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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Comportement
Les tests des prédictions des modèles comportementaux des Huî-
triers pies et des autres limicoles ont été publiés à partir du modèle original
de l’Huîtrier pie dans l’estuaire de l’Exe (Goss-Custard
et al.
, 1995c
; Still-
man
et al.
, 2000c) et des modèles et sous-modèles suivants (Caldow
et al
.,
2004 ; Durell
et al
., 2005 ; Pettifor
et al
., 2000 ; Stillman
et al
., 2003 ; West
et al
., 2003). En général, la prédiction concorde avec l’observation, bien que
la distribution des oiseaux tende à être moins bien prédite que dans les autres
patrons comportementaux (
tableau
XII). Trois exemples suffisent à illustrer
les tests, l’exactitude typique avec laquelle les modèles prédisent les obser-
vations et les raisons pour lesquelles, en aucun cas, il était inévitable que
cela soit ainsi.
Dans le Burry Inlet (Pays de Galles), les Huîtriers pies s’alimentent à
marée basse, soit sur les gisements de coques
Cerastoderma edule
, soit sur
les bancs établis de longue date de moules matures ou encore sur des taches
éphémères de jeunes moules attachées à des coques sorties du sable lorsque
leur propre densité est trop forte (phénomène appelé «
mussel crumble
»).
L’I
BM
limicoles prédit la distribution observée des Huîtriers pies sur ces
trois types de taches (West
et al
., 2003) (
figure
25). Sans interférence, tous
les oiseaux pourraient se nourrir sur les bancs de moules mâtures car ils
fournissent les rythmes d’ingestion les plus élevés en l’absence
d’interférence. Comme les bancs matures de moules occupent plutôt une
petite partie de l’ensemble de l’estuaire, le modèle doit représenter correcte-
ment les interférences qui empêchent tous les oiseaux de s’alimenter sur ces
bancs. Le modèle pourrait très facilement faire une prédiction relativement
pauvre, mais ce n’est pas le cas.
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Figure
25 : comparaison entre les prédictions du modèle et la distribution observée
des Huîtriers pies sur les trois sources de proies principales (coques, moules et amas
de moules) dans le Burry Inlet, Royaume-Uni
Les barres montre le pourcentage moyen (+ erreur standard) des oiseaux
s’alimentant sur chaque type de ressources (adapté de West
et al
. 2003).
Sur une moyenne de huit ans dans l’estuaire de l’Exe, 12,1 % des
moules des classes de taille consommées par les Huîtriers pies disparaissent
au cours de l’hiver, et les expériences d’exclos confirment que la plupart ont
été prises par les Huîtriers pies (Goss-Custard
et al
., 2001). Le modèle prédit
que juste un peu moins de 12 % devraient être pris par les Huîtriers pies, soit
une valeur très proche de la valeur réelle, bien qu’il existe de nombreuses
opportunités pour que le modèle ne permette pas une telle précision dans la
réalité. En effet, en dehors de la possibilité de prédire de manière précise les
besoins énergétiques des Huîtriers pies, à la fois le modèle et les oiseaux
réels consomment beaucoup d’autres proies comme les palourdes
Scrobicu-
laria plana
dans la zone intertidale, et les vers de terre
Lumbricus
spp. dans
les champs à marée haute et basse. Que le modèle prédise avec autant de
précision la mortalité infligée aux moules par les Huîtriers pies suggère qu’il
représente bien le processus de consommation de moules.
Quand les limicoles sont contraints par la nourriture, ils augmentent
le temps passé à la recherche d’aliments pendant la période de marée basse
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(Goss-Custard
et al
., 1977). Le modèle doit donc être capable de prédire la
quantité de temps consacré à l’alimentation en zone intertidale par un oiseau
moyen parce que cela reflète la facilité ou la difficulté avec laquelle les oi-
seaux sont capables de combler leurs besoins énergétiques. Les valeurs ob-
servées dans toutes les études sont comparables aux valeurs prédites (
fi-
gure
26a). Comme le temps consacré à l’alimentation dépend de tous les
processus représentés dans le modèle, il y a à chaque fois la possibilité que le
modèle ne fournisse que des prédictions assez pauvres. Or, la bonne concor-
dance entre les valeurs prédites et observées suggère que le modèle est ca-
pable de bien représenter et de tester le comportement observé des oiseaux.
Mortalité et condition corporelle
Le test le plus difficile, mais essentiel, est de prédire les taux de mor-
talité et la condition corporelle des limicoles, les deux mesures proximales
de la réussite qui devraient être utilisées pour évaluer l’impact des règle-
ments liés à l’aménagement des territoires côtiers (Goss-Custard
et al
.,
2002). Jusqu’à présent, aucun test n’a été possible avec la condition corpo-
relle, mais plusieurs concernent la mortalité.
