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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Conservation Association (I
PIECA
,
www.ipieca.org), association internatio-
nale des industries pétrolières et gazières ayant des objectifs environnemen-
taux et sociaux.
Impact de la pollution par les hydrocarbures sur les zones littorales
Lorsqu’une marée noire atteint le littoral, ou lorsqu’elle a lieu direc-
tement à proximité de la côte, les phénomènes de souillure et d’engluement
touchent les peuplements de la zone de balancement des marées. Les oiseaux
et mammifères marins sont des victimes évidentes, qu’il s’agisse des mul-
tiples espèces d’oiseaux se nourrissant sur l’estran à marée basse et nichant
en bordure de mer, ou des mammifères marins se reposant sur le rivage.
Mais les algues, les poissons, les coquillages, les crustacés qui vivent dans
les mares littorales, sur les rochers et dans le sable des plages ou les vasières,
sont inévitablement touchés.
Suivant la nature du littoral, l’impact peut être relativement va-
riable : les côtes rocheuses, les plages de galets, les graviers, le sable gros-
sier, le sable fin, les zones marécageuses, ont des sensibilités très différentes
face à une marée noire.
Un certain nombre de processus naturels éliminent les hydrocarbures
du littoral grâce, notamment, à l’action des vagues. Le nettoyage naturel est
normalement plus rapide sur les plages de sédiments grossiers relativement
exposées que sur les vases abritées (I
PIECA
, 1999). La floculation d’argiles et
d’hydrocarbures favorise le nettoyage naturel en réduisant l’adhérence des
hydrocarbures aux galets. Les hydrocarbures persistent longtemps s’ils sont
recouverts de sédiments par l’action du vent et de l’eau. Leur pénétration en
profondeur dans les sédiments favorise la formation de chaussées asphal-
tiques. D’autre part, la profondeur de la pénétration est dictée notamment par
la taille des particules (la pénétration de la vase est moins importante que
celle des sédiments plus grossiers), la viscosité des hydrocarbures (les hy-
drocarbures visqueux ont tendance à pénétrer moins profondément que les
hydrocarbures de faible viscosité comme un brut léger ou le gasoil),
l’écoulement de l’eau (dans le cas des vasières intertidales, loin des chenaux,
la teneur en eau empêche les hydrocarbures de pénétrer le substrat). La dé-
gradation par les micro-organismes (biodégradation) n’intervient pas avant
que la plupart des hydrocarbures aient été éliminés par des processus phy-
siques. La biodégradation joue un rôle important en réduisant la toxicité des
hydrocarbures. Elle s’inscrit dans la durée lorsque la teneur en oxygène est
limitée dans les sédiments fins mal drainés ou à l’intérieur de couches
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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épaisses d’hydrocarbures. Du point de vue écologique, les effets des hydro-
carbures sur les sédiments abrités sont les plus problématiques parce que ces
derniers sont davantage susceptibles de retenir les hydrocarbures, et parce
qu’ils sont plus productifs en macrofaune benthique, source de nourriture
pour de nombreuses espèces dont les oiseaux d’eau. Par exemple, à la suite
du déversement du
Sea Empress
à l’ouest du Pays de Galles en 1996, de
nombreux amphipodes, coques et solens ont disparu.
Par ailleurs, toutes les espèces d’invertébrés n’ont pas la même sen-
sibilité. Ainsi, dans le cas de la marée noire du
Sea Empress
, les populations
de gastéropodes ont récupéré en quelques mois alors que populations
d’amphipodes n’étaient toujours pas revenues à leur état initial au bout d’un
an.
Impact de la pollution par les hydrocarbures sur les oiseaux
Dans ce paragraphe, sont décrits les impacts d’une façon générale,
ceux-ci étant variables en fonction du type d’hydrocarbures ou du polluant
chimique en cause mais également en fonction de la sensibilité des espèces
(notamment en fonction de la portion d’estran/mer qu’elles fréquentent), du
temps de contact avec le polluant. Les effets du polluant sont en rapport avec
la toxicité propre du produit et également avec ses effets physiques.
