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Là, son premier travail est de dévorer l'oeuf qui lui sert de radeau, comme l'atteste l'enveloppe vide sur
laquelle il est encore; et c'est après ce repas, le seul qu'il prenne tant qu'il conserve sa forme actuelle, c'est
après ce repas qu'il doit commencer sa longue série de transformations et se nourrir du miel amassé par
l'Anthophore. Tel est le motif de l'échec complet, tant de mes tentatives que de celles de Newport, pour élever
les jeunes larves de Méloé. Au lieu de leur offrir du miel, ou des larves, ou des nymphes, il fallait les déposer
sur les oeufs récemment pondus par l'Anthophore.

À mon retour de Carpentras, j'ai voulu faire cette éducation, en même temps que celle des Sitaris, qui m'a si
bien réussi; mais comme je n'avais pas des larves de Méloé à ma disposition, et que je ne pouvais m'en
procurer qu'en les recherchant dans la toison des hyménoptères, les oeufs d'Anthophore se sont tous trouvés
éclos dans les cellules que j'avais rapportées de mon expédition, lorsque j'ai pu enfin en trouver. Cet essai
manqué est peu à regretter, car les Méloés et les Sitaris ayant la similitude la plus complète, non seulement
dans les moeurs mais encore dans le mode d'évolution, il est hors de doute que j'aurais dû réussir. Je crois
même que cette éducation peut se tenter avec des cellules de divers hyménoptères, pourvu que l'oeuf et le miel
ne diffèrent pas trop de ceux de l'Anthophore. Je ne compterais pas, par exemple, sur un succès avec les
cellules de l'Osmia tricornis, cohabitant avec l'Anthophore: son oeuf est court et gros; son miel est jaune, sans
odeur, solide, presque pulvérulent et d'une saveur très faible.

XVII

L'HYPERMÉTAMORPHOSE

Par un machiavélique stratagème, la larve primaire des Méloés et des Sitaris a pénétré dans la cellule de
l'Anthophore; elle s'est établie sur l'oeuf, à la fois sa première nourriture et son radeau de sauvetage. Que
devient-elle une fois l'oeuf épuisé?

Revenons d'abord à la larve du Sitaris. Au bout de huit jours, l'oeuf de l'Anthophore est tari par le parasite et
se réduit à l'enveloppe, mince nacelle qui préserve l'animalcule du contact mortel du miel. C'est sur cette
nacelle que s'opère la première transformation, après laquelle la larve, alors organisée pour vivre dans un
milieu gluant, se laisse choir du radeau dans le lac de miel, et abandonne, accrochée à l'enveloppe de l'oeuf, sa
dépouille fendue sur le dos. À cette époque, on voit flotter, immobile sur le miel, un corpuscule d'un blanc
laiteux, ovalaire, aplati et d'une paire de millimètres de longueur. C'est la larve du Sitaris sous sa nouvelle
forme. À l'aide d'une loupe, on distingue les fluctuations du canal digestif, qui se gorge de miel, et sur le
pourtour du dos plat et elliptique, on aperçoit un double cordon de points respiratoires qui, par leur position,
ne peuvent être obstrué par le liquide visqueux. Pour décrire en détail cette larve, attendons qu'elle ait acquis
tout son développement, ce qui ne saurait tarder car les provisions diminuent avec rapidité.

Cette rapidité toutefois n'est pas comparable à celle que mettent les larves gloutonnes de l'Anthophore à
achever les leurs. Ainsi, en visitant une dernière fois les habitations des Anthophores, le 25 juin, j'ai trouvé
que les larves de l'abeille avaient toutes achevé leurs provisions et atteint leur complet développement; tandis
que celles des Sitaris, encore plongées dans le miel, n'avaient, pour la plupart, que la moitié du volume
qu'elles doivent finalement acquérir. Nouveau motif pour les Sitaris de détruire un oeuf qui, s'il se
développait, donnerait une larve vorace, capable de les affamer en fort peu de temps. En élevant moi-même
les larves dans des tubes de verre, j'ai reconnu que les Sitaris mettent de trente-cinq à quarante jours pour
achever leur pâtée de miel; et que celles des Anthophores emploient moins de deux semaines pour le même
repas.

