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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
597
Tableau
III : méthodes de contrôle de la Spartine anglaise utilisées dans le Monde
technique
remarques
références
introduction de néma-
todes et d’insectes, tel
que
Prokelisia margina-
ta
Les plantes sont attaquées mais pas de manière
spécifique par les nématodes.
Prokelisia marginata
fournit des résultats très prometteurs, bien qu’il y
ait un risque de résistance de la part des Spartines.
Daehler & Strong, 1994, 1995, 1996, 1997 ;
Hedge
et al
., 2003
arrachage manuel des
petites touffes
Facile uniquement sur des zones colonisées ré-
cemment (1 à 3 ans), car le réseau racinaire est
encore faible. L’efficacité est de 97 à 100 % avec
une perturbation minimale du milieu, mais ne
permet pas de traiter de grandes surfaces. Ce travail
demande du temps et doit faire appel au volontariat.
Norman & Patten 1997
Bishop 2000
Hedge
et al
., 2003.
bêchage
Uniquement sur des zones colonisées récemment (1
à 3 ans). L’efficacité est de 100 % avec une pertur-
bation minimale du milieu, mais ne permet pas de
traiter de grandes surfaces. Cette méthode perd de
son efficacité quand les taches de Spartines font
plus de 15 cm de diamètre.
Bishop 2000
Dethier & Hacker, 2004
couverture
La mise en place d’un matériau ne laissant pas
passer la lumière, tel que du géotextile ou du plas-
tique, permet d’éliminer la Spartine. Il est préfé-
rable de brûler la Spartine au préalable ou de la
faucher et de répéter l’opération deux années de
suite. La mise en œuvre n’est pas toujours possible
et n’est pas esthétique. Même associée à des épan-
dages de glyphosate, ces méthodes ne donnent que
des résultats partiels. Les bâches doivent par ail-
leurs rester jusqu’à six mois en place.
EIS, 1993
Moore, 1997
Bishop, 2000
Tamar Valley Weed Strategy ; Rice Grass
control by Rubicon and Landcare Inc.htm
retournement des plan-
tules
À un stade précoce de développement, le fait de
retourner les plantules peut suffire à les éradiquer.
La méthode est efficace pour les petites infesta-
tions.
Bishop, 2000
Spartina Task Force, 1994
fauche des touffes
La fauche peut contenir l’infestation et limiter la
production de graines et éventuellement tuer les
plantes mais ne conduit jamais à la disparition
totale de l’invasion. Cette opération doit être réali-
sée régulièrement, en commençant dès le prin-
temps. Les zones fortement couvertes peuvent
demander jusqu’à 9 à 10 interventions sur deux
années, parfois jusqu’à quatre ans. Lorsqu’une
seule fauche peut être faite, il est préférable de la
conduire tôt dans la saison de maturation (août-
septembre) plutôt qu’ensuite. Elle est utilisée dans
les premiers stades d’infestation sur les vasières de
Roberts Banks en Colombie britannique. Kim
Daehler 1996
Le Goff, 1999
Gray, 1992
Patten, 2002
Hedge
et al
., 2003
Reeder et Hacker, 2004
Spartina Task Force, 1994
Department of Interior, U.S. Fish and Wild-
life Service, Willapa National Wildlife
Refuge, 1997
Williams, 2004
Patten, 2002
(David H. Milne, Evergreen Involvement

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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technique
remarques
références
Patten (2002) considère cependant les fauches
multiples comme peu efficaces avec des taux de
succès compris entre 61 et 93 % (Hedge
et al
.,
2003).
La fauche hivernale fait l’objet de tests car elle
permettrait de fragiliser les pousses en dormance.
La fauche permet de développer la Puccinellie au
détriment de la Spartine.
with Spartina, February 1997, site internet).
écrasement
Le succès de l’écrasement dépend du sédiment. Les
sédiments très fins et vaseux permettent
l’élimination de 90 % des Spartines, tandis que sur
un terrain sableux, elle est comprise entre 54 et
74 %. Les opérations répétées année après année ne
permettent pas une destruction totale, tandis que
leur arrêt autorise les Spartines à augmenter leur
densité.
Patten (2004)
utilisation du rotalabour
et du rotavator
Des résultats satisfaisants ont été obtenus en baie
de Somme. Plusieurs passages sont nécessaires et
l’opération doit être renouvelée. Dans le sol sa-
bleux de Lindisfarne, 95 % des Spartines sont
détruites après intervention mécanique (Davey
et
al
., 1996). Le labour hivernal permet de détruire 67
à 77 % des Spartines, pour seulement 22 à 37 % en
février. Aux États-Unis, cette méthode fournit 90 %
d’efficacité en hiver et moins de70 % au printemps.