La plupart des tests (
figure
26b) comparent les taux de mortalité pré-
dits et mesurés chez l’Huîtrier pie. Deux concernent les Huîtriers pies con-
sommateurs de moules (estuaire de l’Exe) ou un mélange de coques et de
moules (Wash). Dans le Burry Inlet, la mortalité hivernale n’a pas été mesu-
rée mais elle est très basse puisque l’on observe que les oiseaux passent
beaucoup de temps au repos alors que les coquillages et les autres proies sont
disponibles, ce qui montre que les conditions d’alimentation sont très bonnes
et qu’ainsi peu d’oiseaux risquent de mourir. Pour l’estuaire de l’Exe, les
données sont groupées en années d’effectifs hauts ou bas car le taux de mor-
talité hivernale est lié à une densité dépendance. Pour le Wash, les données
ont été groupées en années d’abondance ou de rareté des coquillages, ces
conditions ont un grand effet sur la survie des Huîtriers pies (Atkinson
et al
.,
2003). Le modèle prédit correctement les taux de mortalité moyens observés
avec ces quatre conditions (
figure
26b). Il doit être noté, cependant, que le
modèle prédit la mortalité observée moins bien dans des années individuali-
sées, probablement parce que, pour chacune des années, un paramètre qui
varie annuellement (tel que le contenu énergétique des moules) n’était pas
connu.
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Figure
26 : comparaisons entre les prédictions du modèle
26a : la quantité de temps consacrée par un oiseau à l’alimentation au cours d’une
période diurne du cycle tidal
(symboles pleins : Huîtriers pies
Haematopus ostralegus
; symboles ouverts : Bécas-
seau minute
Calidris minuta
, Bécasseau sanderling
C. alba
, Bécasseau variable
C.
alpina
et Courlis cendré
Numenius arquata
(données de l’estuaire de l’Exe, du Bur-
ry Inlet et de Bangor flats dans les Îles britanniques, estuaire Seine et Bahia de Ca-
diz, Espagne),
26b : la mortalité hivernale observée chez les Huîtriers pies
(symboles pleins) (données du Burry Inlet, de l’estuaire de l’Exe et du Wash dans
les Iles britanniques) et Chevalier gambette
Tringa totanus
(symboles ouverts) (don-
nées de Rhymney flats dans l’estuaire de la Severn, UK).
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Récemment, les taux de mortalité prédits et observés ont été compa-
rés chez une autre espèce que l’Huîtrier pie. Il s’agit d’un test particulière-
ment important car le modèle a été utilisé rétrospectivement pour prédire une
augmentation du taux de mortalité chez le Chevalier gambette à la suite
d’une perte d’habitats dans la baie de Cardiff. Cette perte s’est produite après
qu’une grande zone alimentaire ait été détruite par la construction d’un bar-
rage qui a transformé des vasières en un lac d’eau douce. Les données sur les
ressources alimentaires étaient plutôt rares et aucun travail de terrain sup-
plémentaire ne pouvait être conduit, et il était donc nécessaire de calibrer le
modèle en faisant varier un paramètre (l’efficacité de l’alimentation noc-
turne) jusqu’à ce que le modèle reproduise la mortalité observée avant le
barrage. En dépit de cette difficulté, le modèle prédit la mortalité post-
barrage avec une précision encourageante (
figure
26b).
Utiliser les modèles individuels pour conseiller en matière de
conservation des oiseaux côtiers
Décrivons maintenant comment les I
BM
s pour les oiseaux côtiers ont
été utilisés pour prédire les conséquences de changements environnementaux
liés à des pertes d’habitats, aux dérangements, à la pêche à pied, aux activi-
tés récréatives, aux changements climatiques et à l’élévation du niveau des
mers (
tableau
XII). Afin de déterminer les effets d’un changement de
l’environnement, le modèle a été initialement paramétré pour les conditions
environnementales actuelles et, si nécessaire, calibré par différentes efficaci-
tés alimentaires nocturnes, ou un autre paramètre, jusqu’à ce qu’il reproduise
les taux réels de mortalité et la condition corporelle des oiseaux. Les simula-
tions (Peck, 2004) sont lancées avec les changement appropriés des para-
mètres afin de prédire le taux de mortalité et la condition corporelle en fonc-
tion des nouvelles conditions environnementales.
Suivre la qualité du site
Les gestionnaires des estuaires sont souvent sollicités pour suivre la
qualité d’un site pour certaines espèces importantes ou pour évaluer com-
ment des changements potentiels peuvent influencer la qualité du site. Un
simple suivi des effectifs d’oiseaux n’est pas le moyen approprié pour éva-
luer la qualité du site car les effectifs d’oiseaux utilisant le site dépendent
non seulement des conditions sur le site, mais également des conditions sur
les autres sites utilisés, à la fois, pendant et en dehors de la saison de repro-
duction (par exemple, Gill
et
al.
, 1997 ; Goss-Custard, 1993). De plus, les
dénombrements ne sont pas prédictifs et il peut être trop tard pour mettre en
place des actions en place si des changements dans les effectifs sont décelés.