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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012       

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minuer leur condition corporelle bien avant que la capacité du site à fournir 
des ressources alimentaires aux oiseaux, et donc à accueillir des oiseaux, ne 
soit atteinte. Si plus d’oiseaux meurent ou ne parviennent pas à atteindre la 
condition corporelle requise pour migrer vers les sites de reproduction et s’y 
reproduire avec succès, la taille de la population sera réduite (Goss-Custard, 
1993). 

 
Comme le terme de capacité d’accueil correspond à la notion de sens 

commun  que  les  ressources  sur  un  site  ne  peuvent  être  qu’être  limitées,  et 
comme il a été si largement utilisé par les gestionnaires de la nature et que 
ceci  risque  de  rester  ainsi,  nous  avons  besoin  d’une  voie  alternative  pour 
définir  la  capacité  d’accueil  chez  les  oiseaux  non  reproducteurs,  qui  soit 
précise et ne risque pas de compromettre les objectifs des gestionnaires de la 
nature qui sont de maintenir et, quand cela est possible, d’augmenter la taille 
actuelle de la population. 

 
Avant de proposer une nouvelle définition, il est nécessaire de com-

prendre comment une dégradation de l’environnement alimentaire peut avoir 
un impact sur la capacité des oiseaux à collecter des proies à un rythme qui 
soit suffisant pour équilibrer leurs dépenses énergétiques et donc leur éviter 
de mourir de faim. Une dégradation de l’environnement alimentaire des oi-
seaux peut se produire de quatre façons. Elle peut être due à une réduction de 
surface des zones alimentaires (dans l’espace alimentaire) ou à une réduction 
de la durée pendant laquelle les oiseaux peuvent s’alimenter pendant le cycle 
tidal et/ou nycthéméral (temps d’alimentation) ou à une réduction du rythme 
avec lequel les oiseaux peuvent acquérir de l’énergie et des nutriments pen-
dant  leur  alimentation,  en  raison,  par  exemple  de  la  diminution  de  la  taille 
moyenne de leurs proies (la qualité des zones alimentaires) ou encore à une 
augmentation  de  leurs  besoins  énergétiques  (dans  leur  demande  énergé-
tique). 

 
Les propositions de changement de gestion d’une aire intertidale ont 

un ou plusieurs de ces quatre effets sur les limicoles. Par exemple, les déran-
gements diminuent l’espace alimentaire (en interdisant une zone alimentaire 
aux oiseaux en alimentation), diminuent le temps d’alimentation (parce que 
les  oiseaux  sont  obligés  de  voler  pendant  un  moment  plutôt  que  de 
s’alimenter et nécessitent souvent du temps pour reprendre leur alimentation 
après qu’ils se soient posés ailleurs), augmentent leur demande énergétique 
(en  les  forçant  à  faire  des  vols  qui  ont  des  surcoûts  énergétiques)  et  sont 
susceptibles de réduire la qualité des sites où les oiseaux s’alimentent car ils 


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s’alimentent  normalement  sur  les  sites  les  plus  profitables  qui  sont  dispo-
nibles. 

 
Étant  donné  ces  quatre  types  d’effets,  la  façon  la  plus  facile 

d’aborder  la  définition  de  la  capacité  d’accueil  est  de  commencer  avec  la 
perte d’habitats. Celle-ci réduit la surface de l’espace alimentaire disponible 
et les oiseaux sont forcés de s’alimenter à des densités croissantes. Ceci, en 
retour, peut intensifier la compétition qui existe déjà entre les oiseaux, ou la 
rendre  possible  si  elle  n’existait  pas  auparavant.  Si  l’augmentation  de 
l’intensité de la compétition est suffisamment grande, moins d’oiseaux par-
viendront à obtenir la quantité d’énergie requise dans le temps disponible et 
donc vont soit mourir de faim, soit vont émigrer. 

 
Le processus de densité-dépendance est illustré par un exemple hy-

pothétique sur la courbe 1A. Il existe une densité seuil pour les limicoles en 
alimentation, au-dessus de laquelle toute augmentation supplémentaire de la 
densité oblige une proportion des oiseaux à mourir de faim et/ou à émigrer 
et/ou à disposer de réserves corporelles inadéquates pour se maintenir. À des 
densités  au-dessus  de  ce  seuil,  la  performance  des  oiseaux  est  densité-
dépendante. En dessous de ce seuil, l’intensité de la compétition est insuffi-
sante  pour  contribuer  à  empêcher  certains  individus  à  répondre  à  leurs  be-
soins  énergétiques,  aussi,  la  proportion  mourant  de  faim,  émigrant  ou  ne 
parvenant  pas  à  accumuler  les  réserves  adéquates  est  indépendante  de  la 
densité d’oiseaux. 

 
Si ces circonstances existent, l’habitat peut être perdu sans qu’une de 

ces trois mesures de réussite augmente jusqu’à ce que la perte d’habitat soit 
assez grande pour amener les oiseaux à une densité au-dessus de ce niveau. 