Il faut deux ans de labour hivernal pour atteindre
99 % et entre 2,5 et 6 ans pour les autres méthodes
mécaniques.
Davey, 1993
Davey
et al
. 1996
Moore, 1997
Fagot
et al
, 1999
Le Goff, 1999
Parkinson, 2002
Patten, 2002
Hedge
et al
. 2003
noyade
Dans les bassins du marais de Séné, la mise en eau
prolongée des zones de Spartines, combinées à une
fauche régulière des parties émergentes a permis
une forte diminution de cette plante.
Gélinaud, 2000
privation d’eau
Cette méthode entraîne la destruction des autres
espèces végétales et n’est applicable que sur de
petites surfaces.
Aberle, 1990
lance-flamme
Cette méthode agit par déshydratation de la plante.
Son efficacité est réduite, en dehors de la limitation
de la production de graines.
Bishop, 2000
glyphosate (Round up,
Accord, Rodeo)
Il nécessite une fauche préalable et une application
sur les pousses en croissance. Il faut que les feuilles
soient propres afin que les particules chimiques y
pénètrent facilement. Il est nécessaire qu’il n’y ait
pas d’inondation de la zone dans les six heures
suivant la pulvérisation. Toutes les conséquences
sur le reste de la flore et des habitats, voire de la
faune, ne sont pas encore connues. Le traitement
peut s’avérer long et relativement coûteux. Cet
herbicide n’est pas considéré comme toxique pour
les invertébrés Après deux à trois ans de traitement,
Partridge, 1987
Davey, 1993
Hedge & Kriwoken, 1997
Crockett, 1997
Perkins, 1997
Shaw & Gosling, 1997
Hedge
et al
., 2003
Tide.Pool, page internet du 8/07/02
Department of Interior, U.S. Fish and Wild-
life Service, Willapa National Wildlife
Refuge (1997)

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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technique
remarques
références
le pourcentage de recouvrement est diminué de 20
à 40 %. Après cinq ans, le recouvrement n’est plus
que de 1 % (Reeder
et al
., 2001). Les traitements
multiples semblent empêcher le stockage de car-
bone dans le rhizome et donc le développement des
plants l’année suivante, ce qui se traduit par moins
de tiges, des tiges moins hautes et une diminution
de la production de fleurs. Au total, sur l’ensemble
du Puget Sound, couvert par 3 000 hectares de
Spartines, 20 % ont été supprimés en six ans. Le
nombre d’années de traitement et l’intensité des
actions sont déterminants (Hacker
et al
., 2003). Les
zones de faible salinité ont un déclin plus faible que
les vasières. Les invasions les plus importantes ont
un pourcentage de déclin plus faible que les plus
petites invasions. Les avis sur l’efficacité de cet
herbicide sont également partagés en raison du coût
d’intervention et de l’absence de modification du
substrat (durci par la Spartine), ce qui ne permet
pas l’utilisation des zones traitées par les limicoles.
Gallant
Plusieurs essais concluants ont été menés mais il
s’accumule dans les coquillages sur du court terme.
Shaw & Gosling, 1997
Swales
et al
., 2003
Dalapon et Weedazol
L’utilisation de ces deux herbicides chaque année a
permis l’éradication de la Spartine dans le Canter-
bury.
Shaw et Gosling, 1997
Fluazifop-P (Fusilade,
FPB) et Clethodim
Un épandage de 1000 L/ha entre février et mai
conduit à une éradication de 96 à 100 % de la
Spartine. Le F
PB
est sélectif et a une demi-vie de
moins d’une semaine, avec un impact très faible sur
les communautés animales
Pritchard,1996
Parkinson, 2002
Arsenal (Imazapyr)
Utilisé avec succès sur
Spartina alterniflora
en
comparaison du glyphosate. Avec 1,68 kg/ha,
Imazapyr permet d’obtenir de meilleurs résultats
que le glyphosate à 8,4 kg/ha. À 0,84 kg/ha le
premier fournit la même efficacité que le second.
Le temps séparant l’application du recouvrement
par la marée a moins d’importance avec Imazapyr
qu’avec le glyphosate. Il s’agit manifestement de
l’herbicide qui sera le plus utilisé à l’avenir aux
États-Unis.
