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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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ment à augmenter l’abondance du macrozoobenthos dans les sites où les
niveaux bathymétriques sont plutôt élevés, et diminuer ces abondances dans
les zones les plus basses. L’auteur se fonde sur les relations entre, d’une part,
abondance, biomasse et richesse benthique et, d’autre part, bathymétrie.
Abondance, biomasse et richesse en macrozoobenthos suivent une courbe en
cloche en fonction d’une bathymétrie décroissante (très faible en haut estran,
maximale autour de la mi-marée puis faible en bas estran). L’auteur précise
toutefois que cette évolution est à attendre dans la mesure où l’élévation du
niveau marin n’est pas contrebalancée par une sédimentation.
Enfin, au-delà des variations d’abondance et de distribution latitudi-
nales et bathymétriques de la macrofaune, son accessibilité devrait égale-
ment varier, mais plus en lien avec les changements météorologiques induits
par le réchauffement climatique (précipitations et températures surtout). Le
benthos intertidal endogé tend à être en effet plus accessible pour les limi-
coles
lors
de
conditions
de
températures
douces
(profondeur
d’enfouissement moindre) et, surtout pour les espèces chassant à vue comme
les pluviers et gravelots, lorsque les précipitations sont nulles ou faibles
(Pienkowski, 1981, 1983 ; Selman & Goss-Custard, 1988). Pour Rehfish
et
al
. (2004), le déclin du grand Gravelot, du Vanneau huppé, du Courlis cen-
dré, du Chevalier gambette et du Tournepierre en Grande-Bretagne peut être
ainsi attribué à l’augmentation générale des précipitations. En se basant sur
l’impact des hivers doux sur la zone intertidale de la mer des Wadden de
1969 à 1991, Beukema (1992) expose les conséquences potentielles sur la
macrofaune d’un réchauffement climatique : les effets positifs sont une ri-
chesse spécifique et une abondance plus importante, mais les effets négatifs
ne sont pas négligeables pour les limicoles et concernent une perte de masse
des bivalves et une réussite de reproduction plus faible l’été suivant un hiver
doux pour ces derniers. Rehfish
et al
. (2004) expliquent cependant que les
températures semblent d’une manière générale moins influer sur l’abondance
des oiseaux s’alimentant en substrat dur (Tournepierre à collier, Bécasseau
violet et Huîtrier pie) que ceux s’alimentant en substrat meuble, car la res-
source trophique disponible en substrat dur reste accessible même par grand
froid (ce qui explique notamment la présence hivernale aussi nordique du
Bécasseau violet - Strann
et al
., 2006).
Effets directs sur la physiologie des limicoles
L’impact de la température, du vent, des précipitations ou encore des
radiations solaires sur la physiologie des limicoles a été exploré de longue
date (
e.g.
Piersma, 1994 ; Wiersma & Piersma, 1994 ; Piersma & Morrison,
1997).
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Les limicoles sont très sensibles au froid, particulièrement au grand
froid. Des mortalités importantes peuvent survenir lors des hivers les plus
rigoureux, comme cela a été montré chez l’Huîtrier pie (Camphyusen
et al
.
1996) ou le Chevalier gambette (Mitchell
et al
., 2000). D’une manière géné-
rale, le fait que les plus grosses espèces de limicoles (Huîtrier pie, Barge
rousse ou encore Courlis cendré) se déplacent moins vers l’ouest lors
d’hivers rigoureux que les petites espèces (bécasseaux
Calidris
spp.) peut
s’expliquer par une sensibilité au froid moindre des grandes espèces (Austin
& Rehfish, 2005). Le Bécasseau variable est contraint de se décaler à l’ouest
lors d’hivers rigoureux ; des hivers doux permettent donc logiquement à ces
espèces d’augmenter en Grande-Bretagne (Rehfish
et al
., 2004). En outre,
les grandes espèces sont également plus capables d’attraper des proies moins
accessibles lorsqu’il fait froid (Pienkowski, 1981). Pour ces dernières, c’est
principalement la diminution de l’accessibilité aux ressources alimentaires
qui provoque les déplacements vers le sud-ouest lors d’hivers rigoureux
(Zwarts, 1996).
L’influence du vent est probablement un peu plus complexe à inter-
préter. En Grande-Bretagne, le nombre d’Huîtriers pies et de Bécasseaux
violets tend à être plus élevé lorsque les vents sont faibles alors qu’il en va à
l’inverse pour le grand Gravelot, le Courlis cendré, le Tournepierre à collier.
