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Добавлен: 20.01.2021
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arrivent, chargées de miel ou de mortier, et maintiennent l'essaim dans les mêmes redoutables proportions.
Quelque peu novice alors sur le caractère de ces insectes, malheur, me disais-je, malheur à l'imprudent qui
pousserait l'audace jusqu'à pénétrer au coeur de l'essaim, et surtout jusqu'à porter une main téméraire sur les
demeures en construction! Aussitôt enveloppé par la foule furieuse, il expierait sa folle entreprise sous mille
coups d'aiguillon. À cette pensée, rendue plus alarmante par le souvenir de certaines mésaventures dont j'ai été
victime en voulant observer de trop près les gâteaux des Frelons (Vespa Crabro), je sens un frisson
d'appréhension me courir sur le corps.
Et cependant, pour mettre en son jour la question qui m'amène ici, il faut nécessairement pénétrer dans le
redoutable essaim, il me faut me tenir des heures entières, tout le jour peut-être, en observation devant les
travaux que je vais bouleverser; et, la loupe à la main, scruter, impassible au milieu du tourbillon furieux, ce
qui se passe dans les cellules. L'emploi d'un masque, de gants, d'enveloppes quelconques, n'est pas d'ailleurs
praticable, car toute la dextérité des doigts et toute la liberté de la vue sont nécessaires pour les recherches que
j'ai à faire. N'importe: devrais-je sortir de ce guêpier le visage tuméfié, méconnaissable, il me faut aujourd'hui
une solution décisive au problème qui m'a trop longtemps préoccupé.
Quelques coups de filet, en dehors de l'essaim, sur les Anthophores se rendant à la récolte ou en revenant,
m'ont bientôt appris que les larves de Sitaris sont campées sur le thorax, comme je m'y attendais, et y occupent
la même place que sur les mâles. Les circonstances sont donc on ne peut plus favorables, et sans plus tarder
visitons les cellules.
Mes dispositions sont aussitôt prises: je serre étroitement mes habits pour ne laisser aux abeilles que le moins
de prise possible, et je m'engage au milieu de l'essaim. Quelques coups de pioche, qui éveillent dans le
murmure des Anthophores un crescendo peu rassurant, m'ont bientôt mis en possession d'une motte de terre;
et je fuis à la hâte, tout étonné de me trouver encore sain et sauf et de ne pas être poursuivi. Mais la motte de
terre que je viens de détacher est trop superficielle, elle ne contient que des cellules d'Osmie, où je n'ai rien à
voir pour le moment. Une seconde expédition a lieu, plus longue que la première, et quoique ma retraite se
soit opérée sans grande précipitation, aucune Anthophore ne m'a atteint de son dard, ne s'est même montrée
disposée à fondre sur l'agresseur.
Ce succès m'enhardit. Je reste en permanence devant les constructions, abattant sans relâche des mottes
pleines de cellules, et au milieu du désordre inévitable, répandant à terre le miel liquide, éventrant des larves,
écrasant les Anthophores occupées dans leur nid. Toutes ces dévastations n'arrivent à éveiller dans l'essaim
qu'un murmure plus sonore, sans être suivies d'aucune démonstration hostile de sa part. Les Anthophores dont
les cellules ne sont pas atteintes s'occupent de leurs travaux comme si rien d'extraordinaire ne se passait à
côté; celles dont les habitations sont bouleversées tâchent de les réparer, ou planent, éperdues, devant leurs
ruines; mais aucune ne paraît vouloir fondre sur l'auteur du dégât; tout au plus quelques-unes, plus irritées, me
viennent, par intervalles, planer devant le visage, face à face, à une paire de pouces de distance, puis
s'envolent après quelques instants de ce curieux examen.
