Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf
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Les ressources génétiques et les biotechnologies
et du code génétique qui a permis la transgénèse. Certains gènes,
certaines séquences d’ADN, sont pratiquement identiques pour les
bactéries, les plantes et les animaux, y compris l’homme. D’autres sont
propres à certains taxa, voire à d’autres espèces.
Une fois intégrés dans le génome de l’organisme, les transgènes sont
transmis à la descendance au même titre que tous les autres gènes.
Pour les espèces d’intérêt commercial, telles que les espèces de grande
culture, on peut ainsi introduire des gènes qui autorisent la résistance
aux maladies, aux ravageurs, aux herbicides, ou qui favorisent la produc-
tion de nouvelles protéines. Ce sont ces nouveaux caractères qui déter-
minent l’avantage agronomique ou industriel, ainsi que le risque
éventuel pour la diversité biologique naturelle.
7.4.2 Les applications dans le domaine agricole
En agriculture, la forme de manipulation génétique traditionnelle était la
sélection. Elle a permis de créer de nombreuses races et variétés, ainsi
La bio-informatique
L’ADN est décrit par les lettres A, C, T et G qui représentent les
bases des nucléotides constituant le code génétique. Les informa-
tions génétiques concernant les organismes vivants sont stockées
dans de gigantesques bases de données dont le volume croît de
manière exponentielle avec l’accumulation d’informations prove-
nant du séquençage des génomes. Que faire de cette énorme
masse de données? L’intérêt de la génomique réside en effet dans
l’utilisation qui pourra en être faite. La bio-informatique est une
nouvelle discipline issue de la biologie et de l’informatique qui a
pour objectif de rechercher dans l’accumulation de données brutes
les informations utiles aux biologistes pour comparer, par exemple,
les similitudes et homologies entre séquences d’ADN provenant
d’organismes variés. Une application réside dans la recherche de
principes actifs pouvant entrer dans la constitution de nouveaux
médicaments. Une autre est d’envisager la mise au point de modèles
qui vont permettre de prédire les fonctions des protéines associées
aux gènes. De manière prospective, les spécialistes imaginent la
modélisation bio-informatique de toutes les réactions biochimiques
qui s’enchaînent jusqu’à l’apparition de la vie. Mais nous en sommes
encore à la phase exploratoire…

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La révolution biotechnologique et les OGM
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
que des hybrides entre différentes espèces. De nos jours, ces méthodes
simples mais qui demandent du temps, sont supplantées par les moyens
issus de la biologie moléculaire. On peut extraire un seul gène d’une
cellule animale ou végétale et l’introduire dans un individu de même
espèce ou d’espèce différente pour que celui-ci acquière l’information
souhaitée. Ces produits vivants de la biotechnologie moderne sont
qualifiés d’OGM (organismes génétiquement modifiés) ou d’OVM
(organismes vivants modifiés).
Les transferts de gènes sont réalisables en particulier pour les plantes
cultivées majeures. Il vise à conférer, à certaines variétés, des propriétés
particulièrement intéressantes: résistance à des herbicides ou des
parasites, production de molécules utiles (vitamines, protéines), maturité
contrôlable, etc. En Amérique du Nord et du Sud, en Chine, cela
concerne des productions de masse comme le maïs, le soja, le colza ou
le coton.
Depuis 1983, date de la production du premier tabac résistant à un
antibiotique, le nombre des espèces qui ont fait l’objet d’un transfert
de gènes a fortement augmenté. En Europe, les premiers essais trans-
géniques datent de 1987. C’est en 1994 que le premier fruit génétique-
ment modifié, une tomate à maturation retardée, a été commercialisé
aux États-Unis suivi par des courgettes et des melons rendus résistants
à des virus. Des recherches sont également en cours pour améliorer la
résistance des plantes à la sécheresse ou à la salinité des sols. Il est
possible de produire des plantes transgéniques qui sécrètent une
substance toxique contre les insectes ravageurs, ce qui introduit une
protection permanente et évite l’utilisation d’insecticides. Mais il existe
un risque que ces propriétés se transmettent aux espèces apparentées et
la biotechnologie pose des problèmes à la société.