C'est dans la première quinzaine du mois de juillet que les larves de Sitaris atteignent toute leur grosseur. À
cette époque, la cellule usurpée par le parasite ne contient plus qu'une larve replète, et en un coin, un tas de
crottins rougeâtres. Cette larve est molle, blanche et mesure de 12 à 13 millimètres de longueur, sur 6
millimètres dans sa plus grande largeur. Vue par le dos, comme lorsqu'elle flotte sur le miel, elle est de forme
elliptique, atténuée graduellement vers l'extrémité antérieure, et plus brusquement vers l'extrémité postérieure.

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Sa face ventrale est fort convexe; sa face dorsale, au contraire, est à peu près plane. Quand la larve flotte sur le
miel liquide, elle est comme lestée par le développement excessif de la face ventrale plongeant dans le miel,
ce qui lui rend possible un équilibre pour elle de la plus haute importance. En effet, les orifices respiratoires,
rangés sans moyen de protection sur chaque bord du dos presque plat, sont à fleur du liquide visqueux, et au
moindre faux mouvement seraient obstrués par cette glu tenace si un lest convenable n'empêchait la larve de
chavirer. Jamais abdomen obèse n'a été de plus grande utilité: à la faveur de cet embonpoint du ventre, la larve
est à l'abri de l'asphyxie.

Ses segments sont au nombre de treize, y compris la tête. Celle-ci est pâle, molle, comme le reste du corps, et
fort petite relativement au volume de l'animal. Les antennes sont excessivement courtes et composées de deux
articles cylindriques. J'ai vainement, à l'aide d'une forte loupe, cherché des yeux. Dans son état précédent, la
larve, assujettie à de singulières migrations, a évidemment besoin de la vue, et elle est pourvue de quatre
ocelles. Dans l'état actuel, à quoi lui serviraient des yeux au fond d'une cellule d'argile, où règne la plus
complète obscurité?

Le labre est saillant, non distinctement séparé de la tête, courbe en avant et bordé de cils pâles et très fins. Les
mandibules sont petites, roussâtres vers l'extrémité, obtuses et excavées au côté interne en forme de cuiller.
Au-dessous des mandibules se trouve une pièce charnue, couronnée par deux très petits mamelons. C'est la
lèvre inférieure avec ses deux palpes. Elle est flanquée, de droite et de gauche, de deux autres pièces
également charnues, étroitement accolées à la lèvre, et portant à l'extrémité un rudiment de palpe formé de
deux ou trois très petits articles. Ces deux pièces sont les futures mâchoires. Tout cet appareil, lèvres et
mâchoires, est complètement immobile, et dans un état rudimentaire qui met la description en défaut. Ce sont
des organes naissants, encore voilés, embryonnaires. Le labre et la lame complexe formée par la lèvre et les
mâchoires laissent entre elles une étroite fente, dans laquelle jouent les mandibules.

Les pattes sont purement vestigiaires, car bien que formées de trois petits articles cylindriques, elles n'ont
guère qu'un demi-millimètre de longueur. L'animal ne peut en faire usage, non seulement dans le miel coulant
où il habite, mais encore sur un sol consistant. Si l'on tire la larve de la cellule pour la mettre sur un corps
solide et l'observer plus à l'aise, on voit que la protubérance démesurée de l'abdomen, en tenant le thorax
relevé, empêche les pattes de trouver un appui. Couchée sur le flanc, seule station possible, à cause de sa
conformation, la larve reste immobile, ou n'exécute que quelques mouvements vermiculaires et paresseux de
l'abdomen, sans jamais remuer ses pattes débiles, qui ne pourraient d'ailleurs lui servir en aucune manière. En
somme à l'animalcule si alerte, si actif du début, a succédé un ver ventripotent, rendu immobile par son
obésité. Qui reconnaîtrait dans cet animal lourd, mou, aveugle, laidement ventru, n'ayant pour pattes qu'une
sorte de moignons sans usage, l'élégante bestiole de tout à l'heure, cuirassée, svelte et pourvue d'organes d'une
haute perfection pour accomplir ses périlleux voyages?