Malgré le choix d'un emplacement commun pour les nids, qui ferait croire à un commencement de
communauté d'intérêts entre les Anthophores, ces hyménoptères obéissent donc à la loi égoïste de chacun
pour soi, et ne savent pas se liguer pour repousser un ennemi qui les menace tous. Chaque Anthophore prise
isolément ne sait pas même se précipiter sur l'ennemi qui ravage ses cellules et l'écarter à coups d'aiguillon: la
pacifique bête quitte à la hâte sa demeure ébranlée par la sape, fuit éclopée, quelquefois même blessée
mortellement, sans songer à faire usage de son dard venimeux, si ce n'est lorsqu'on la saisit. Bien d'autres
hyménoptères, collecteurs de miel ou chasseurs, sont tout aussi bénins; et je peux affirmer aujourd'hui, après
une longue expérience, que seuls les hyménoptères sociaux, Abeille domestique, Guêpes et Bourdons, savent
combiner une défense commune, et seuls osent fondre isolément sur l'agresseur pour en tirer une vengeance
individuelle.
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Grâce à cette bénignité inattendue de l'abeille maçonne, j'ai pu, des heures entières, poursuivre à loisir mes
recherches, assis sur une pierre au milieu de l'essaim murmurant et éperdu, sans recevoir un seul coup
d'aiguillon, bien que je n'eusse pris aucune précaution pour m'en préserver. Des gens de la campagne venant à
passer et me voyant assis, impassible, au milieu du tourbillon d'abeilles, se sont arrêtés, ébahis, pour me
demander si je les avais conjurées, ensorcelées, puisque je paraissais n'avoir rien à en redouter. «Mé, moun bel
ami, li-z-avé doun escounjurado què vou pougnioun pa, canèu de sort!» Mes divers engins répandus à terre,
boîtes, flacons, tubes de verre, pinces, loupes ont été certainement pris par ces bonnes gens pour les
instruments de mes maléfices.
Procédons maintenant à l'examen des cellules. Les unes sont encore ouvertes et ne contiennent qu'une
provision plus ou moins complète de miel. Les autres sont hermétiquement fermées avec un couvercle de
terre. Le contenu de ces dernières est fort variable. Tantôt c'est une larve d'hyménoptère ayant achevé sa pâtée
ou étant sur le point de l'achever; tantôt une larve blanche comme la précédente, mais plus ventrue et de forme
fort différente; tantôt, enfin, c'est du miel avec un oeuf flottant à la surface. Le miel est liquide, gluant, d'une
couleur brunâtre et d'une odeur forte, repoussante. L'oeuf est d'un beau blanc, cylindrique, un peu courbé en
haut, d'une longueur de 4 à 5 millimètres, sur une largeur qui n'atteint pas tout à fait un millimètre; c'est l'oeuf
de l'Anthophore.
Dans quelques cellules, cet oeuf nage seul à la surface du miel; dans d'autres, fort nombreuses, on voit, établie
sur l'oeuf de l'Anthophore, comme sur une espèce de radeau, une jeune larve de Sitaris avec la forme et les
dimensions que j'ai décrites plus haut, c'est-à-dire avec la forme et les dimensions que l'animalcule possède au
sortir de l'oeuf. Voilà l'ennemi dans le logis.
Quand et comment s'y est-il introduit? Dans aucune des cellules où je l'observe, il ne m'est possible de
distinguer une fissure qui lui ait permis d'entrer; elles sont toutes closes d'une façon irréprochable Le parasite
s'est donc établi dans le magasin à miel avant que ce magasin fût fermé; d'autre part, les cellules ouvertes et
pleines de miel, mais encore sans l'oeuf de l'Anthophore, sont constamment sans parasite. C'est donc pendant
la ponte ou après la ponte, quand l'Anthophore est occupée à maçonner la porte de la cellule, que la jeune
larve s'y introduit. Il est impossible de décider expérimentalement à laquelle de ces deux époques il faut
rapporter l'introduction des Sitaris dans la cellule; car, quelque pacifique que soit l'Anthophore, il est bien
évident qu'on ne peut songer à être témoin de ce qui se passe dans sa cellule au moment où elle y dépose un
oeuf ou au moment où elle en construit le couvercle. Mais quelques essais nous auront bientôt convaincu que
le seul instant qui puisse permettre au Sitaris de s'établir dans la demeure de l'hyménoptère est l'instant même
où l'oeuf est déposé à la surface du miel.
