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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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les acteurs locaux et le Syndicat mixte baie de Somme. Certes, tout le monde
n’est pas encore satisfait de l’application de la charte, que ce soit au niveau
des structures qui la considèrent comme contraignante ou à l’inverse des
esprits grincheux qui se complaisent dans l’opposition systématique à toute
forme de dialogue, histoire de justifier leur propre inaction. Pourtant de
nombreux résultats ont été enregistrés, et le politique ne peut que se réjouir
que le dialogue l’emporte sur le réglementaire, même si le processus
d’obtention de résultats peut paraître plus long qu’une application rigide de
la loi. Le politique ne peut ici que se féliciter de la prise de conscience col-
lective du bien public car l’appropriation du concept de respect des autres et
de l’environnement par une démarche volontaire est seule garante du succès
à long terme.
Veiller à ce que le développement économique et industriel prenne en
compte les impératifs écologiques, mais également les différentes de-
mandes sociales
Il n’est pas facile de faire comprendre à des structures ou des per-
sonnes qui vivent des ressources trouvées ou cultivées sur le littoral qu’elles
doivent tenir compte également de personnes qui ne sont là que pour le plai-
sir de la contemplation ou de l’exercice physique. Le littoral se cultive, pour
les moules, pour les huîtres, pour d’autres produits de la mer qui se raréfient
à l’état naturel. La conchyliculture, la mytiliculture sont désormais des acti-
vités économiques de premier ordre, nécessitant la mise en place de struc-
tures comme des centres de nettoyage et de conditionnement. L’impact éco-
nomique est donc très important et directement mesurable, contrairement à
celui des activités de loisirs, et il est nécessaire d’assurer un juste équilibre
entre tous. En baie de Somme, le Syndicat mixte baie de Somme a ainsi con-
tribué à la création d’un centre conchylicole tout en attirant l’attention des
mytiliculteurs sur la nécessité d’adopter un comportement irréprochable sur
le terrain. Une charte entre ces acteurs de terrain et l’État est ainsi en négo-
ciation (juin 2011) et devrait inciter les mytiliculteurs à ne plus effectuer de
dépôts et de rejets sur l’estran. Plus que jamais, un zonage des activités et/
ou un code de bonne conduite sont nécessaires pour assurer l’utilisation du
littoral la plus compatible avec sa conservation.
Quels sont les moyens à la disposition du politique ?
Le politique dispose pour répondre aux différentes sollicitations d’un
arsenal énorme de politiques, lois et règlements qu’il doit assimiler en
quelques semaines. En effet, une grande différence entre un politique et un
technicien est que le second bâtit sa carrière sur la connaissance et la gestion
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des milieux, tandis que le premier n’est là qu’à titre parfois temporaire et
doit, sans formation, connaître rapidement, car les décisions ne peuvent at-
tendre, ce qu’est la loi « littoral », la loi sur l’eau et les milieux aquatiques,
les plans de prévention des risques, comment faire la différence entre une
réserve naturelle nationale, un parc naturel marin, comment s’appliquent les
directives habitats et oiseaux… en somme un ensemble de dispositifs desti-
nés à faire de telle sorte que normalement tout se passe pour le mieux, mais
dont la complexité est telle que le conseil des techniciens est indispensable.
L’un ne peut travailler sans l’autre. Le technicien a besoin de l’élu
pour faire avancer ses idées, pour obtenir des moyens, augmenter son in-
fluence. L’élu a besoin que le technicien lui fournisse les informations les
plus récentes, les plus complètes pour mesurer le niveau de gravité éven-
tuelle, et prendre les décisions qui s’imposent. Il doit donc y avoir un
échange permanent entre ces deux catégories. Sans cet échange, sans un
travail régulier, sans le partage des connaissances, des problèmes, des pistes
de solutions, les grands défis actuels et à venir auront du mal à être résolus.
Sur le littoral, la gestion concerne souvent les terrains du Conserva-
toire du littoral, les terrains communaux… et une vision assez claire de ce
qu’il faut faire ou ne pas faire émerge facilement du travail au quotidien.
L’association Rivages de France, qui regroupe les gestionnaires des espaces
littoraux est là, par ailleurs, pour aider, conseiller, fournir des appuis aussi
bien aux représentants des collectivités territoriales qu’aux techniciens.
La grande difficulté pour les élus est de raisonner sur l’espace marin,
c’est-à-dire baigné par la mer. La part d’imprévus, de non programmé, y est
importante. Elle est en lien direct avec les coefficients de marée, la météoro-
logie. La conjugaison de tempêtes et de marées de vives-eaux devient une
source d’inquiétude en raison des dégâts possibles, de la nécessité ensuite de
tout remettre en état pour que les activités humaines puissent reprendre dans
les meilleures conditions possibles. Outre ces catastrophes naturelles, plane
toujours le spectre d’une pollution marine majeure qui peut à tout moment
venir souiller le littoral, provoquer la mort de centaines, de milliers
d’oiseaux, mettre à mal l’économie locale, et entrainer des conséquences à
long terme particulièrement fâcheuses.