Enfin, on compte neuf paires de stigmates: une paire sur le mésothorax et les autres sur les huit premiers
segments de l'abdomen. La dernière paire, ou celle du huitième segment abdominal est formée de stigmates si
petits que, pour les découvrir, il faut être averti par les états suivants de la larve et promener une loupe bien
patiente sur l'alignement des autres paires. Ce ne sont là encore que des stigmates vestigiaires. Les autres sont
assez grands, à péritrème pâle, circulaire et non saillant.

Si, sous sa première forme, la larve de Sitaris est organisée pour agir, pour se mettre en possession de la
cellule convoitée, sous sa seconde forme, elle est uniquement organisée pour digérer les provisions conquises.
Donnons un coup d'oeil à son organisation interne, et en particulier à son appareil digestif. Chose étrange: cet
appareil où doit s'engouffrer la masse du miel amassée par l'Anthophore, est en tout pareil à celui du Sitaris
adulte, qui ne prend peut-être jamais de nourriture. C'est, de part et d'autre, le même oesophage très court, le
même ventricule chylifique, vide dans l'insecte parfait, distendu dans la larve par une abondante pulpe
orangée; ce sont dans l'un et l'autre les mêmes vaisseaux biliaires au nombre de quatre et accolés au rectum
par une de leurs extrémités. Ainsi que l'insecte parfait, la larve est dépourvue de glandes salivaires et de tout
autre appareil analogue Son appareil d'innervation comprend onze ganglions, en ne tenant compte du collier

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oesophagien; tandis que dans l'insecte parfait, on n'en trouve plus que sept, trois pour le thorax, dont les deux
derniers contigus, et quatre pour l'abdomen.

Quand ses provisions sont achevées, la larve reste un petit nombre de jours dans un état stationnaire, en
rejetant de temps à autre quelques crottins rougeâtres jusqu'à ce que le tube digestif soit totalement libéré de
sa pulpe orangée. Alors l'animal se contracte, se ramasse sur lui-même, et l'on ne tarde pas à voir se détacher
de son corps une pellicule transparente, un peu chiffonnée, très fine et formant un sac-issue, dans lequel vont
se passer désormais les transformations suivantes. Sur ce sac épidermique, sur cette espèce d'outre
transparente, formée par la peau de la larve détachée tout d'une pièce, sans aucune fissure, on distingue les
divers organes externes bien conservés: la tête avec ses antennes, ses mandibules, ses mâchoires, ses palpes;
les segments thoraciques, avec leurs pattes vestigiaires; l'abdomen, avec son cordon d'orifices stigmatiques
encore reliés l'un à l'autre par des filaments trachéens.

Puis sous cette enveloppe, dont la délicatesse peut à peine supporter le toucher le plus circonspect, on voit se
dessiner une masse blanche, molle, qui, en quelques heures, acquiert une consistance solide, cornée, et une
teinte d'un fauve ardent. La transformation est alors achevée. Déchirons le sac de fine gaze enveloppant
l'organisation qui vient de se former et portons notre examen sur cette troisième forme de la larve de Sitaris.

C'est un corps inerte, segmenté, à contour ovalaire, d'une consistance cornée, en tout pareille à celle des pupes
et des chrysalides, et d'une couleur d'un fauve ardent qu'on ne peut mieux comparer qu'à celle des jujubes. Sa
face supérieure forme un double plan incliné dont l'arête est très émoussée; sa face inférieure est d'abord
plane, mais devient, par suite de l'évaporation, de jour en jour plus concave, en laissant un bourrelet saillant
sur tout son contour ovalaire. Enfin ses deux extrémités ou pôles sont un peu aplaties. Le grand axe de la face
inférieure est en moyenne de 12 millimètres, et le petit axe de 6 millimètres.