Prenons une cellule d'Anthophore pleine de miel et munie d'un oeuf et, après en avoir enlevé le couvercle,
déposons-la dans un tube de verre avec quelques larves de Sitaris. Les larves ne paraissent nullement
affriandées par ce trésor de nectar qu'on vient de mettre à leur portée; elles errent au hasard dans le tube,
parcourent le dehors de la cellule, arrivent parfois sur le bord de son orifice, et très rarement s'aventurent dans
son intérieur, sans y plonger bien avant et pour ressortir aussitôt. Si quelqu'une arrive jusqu'au miel, qui ne
remplit qu'à demi la cellule, elle cherche à fuir dès qu'elle a éprouvé la mobilité du sol gluant sur lequel elle
allait s'engager; mais trébuchant à chaque pas, par suite de la viscosité qui s'est attachée à ses pattes, elle finit
souvent par retomber dans le miel où elle périt étouffée.
On peut encore expérimenter de la manière suivante. Après avoir préparé une cellule comme précédemment,
on dépose, avec tout le soin possible, une larve sur sa paroi interne, ou bien à la surface même des provisions.
Dans le premier cas, la larve se hâte de sortir; dans le second cas, elle se débat quelque temps à la surface du
miel, et finit par s'y empêtrer tellement, qu'après mille efforts pour gagner la rive, elle est étouffée dans le lac
visqueux.
En somme, toutes les tentatives pour faire établir la larve de Sitaris dans une cellule d'Anthophore
approvisionnée de miel et munie d'un oeuf, n'obtiennent pas plus de succès que celles que j'ai faites avec des
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cellules dont la provision était déjà entamée par la larve de l'hyménoptère, comme je l'ai dit plus haut. Il est
donc certain que la larve de Sitaris n'abandonne pas la toison de l'abeille maçonne, lorsque celle-ci est dans sa
cellule ou à son entrée, pour se porter elle-même au-devant du miel convoité; car ce miel causerait
inévitablement sa perte si, par malheur, elle venait à toucher, simplement du bout des tarses, sa dangereuse
surface.
Puisqu'on ne peut admettre qu'au moment où l'Anthophore bâtit sa porte, la larve de Sitaris quitte le corselet
velu de son amphitryon pour pénétrer inaperçue dans la cellule, dont l'ouverture n'est pas encore entièrement
murée, il ne reste que l'instant de la ponte à examiner. Rappelons d'abord que le jeune Sitaris, qu'on trouve
dans une cellule close, est toujours placé sur l'oeuf de l'abeille. Nous allons voir, dans quelques instants, que
cet oeuf ne sert pas simplement de radeau à l'animalcule flottant sur un lac très perfide, mais encore constitue
sa première et indispensable nourriture. Pour arriver jusqu'à cet oeuf, placé au centre du lac de miel, pour
atteindre de toute nécessité ce radeau, en même temps première ration, la jeune larve a évidemment quelque
moyen d'éviter le contact mortel du miel; et ce moyen ne saurait être fourni que par les manoeuvres de
l'hyménoptère lui-même.
En second lieu, des observations multipliées à satiété m'ont démontré qu'à aucune époque, on ne trouve dans
chaque cellule envahie qu'un seul Sitaris, sous l'une ou l'autre des formes multiples qu'il revêt successivement.
Et cependant, dans le fourré soyeux du thorax de l'hyménoptère, sont établies plusieurs jeunes larves, toutes
surveillant avec ardeur l'instant propice pour pénétrer dans le domicile où elles doivent poursuivre leur
développement. Comment se fait-il donc que ces larves, aiguillonnées par un appétit comme doivent en faire
supposer sept à huit mois d'abstinence absolue, au lieu de se ruer toutes ensemble dans la première cellule à
leur portée, pénètrent, au contraire, une à une et avec un ordre parfait, dans les diverses cellules
qu'approvisionne l'hyménoptère? Il doit y avoir encore là quelque manoeuvre indépendante des Sitaris.
Pour satisfaire à ces deux conditions indispensables, l'arrivée de la larve sur l'oeuf sans passer sur le miel, et
l'introduction d'une seule larve, parmi toutes celles qui attendent dans la toison de l'abeille, il ne peut y avoir
que l'explication suivante: c'est de supposer qu'au moment où l'oeuf de l'Anthophore s'échappe à demi de
l'oviducte, parmi les Sitaris accourus du thorax à l'extrémité de l'abdomen, un plus favorisé par sa position se
campe à l'instant sur l'oeuf, pont trop étroit pour deux, et arrive avec lui à la surface du miel. L'impossibilité
de remplir autrement les deux conditions que je viens d'énoncer, donne à l'explication que je propose un degré
de certitude presque équivalent à celui que fournirait l'observation directe, malheureusement impraticable ici.
