetaux et d'animaux divers. En effet, les debris successivement entasses des generations multipliees de tous ces etres qui perissent tour-a-tour, et qui, par suite de l'action de leurs organes, ont, pendant le cours de leur vie, donne lieu a des combinaisons qui n'eussent jamais existe sans ce moyen, et dont la plupart des principes qui les forment, ne furent point empruntes du sol ; ces debris, dis-je, se consumant successivement sur le sol de la plaine en question, augmentent graduellement l'epaisseur de sa couche externe, y multiplient les substances minerales de toutes les sortes, et y elevent insensiblement le terrain.
Les vastes plaines de la Tartarie ont maintenant une elevation tres-considerable au dessus du niveau des eaux marines, parce qu'elles ont cesse d'etre sous les eaux depuis un tems immemorial, et qu'elles ont dfi subir les effets des causes que je viens d'indiquer. Mais a mesure que la mer s'en rapprochera pour les envahir, ce qui arrivera par l'est de ce pays ; a mesure que les distances du centre de ces vastes plaines aux rives de la mer seront moins grandes, les mouvemens des eaux douces y creuseront d'enormes vallees, et y tailleront, avec le tems, des montagnes qui auront une hauteur d'autant plus considerable, que les plaines qui les fourniront auront eu plus d'elevation.
L'elevation des plaines que je cite, est un fait reconnu : elle s'est sans doute operee par la voie que j'indique, par celle des detritus successifs des corps vivans qui y ont forme toutes les matieres argileuses et calcaires qui s'y trouvent, ainsi que celles qui en derivent ; et quoiqu'il y ait une enorme quantite de siecles que ces plaines existent, si les eaux douces ne les ont pas encore taillees en montagnes, et n'y ont pas creuse d'immenses et profondes vallees, c'est parce que la grande distance qui separe ces vastes plaines des rives de la mer, ne le permet pas.
Quant aux montagnes de roches informees, qui peuvent etre fort antiques, mais qu'on a eu tort, malgre cela, d'appeler primitives, parce qu'il n'y a ni vraisemblance ni preuves qu'il en existe de celles-la ; il y a lieu de croire qu'elles ont ete formees insensiblement dans la masse meme des plaines les plus elevees, et peut-etre en partie sous les eaux.
La maniere dont se forment les roches quartzeuses, ou granitiques, ou porphyritiques, n'est point du tout la meme que celle de toutes les pierres quelconques qui ont ete originairement produites par des sedimens successifs, et consequemment par couches variees en epaisseurs, mais toujours paralleles les unes aux autres. J'en dirai un mot dans le quatrieme chapitre.
Or, des roches informes, ou quartzeuses, ou granitiques, etc. ont pu, avec le tems et des circonstances favorables, etre produites de la maniere que j'indiquerai, s'amonceler les unes sur les autres, et a la fin constituer des amas assez considerables pour donner lieu a des montagnes de cette nature, qui se seront d'abord trouvees enchassees dans la masse des terrains les plus eleves.
Ces montagnes de roches informes seront sans doute, en tout tems, distinctes des montagnes a couches pierreuses et des montagnes volcaniques ; mais leur existence ni leur formation particuliere ne contredisent nullement l'explication que je donne des effets de l'influence des eaux dont il s’agit dans ce chapitre.
Il m'importait donc de demontrer, 1°. que le mouvement des eaux douces a la surface des parties decouvertes de notre globe, en alterant, humectant et lavant sans cesse les parties du sol, toujours elevees an dessus du niveau des mers, en detache continuellement des particules terreuses, pierreuses, metalliques, etc. les transporte dans le bassin des mers, et tend sans cesse a combler ce bassin ; 2°. que ce mouvement des eaux douces, a mesure qu'il transporte dans les mers tout ce qu'il detache de la superficie des parties decouvertes du globe, excave et sillone les plaines, detruit l'uniformite de leur niveau, creuse le lit des rivieres et des fleuves, forme les bassins qui contiennent ces lits, et les cotes qui bordent ces bassins ; enfin, change ces cotes en cretes montagneuses, et taille ces cretes en lobes, qui, en s'aiguisant plus ou moins, constituent les montagnes non volcaniques ni accidentelles, mais qui font partie de chaines plus ou moins regulieres.
Si, dans un grand nombre de ces montagnes, l'on observe des couches plus ou moins inclinees d'un cote, au lieu d'etre horizontales, ces inclinaisons de leurs couches proviennent en general de ce que ces points ont autrefois fait partie du rivage toujours incline de la mer. Souvent neanmoins elles sont dues a des affaissemens particuliers.
En effet, dans beaucoup de montagnes, et specialement dans les Pyrenees, sortant au centre meme de ces montagnes, on observe que les couches sont la plupart, ou verticales, ou tellement inclinees, qu'elles approchent plus ou moins de cette direction.