Des plans d’intervention existent mais n’offrent jamais une réponse
appropriée à toutes les hypothèses, à tous les scenarii auquel un littoral peut
être confronté. Aussi faut-il veiller à ce que les équipes soient prêtes structu-
rées, disponibles pour veiller au plus pressé. Cela n’est pas facile tant la part
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d’imprévu est grande. Pour qu’un dispositif soit efficace, il faut en effet que
les techniciens qui seront chargés de le mettre en œuvre soient stables dans
leurs fonctions, qu’ils aient acquis une grande expérience dans les relations
avec les populations locales, une grande connaissance des milieux, notam-
ment de ceux qui risquent de supporter le poids de la catastrophe. Le poli-
tique devra de son côté veiller à ce que les besoins soient clairement expri-
més, afin qu’en dernier recours il ne puisse être avancé qu’il manque
d’éléments importants et indispensables à la mise en œuvre d’un plan de
secours.
Président du Syndicat mixte baie de Somme, Grand Littoral picard,
un établissement public à caractère administratif, j’ai à prendre des décisions
pour la gestion d’une réserve naturelle, d’une digue de galets, d’une extrac-
tion de galets (destinés à renforcer à digue) et à donner des avis sur diffé-
rentes activités liées directement ou indirectement avec la gestion du milieu
marin. Sur un linéaire côtier de 70 kilomètres se superposent de multiples
mesures de conservation, mais également des activités économiques et ré-
créatives de premier plan. Il ne se passe donc pas une semaine sans qu’un
nouveau problème exige une solution. Et si on ajoute, pour du moyen et du
long terme, l’ensablement de l’estuaire de la Somme et le recul du trait de
côte, on obtient un mélange détonnant de problèmes, de solutions par des
scientifiques ou par des autodidactes, toutes solutions meilleures les unes
que les autres. Le politique doit discerner ce qui relève de la réalité scienti-
fique ou du bon sens des idées non applicables. Il s’agit en baie de Somme
d’une ébullition permanente, qui certes permet d’avancer et d’attirer sur cet
espace tous les regards et les plus grandes distinctions, comme l’attribution
très récente au Syndicat mixte du label « Grand Site de France », mais oblige
à des compromis permanents afin de ne pas heurter les sensibilités. Le poli-
tique doit donc sans cesse tenter de discerner les meilleures idées, réajuster
le travail de ses équipes afin que, même si une idée n’est pas recevable, elle
puisse être débattue et que des arguments probants soient fournis au concep-
teur afin de ne pas le frustrer ou le dévaloriser.
À ces contraintes de gestion de l’espace, il faut ajouter les nécessités
d’intervenir dans le dialogue pas toujours facile entre protecteurs des oi-
seaux, chasseurs et autres usagers des espaces marins. Il faut dire que les
oiseaux constituent une richesse exceptionnelle et très convoitée, que ce soit
pour le tourisme de vision que pour la chasse. Toutes les actions d’un ges-
tionnaire politique doivent tenir compte de cette réalité car chaque décision
trouvera une justification ou au contraire une désapprobation en fonction de
son impact sur les populations locales d’oiseaux d’eau. Sans être ornitho-
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logue, protecteur ou chasseur, le politique doit néanmoins disposer d’un
minimum de connaissances sur l’importance de son aire de compétence pour
différentes espèces, notamment pour celles décrites comme ayant un statut
défavorable. C’est ainsi que la conservation du Gravelot à collier interrompu
peut également faire partie des discussions relatives à l’aménagement du
territoire. Les élus ont ainsi compris et accepté que de nouvelles pratiques
devaient être mises en place, comme le ramassage des déchets de manière
manuelle sur les secteurs sensibles ou l’interdiction de pénétration sur les
zones de reproduction. Les mentalités évoluent donc, la gestion devient de
plus en plus fine, mais également de plus en plus complexe, mais si cela est
le prix à payer pour garantir la préservation du patrimoine, chacun peut et
doit faire l’effort.
Je terminerai par ce texte poétique de Colette, qui, déjà il y a un siècle
semblait bien interrogative sur les relations complexes entre les hommes et
la baie de Somme, mais la situation décrite est la même dans bien d’autres
espaces littoraux :
« Ce doux pays, plat et blond, serait-il moins simple que je l’ai cru
d’abord ? J’y découvre des murs bizarres : on y pêche en voiture, on y chasse
en bateau. […] Étrange, pour qui ignore que le gibier s’aventure au-dessus de
la baie et la traverse, du Hourdel au Crotoy, du Crotoy à Saint-Valery ;
étrange, pour qui n’a pas grimpé dans une de ces carrioles à larges roues, qui
mènent les pêcheurs tout le long des vingt-cinq kilomètres de la plage, à la
rencontre de la mer […] » Colette,
En baie de Somme, dans les Vrilles de la
Vigne
(1908).
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