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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure 4 : répartition des espèces végétales le long du transect A en baie de Somme
(d’après Rauss, 2001)

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Des modèles ont été établis, intégrant différents facteurs physiques,
en plus de l’altitude, pour expliquer la distribution d’une espèce. En effet, il
est généralement considéré que la limite basse de développement est liée à
l’effet de la submersion, la limite haute à l’augmentation de la compétition
interspécifique suivant la topographie croissante. Dans cette optique, Gray et
al (1995) ont établi, d’après l’analyse de 27 paramètres différents, la formule
suivante pour expliquer la limite basse de Spartina anglica :
LL= -0,805 + 0,366SR + 0,053F +0,135 Log
e
A
Avec LL = limite basse de développement de la Spartine
SR = l’amplitude de marée au printemps
F = fetch dans la direction du transect (km)
Log
e
A = Log
e
de la surface de l’estuaire (km²)
Cette équation a un R² de 93,7 et une erreur standard s=0,35m. Ain-
si, la Spartine se développerait plus bas que ce qui pourrait être prédit par le
seul temps de submersion, sur des transects avec un fetch moins important et
dans des estuaires plus petits. La limite haute de développement de la Spar-
tine a été décrite, par ces mêmes auteurs par la formule :
UL= 4,74 + 0,483SR + 0,068F – 0,199L
Avec SR et F comme présentés ci-dessus,
L la latitude (en °N décimaux).
R² est égal à 0,90 et s à 0,50. Les auteurs déterminent l’importance
de la latitude dans cette équation comme le résultat de l’augmentation de la
compétition avec Puccinellia maritima, la Spartine étant une plante en C4
plus dépendante de la température. Cependant, dans certains cas, le temps de
submersion, plus que l’amplitude de marée, peut expliquer le développement
de cette espèce. En effet, sur les hauts niveaux, les cuvettes restent long-
temps en eau et peuvent être colonisées par l’espèce. Le développement des
moyens de mesure de l’altitude à haute précision sur d’importantes surfaces
(comme la technologie L
IDAR
) permettra d’intégrer le temps de submersion
à une échelle précise et ainsi affiner les connaissances sur la distribution des
espèces et des communautés à une échelle plus fine.
L’effet de l’élévation de l’altitude du marais salé sur la compétition
interspécifique entre Puccinellia maritima, Festuca rubra subsp. litoralis et
Agrostis stolonifera var. arenaria a été étudié par Gray & Scott (1977 in

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Gray, 1992a). Ces trois taxa coexistent en mosaïque dans les zones pâturées
de Morecambe Bay. Une étude de la microtopographie des zones de chevau-
chement des espèces montre que l’Atropis maritime est limitée aux trous, la
Fétuque aux bosses et Agrostis stolonifera aux bords des bosses ou aux
trous, mais dans des contextes plus élevés que l’Atropis maritime. Des expé-
rimentations de culture de ces espèces deux à deux, dans des conditions va-
riables de salinité et d’engorgement en eau (de Wit, 1960 in Gray, 1992a)
ont permis de déterminer que la compétition entre la Fétuque et l’Atropis
maritime est fortement dépendante de l’engorgement en eau. La Fétuque se
développe préférentiellement dans des conditions plus sèches. L’Agrostis
stolonifera est très compétitif, mais est fortement affecté par une augmenta-
tion de la salinité. Ainsi, la microtopographie permet le maintien des diffé-
rentes espèces dans les zones de confluence entre espèces.
En plus des contraintes liées à l’altitude ou à la compétition, la zona-
tion peut être influencée par d’autres facteurs comme l’arrivée d’eau douce,
le tassement et la chimie des sédiments... Les différentes atteintes que subis-
sent ces végétations entraînent également des modifications de la distribution
des espèces selon leur capacité à résister à ces pressions.
Les espèces des marais salés
Les espèces typiques des prés-salés sont peu nombreuses. En 1979,
Géhu & Géhu-Franck ont réalisé une étude phytocoénotique analytique et
globale de l’ensemble des vases et prés-salés saumâtres de la façade Atlan-
tique française. Il s’agit du seul document, à notre connaissance, portant sur
l’ensemble de la façade. Depuis cette date, des modifications ont eu lieu
dans la flore des vases salées comme des déplacements d’aire de répartition
(par exemple, l’extension de Cochlearia anglica vers le nord de la France).
Différentes espèces ont été découvertes récemment, parfois dans des quanti-
tés importantes dans les marais salés. Ainsi, Atriplex longipes, espèce proté-
gée au niveau national, est retrouvée dans de nombreux marais salés sur
lesquels elle fait l’objet d’une recherche spécifique : Dalibard (2007) sur les
côtes normandes et bretonnes, Meirland et al. (2010) pour les côtes Nord-
Pas-de-Calais-Picardie. Puccinellia distans est une espèce retrouvée dans le
fond de certains marais salés de Manche orientale. Les potentialités de dé-
couvertes sont encore nombreuses, notamment sur des taxa problématiques à
déterminer comme les Atriplex, certaines poacées, les Salicornes...
Géhu & Géhu-Franck (1979) identifient 75 espèces de prés-salés
dont 43 considérées comme halophiles et 29 comme subhalophiles (trois ne