Mais conclura-t-on de la qu'il y a eu necessairement une catastrophe universelle, un bouleversement general qui y a donne lieu ? Ce moyen, si commode pour ceux des naturalistes qui veulent expliquer tous les faits de ce genre sans prendre la peine d'observer et d'etudier la marche que suit la nature, n'est point du tout ici necessaire ; car il est aise de concevoir que la direction inclinee des couches dans les montagnes peut avoir ete operee par d'autres causes, et surtout par des causes plus naturelles et bien moins supposees que l'evenement d'un bouleversement general.
Cette direction inclinee des couches a pu resulter non-seulement de l'inclinaison naturelle du sol, lorsque la partie que l'on considere etait pres du bord de la mer ; des couches successivement formees sur les talus des coteaux et des montagnes ; mais en outre elle a pu, et meme tres-souvent elle a dfi prendre son origine dans une infinite d'accidens particuliers aux lieux ou on l'observe.
En effet, toutes couches, meme les plus horizontales, comme celles qui se sont formees dans les plaines, ont dfi, a la suite des tems, par des affaissemens locaux, changer en ces endroits leur direction ; et il a pu s'en former de tels, qu'ils aient donne aux couches soumises a ces catastrophes particulieres, les directions qu'on leur trouve en bien des lieux. Les affaissemens locaux dont je parle sont assez frequens dans la Nature, et leurs causes directes sont trop connues, pour qu'il soit necessaire que j'insiste davantage sur ces objets.
Si le mouvement des eaux douces tend continuellement a combler et a detruire le bassin des mers, nous allons voir que le mouvement des eaux salees ou marines, occasionne par les marees, les courans divers, les tempetes, les volcans sous-marins, etc. tend au contraire a creuser et a retablir sans cesse le bassin de ces eaux marines.
Aussi, sans la puissance et l'effet de ce mouvement des eaux salees, on sent que les eaux liquides qui constituent les mers, etant d'une densite moindre, et par consequent d'une moindre pesanteur que les parties solides qui composent la masse de notre globe, devraient s'etendre partout au dessus d'elles, et former autour du globe entier une enveloppe liquide d'un ou plusieurs metres d'epaisseur, n'ayant nulle part de bassin isole, et ne laissant aucune partie de matiere plus pesante en saillie au dessus de son niveau.
Tels devraient etre sans doute l’arrangement et la situation qu'exige l'ordre de pesanteur des matieres qui composent la masse du globe terrestre, et que ces matieres auraient assurement si une cause principale et constamment active n'en disposait d'une autre maniere. Je vais faire connaitre cette cause dans le chapitre qui suit.
CONCLUSION.
Il resulte, je crois, de ce qui vient d'etre expose, que les suites naturelles du mouvement des eaux a la surface du globe, modifient continuellement l'etat de cette surface, en ce que
Les eaux douces, par leur contact, et aidees de l'influence de l'air et du calorique, alterent sans cesse et detachent les molecules abregees ou agglutinees des corps bruts ; ensuite, par leurs lavages et leurs ecoulemens divers, elles entrainent et charient toutes les molecules et tous les corps qui cessent d'adherer aux masses solides, et les transportent dans le bassin des mers qu'elles tendent a combler.
Par ces effets, les eaux douces detruisent insensiblement le niveau des plaines, surtout de celles qui sont voisines de la mer ; creusent les vallons ainsi que les bassins des rivieres et des fleuves ; enfin, taillent et aiguisent les montagnes.
Les eaux marines, au contraire, ayant perpetuellement leur masse agitee par un mouvement d'oscillation, et en outre se trouvant entrainees par un mouvement general et continuel d'orient en occident, recreusent perpetuellement le bassin qui les contient, et le deplacent sans cesse, quoiqu'avec une lenteur inappreciable. C'est ce que je vais essayer de faire voir dans le chapitre qui suit.
CHAPITRE II.
Pourquoi la mer a-t-elle constamment un bassin et des limites qui la contiennent et la separent des parties seches du globe, toujours en saillie au dessus d'elle ?
Pour quiconque ne pense pas ou s'exerce peu a reflechir, les faits les plus remarquables ne le frappent pas s'ils sont ordinaires ; il les trouve tres-simples, tres- naturels, parce qu'il les voit tous les jours, et il ne lui vient point a la pensee que la cause de ces faits peut n'etre pas connue. Quel est l'homme, parmi le vulgaire, qui ait jamais reflechi sur le phenomene de la combustion, et qui en ait ete etonne ? Comme il fait ou voit du feu tous les jours et partout, jamais il ne lui vient a l'idee qu'il y ait quelque chose de singulier et de peu connu dans ce fait.