ВУЗ: Не указан
Категория: Не указан
Дисциплина: Не указана
Добавлен: 20.01.2021
Просмотров: 12514
Скачиваний: 1

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
175
Figure 6 : progression de Spartina anglica sur les côtes françaises (d’après Jacquet,
1949 ; Guénégou & Levasseur, 1992 ; Baumel et al., 2001 in Rauss, 2003)
La dynamique de la Spartine est très rapide. Elle se développe sur
des zones de bas d’estran régulièrement submergées, la limite de colonisa-
tion dépendant de quelques facteurs physiques principaux. La Spartine an-
glaise, comme les autres plantes, stabilise les sédiments et favorise leur ac-
crétion. Du fait de son caractère pérenne (contrairement aux Salicornes an-
nuelles, par exemple) et de sa capacité à se développer bas sur l’estran, elle
joue un rôle très important dans la fixation des sédiments. Ainsi, en baie
d’Authie (Somme), l’accumulation de sédiment au niveau des fronts de co-
lonisation par la Spartine est très importante et suit le cycle de vie de

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
176
l’espèce (Marion, 2007). La Spartine anglaise participe ainsi, plus qu’une
autre plante de nos côtes, au passage d’une zone de vasière à un marais salé
établi. Au vu de ces effets, son contrôle a été entrepris, parfois après avoir
permis son utilisation pour stabiliser l’estran. Le contrôle et ses modalités
dépendent des objectifs et des intervenants. La baie de Somme constitue un
bon exemple de travaux menés par des intervenants multiples selon diffé-
rents buts. La Spartine anglaise, en masquant notamment l’environnement
aux limicoles (Triplet et al., 2002), empêche ceux-ci de se nourrir sur des
zones auparavant exploitées. Dans ce cadre, des travaux ont été réalisés par
le Syndicat mixte baie de Somme Grand Littoral picard pour restaurer des
vasières afin de maintenir des zones d’alimentation importantes pour les
oiseaux d’eau. La commune du Crotoy est une station balnéaire dont la plage
est prisée par de nombreux vacanciers (« la seule plage du nord orientée au
sud »). La colonisation importante de la plage par la Spartine anglaise est
mal perçue par les touristes et les habitants. Afin de maintenir le caractère
maritime de la station balnéaire, la commune effectue des travaux de labour
afin de préserver sa plage sans végétaux. Enfin, l’Association des ramasseurs
de Salicornes de la baie de Somme est titulaire d’une concession de
300 hectares sur le domaine public maritime. Des travaux de labour permet-
tent le développement préférentiel de peuplements à Salicornia procumbens
Sm. var. procumbens à la place des peuplements de Spartine anglaise. Dans
chacun des cas, les travaux consistent en des « labours » à l’aide d’un rotava-
tor. Leur efficacité est en général limitée à deux-trois ans dans le cadre du
maintien de vasière ou de sable nu (Triplet & Meirland, 2008). Dans le cas
d’une modification du peuplement végétal (pour la cueillette de Salicornes),
la pérennité des travaux dépend de leur fréquence et de la communauté végé-
tale se mettant en place à leur suite.
La patrimonialité de la flore de marais salés
Le statut et la distribution des différentes plantes halophiles et sub-
halophiles ont entraîné une législation de protection de ces espèces. Cette
réglementation présente différents niveaux selon qu’elle est issue de conven-
tions, de directives, de lois, d’arrêtés.
La convention de Berne
La convention de Berne a été signée le 19 septembre 1979 à Berne
en
Suisse.
Elle
est
entrée
en
vigueur
le
1
er
juin
1982
(http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/104.htm). Elle a pour but
d’assurer la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe
par une coopération entre les États. La Convention vise à promouvoir la