Patten, 2002
Hedge
et al
., 2003
épandage de chaux avec
enfouissement méca-
nique
L’épandage de 10 tonnes/hectare permet une éradi-
cation à plus de 98 %. Cette efficacité est liée à
l’augmentation du pH qui atteint 10 et permet
d’éliminer également la totalité des racines.
Fagot
et al.
, 1999

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Conclusion
La Spartine anglaise
Spartina anglica
est une graminée robuste, is-
sue d’un hybride fertile entre
S. alterniflora
et
S. maritima
. Depuis son in-
troduction accidentelle en Europe, à Southampton (Royaume-Uni) en 1870
(Stapf, 1913 dans Doody, 1984), sa vigueur lui a permis d’éliminer peu à
peu la Spartine maritime
Spartina maritima
des estuaires du nord-ouest eu-
ropéen (Des Abbayes
et al
., 1971 ; Gray
et al.
, 1991 ; Guenegou & Levas-
seur, 1992 ; Géhu, 1991 ; Bioret, 1994 ; Dajoz, 1996).
Elle affecte les organismes vivant dans les estuaires et atténue
l’érosion du trait de côte en diminuant l’énergie de la houle et en stabilisant
les sédiments. Cette capacité de fixation lui a valu d’être considérée tantôt
comme un allié de l’aménageur littoral, tantôt comme un envahisseur à éra-
diquer, ou tout du moins à contrôler. Les répercussions de son installation
sont multiples et concernent en premier chef la géomorphologie littorale par
création d’un microrelief et chenalisation rapide de la haute slikke.
À côté de ces transformations physiques des estuaires, la Spartine
anglaise modifie la dynamique de la matière organique et agit sur le fonc-
tionnement des milieux qu’elle conquiert. La faible capacité de la matière
végétale issue de la Spartine à se dégrader en tripton ralentit les transferts
d’énergie le long des chaînes alimentaires (Adam, 1990).
Si pour Rogers (2002),
Spartina anglica
ne représente pas une me-
nace sérieuse pour les herbiers en bonne santé, elle peut entrer en compéti-
tion avec la flore déjà établie de la slikke et du schorre. Elle contribue ainsi à
la disparition des herbiers de Zostères en supplantant, par exemple,
Zostera
noltii
(Ranwell, 1964) ou
Z. marina
et
Z. japonica
(W
SDA
, 2000). Une telle
perte d’habitat s’avère néfaste à la qualité écologique des milieux affectés.
Un impact négatif du développement des Spartines sur les inverté-
brés a également été noté (Jackson, 1985 ; Evans, 1986 ; Zipperer, 1996 ;
Triplet
et al.
, 2002).
L’ichtyofaune en subit les conséquences à cause de la régression de
l’aire d’alimentation des poissons (Minello
et al.
, 1983 ; Dye, 2001; Sulli-
van, 2001).

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Le processus de perte de surface est sensiblement le même pour ce
qui concerne les oiseaux dont les ressources alimentaires et le champ de
vision sont affectés. Un taux de recouvrement de 30 % suffit pour conduire à
l’évitement des zones colonisées par les limicoles (Triplet
et al
., 2002).
La comparaison des différentes méthodes de contrôle des Spartines
montre que le retournement du sol permet un retour à son utilisation par les
limicoles en raison de la disparition de l’écran végétal mais également de
l’ameublissement du substrat qui est rapidement re-colonisé par des inverté-
brés.
Du point de vue socio-économique, la perception négative de plages
vertes est l’élément prépondérant. Dans ce contexte, seul un changement
dans l’appréciation des paysages par le public pourrait permettre
l’acceptation de la végétation sur les plages. La plante étant installée dans un
estuaire, son exploitation pour l’agriculture ou la pharmacie peut trouver une
justification. Cependant, là encore, cela conduit à accepter une situation de
fait.
Ainsi, comme pour d’autres espèces invasives, un débat existe entre
les tenants d’une intervention visant à limiter voire à éradiquer l’espèce du
milieu dans lequel elle est apparue et ceux qui considèrent que l’apparition
est peut-être liée à un déséquilibre du système ou est une source de diversifi-
cation. Dans tous les cas, des arguments pertinents sont développés et repo-
sent sur des éléments probants ne permettant pas de généraliser la réponse à
apporter à l’apparition de l’espèce. Toutefois, en cas d’intervention précoce
après une apparition, le système n’est pas très modifié. Par contre, plus
l’intervention est lente et plus les impacts sont importants. En cas
d’intervention, l’éradication étant exclue, il convient de conserver en tête la
réversibilité des actions de contrôle dont aucune n’est apparue comme catas-
trophique sur les milieux.