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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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En guise de conclusion : quels programmes pour les oi-
seaux côtiers dans les prochaines années ?
Patrick Triplet
Cet ouvrage n’est pas une fin en soi, et n’a aucunement la prétention
d’avoir fait le tour des différents aspects de la biologie des oiseaux d’eau et
de leurs exigences en matière de conservation et de gestion des habitats cô-
tiers. Il paraît nécessaire de poursuivre les études comportementales, de dé-
velopper les modèles prédictifs, de tester de nouvelles méthodes de gestion.
On retiendra que le concept de gestion reposant sur l’analyse des ef-
fectifs n’est pas suffisant. La connaissance de la condition physique des oi-
seaux et de la probabilité de mortalité hivernale en lien direct avec les condi-
tions difficiles d’alimentation paraît devenir un enjeu fort pour les pro-
chaines études à mener. Les travaux de Goss-Custard et de son équipe, au-
jourd’hui dissoute, ont apporté un éclairage nouveau sur les paramètres dé-
mographiques liés aux conditions du milieu. Ils ont permis de montrer que,
lorsque les conditions alimentaires se détérioraient et que la compétition
s’intensifiait, on atteint un point à partir duquel la réussite des oiseaux (
fit-
ness
) commence à diminuer et le taux de mortalité ou la proportion
d’oiseaux en mauvaise condition physique commence à augmenter, en raison
d’une fonction densité-dépendante (Goss-Custard, 2003). Les idées dévelop-
pées par cet auteur lui ont permis d’affirmer que pour maintenir une popula-
tion de limicoles à son niveau actuel sur un site, c’est-à-dire pour maintenir
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sa capacité d’accueil, il ne faut pas laisser la quantité de nourriture présente
par oiseau à l’automne descendre en dessous d’une certaine quantité néces-
saire pour que les oiseaux maintiennent leur niveau de réussite. Les res-
sources alimentaires jouent donc un rôle essentiel dans la mortalité et la con-
dition corporelle des oiseaux au cours de l’hiver. Elles doivent donc faire
l’objet d’une attention particulière, ce qui passe par un contrôle des prélève-
ments, dans le cas de ressources exploitables par les humains, ou d’un con-
trôle de la fréquentation, quand les dérangements sont tels qu’ils risquent de
réduire les possibilités d’exploitation par les oiseaux. Une diminution des
surfaces alimentaires n’est pas forcément synonyme d’une diminution
d’oiseaux car les densités de ceux-ci peuvent augmenter si elles étaient en
dessous d’une valeur à partir de laquelle les interférences conduisent à une
limitation des possibilités d’alimentation. Ceci souligne l’importance de la
connaissance des densités de proies rapportées au m
2
et la surface et distribu-
tion des ressources.
Les espaces littoraux ont donc un rôle considérable à jouer pour la
conservation des différentes espèces d’oiseaux qui y séjournent durant la
migration ou l’hiver ou se reproduisent en haut de plage. Des études et ac-
tions ponctuelles ou s’insérant dans un cadre plus général peuvent permettre
de remédier à différents maux dont souffrent les espèces, mais aucune ne
sera suffisante sans un meilleur respect et une meilleure gestion de
l’ensemble des espaces encore fonctionnels. Les idées ci-dessous ne sont pas
exhaustives, elles peuvent être développées, complétées, améliorées. Elles
visent surtout à lancer des pistes de réflexion pour une meilleure organisa-
tion des études, pour un plus grand partage et une meilleure connaissance
des travaux en cours et des résultats obtenus. La priorité est de parvenir, dans
un contexte qui n’a jamais été aussi défavorable, avec des zones intertidales
coincées entre la pression humaine et l’élévation du niveau des mers, à agir
le plus efficacement possible pour préserver les sites indispensables aux
espèces fréquentant ces habitats.
Les gestionnaires de sites littoraux, aires marines protégées ou non,
doivent travailler à trois niveaux, international, national et local, même si, à
première vue, le niveau local leur est le plus accessible. Il est en effet impor-
tant d’inscrire les travaux et la vision que l’on se fait d’un site dans une
perspective plus large, trop souvent oubliée. Un site littoral ne fonctionne
pas seul, à aucun moment. Il tire son importance de sa complémentarité avec
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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d’autres sites. Et une décision prise (ou non prise) localement, peut avoir des
conséquences aux niveaux supérieurs.
