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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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et donc à ce titre également intéressante en tant que modèle épidémiolo-
gique.
Décrit pour la première fois en 1973 en Afrique tropicale, le virus du
West Nile a provoqué des épidémies et des enzooties depuis 1994 en Europe
et dans le bassin méditerranéen ; il est identifié depuis 1999 sur le continent
américain. La propagation de ce virus par les oiseaux sauvages et notamment
les oiseaux migrateurs est plausible mais les études sont rares et les modèles
prédictifs n’ont pas été vérifiés (voir pour synthèse Gauthier-Clerc & Tho-
mas, 2010). En revanche, l’introduction du virus par l’homme, en raison de
la mondialisation des échanges, avec notamment transport des moustiques
par les avions est hautement probable. D’autre part, l’homme peut favoriser
l’apparition de biotopes favorables au moustique vecteur, notamment dans
les régions urbanisées (égout, caves…). Concernant le rôle des oiseaux, et
notamment les oiseaux d’eau dans l’épidémiologie de la maladie, il est inté-
ressant de noter qu’ils sont des témoins précoces de la présence du virus et
des amplificateurs du virus. Les modifications d’abondance relative de cer-
taines espèces peuvent avoir des conséquences sur la propagation du virus à
d’autres espèces : ainsi la diminution de densité d’oiseaux dans une zone
peut amener à une augmentation de la contamination humaine par une aug-
mentation du nourrissage des moustiques sur l’homme. Inversement le main-
tien d’une certaine biodiversité peut diminuer le risque d’infection par un
effet de dilution (Gauthier-Clerc & Thomas, 2010).
Influenza A
Les grippes à virus influenza A ont déjà été traitées, même si les oi-
seaux sauvages sont rarement concernés par des infections avec des virus
hautement pathogènes. En revanche, il semble que certaines espèces
d’oiseaux peuvent faire office de sentinelles pour la détection de ces virus,
qui sont, d’une part, très problématiques pour les élevages de volailles do-
mestiques et, d’autre part, des zoonoses potentielles. De plus, la circulation
de virus hautement pathogènes dans des zones côtières protégées pourrait
amener en plus du risque d’épizootie déjà évoqué à des fermetures d’espace
et à l’arrêt des activités dans ces zones (Gauthier-Clerc & Thomas, 2010).
Dans tous les cas, des recherches complémentaires sont nécessaires pour
évaluer l’impact de la circulation de ces virus sur la gestion des espaces na-
turels.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Portage de résistances aux antibiotiques
Les traitements antibiotiques utilisés en médecine humaine et vétéri-
naire peuvent avoir des répercussions sur les populations sauvages à deux
niveaux : impact direct sur la survie des individus et dissémination de bacté-
ries antibiorésistantes. Nous ne parlerons ici que du problème de la dissémi-
nation de bactéries antibiorésistantes. Bonnedahl
et al.
(2009) identifient
chez le Goéland leucophée
Larus cachinnans
en Camargue des
Escherichia
coli
porteuses de nombreuses résistances aux antibiotiques
.
Ainsi, 47 % des
souches isolées étaient porteuses d’au moins une résistance aux antibiotiques
(six antibiotiques testés). Un total de 9,4% des goélands étaient porteurs de
bactéries productrices d’enzyme
β
-lactamases à spectre étendu (ESBL Ex-
tended spectrum
β
-lactamases) et en particulier 6 % portaient des bactéries
ESBL de type CTX-M-1. Ces derniers variants sont d’origine humaine et
sont présents dans les hôpitaux de cette région. Des souches d’
E. coli
multi-
résistantes ont également été identifiées en Allemagne chez un grand nombre
d’espèces aviaires sauvages, incluant des rapaces, des oiseaux d’eau et des
passereaux (Guenther
et al
., 2010a). Ces auteurs montrent que les profils
d’antibiorésistance mis en évidence sont les mêmes que ceux retrouvés chez
les animaux de rente et les animaux de compagnie. D’autres espèces ani-
males peuvent également être porteuses de ces bactéries résistantes : Guen-
ther
et al
. (2010b) mettent en évidence la présence d’
E. coli
(souche B2-
O25-ST131) porteuse de la
β
-lactamases à spectre étendu de type CTX-M-9
chez le Surmulot
Rattus norvegicus
dans des régions urbaines.