 
La  courbe  illustre  également  l’erreur  de  l’argument  qu’une  succes-

sion  de  petites  pertes  d’habitats  peut  contribuer  à  en  constituer  une  grande 
qui doit, en quelque sorte, affecter les oiseaux. Peu importe combien d’effets 
zéro s’additionnent, les pertes d’habitats ne font pas de différence tant que le 
seuil  n’est  pas  atteint.  Une  succession  de  petites  pertes  peut  amener  le  sys-
tème  au  plus  près  du  niveau,  bien  sûr,  mais  il  n’y  aura  pas  d’impact  sur  la 
réussite des oiseaux jusqu’à ce que la densité seuil ait été dépassée. 

 
La définition proposée de capacité d’accueil est explicitement liée au 

concept  fondamentalement  important  de  densité-dépendance.  La  densité 
seuil peut être considérée comme la capacité d’accueil, la quantité d’espace 
alimentaire en dessous de laquelle des réductions doivent être évitées si nous 


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souhaitons  maintenir  les  oiseaux  au  niveau  actuel  de  réussite,  par  exemple, 
de  maintenir  la  proportion  actuelle  d’oiseaux  qui  restent  dans  l’estuaire  et 
survivent à la fin de la saison de non reproduction en bonne condition. 

 
Le seuil peut être mesuré par la densité d’oiseaux ou, mieux encore 

parce  que  les  disponibilités  alimentaires  varient,  comme  le  ratio  entre 
l’abondance de la nourriture et le nombre d’oiseaux, à savoir la quantité de 
nourriture  disponible  par  oiseau.  Ceci  est  illustré  pour  des  Huîtriers  pies  et 
des  Coques  dans  différents  estuaires  sur  la  courbe  1B.,  définie  simplement 
par la densité d’oiseaux ou par la quantité de nourriture par oiseau. La capa-
cité  d’accueil  mesurée  de  cette  façon  définit  les  conditions  dans  lesquelles 
toute  détérioration  future  dans  les  conditions  d’alimentation  commencera  à 
réduire la réussite des oiseaux en dessous de niveaux actuels. 

 
Définir  la  capacité  d’accueil  en  termes  de  zone  d’alimentation  dis-

ponible ou comme un ratio nourriture/oiseau permet de faire des affirmations 
comme :  
- pour maintenir la capacité d’un site à accueillir des oiseaux au niveau ac-
tuel, à savoir, pour maintenir sa capacité d’accueil, nous ne devons pas lais-
ser  la  quantité  de  nourriture  par  oiseau  présent  à  l’automne  descendre  en 
dessous de X kg AFDM (masse sèche sans cendres), 
- ou une quantité d’espace alimentaire descendre en dessous Y ha

-1

.  

 
La capacité d’accueil est alors définie en termes de variables démo-

graphiques qui déterminent la taille de la population, la quantité que les con-
servateurs  visent  à  maintenir  ou  à  accroître.  En  effet,  ceci  est  défini  selon 
que la réussite est ou n’est pas densité dépendante, la question fondamentale 
à  se  poser  quand  un  habitat  est  perdu  ou  dégradé  (Goss-Custard  &  Durell, 
1990 ; Goss-Custard 

et al.

, 1995).  

 
Un  autre  avantage  de  cette  définition  est  qu’elle  permet  à  d’autres 

facteurs pouvant avoir une influence sur la réussite, tels que les prédateurs et 
les parasites, d’être inclus dans l’évaluation de la capacité d’accueil du site. 
 

La  définition  de  la  capacité  d’accueil  peut  aussi  être  appliquée  à 

chacun  des  quatre  changements  d’un  estuaire  qui  peuvent  avoir  un  impact 
sur la réussite des oiseaux. La diminution de l’espace alimentaire a déjà été 
abordée.  Si  un  changement  proposé  de  gestion  sur  un  estuaire  aboutissait  à 
diminuer  le  temps  disponible  pour  l’alimentation  dans  la  zone  intertidale, 
tous  les  individus  auraient  à  passer  une  plus  grande  proportion  du  temps 
disponible  à  s’alimenter.  Ceci  signifie  en  retour  que  la  densité  moyenne 


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d’oiseaux en alimentation pendant toute la période de marée basse augmen-
terait  également.  La  même  chose  pourrait  se  produire  là  où  la  qualité  des 
ressources  alimentaires  pourrait  se  réduire :  tous  les  oiseaux  auraient  à 
s’alimenter plus longuement et donc il y aurait une moindre opportunité pour 
les  compétiteurs  dominés  d’être  libérés  de  la  compétition  par  interférence 
quand les dominateurs se reposent. La demande croissante en énergie pour-
rait avoir le même effet, mais, en plus, elle pourrait augmenter le rythme de 
déplétion  des  proies  pendant  la  saison  de  non-reproduction  en  raison  de  la 
plus haute consommation journalière par tous les oiseaux. 