Cela suppose, il est vrai, que la microscopique bestiole, appelée à vivre en un lieu où tant de dangers la
menacent d'abord, cela suppose, dis-je, une inspiration étonnamment rationnelle, et appropriant les moyens au
but avec une logique qui nous confond. Mais, n'est-ce pas là l'invariable conclusion où nous amène toujours
l'étude de l'instinct?
En laissant tomber un oeuf sur le miel, l'Anthophore vient donc de déposer en même temps dans la cellule
l'ennemi mortel de sa race; elle maçonne avec soin le couvercle qui en ferme l'entrée, et tout est fait. Une
seconde cellule est construite à côté pour avoir probablement la même fatale destination; et ainsi de suite,
jusqu'à ce que les parasites plus ou moins nombreux, qu'abrite son duvet, soient tous logés. Laissons la
malheureuse mère poursuivre son infructueux travail, et portons notre attention sur la jeune larve qui vient de
se procurer le vivre et le couvert d'une si adroite manière.
En ouvrant des cellules dont le couvercle est encore frais, on finit par en trouver où l'oeuf, pondu depuis peu,
porte un jeune Sitaris. Cet oeuf est intact et dans un état irréprochable. Mais voici que la dévastation
commence: la larve, petit point noir qu'on voit courir sur la surface blanche de l'oeuf, s'arrête enfin, s'équilibre
solidement sur ses six pattes; puis, saisissant avec les crocs aigus de ses mandibules, la peau délicate de l'oeuf,
elle la tiraille violemment jusqu'à la rompre, et en fait épancher le contenu, dont elle s'abreuve avec avidité.
Ainsi le premier coup de mandibules que le parasite donne dans la cellule usurpée, a pour but de détruire
l'oeuf de l'hyménoptère. Précaution très logique! La larve de Sitaris doit, comme on va le voir, se nourrir du
miel de la cellule; la larve d'Anthophore qui proviendrait de cet oeuf réclamerait la même nourriture; mais la
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part est trop petite pour toutes les deux; donc, vite un coup de dent sur l'oeuf et la difficulté sera levée. Le récit
de pareils faits n'a pas besoin de commentaires. Cette destruction de l'oeuf embarrassant est d'autant plus
inévitable, que des goûts spéciaux imposent à la jeune larve de Sitaris d'en faire sa première nourriture. On
voit d'abord, en effet, l'animalcule s'abreuver avec avidité des sucs que laisse écouler l'enveloppe lacérée de
l'oeuf; et pendant plusieurs jours, on peut l'observer tantôt immobile sur cette enveloppe, qu'il fouille par
intervalles avec la tête, tantôt la parcourir d'un bout à l'autre pour l'éventrer encore, et en faire sourdre
quelques sucs, de jour en jour plus rares; mais on le surprend jamais à puiser dans le miel qui l'environne de
toutes parts.
Il est d'ailleurs facile de se convaincre qu'à l'office d'appareil de sauvetage, l'oeuf réunit celui de première
ration. J'ai déposé à la surface du miel d'une cellule une bandelette de papier ayant les dimensions de l'oeuf; et
sur ce radeau, j'ai placé une larve de Sitaris. Malgré tous les soins, mes essais, plusieurs fois réitérés, ont
constamment échoué. La larve, déposée au centre de l'amas de miel sur un esquif de papier, se comporte
comme dans les expérimentations précédentes. Ne trouvent pas ce qui lui convient, elle cherche à s'échapper
et périt engluée, dès qu'elle abandonne la bandelette de papier, ce qui ne tarde pas à arriver.