L’ingestion, soit directement avec des proies ou avec de l’eau soit lors du
lissage des plumes, peut occasionner des lésions plus ou moins graves du
système gastro-intestinal (avec notamment des ulcères gastro-intestinaux),
une diminution des défenses immunitaires accompagnée, par exemple,
d’atteintes organiques au foie et aux reins. Ces atteintes se rencontrent dans
des cas de consommations prolongées (toxicité chronique du produit), c’est-
à-dire plutôt sur des oiseaux faiblement englués qui n’ont pas pu être récupé-
rés pour les soins. C’est le cas en général des limicoles et des laridés.
L’inhalation peut conduire à des atteintes ou à des insuffisances respiratoires
et neurologiques. Chez les oiseaux marins qui passent une partie de leur vie
sur l’eau, le premier effet, et souvent le plus important, est la présence
d’hydrocarbures sur les plumes qui peut perturber la structure du plumage
dont la fonction est de piéger l’air chaud près du corps tout en éloignant de la
peau l’air froid et l’eau, permettant ainsi le maintien de la température corpo-
relle et de la flottabilité. Ainsi les oiseaux marins mazoutés, souffrant
d’hypothermie et s’affaiblissant rapidement en essayant de rester hors de
l’eau peuvent arriver sur la côte très affaiblis et déshydratés. Cette déshydra-
tation et cette cachexie des oiseaux s’échouant sont d’autant plus impor-
tantes, et donc d’autant plus difficiles à traiter que les oiseaux se sont conta-
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minés loin du rivage (cas lors de la marée noire de l’
Erika
en 1999 sur les
côtes françaises).
L’impact d’une pollution aiguë ou chronique par les hydrocarbures
ou d’autres produits chimiques peut être indirect (Deceuninck, 2002). D’une
part, la présence d’hydrocarbures, de façon aiguë ou chronique peut modifier
la répartition de la flore et de la faune de l’estran modifiant donc la ressource
alimentaire mais également l’habitat des oiseaux. D’autre part, les opérations
de nettoyage des côtes lors d’accidents peuvent entraîner des dérangements
non négligeables sur les zones de repos et d’alimentation. Par exemple, lors
du naufrage de l’
Erika
, les opérations de nettoyage ont impliqué plus de
5 000 personnes à terre du 24 décembre 1999, date du déclenchement du
plan P
OLMAR
terre
2
jusqu’en avril 2000, date de la fin du nettoyage grossier
et du passage au nettoyage fin, c’est-à-dire pendant la majeure partie de la
saison d’hivernage et le début de la saison de reproduction. Toutefois, dans
le cas de l’
Erika
comme dans le cas d’autres marées noires similaires, ces
perturbations des populations d’oiseaux côtiers semblent temporaires avec
un retour à la normale de la fréquentation des principales zones d’hivernage
deux à trois ans après l’accident (Deceuninck, 2002) pour les limicoles et les
anatidés côtiers.
La gestion d’une pollution aiguë sur une zone côtière
Aucune zone du littoral français n’est à l’abri d’une pollution par les
hydrocarbures ou par d’autres produits chimiques et la prévision de plans
d’intervention est indispensable. Tous les échecs majeurs, notamment dans
la prise en charge des oiseaux, sont venus d’un manque de préparation et de
l’absence de plans d’intervention valides.
Les plans P
OLMAR
n’intègrent pas les oiseaux
a priori
et il peut
donc être nécessaire soit d’intégrer les commissions d’élaboration de ces
plans au niveau départemental (préfecture), soit d’élaborer son plan « oi-
seaux ».
Les conditions d’une bonne planification sont reprises du
Guide
de
l’I
PIECA
, n 13. Elles comprennent :
- l. Les conditions de travail sécurisées pour les intervenants,
2
Plan P
OLMAR
: plan local d’intervention d’urgence en cas de pollution marine. Il est décliné
en un plan P
OLMAR
mer et un plan P
OLMAR
terre en fonction de la localisation de la pollution.
Les plans P
OLMAR
sont élaborés au niveau de chaque département.