Au pôle céphalique de ce corps se trouve une sorte de masque modelé vaguement sur la tête de la larve; et au
pôle opposé, un petit disque circulaire profondément ridé dans sa partie centrale. Les trois segments qui font
suite à la tête portent chacun une paire de très petits boutons, à peine visibles sans le secours de la loupe, et
qui sont, par rapport aux pattes de la larve dans sa forme précédente, ce que le masque céphalique est pour la
tête de la même larve. Ce ne sont pas des organes, mais des indices, des traits de repère jetés aux points où
doivent plus tard apparaître ces organes. Sur chaque flanc, on compte enfin neuf stigmates, placés comme
précédemment sur le mésothorax et les huit premiers segments abdominaux. Les huit premiers stigmates sont
d'un brun foncé et tranchent nettement sur la couleur fauve du corps. Ils consistent en petits boutons luisants,
coniques, perforés au sommet d'un orifice rond. Le neuvième stigmate, quoique façonné comme les
précédents, est incomparablement plus petit; on ne peut le distinguer sans loupe.

L'anomalie, déjà si manifeste dans le passage de la première forme à la seconde, le devient encore ici
davantage; et l'on ne sait de quel nom appeler une organisation sans terme de comparaison, non seulement
dans l'ordre des coléoptères, mais dans la classe entière des insectes. Si, d'une part, cette organisation offre de
nombreux points de ressemblance avec les pupes des diptères par sa consistance cornée, par l'immobilité
complète de ses divers segments, par l'absence à peu près totale des reliefs qui permettraient de distinguer les
parties de l'insecte parfait; si, d'autre part, elle se rapproche des chrysalides parce que l'animal, pour arriver à
cet état, a besoin de se dépouiller de sa peau, comme le font les Chenilles; elle diffère de la pupe parce qu'elle
n'a pas pour enveloppe le tégument superficiel et devenu corné, mais bien un tégument plus interne de la
larve; et elle diffère des chrysalides par l'absence de sculptures qui trahissent, dans ces dernières, les
appendices de l'insecte parfait. Enfin, elle diffère encore plus profondément et de la pupe et de la chrysalide,
parce que de ces deux organisations dérive immédiatement l'insecte parfait, tandis que ce qui lui succède est
simplement une larve pareille à celle qui l'a précédée. Je proposerai, pour désigner l'étrange organisation, le
terme de pseudo-chrysalide; et je réserverai les noms de larve primaire, de seconde larve, de troisième larve,
pour désigner, en peu de mots, chacune des trois formes sous lesquelles les Sitaris ont tous les caractères des
larves.

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Si le Sitaris, en revêtant la forme de pseudo-chrysalide se transfigure à l'extérieur jusqu'au point de dérouter la
science des morphoses entomologiques, il n'en est pas de même à l'intérieur. J'ai à toutes les époques de
l'année, scruté les entrailles des pseudo-chrysalides, qui restent, en général, stationnaires pendant une année
entière, et je n'ai jamais observé d'autres formes dans leurs organes que celles qu'on trouve dans la seconde
larve. Le système nerveux n'a pas subi de changement. L'appareil digestif est rigoureusement vide, et, à cause
de sa vacuité, n'apparaît que comme un mince cordon, perdu, noyé au milieu des sachets adipeux. L'intestin
stercoral a plus de consistance, ses formes sont mieux arrêtées. Les quatre vaisseaux biliaires sont toujours
parfaitement distincts. Le tissu adipeux est plus abondant que jamais: il forme à lui seul tout le contenu de la
pseudo-chrysalide, en ne tenant compte, sous le rapport du volume, des filaments insignifiants du système
nerveux et de l'appareil digestif. C'est la réserve où la vie doit puiser pour ses oeuvres futures.

Quelques Sitaris ne restent guère qu'un mois à l'état de pseudo-chrysalide. Les autres morphoses
s'accomplissent dans le courant du mois d'août, et au commencement de septembre, l'insecte arrive à l'état
parfait. Mais, en général, l'évolution est plus lente; la pseudo-chrysalide passe l'hiver et ce n'est, pour le plus
tôt, qu'au moins de juin de la seconde année que s'opèrent les dernières transformations. Passons sous silence
cette longue période de repos, pendant laquelle le Sitaris, sous forme de pseudo-chrysalide, dort, au fond de sa
cellule, d'un sommeil aussi léthargique que celui d'un germe dans son oeuf; et arrivons aux mois de juin et de
juillet de l'année suivante, époque de ce que l'on pourrait appeler une seconde éclosion.