Blanco
et al
. (2007, 2009a) montrent qu’il existe en Espagne, chez
différents genres de vautours, des teneurs élevées en antibiotiques et en mé-
tabolites (notamment des quinolones) plasmatiques et hépatiques ainsi qu’un
portage de bactéries antibiorésistantes. La présence de bactéries résistantes
aux quinolones et aux pénicillines est surtout importante dans les régions de
production intensive de porcs. De même, Blanco
et al.
(2009b) montrent que
le Crave à bec rouge
Pyrrhocorax pyrrhocorax
est porteur de multiples bac-
téries antibiorésistantes, en lien direct avec les profils d’antibiorésistance des
bactéries trouvées dans les fumiers et lisiers épandus.
La présence de ces bactéries antibiorésistantes chez les oiseaux sau-
vages peut être perçue comme un marqueur de pollution de l’environnement
par les activités humaines mais également comme une source de dissémina-
tion potentielle de ces antibiorésistances et donc comme une menace pour la
santé publique et animale.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Les réseaux de surveillance de l’état sanitaire de la faune sauvage
Gauthier-Clerc & Thomas (2010) rappellent que les enjeux de la
surveillance de l’état sanitaire de la faune sauvage sont multiples. L’enjeu
est d’abord patrimonial, une maladie à fort taux de mortalité peut mettre en
péril une espèce animale. L’enjeu est également scientifique puisqu’il per-
met de dresser des inventaires des agents pathogènes et de comprendre les
interactions entre les êtres vivants dans un écosystème. L’enjeu est cynégé-
tique, les maladies pouvant agir défavorablement sur la qualité des espèces
gibier. L’enjeu est économique : si les maladies sont transmissibles aux ani-
maux domestiques leur apparition, leur propagation, en plus de provoquer
des mortalités ou des morbidités chez les animaux domestiques, peut provo-
quer le blocage des échanges commerciaux. Enfin, pour les zoonoses et les
transmissions de résistances aux antibiotiques, il y a un enjeu de santé pu-
blique.
La surveillance de la santé de la faune sauvage est fondée en France
sur un réseau de surveillance passive dont l’objectif est d’analyser les causes
de mortalité de la faune sauvage. Ce réseau, Surveiller les maladies de la
faune sauvage pour agir (S
AGIR
), est géré par l’Office national de la chasse
et de la faune sauvage (O
NCFS
) en collaboration avec les fédérations dépar-
tementales de chasseurs et les laboratoires d’analyses vétérinaires.
L’ensemble des résultats est intégré à une base de données par l’Agence
nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du
travail (A
NSES
) de Nancy. Chaque département possède un correspondant
S
AGIR
et il est intéressant que les gestionnaires de zones naturelles se met-
tent en rapport avec lui. Des programmes de surveillance active peuvent
également exister à l’échelon départemental, régional ou national, avec des
enquêtes sérologiques, bactériologiques ou virologiques ciblées soit sur des
animaux capturés en bonne santé soit sur des animaux sentinelles comme
pour la surveillance de la circulation des virus grippaux (Hars & Artois
2007). En complément de ces réseaux, les vétérinaires libéraux organisés en
réseaux, de par leur connaissance de l’épidémiologie des maladies de la
faune domestique, participent au suivi sanitaire des animaux de la faune
sauvage ainsi qu’à leur prise en charge en cas de mortalité ou morbidité (Le
Dréan-Quénec’hdu, 2008).
Au niveau international l’Organisation mondiale de la santé animale
(O
IE
) comprend un groupe de travail pour la gestion des maladies en relation
avec la faune sauvage.
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