En Europe, le nombre d’OGM autorisés est très réduit. En France ne
sont autorisés à la culture que du tabac et du maïs tolérants à un herbi-
cide ainsi que des variétés de maïs producteurs d’une protéine insecticide
issue du Bacillus thuringiensis qui les rend résistant à la pyrale. Ces
autorisations sont assorties de mesures de suivi (biovigilance, voir
encadré) de l’utilisation des semences.
7.4.3 Comment prévenir les risques liés aux OGM?
La mise sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM)
fait l’objet d’âpres débats entre les industriels des biotechnologies
encouragés par les bénéfices potentiels de leurs innovations génétiques,
les agriculteurs dont l’avenir est en jeu, et l’opinion publique qui a été

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échaudée par les atteintes récentes à la sécurité alimentaire. Or, la
régulation des risques potentiels posés par les OGM s’inscrit dans un
contexte d’incertitude. Personne ne sait a priori si ces OGM auront un
impact sur la santé humaine ou sur les espèces sauvages, et les scienti-
fiques sont partagés sur les conséquences prévisibles. En fait, la dispa-
rition, la persistance ou la multiplication des OGM sont réglées comme
celles de tous les autres êtres vivants par les trois processus de mutation,
sélection et dérive génétique. Et c’est cela qui pose problème: potentiel-
lement, certains de ces organismes sont susceptibles de prendre une
place dans la biosphère qui n’est pas nécessairement celle que les
hommes leur réservent dans leurs prévisions. L’avenir instruira à cette
occasion les chercheurs sur les processus fondamentaux de l’évolution
de la biodiversité. Mais en l’absence de certitudes scientifiques quant
aux futurs possibles, la société poussée par les nécessités économiques
qu’elle se donne, devra traiter la relation entre les organismes généti-
quement modifiés et la biodiversité en termes de risques et de précaution.
L’innocuité des OGM reste à prouver et des avis contradictoires
s’expriment. Les interrogations des citoyens sur les risques potentiels
des OGM ne trouvent pas vraiment de réponse dans le cadre institu-
tionnel: pour refuser une innovation technologique, il faut prouver qu’elle
est dangereuse; encore faut-il que les recherches soient suffisantes.
Actuellement la régulation des risques potentiels posés par les OGM
s’est engagée dans deux directions: la politique de l’étiquetage et le
protocole de biosécurité. L’objectif central du protocole biosécurité
adopté en janvier 2000 à Montréal est de protéger la diversité biolo-
gique des risques potentiels posés par les organismes vivants modifiés
(OVM). Il définit les conditions d’échanges transfrontaliers des entités
Chez les plantes à fleurs, la dissémination du transgène à une autre
espèce pourrait passer par la reproduction sexuée, c’est-à-dire par
l’hybridation entre la plante cultivée et des espèces sauvages appa-
rentées et adventices. Si ces dernières devaient acquérir la résis-
tance à un herbicide, il n’y aurait aucun intérêt à produire des
espèces génétiquement modifiées résistantes aux herbicides. Cette
hypothèse est prise au sérieux dans le cas du colza qui peut
s’hybrider avec des espèces sauvages proches (navette, ravenelle),
ainsi que pour la betterave. Par contre le risque paraît nul pour le
maïs ou le soja qui, en Europe occidentale, ne peuvent s’hybrider
avec aucune autre espèce.

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biologiques capables de transférer ou de répliquer du matériel génétique
tels que les semences, les plantes et les animaux transgéniques qui
possèdent une combinaison génétique inédite obtenue par recours à la
biotechnologie.
Le protocole fait également la distinction entre les OVM destinés à
être introduits dans l’environnement, et les OVM destinés à l’alimentation
ou à être transformés en produits alimentaires. Pour les premiers, le
protocole établit une procédure d’accord préalable pour chaque impor-
tation d’OGM, ce qui suppose que les pays disposent de l’information
La biovigilance
La dissémination d’OGM dans l’environnement peut perturber
l’équilibre écologique. La nature et l’importance des risques
dépendent des caractéristiques biologiques des OGM et de leurs
environnements. Ils doivent être examinés au cas par cas. Le prin-
cipe de biovigilance a été rendu obligatoire par la loi d’orientation
agricole adoptée en 1999. Le champ d’application inclut les végé-
taux, les semences, les insecticides, les matières fertilisantes et les
supports de cultures composés en tout ou partie d’OGM disséminés
dans l’environnement ou mis sur le marché.