La pseudo-chrysalide est toujours enfermée dans l'outre délicate formée par la peau de la seconde larve. À
l'extérieur rien de nouveau ne s'est passé; mais à l'intérieur de graves changements viennent de s'accomplir.
J'ai dit que la pseudo-chrysalide présentait une face supérieure voûtée en dos d'âne, et une face inférieure
d'abord plane, puis de plus en plus concave. Les flancs du double plan incliné de la face supérieure ou dorsale
prennent part aussi à cette dépression occasionnée par l'évaporation des parties fluides, et il arrive un moment
où ces flancs sont tellement déprimés qu'une section de la pseudo-chrysalide, par un plan perpendiculaire à
son axe, serait représentée au moyen d'un triangle curviligne, à sommets émoussés, et dont les côtés
tourneraient leur convexité en dedans. C'est sous cet aspect que la pseudo-chrysalide se présente pendant
l'hiver et le printemps.

Mais en juin elle a perdu cet aspect flétri; elle figure un ballon régulier, un ellipsoïde dont les sections
perpendiculaires au grand axe sont des cercles. Un fait plus important que cette expansion, comparable à celle
qu'on obtient en soufflant dans une vessie ridée, vient également de se passer. Les téguments cornés de la
pseudo-chrysalide se sont détachés de leur contenu tout d'une pièce, sans rupture, de la même manière que
l'avait fait l'an passé la peau de la seconde larve; et ils forment ainsi une nouvelle enveloppe utriculaire, sans
adhérence aucune avec son contenu, et incluse elle-même dans l'outre façonnée aux dépens de la peau de la
seconde larve. De ces deux sacs, sans issue, emboîtés l'un dans l'autre, l'extérieur est transparent, souple,
incolore et d'une extrême délicatesse; le second est cassant, presque aussi délicat que le premier, mais
beaucoup moins translucide à cause de sa coloration fauve qui le fait ressembler à une mince pellicule
d'ambre. Sur ce second sac, se retrouvent les verrues stigmatiques, les boutons thoraciques, etc., qu'on
observait sur la pseudo-chrysalide. Enfin, dans sa cavité, s'entrevoit quelque chose, dont la forme reporte
aussitôt l'esprit à la seconde larve.

Et en effet, si l'on déchire la double enveloppe qui protège ce mystère, on reconnaît, non sans étonnement,
qu'on a sous les yeux une nouvelle larve pareille à la seconde. Après une transfiguration des plus singulières,
l'animal est revenu en arrière, à sa seconde forme. Décrire la nouvelle larve est chose inutile, car elle ne
diffère de la précédente que par quelques légers détails. C'est dans les deux la même tête avec ses divers
appendices à peine ébauchés; ce sont les mêmes pattes vestigiaires, les mêmes moignons transparents comme
du cristal. La troisième larve ne diffère de la seconde que par un abdomen moins gros, à cause de la vacuité
complète de l'appareil digestif; par un double chapelet de coussinets charnus qui règne sur chaque flanc; par le
péritrème des stigmates, cristallin et légèrement saillant, mais moins que dans la pseudo-chrysalide; par les
stigmates de neuvième paire, jusqu'ici rudimentaires, et maintenant à peu près aussi gros que les autres; enfin
par les mandibules terminées en pointe très aiguë. Mise hors de son double étui, la troisième larve n'exécute

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que des mouvements très paresseux de contraction et de dilatation, sans pouvoir progresser, sans pouvoir
même se tenir dans la station normale, à cause de la débilité de ses pattes. Elle reste ordinairement immobile,
couchée sur le flanc; ou bien elle ne traduit sa somnolente activité que par de faibles mouvements
vermiculaires.