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
177
coopération entre les États signataires, afin d’assurer la conservation de la
flore et de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, et de protéger les
espèces migratrices menacées d’extinction. À ce titre, 45 Parties ont ratifié la
Convention :
- l’Union européenne (à l’époque Communauté européenne),
- 44 pays dont la plupart des pays européens à l’exception de la Russie.
La France et la Belgique ont ratifié la convention de Berne en 1990.
La Tunisie, le Maroc, le Sénégal et le Burkina Faso sont concernés par les
oiseaux migrateurs.
Cette Convention comporte quatre annexes listant le degré de protec-
tion des espèces (faune ou flore) :
- I : espèces de flore strictement protégées,
- II : espèces de faune strictement protégées,
- III : espèces de faune protégées,
- IV : moyens et méthodes de chasse et autres formes d’exploitation interdits.
Deux espèces de la flore des marais salés sont concernées par
l’annexe I de cette Convention : Zostera marina et Angelica heterocarpa.
La directive habitat-faune-flore
La directive habitat-faune-flore (D
HFF
), du 21 mai 1992 concerne la
préservation des habitats naturels de la faune et de la flore sauvage et com-
plète ainsi la directive oiseaux. Les exigences de la convention de Berne
(1979) ont servi de ligne de base pour la rédaction de cette nouvelle direc-
tive. La D
HFF
met en place le réseau Natura 2000 constitué de zones spé-
ciales de conservation désignées par les États membres au titre de la présente
directive. En outre, il inclut les zones de protection spéciale instaurées en
vertu de la directive «Oiseaux» 2009/147/CE. La directive est complétée de
six annexes. Les annexes I et II contiennent les types d’habitats et les es-
pèces dont la conservation nécessite la désignation de zones spéciales de
conservation. Certains d’entre eux sont définis comme des types d’habitats
ou des espèces « prioritaires » (en danger de disparition). L’annexe IV énu-
mère les espèces animales et végétales qui nécessitent une protection parti-
culièrement stricte.
Angelica heterocarpa est la seule espèce végétale de bordure de ma-
rais salés mentionnée dans les annexes II et IV de la D
HFF
. Pratiquement,
l’ensemble des habitats de marais salés sont inscrits à l’annexe I de la D
HFF
.

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
178
Les communautés à Spartine anglaise ne sont pas désignées au titre de cette
directive.
La protection nationale
La liste officielle des espèces végétales protégées sur l’ensemble du
territoire français métropolitain, définie par l’État, a été publiée dans l’arrêté
du 20 janvier 1982, modifié à deux reprises : par l’arrêté du 31 août 1995,
puis par l’arrêté du 14 décembre 2006. L’article 1 précise :
« Afin de prévenir la disparition d’espèces végétales menacées et de per-
mettre la conservation des biotopes correspondants, sont interdits, en tout
temps et sur tout le territoire métropolitain, la destruction, la coupe, la mutila-
tion, l’arrachage, la cueillette ou l’enlèvement, le colportage, l’utilisation, la
mise en vente, la vente ou l’achat de tout ou partie des spécimens sauvages
des espèces citées à l’annexe I du présent arrêté ».
Six espèces végétales de prés-salés ou de leurs abords sont protégées
au niveau national :
- Halimione pedunculata (L.) Aellen, 1938,
- Limonium binervosum (G.E.Sm.) C.E.Salmon subsp. Binervosum,
- Limonium humile Mill., 1768,
- Angelica heterocarpa J. Lloyd, 1859,
- Atriplex longipes Drejer, 1838,
- Armeria maritima Willd. subsp. maritime.
Les protections régionales et départementales
Les protections régionales et départementales sont des compléments
locaux de la liste des espèces végétales protégées au niveau national. Enfin,
des arrêtés préfectoraux peuvent compléter cette réglementation en enca-
drant, par exemple, la cueillette du Statice maritime (Limonium vulgare) sur
certaines zones géographiques.
1
Tableau II : statut de protection des différentes espèces de marais salés citées par Géhu & Géhu-Franck (1979) d’après le M
NHN
(2011)
N
PDC
: Nord-Pas-de-Calais ; H
N
: Haute-Normandie ; B
N
: Basse-Normandie ; B : Bretagne ; P
DLL
: Pays-de-la-Loire ; P
C
: Poitou-Charente ; A : Aquitaine ; P
A
: Pyrénées -
Atlantiques. Le numéro correspond au département. Pref : espèce pouvant faire l’objet d’un arrêté préfectoral. Les espèces non citées n’ont pas de statut de protection
particulier.
réglementation de portée mondiale, européenne ou nationale
réglementation de portée régionale
réglementation de portée départementale
ou locale
nom latin (MNHN, 2011)
convention de
Berne : Annexe I
D
HFF
Annexe II
D
HFF
Annexe IV
protection
nationale
N
PDC
H
N
B
N
B
P
DLL
P
C
A
P
A
62
14
50
35 29 44
64
P
re
f
Alopecurus bulbosus
X
Althaea officinalis
X
Angelica heterocarpa
X
X
X
X
Apium graveolens
X
Armeria maritima
X
X
Artemisia maritima
X
X
Atriplex littoralis
X
Carex distans
X
Carex extensa
X
Chenopodium chenopo-
dioides
X
Cochlearia anglica
X
X
Frankenia laevis
X
X
Halimione pedunculata
X
Hordeum marinum
X
Limbarda crithmoides
X
Limonium auriculiursifo-
lium
X
X
X
X
X
X
Limonium binervosum
X
X
X
X
X
X
Limonium humile
X
X
X
X
X
Limonium ovalifolium
X
X
X
X
X
X