En prenant, au contraire, des cellules d'Anthophore non envahies par le parasite, et dont l'oeuf n'est pas encore
éclos, on peut aisément élever des larves de Sitaris. Il suffit de happer une de ces larves avec le bout mouillé
d'une aiguille, et de la poser délicatement sur l'oeuf. Il n'y a plus alors la moindre tentative d'évasion. Après
avoir exploré l'oeuf pour s'y reconnaître, la larve l'éventre, et de plusieurs jours ne change de place. Son
évolution s'effectue dès lors sans entraves, pourvu que la cellule soit à l'abri d'une évaporation trop prompte,
qui en dessécherait le miel et le rendrait impropre à sa nutrition. L'oeuf de l'Anthophore est donc absolument
nécessaire à la larve de Sitaris, non pas simplement comme esquif, mais encore comme première nourriture.
C'est là tout le secret qui, faute de m'être connu, avait jusqu'ici rendu vaines mes tentatives pour élever les
larves écloses dans mes flacons.
Au bout de huit jours, l'oeuf épuisé par le parasite ne forme plus qu'une pellicule aride. Le premier repas est
achevé. La larve de Sitaris, dont les dimensions ont à peu près doublé, s'ouvre alors sur le dos; et, par une
fente qui embrasse la tête et les trois segments thoraciques, un corpuscule blanc, seconde forme de cette
singulière organisation, s'échappe pour tomber à la surface du miel, tandis que la dépouille abandonnée reste
cramponnée au radeau qui a sauvegardé la larve et l'a nourrie jusqu'ici. Bientôt cette double dépouille du
Sitaris et de l'oeuf, disparaîtra, submergée sous les flots de miel que va soulever la nouvelle larve. Ici se
termine l'histoire de la première forme qu'affectent les Sitaris.
En résumant ce qui précède, on voit que l'étrange animalcule attend, sans nourriture, pendant sept mois,
l'apparition des Anthophores, et s'attache enfin aux poils du corselet des mâles, qui sortent les premiers et
passent inévitablement à sa portée en traversant leurs couloirs. De la toison du mâle, la larve passe, trois ou
quatre semaines après, dans celle de la femelle, au moment de l'accouplement; puis de la femelle sur l'oeuf
s'échappant de l'oviducte. C'est par cet enchaînement de manoeuvres complexes que la larve se trouve
finalement campée sur un oeuf, au centre d'une cellule close et pleine de miel. Ces périlleuses voltiges sur un
poil d'un hyménoptère tout le jour en mouvement, ce passage d'un sexe sur un autre, cette arrivée au centre de
la cellule par le moyen de l'oeuf, pont dangereux jeté sur l'abîme gluant, nécessitent les appareils d'équilibre
dont elle est pourvue, et que j'ai décrits plus haut. Enfin la destruction de l'oeuf exige, à son tour, des ciseaux
acérés; et telle est la destination de ses mandibules aiguës et recourbées. Ainsi la forme primaire des Sitaris a
pour rôle de se faire transporter par l'Anthophore dans la cellule, et d'en éventrer l'oeuf. Cela fait,
l'organisation se transfigure à tel point, qu'il faut les observations les plus multipliées pour ajouter foi au
témoignage de ses yeux.
XVI
LA LARVE PRIMAIRE DES MÉLOÉS
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Je suspends l'histoire des Sitaris pour parler des Méloés, disgracieux scarabées, à lourde bedaine, dont les
élytres mous bâillent largement sur le dos comme les basques d'un habit trop étroit pour la corpulence de celui
qui le porte. Déplaisant de coloration, le noir où parfois se marie le bleu, plus déplaisant encore de formes et
d'allures, l'insecte, par son dégoûtant système de défense, ajoute à la répugnance qu'il nous inspire. S'il se juge
en danger, le Méloé a recours à des hémorragies spontanées. De ses articulations suinte un liquide jaunâtre,
huileux, qui tache et empuantit les doigts. C'est le sang de la bête. Les Anglais, pour rappeler ces hémorragies
huileuses de l'insecte en défense, appellent le Méloé Oil beetle, le Scarabée à huile. Ce coléoptère serait donc
sans grand intérêt si ce n'étaient ses métamorphoses et les pérégrinations de sa larve, pareilles de tous points à
celles de la larve des Sitaris. Sous leur première forme, les Méloés sont parasites des Anthophores;
l'animalcule, tel qu'il sort de l'oeuf, se fait porter dans la cellule par l'hyménoptère dont les provisions doivent
le nourrir.