La biovigilance consiste à rechercher et à suivre l’apparition
éventuelle d’effets non intentionnels des nouvelles variétés d’OGM
sur les écosystèmes par la mise en place d’une surveillance à grande
échelle de l’impact des OGM sur l’environnement. Il s’agit en
particulier d’observer les effets sur les populations de ravageurs,
sur la flore et la faune sauvage, sur les milieux aquatiques ainsi
que sur les populations microbiennes y compris les virus. Ainsi
des recherches ont pu montrer qu’il n’y avait aucune différence
significative de l’entomofaune (coccinelles, chrysopes, syrphes, etc.)
entre les parcelles non transgéniques et les parcelles transgéniques
de maïs OGM tolérant à la pyrale.
Un comité de biovigilance est chargé de donner un avis sur les
protocoles de suivi de l’apparition éventuelle d’événements indé-
sirables et d’alerter le ministre chargé de l’agriculture et le ministre
chargé de l’environnement lorsque de tels événements sont mis en
évidence. Ce comité est placé sous la présidence conjointe du
ministre chargé de l’agriculture et du ministre chargé de l’environ-
nement. Son utilité et son efficacité restent néanmoins à prouver.

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Les ressources génétiques et les biotechnologies
nécessaire pour décider en connaissance de cause, et qu’ils puissent
refuser l’importation du fait de l’incertitude scientifique. Pour les
seconds, tels que les huiles et les produits issus des OVM (sauce tomate,
œufs produits par des poules nourries au maïs transgénique), que le
grand public considère à tort comme des OGM, les règles alimentaires
et sanitaires nationales et internationales (Codex alimentarius) s’appli-
quent. La mise sur le marché doit faire l’objet d’une notification auprès
du centre d’échange pour la prévention des risques biotechnologiques.
Ainsi les produits mis sur le marché dans l’Union européenne et conte-
nant plus de 1% d’OGM doivent faire l’objet d’un étiquetage indiquant
leur composition. Les risques liés à l’ingestion d’OGM ou de produits
dérivés d’OGM sont la présence d’une substance indésirable dans
l’aliment (toxique ou allergène) et/ou au transfert éventuel du transgène
à la microflore du tube digestif.
7.5
DROITS DE PROPRIÉTÉ
SUR LES RESSOURCES GÉNÉTIQUES
Les années 1980 ont été marquées par le développement des biotechno-
logies, et celui des droits de propriété intellectuelle sur le vivant. Les
gènes deviennent l’objet de convoitise dans la mesure où le recours
aux brevets, pour protéger les connaissances sur le vivant, laisse entre-
voir une source potentielle (et importante) de profits. La biodiversité
est alors perçue comme un gisement de molécules pour les biotechno-
logies. En l’espace de 50 ans, la matière vivante est passée d’un statut
d’objet naturel dont on pouvait découvrir les composantes mais non se
les approprier, à celui d’une invention issue de l’activité humaine
pouvant être protégée comme toute autre création humaine originale.
Grâce au génie génétique, les gènes sont devenus matières premières
pour l’industrie et objets de spéculations. La question de l’appropriation
des ressources biologiques se pose et deux positions s’affrontent: l’accès
libre aux ressources pour le bénéfice de tous (c’est la notion révisée de
patrimoine commun de l’humanité) et le système de brevet, issu du
monde industriel, et destiné à protéger les produits du génie génétique.
Dans la mesure où une grande partie de la biodiversité réside dans les
régions tropicales, les pays du Sud ont exigé de profiter des retombées
économiques de leurs ressources génétiques, utilisées comme matière
première par les industries biotechnologiques des pays du Nord. La
biodiversité apparaît alors comme l’«or vert» qui va permettre tout
à la fois de financer le développement économique, et les plans de