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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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leur migration et de leur hivernage sont en revanche moins bien documentés,
mais un raccourcissement des stationnements sur les sites d’hivernage est
observé. Toutefois, les mécanismes à l’origine de ces changements restent
encore difficiles à expliquer, tant les effets potentiels directs et indirects du
changement climatique sur les limicoles sont nombreux et différents selon
les échelles spatiales et temporelles auxquelles on les étudie. Des effets
abrupts et « en cascade » du réchauffement global, sur les habitats et la res-
source trophique (comme ceux montrés pour d’autres espèces d’oiseaux
[Luczack
et al
. 2011]) sont très probables mais il reste à les étudier dans le
détail. Le changement de la superficie et de l’accessibilité des domaines
intertidaux devrait ainsi avoir une influence considérable, ainsi que
l’abondance et l’accessibilité de la macrofaune benthique, nourriture des
limicoles. En outre, on ne sait pas si les changements de distribution et de
phénologie sont dus à des changements individuels (relevant plutôt d’une
plasticité phénotypique) ou à des changements générationnels (relevant plu-
tôt d’un processus d’adaptation).
La question des bénéfices ou inconvénients que les limicoles sont
susceptibles de tirer du changement climatique reste sans réponse. Il n’y a,
par exemple, presque aucune étude (hormis Van de Pol
et al
., 2011) liant
changement climatique récent et démographie des limicoles. À l’échelle de
la Grande-Bretagne, la redistribution des limicoles vers des estuaires plus
riches en nourriture leur serait favorable. On imagine également un effet
positif induit par le raccourcissement de leur route migratoire puisqu’ils
tendent à hiverner de plus en plus près de leurs zones de reproduction. Tou-
tefois, il faudrait également prendre en compte la très probable remontée
vers le nord de leurs sites de reproduction pour savoir si le bilan tend vers un
réel raccourcissement de la route migratoire. Enfin, les radoucissements
hivernaux devraient également être bénéfiques aux limicoles, tout particuliè-
rement les petites espèces, car les taux de mortalité hivernale devraient dé-
croître. Jusqu’à présent, les tendances d’évolution démographique des limi-
coles ont été plutôt expliquées par des facteurs locaux (perturbation
d’habitats estuariens, pressions anthropiques sur le littoral, etc.) et certains
traits d’histoire de vie de ces espèces.
Il reste encore de nombreux points à explorer aujourd’hui pour
mieux comprendre l’influence des changements globaux sur les limicoles en
hiver. On constate premièrement un très net déséquilibre des connaissances
selon les régions, avec la majorité des résultats provenant des estuaires bri-
tanniques, et, dans une moindre mesure d’Europe du Nord-Ouest (rives de la
Manche et de la mer du Nord). Les études que permettent les jeux de don-
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nées comme l’International Waterbird Census, en place depuis plusieurs
décennies, devraient conduire à plus d’analyses à l’échelle de la route migra-
toire est-atlantique dans son ensemble. Il est en outre regrettable de ne trou-
ver pour ainsi dire que des études centrées sur les espèces et pas ou peu
d’approches à l’échelle des communautés. Les très larges échelles tempo-
relles sont également à explorer beaucoup plus en profondeur. Pour des es-
pèces aussi longévives que les limicoles, les études sur deux décennies sont
souvent trop courtes pour détecter des changements, comme des modifica-
tions de routes migratoires, de sites d’hivernage et de reproduction ou même
des changements démographiques directement liés au changement clima-
tique contemporain. La phylogéographie, et, d’une manière générale la bio-
géographie historique, devraient apporter beaucoup d’éléments sur
l’influence de l’évolution du climat passé pour comprendre celle du climat
contemporain et se risquer à envisager des pistes de scenarii futurs.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Les mesures compensatoires et d’accompagnement Port
2000 : retour d’expériences
Christophe A
ULERT
, Pascal P
ROVOST
,
Christophe B
ESSINETON
& Christelle D
UTILLEUL
Deux enjeux majeurs caractérisent l’estuaire de la Seine. L’un
économique, avec de multiples activités humaines notamment à caractère
portuaire et industriel, l’autre écologique, avec un espace de vie et de
reproduction pour de nombreuses espèces végétales et animales.
Le second enjeu a été reconnu en 1998 avec la création d’une des
plus vastes réserves naturelles nationales de France métropolitaine sur une
superficie de 8 528 hectares. L’estuaire de la Seine est situé au cœur de la
voie de migration Ouest Paléarctique. Cet atout, ainsi que la diversité des
milieux en présence en fait un site d’importance internationale pour
l’avifaune en toutes saisons. En fonction des marées, les oiseaux d’eau (en
particulier les limicoles) ainsi que les juvéniles de poissons (Sole
Solea
solea
, Flet
Platichtys flesus
, Bar
Dicentrarchus labrax
) utilisent les milieux
intertidaux comme sites d’alimentation. À marée haute, les limicoles se
replient sur des surfaces situées à proximité de l’eau et des lieux
d’alimentation, appelées reposoirs de pleine mer.
Depuis plus d’un siècle, les endiguements du cours de la Seine
réduisent très fortement les surfaces intertidales disponibles. Ceci entraîne
une baisse des contingents d’oiseaux dépendant de ces milieux pour leur
alimentation (
figure
1).
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure
n°1 : évolution de la population d’Avocette élégante
Recurvirostra avosetta
en hivernage (source Wetlands International) en fonction de l’évolution de surface
de la slikke (ha) depuis 1977. r = 0,4091 ; p = 0,022 ; N = 31
L’extension du Port autonome du Havre, Port 2000, a détruit le
principal reposoir de pleine mer pour les limicoles et d’autres espèces
d’oiseaux d’eau (anatidés, sternidés, laridés…), et augmente les
perturbations hydrosédimentaires que connaît l’estuaire depuis plus d’un
siècle. Face aux enjeux environnementaux, des mesures compensatoires et
d’accompagnement ont été réalisées dans le but de réduire l’impact du projet
de Port 2000 sur les habitats et les espèces (
figure
2) :
- le dragage d’un méandre de 2 800 m de long, mis en service en juillet 2005
dans le but de recréer des surfaces intertidales,
- la création d’un reposoir de pleine mer en arrière d’un cordon dunaire,
avant destruction de l’ancien reposoir, achevé en février 2002 (reposoir sur
dune),
- la création d’une île pour l’accueil des oiseaux à marée haute, opération-
nelle depuis avril 2005 (îlot du Ratier).
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Figure
2 : localisation des aménagements
Ces trois aménagements remplissent des fonctions écologiques diffé-
rentes mais qui concourent toutes à améliorer l’accueil de l’avifaune. Le
reposoir de la dune et l’îlot ont une fonction de refuge et de reproduction
pour certaines espèces. Le méandre a une fonction trophique. Son objectif
est de créer des milieux favorables à la faune benthique elle-même très dé-
pendante de la géomorphologie et de la qualité des sédiments. Les suivis mis
en place concernent donc à la fois les aspects morpho-sédimentaires (bathy-
métrie, granulométrie), les ressources trophiques (biomasse du zoobenthos)
et les populations d’oiseaux (effectifs, comportement…).
Cet article dresse un premier bilan de ces mesures compensatoires en
analysant les données des protocoles de suivis et en les comparant aux objec-
tifs initiaux.
Caractéristiques techniques et objectifs des aménagements
Le méandre
Dans le contexte de comblement rapide de la Fosse nord de l’estuaire et
de la disparition des vasières intertidales, les objectifs de cet aménagement
sont de permettre la constitution de vasières intertidales favorables au