 
Défini  de  cette  façon,  la  capacité  d’accueil  a  une  signification  très 

claire car elle est explicitement liée aux taux démographiques clés des limi-
coles non reproducteurs ; il s’agit de la proportion qui reste sur un estuaire et 
survit  et  la  proportion  de  survivants  qui  sont  dans  une  condition  suffisam-
ment bonne pour migrer vers les zones de reproduction et pour se reproduire 
avec  succès.  Elle  fournit  une  mesure  potentiellement  clairement  définie  et 
non  ambiguë  de  la  capacité  d’accueil  du  site.  Si  cela  est  appliqué  à  un 
nombre  suffisant  d’estuaires  réels,  des  lignes  directrices  générales  pour  dé-
terminer quand un estuaire est au-dessous ou au-dessus du seuil de capacité 
d’accueil pourraient un jour être établies. 
 
 

Que cela signifie-t-il pour les gestionnaires de la nature ?

Comment  les  gestionnaires  peuvent-ils  déterminer  si  la  capacité 

d’accueil d’un site est déjà atteinte et, par conséquent, donner une réponse à 
la  question :  Est-ce  que  ce  projet  va  réduire  la  capacité  d’accueil  du  site  et 
donc réduire le nombre d’oiseaux qu’il héberge ? Les différentes options qui 
permettent  de  répondre  à  cette  question  sont  analysées  dans  la  suite  de  ce 
texte en examinant la fonction de densité dépendance.

Mesure directe de la fonction densité-dépendance 

Études empiriques 

L’approche  la  plus  évidente  serait  de  mesurer  la  quantité  de 

ressources  alimentaires  et  la  réussite  des  oiseaux  dans  un  estuaire  au  cours 
d’un  nombre  suffisant  d’années  afin  d’établir  de  manière  empirique  la 
relation présentée sur la courbe 1A. Ceci est, cependant, rarement possible et 
n’a  été  atteint  que  pour  une  seule  espèce  de  limicoles  consommant  une 
espère  proie,  à  savoir  les  Huîtriers  pies  de  l’estuaire  de  l’Exe  consommant 
des moules (Durell 

et al

., 2000). Les études empiriques qui lient la réussite à 

la  densité  et/ou  au  ratio  oiseau /  nourriture  sont  immensément  difficiles  à 


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mettre en œuvre et cela peut aussi bien prendre plus de 20 ans pour produire 
un ensemble de données qui, en plus, risque de ne pas permettre d’établir la 
fonction densité-dépendante si la variation dans la taille de la population est 
trop  petite  pour  le  permettre  (courbe  1C).  Et  même  si  une  relation  densité-
dépendante pouvait être établie empiriquement, il n’y aurait aucune garantie 
que cela puisse s’appliquer à de nouvelles circonstances pour lesquelles des 
prédictions  sont  nécessaires  (Goss-Custard  &  Durell,  1990  ;  Stillman  & 
Goss-Custard,  2010).  L’approche  empirique  est  par  conséquent  non 
appropriée  et  impraticable  pour  une  grande  majorité  de  gestionnaires  de  la 
nature. 
 

Modèle fondé sur les individus 

Cette  approche,  décrite  complètement  dans  cet  ouvrage  est  mainte-

nant  largement  utilisée  et  peut  être  appliquée  relativement  rapidement  en 
suivant les récents développements qui ont augmenté la vitesse avec laquelle 
les  paramètres  les  plus  importants  peuvent  être  estimés  pour  un  estuaire  et 
pour  les  espèces  concernées  (Stillman  &  Goss-Custard,  2010).  Mais  alors 
que cette approche ne demande plus de nombreuses années de recherche et 
de grands moyens pour être réalisée, il existe de nombreuses situations où les 
ressources et le temps disponibles sont trop limités pour permettre son appli-
cation.    
 

Approche  indirecte :  suivre  les  indicateurs  démographiques 
et le comportement des oiseaux 

Dans ces conditions, on ne peut que se retourner vers l’approche qui 

avait  été  utilisée  avant  les  modèles  basés  sur  les  individus  (Goss-Custard, 
1977).  Par  essence,  cette  approche  consiste  à  examiner  les  indicateurs  du 
comportement et les autres que la compétition contribue déjà à faire chuter 
chez certains oiseaux incapables d’obtenir assez de nourriture pour survivre 
en bonne condition au cours de la saison de non-reproduction. Si ce cas est 
démontré, il peut être raisonnablement assumé qu’une dégradation future de 
l’environnement  abaissera  encore  plus  la  capacité  d’accueil  du  site,  telle 
qu’elle a été définie plus haut. 

 
Le processus comporte par conséquent deux étapes. La première est 

de  définir  si  certains  oiseaux  présentent  déjà  des  difficultés  à  un  certain 
moment  de  la  saison  de  non-reproduction  à  remplir  leur  demande 
énergétique et si certains peuvent même mourir de faim, ou, étant tellement 
affamés, qu’ils aillent se nourrir sur des endroits dangereux où ils courent le 
risque d’être attaqués par des prédateurs, comme des rapaces.