Enfin, l’abondance du Chevalier gambette est liée à une combinaison com-
plexe de vent et de température (Rehfish
et al
., 2004).
Mesures de conservation
Nous explorons ici les mesures de conservation
lato sensu
, qui ont
été mises en place ou proposées pour faire face aux conséquences
a priori
néfastes du changement climatique sur les limicoles et leurs habitats côtiers.
Permettre le développement de nouvelles zones intertidales
Depuis maintenant une vingtaine d’années, on assiste en Europe de
l’Ouest à une politique de rétrocession de polders à la mer, redonnant donc
littéralement des terres à la mer (que l’on appelle « dépoldérisation », « rées-
tuarisation », « remarinisation », ou tout simplement « remise en eau »
[Goeldner-Gianella, 2007]). Il s’agit d’un processus permettant le dévelop-
pement de nouvelles zones intertidales. La moitié de la quarantaine de dé-
poldérisations effectuées en Europe a été réalisée en Grande-Bretagne et, au
total, ces entreprises ne couvraient encore que 6 000 hectares en 2007, soient
1 % de la surface de l’ensemble des polders d’Europe du Nord-Ouest
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(Goeldner-Gianella, 2007). L’essentiel des politiques de dépoldérisation a
une visée environnementale cherchant à retrouver des écosystèmes littoraux
en contact direct avec la mer. La dépoldérisation s’accompagne soit d’une
non-intervention permettant la recolonisation spontanée de la mosaïque
d’habitats littoraux le long d’un gradient bathymétrique, soit de la mise en
place de procédés de génie écologique censés améliorer et accélérer le retour
à la mer (creusement de chenaux, plantations, reprofilages topographiques,
etc. [Goeldner-Gianella, 2007]). La politique de dépoldérisation peut donc
être vue comme une compensation des pertes d’habitats dues au réchauffe-
ment climatique ou dues à leur destruction directe par les activités humaines
(Atkinson
et al
., 2004).
Les effets de cette dépoldérisation sur les limicoles ont été explorés
par Atkinson
et al
. (2004) sur deux estuaires britanniques (Tollesbury et
Orplands, dans l’Essex). Une recolonisation progressive de la faune ben-
thique s’est faite pendant cinq années et la recolonisation par les limicoles a
été assez contrastée selon les espèces. Le Bécasseau variable et le Chevalier
gambette ont recolonisé la zone deux années après sa remise en eau, le Bé-
casseau maubèche seulement après quatre à cinq ans, en réaction à la recolo-
nisation de sa proie de prédilection (
Macoma balthica
), alors que l’Huîtrier
pie n’avait toujours pas recolonisé après cinq années. D’après Atkinson
et al
.
(2004) si les dépoldérisations sont efficaces ponctuellement, elles ne sont pas
la panacée : même après plusieurs décennies après leurs remises en eau, on
ne retrouvera pas encore la même biodiversité que sur des estrans naturels.
Pragmatisme et réaction en aval plus qu’en amont face aux crises
environnementales ont conduit également les Nord-Américains à développer
des mesures de génie écologique assez lourdes pour recréer des zones hu-
mides littorales incluant des zones intertidales. Zedler
et al
. (2001) et Zedler
(2004) donnent ainsi l’exemple du vaste programme de restauration écolo-
gique des schorres de l’estuaire de Tijuana (Californie), incluant replantation
de végétation halophyte, contrôle des processus de sédimentation, etc. Zedler
et
al
. (2001) concluent toutefois que lorsque la biodiversité d’un écosystème
littoral est perdue, sa restauration reste très difficile de par les changements
environnementaux et la perturbation de processus d’interactions entre es-
pèces qui ont pu intervenir.
Pour d’autres auteurs, au-delà de la politique de dépoldérisation, il
faudrait également permettre à la mer de progresser sur les terres dans le
contexte actuel de montée du niveau marin (Rehfish & Austin, 2006). Les
digues de mer ou encore les reliefs bloquant une possible transgression pour-
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raient être localement supprimés. Une telle politique est toutefois un peu
utopiste sur des littoraux européens très peuplés et très exploités, et, d’un
point de vue purement environnemental, une telle politique serait également
incompatible avec l’importance fondamentale de conservation les zones
humides littorales dulçaquicoles (Lee, 2001).