Observée au milieu du duvet de divers hyménoptères, la bizarre bestiole mit longtemps en défaut la sagacité
des naturalistes qui, méconnaissant sa véritable origine, en firent une espèce ou un genre particulier des
insectes aptères. C'était le Pou des Abeilles (Pediculus apis) de Linné; le Triungulin des Andrènes
(Triungulinus Andrenetarum) de L. Dufour. On y voyait un parasite, une sorte de pou, vivant dans la toison
des récolteurs de miel. Il était réservé à l'illustre naturaliste anglais Newport de démontrer que ce prétendu
pou est le premier état des Méloés. Des observations qui me sont propres combleront quelques lacunes dans la
mémoire du savant anglais. Je donnerai donc une notice de l'évolution des Méloés, en me servant du travail de
Newport, là où mes propres observations font défaut. Ainsi seront comparés les Sitaris et les Méloés, de
moeurs et de transformations pareilles; et de cette comparaison jaillira quelque lumière sur les étranges
métamorphoses de ces insectes.
La même abeille maçonne (Anthophora pilipes) aux dépens de laquelle vivent les Sitaris, nourrit aussi dans
ses cellules quelques rares Méloés (Meloe cicatricosus). Une seconde Anthophore de ma région (Anthophera
parietina) est plus sujette aux invasions de ce parasite. C'est encore dans les nids d'une Anthophore, mais
d'espèce différente (Anthophora retusa), que Newport a observé le même Méloé. Cette triple demeure adoptée
par le Meloe cicatricosus peut avoir quelque intérêt, en nous portant à soupçonner que chaque espèce de
Méloé est apparemment parasite de divers hyménoptères, soupçon qui se confirmera lorsque nous
examinerons la manière dont les jeunes larves arrivent à la cellule pleine de miel. Les Sitaris, moins exposés à
des changements de logis, peuvent habiter, eux aussi, des nids d'espèce différente. Ils sont très fréquents dans
les cellules de l'Anthophora pilipes; mais j'en ai trouvé aussi, en très petit nombre il est vrai dans les cellules
de l'Anthophora personata.
Malgré la présence du Méloé à cicatrices dans les demeures de l'abeille maçonne que j'ai si souvent fouillées
pour l'histoire des Sitaris, je n'ai jamais vu cet insecte, à aucune époque de l'année, errer sur le sol vertical, à
l'entrée des couloirs, pour y déposer ses oeufs comme le font les Sitaris; et j'ignorerais les détails de la ponte si
Goedart, de Geer, et surtout Newport, ne nous apprenaient que les Méloés déposent leurs oeufs en terre.
D'après ce dernier auteur, les divers Méloés qu'il a eu occasion d'observer creusent, parmi les racines d'une
touffe de gazon, dans un sol aride et exposé au soleil, un trou d'une paire de pouces de profondeur, qu'ils
rebouchent avec soin après y avoir pondu leurs oeufs en un tas. Cette ponte se répète à trois ou quatre reprises,
à quelques jours d'intervalle dans la même saison. Pour chaque ponte, la femelle creuse un trou particulier,
qu'elle ne manque pas de reboucher après. C'est en avril et en mai que ce travail a lieu.
Le nombre d'oeufs fournis par une seule ponte est vraiment prodigieux. À la première ponte, qui est, il est
vrai, la plus féconde de toutes, le Meloe proscaraboeus, d'après les supputations de Newport, produit le
nombre étonnant de 4 218 oeufs; c'est le double des oeufs pondus par un Sitaris. Et que serait-ce en tenant
compte de deux ou trois pontes qui doivent suivre cette première! Les Sitaris, confiant leurs oeufs aux galeries
mêmes ou doivent nécessairement passer les Anthophores, épargnent à leurs larves une foule de dangers
qu'auront à courir les larves de Méloé, qui, nées loin des demeures des abeilles, sont obligées d'aller
elles-mêmes au-devant des hyménoptères nourriciers. Aussi les Méloés, dépourvus de l'instinct des Sitaris,
sont-ils doués d'une fécondité incomparablement plus grande. La richesse de leurs ovaires supplée à
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