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- 2. Les co-objectifs premiers de l’intervention visant à réduire l’impact sur
la santé de la faune sauvage et les fonctions écologiques menacées ou at-
teintes par le déversement,
- 3. La collecte objective et systématique des données afin de faciliter les
études d’impact là où la législation et le régime d’indemnisation imposent de
telles évaluations,
- 4. L’utilisation responsable des moyens, la vérification de la documentation
des coûts,
- 5. L’intégration des parties prenantes défendant la faune sauvage et
l’environnement dans la planification et la conduite de la lutte afin de favori-
ser la coopération et la collaboration,
- 6. L’utilisation de protocoles et de pratiques internationalement acceptés,
- 7. La réduction au minimum de l’impact environnemental des activités de
prise en charge de la faune sauvage,
- 8. Le respect des dispositions légales permettant le contact rapproché avec
la faune sauvage et notamment sa capture, sa détention, son identification et
sa remise en liberté,
- 9. La prise en charge de la faune sauvage intégrée au sein de l’activité de
lutte.
Une « réponse faune sauvage professionnelle » (
Guide
de l’I
PIECA
,
2004) est une action rationnellement planifiée et exécutée dont l’objectif est
de :
- minimiser les impacts de la marée noire sur la faune sauvage,
- collecter systématiquement des données qui peuvent permettre d’évaluer
l’impact de la marée noire sur la faune sauvage,
- s’assurer que tous les animaux mazoutés vivants sont traités « humaine-
ment »,
- décrire clairement une hiérarchisation où tous les postes clé sont identifiés
et compris,
- contrôler les coûts et être en concordance avec les critères internationaux
de compensation,
- maximiser la sécurité et la santé humaine et de l’environnement.
Une fois la réponse définie et les conditions de captures des oiseaux
mazoutés réunies, il faut se poser la question de la réhabilitation ou de
l’euthanasie de ces oiseaux (
tableau
I), l’intérêt étant discutable en fonction
des moyens disponibles notamment mais également en fonction d’arguments
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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éthiques. Il est important de s’être posé la question et d’avoir des arguments,
car la question sera posée dans tous les cas.
Tableau
I : arguments en faveur et contre la réhabilitation de la faune mazoutée
arguments pour
arguments contre
philosophiques-éthiques
Les marées noires sont causées par l’activité
humaine et il est donc de la responsabilité
humaine de limiter les dommages à
l’environnement ainsi que l’impact sur les
animaux
La réhabilitation de la faune sauvage mazou-
tée est source de stress et de souffrance : il
est préférable d’euthanasier ces animaux.
La réhabilitation et la limitation des souf-
frances sont techniquement possibles. Si cette
possibilité technique existe, elle doit être
employée.
biologiques
Quand une proportion significative d’une
population menacée ou en danger est mazou-
tée, une réhabilitation bien conduite peut
augmenter les chances de survie de cette
population.
La réhabilitation de la faune sauvage mazou-
tée n’a pas d’impact sur les populations.
Les techniques développées avec des espèces
mazoutées communes sont applicables sur les
espèces rares.
Les oiseaux ayant été mazoutés et réhabilités
ne se reproduisent pas.
efficacité
Les données de survie post-relâchers sont
encourageantes pour de nombreuses espèces
Tous les animaux meurent dans tous les cas.
sociaux
Le public attend une prise en charge des
oiseaux mazoutés et si rien n’est organisé, de
nombreuses personnes le font chez elles.
Réhabiliter des animaux mazoutés laisse
penser que les marées noires ne sont pas un
problème.
financiers
Le coût de la réhabilitation de la faune sau-
vage mazoutée représente un faible pourcen-
tage du coût global de la réponse « marée
noire ».
La réhabilitation de la faune sauvage mazou-
tée est trop chère.
Globalement en France, les arguments en faveur de la réhabilitation
l’emportent et sont défendus par la plupart des associations naturalistes na-
tionales et régionales, ainsi que par le réseau des vétérinaires praticiens pour
la faune sauvage.
Une fois prise la décision de soigner, il est important de se mettre en
contact avec les centres de sauvegarde les plus proches, les vétérinaires du
réseau afin d’établir la meilleure alternative en cas d’afflux massif
d’oiseaux : expédition dans un centre permanent sans tri préalable, tri et