Mesures de gestion adaptative face aux changements globaux
Les réseaux d’aires protégées sont une des pierres angulaires de la
conservation de la biodiversité à l’échelle mondiale. Pour les limicoles,
l’importance de la mise en place d’aires protégées fonctionnant en un réseau
cohérent adapté aux routes migratoires a été soulignée assez tôt. En France,
il faut souligner l’action de quelques naturalistes et agronomes (particuliè-
rement le groupe M
AR
comprenant notamment Christian Jouannin, Francois
Hüe ou encore Michel Brosselin) qui ont agi pour la protection d’un réseau
international de marais maritimes de l’Atlantique européen afin d’assurer la
conservation des oiseaux d’eau. Toutefois, face aux changements globaux
(climatiques mais aussi d’occupation du sol à large échelle spatiale), les me-
sures de conservation fixes dans le temps et l’espace perdent peu à peu de
leur pertinence. Puisque que les limicoles, comme beaucoup d’autres espèces
(Parmesan & Yohe 2003), voient leur aires de distribution se déplacer, les
réseaux d’aires protégées contemporains ne seront probablement plus à
même de protéger la biodiversité de demain. Il convient donc de mettre en
place une gestion adaptative permettant à ces aires protégées d’être dépla-
cées sur les sites qui seront favorables aux espèces et habitats à protéger du
futur (Hole
et al
., 2011).
Boere & Taylor (2004) soulignent que parmi les mesures législatives
et les politiques publiques, presque tout reste à mettre en œuvre pour être à
même de faire face aux conséquences du changement climatique sur les oi-
seaux d’eau. Toutefois, la grande force de la protection des oiseaux d’eau est
le fonctionnement en réseaux internationaux. Boere & Taylor (2004) préco-
nisent ainsi plusieurs mesures :
- mettre en place une gestion adaptative pour permettre une non-perte
d’habitats et de populations et conserver un réseau d’espaces protégés cohé-
rent,
- insérer la notion de changement climatique dans les conventions interna-
tionales existantes, en utilisant, par exemple, la méthodologie Natura 2000
pour créer de nouvelles réserves destinées spécifiquement aux pertes liées au
changement climatique,
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- appliquer les principes des « taxes carbone » pour que les pays qui ne peu-
vent pas créer de nouveaux espaces en réserve contribuent financièrement à
la création de réserves dans d’autres pays.
Amélioration des connaissances scientifiques
Beaucoup de points restent à éclaircir pour être en mesure de faire
face au changement climatique et à ses impacts sur les limicoles. Finlayson
et al
. (2006) en notent cinq principaux :
- développer les connaissances sur les zones humides, leur état et leurs con-
ditions hydrologiques,
- mieux comprendre les réponses des zones humides et des espèces qui y
sont inféodées aux changements climatiques et à d’autres pressions,
- acquérir des données et développer des modèles sur la distribution géogra-
phique des espèces en réponse aux changements climatiques,
- développer des modèles incluant l’impact des pressions anthropiques sur
l’utilisation de l’eau et des sols pour prévoir des scenarii réalistes du devenir
des zones humides,
- développer des indicateurs mesurant l’effet de l’adaptation et du dévelop-
pement de mesures compensatoires face au changement climatique.
Pour Norris
et al
. (2004), il convient d’abord d’être en mesure de
mieux connaître les mécanismes à large échelle spatiale. Ceci nécessite de
développer les connaissances sur quelques espèces modèles (qui sont bien
suivies sur le long terme, dont l’écologie est bien connue, dont beaucoup
d’individus sont déjà marqués pour pouvoir estimer correctement la fitness
et les patrons de dispersion) et quelques processus modèles, comme les per-
turbations affectant la distribution de populations. Ensuite Norris
et al.
(2004) préconisent de coupler les modèles physiques et écologiques, ce qui
est fondamental pour comprendre comment les communautés d’invertébrés
marins (en tant que proies pour les limicoles) vont fluctuer en réponse au
changement climatique.
Conclusion
Les impacts du changement climatique sur les limicoles hivernants
commencent à être de mieux en mieux documentés. Le point le mieux étudié
est probablement le changement de leurs distributions hivernales au cours
des dernières décennies. Il correspond à un glissement (ou un étirement) vers
le nord des aires d’hivernage, qui conduit à un réassemblage des communau-
tés de limicoles à des échelles locales. Les changements de la phénologie de