Au moyen du jeu alternatif de ces contractions et de ces dilatations, si paresseuses qu'elles soient, la larve
parvient cependant à se retourner bout à bout dans l'espèce de coque que lui forment les téguments
pseudo-chrysalidaires, quand accidentellement elle s'y trouve placée là en bas; et cette opération est d'autant
plus difficile, que la cavité de la coque est à peu de chose près exactement remplie par la larve. L'animal se
contracte, fléchit la tête sous le ventre, et fait glisser sa moitié antérieure sur sa moitié postérieure par des
mouvements vermiculaires si lents, que la loupe peut à peine les constater. Dans moins d'un quart d'heure, la
larve, d'abord renversée, se retrouve placée la tête en haut. J'admire ce jeu de gymnastique, mais j'ai de la
peine à le comprendre, tant l'espace que la larve en repos laisse libre dans sa coque, est peu de chose
relativement à ce qu'on est en droit d'attendre d'après la possibilité d'un pareil retournement. La larve ne jouit
pas longtemps de cette prérogative qui lui permet de reprendre dans son habitacle, dérangé de sa position
primitive, l'orientation qu'elle préfère, c'est-à-dire de se trouver la tête en haut.

Deux jours au plus après sa première apparition, elle retombe dans une inertie aussi complète que celle de la
pseudo-chrysalide. En la sortant de sa coque d'ambre, on reconnaît que sa faculté de se contracter ou dilater à
volonté, s'est engourdie si complètement, que le stimulant de la pointe d'une aiguille ne peut pas la provoquer,
bien que les téguments aient conservé toute leur souplesse, et qu'aucun changement sensible ne soit survenu
dans l'organisation. L'irritabilité, suspendue une année entière dans la pseudo-chrysalide, vient donc de se
réveiller un instant pour retomber aussitôt dans la plus profonde torpeur. Cette torpeur ne doit se dissiper en
partie qu'au moment du passage à l'état de nymphe, pour reparaître immédiatement après et se continuer
jusqu'à l'arrivée à l'état parfait.

Aussi, en tenant dans une position renversée, au moyen de tubes de verre, des larves de la troisième forme, ou
bien des nymphes incluses dans leurs coques, on ne les voit jamais reprendre une position droite, quelle que
soit la durée de l'expérimentation. L'insecte parfait lui-même, renfermé quelque temps dans la coque, ne peut
la reprendre, faute d'une souplesse convenable. Cette absence totale de mouvement dans la troisième larve,
âgée de quelques jours, ainsi que dans la nymphe, jointe au peu d'espace libre qui reste dans la coque, amène
forcément, si l'on n'a pas assisté aux premiers moments de la troisième larve, la conviction qu'il est de toute
impossibilité à l'animal de se retourner bout à bout.

Et maintenant voyez quelles étranges conséquences peut amener ce défaut d'observation faite à l'instant voulu.
On recueille des pseudo-chrysalides, qui sont entassées dans un flacon dans toutes les positions possibles. La
saison favorable arrive; et avec un étonnement bien légitime, on constate que, dans un grand nombre de
coques, la larve ou la nymphe incluse est dans une orientation inverse, c'est-à-dire qu'elle a la tête tournée vers
l'extrémité anale de la coque. Vainement on épie dans ces corps renversés quelques indices de mouvement;
vainement on place les coques dans toutes les positions imaginables, pour voir si l'animal se retournera; et
vainement encore on se demande où est l'espace libre qu'exigerait ce retournement. L'illusion est complète: je
m'y suis laissé prendre, et pendant deux ans je me suis perdu en conjectures pour me rendre compte de ce
défaut de correspondance entre la coque et son contenu, pour m'expliquer enfin un fait inexplicable lorsque
l'instant propice est passé.

Sur les lieux mêmes, dans les cellules de l'Anthophore, cette apparente anomalie ne se montre jamais, parce
que la seconde larve, sur le point de se transformer en pseudo-chrysalide, a toujours soin de se disposer la tête
en haut, suivant l'axe de la cellule plus ou moins rapproché de la verticale. Mais lorsque les
pseudo-chrysalides sont placées, sans ordre, dans une boîte, dans un flacon, toutes celles qui se trouvent dans
une position renversée, renfermeront plus tard des larves ou des nymphes retournées.

Après quatre changements de forme aussi profonds que ceux que je viens de décrire, on peut raisonnablement

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