Travailler à une échelle locale
- Identifier et développer les actions de conservation ayant montré leur perti-
nence pour stabiliser, au moins localement la diminution des effectifs (par
exemple, généraliser les mesures de conservation des espèces nichant sur les
hauts de plage (Gravelot à collier interrompu). Un partage d’expériences
entre les sites permettra de définir les meilleures méthodes à dupliquer pour
augmenter l’efficacité de la conservation.
- Gérer autant que possible les milieux afin qu’ils ne constituent pas des
facteurs limitants (contrôle du développement des Spartines, du Chiendent,
utilisation encadrée du pâturage comme outil de diversification des habitats,
entretien des hauts de plage compatible avec le développement de la flore
locale et avec leur utilisation par les espèces nicheuses).
- Lancer des études de quantification de la prédation sur des espèces com-
merciales (Coques) afin de disposer d’arguments pertinents vis-à-vis des
pêcheurs à pied et de leur expliquer qu’un zonage des activités et des objec-
tifs est nécessaire afin que les espaces littoraux répondent aux besoins de
chacun, oiseau ou humain.
- Mettre en œuvre des mesures de gestion de la fréquentation, par création de
zones d’exclusion (période de nidification) ou zonage dans les zones estua-
riennes. Pour cela, une recherche de solutions librement acceptées sera tou-
jours préférable et plus efficace, sur le long terme, que l’instauration de me-
sures coercitives, mal comprises, mal acceptées, et pour lesquelles les
moyens de mise en œuvre risquent de ne jamais être suffisamment impor-
tants.
- Veiller à la quiétude des reposoirs existants et analyser la possibilité d’en
créer d’autres situés à proximité immédiate des zones alimentaires. Mettre en
place une zone tampon autour des reposoirs afin d’éviter les dérangements.
Cette zone doit permettre d’empêcher les dérangements terrestres et
d’origine marine (passage de bateaux, kitesurfs…). Une sensibilisation des
pratiquants de sports de voile est à envisager afin qu’ils comprennent la res-
ponsabilité qui est la leur dès lors qu’ils s’approchent trop de zones indis-
pensable pour la quiétude des oiseaux.
- Analyser les ressources alimentaires disponibles pour les oiseaux tout au
long du cycle annuel et répéter l’opération à intervalles réguliers afin de
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vérifier que la valeur du site ne change pas. Bien que cela soit fort lourd, une
analyse selon un maillage à déterminer paraît être la plus pertinente et la
mieux utilisable pour comprendre l’utilisation des sites et les modifications
interannuelles dans la répartition, voire dans l’abondance des espèces.
- Étudier les causes locales de changement dans les effectifs et mettre en
place les mesures correctives si nécessaires. Ce point est extrêmement im-
portant. Les modifications et notamment les diminutions d’effectifs ne sont
pas systématiquement dues à des causes locales, mais peuvent être la consé-
quence d’un élément affectant l’espèce ou les espèces sur l’ensemble de leur
aire de répartition. La connaissance précise des facteurs limitants locaux,
potentiels ou réels, permet de les relativiser et de déterminer les mesures les
plus appropriées.
- Communiquer et sensibiliser sur la valeur du site pour les oiseaux, organi-
ser des sorties de terrains, des conférences, des expositions afin de rallier le
plus grand nombre aux objectifs de conservation
Travailler à une échelle nationale
- Renforcer les réseaux existants. En France, par exemple, il est nécessaire
de poursuivre la participation aux dénombrements de la mi-janvier et de
s’inscrire dans le cadre du réseau limicoles côtiers coordonné par Réserves
naturelles de France. Ce réseau doit se développer pour intégrer d’autres
sites qui ne sont pas en réserves naturelles mais dont la conservation est in-
dispensable pour l’avenir des populations d’oiseaux d’eau.
- Lancer des projets intersites, comme, par exemple, celui qui avait consisté
à comparer le rythme d’activité du Courlis cendré sur différentes réserves
naturelles, afin de mieux comprendre les exigences des espèces et de mieux
ajuster les éventuelles mesures de conservation à mettre en place. Un travail
approfondi et comparé sur le régime alimentaire des anatidés permettrait de
fournir des arguments sur les choix de gestion à adopter et à appliquer sur les
marais maritimes. Une analyse comparative de la fréquentation, des déran-
gements et de mesures prises pour appréhender et atténuer ceux-ci serait
également fort utile pour de nombreux gestionnaires.
Travailler à une échelle internationale
- Développer les relations dans un vaste réseau, comme celui mis en place
par Wetlands International ou pour les limicoles, par le Wader Study Group,
avec des échanges plus intenses, en inscrivant les actions dans le cadre de