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sont pas classées par les auteurs). L’indice de rareté d’une espèce correspond
au pourcentage de sites sur lesquels l’espèce n’est pas présente par rapport
au nombre total de sites étudiés. Le tableau I présente les espèces mention-
nées, les indices de rareté, la distribution ainsi que les correspondances taxo-
nomiques actuelles (issues du M
NHN
2011).
Environ la moitié des espèces halophiles et subhalophiles ont une
distribution générale sur le littoral atlantique français. Une très faible propor-
tion a une distribution nordique ou armoricaine. Une part importante des
espèces a une distribution occidentale avec une limite dans le Cotentin et
dans ce cortège, environ 10 % des espèces ne sont réparties que du Morbihan
à la frontière espagnole. Quelques espèces ont une distribution isolée ou
éparse.
Certaines espèces ont un indice de rareté très important comme, par
exemple, Halimione pedunculata, Limonium humile et Limonium
ovalifolium. Elles font l’objet de mesures de protection. D’autres ont un
caractère invasif. La plus communément répandue dans les marais salés est
la Spartine anglaise. Elle figure parmi les 100 espèces exotiques
envahissantes les plus dangereuses pour l’environnement (D
AISIE
, 2011).
Elle est issue de l’hybride stérile Spartina townsendii, provenant lui-même
du croisement de S. maritima (espèce autochtone) et de S. alternifolia
(espèce américaine). Allopolyploïde, S. anglica est donc plus vigoureuse que
ses ancêtres (figure 5).
1
Tableau I : liste des espèces, indice de rareté, statut et distribution mentionnés par Géhu & Géhu-Franck (1979), noms latins et français, statuts, introduite et espèce exotique envahissante
(E
EE
) issus du M
NHN
(2011)
Remarques : les * après le milieu de vie sont des apports des auteurs. Les * après le nom latin (M
NHN
, 2011) signifient que la correspondance entre le nom fourni par Géhu & Géhu-Franck
(1979) et le nom mentionné est issu de http://www.theplantlist.org/ (consultation du 14 novembre 2011). Concernant l’indice de rareté de Géhu & Géhu-Franck (1979), un n correspond à
une espèce dont l’indice n’est pas mentionné, un ° correspond à des espèces dont l’intérêt doit être augmenté en raison de la fragilité et de la faible abondance de leurs population, * : espèce
dont la rareté doit être relativisée en raison de sa présence dans d’autres zones géographiques françaises,
#
: espèce dont la rareté doit être relativisée en raison de sa présence dans d’autres
milieux. E
EE
: espèce exotique envahissante.
milieu de vie
nom latin (Géhu, 1979)
nom latin (M
NHN
, 2011)
nom français
indice de
rareté
statut (Gé-
hu, 1979)
statut
M
NHN
distribution
introduite
E
EE
Halophile
Armeria maritima
Armeria maritima Willd. subsp. Maritime
Gazon d’Olympe maritime
23,9
générale
Halophile
Artemisia maritima
Artemisia maritima L., 1753
Armoise maritime
85,29
extra armoricaine
halophile*
Atriplex hastata var. salina
Atriplex prostrata Boucher ex DC. subsp. Pros-
trata
N
générale
halophile
Carex extensa
Carex extensa Gooden., 1794
Laîche étirée
N
générale
halophile
Cochlearia anglica
Cochlearia anglica L., 1759
Cranson d’Angleterre
61,4
occidentale
à
prédominance
armoricaine
halophile
Agropyron pungens
Elytrigia atherica (Link) Kerguélen ex Carre-
ras, 1986
Chiendent du littoral
6,8
générale
halophile
Festuca rubra ssp. Littora-
lis
Festuca rubra subsp. litoralis (G.Mey.) Au-
quier, 1968
Fétuque des grèves
8,8
générale
halophile
Frankenia laevis
Frankenia laevis L., 1753
Frankénie
54,4
occidentale géné-
rale
du
Cotentin
à
l’Espagne
halophile
Halimione pedunculata
Halimione pedunculata (L.) Aellen, 1938
Arroche à fruits pédoncu-
lés, Obione à fruits pédon-
culés
94,7°
RR
menacée
nordique
à
optimum
en
Manche
halophile
Halimione portulacoides
Halimione portulacoides (L.) Aellen, 1938
Obione faux pourpier
17,5
générale
halophile
Juncus gerardii
Juncus gerardi Loisel., 1809
Jonc de Gérard
8,8
générale
halophile
Juncus maritimus
Juncus maritimus Lam., 1794
Jonc maritime
10,52
générale
halophile
Inula crithmoides
Limbarda crithmoides (L.) Dumort., 1829
77,2
centre et sud occi-
dentale, du Morbi-
han à l’Espagne
halophile
Limonium lychnidifolium
Limonium auriculiursifolium (Pourr.) Druce
subsp. auriculiursifolium
Lavande de mer à feuilles
de lychnis
64,9
occidentale géné-
rale