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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Outre cette satisfaction des besoins énergétiques nécessaires à la
migration et à la reproduction, les besoins journaliers pendant l’hivernage
lsont importants à prendre en compte. Les espèces se nourrissant de parties
végétatives de plantes (Canard siffleur, oies et bernaches dans certains cas)
s’alimentent sur des ressources relativement pauvres en énergie (par rapport
à certaines proies animales par exemple), tout en comprenant des ressources
nutritionnelles essentielles (oligoéléments, protéines, vitamines). Ceci les
contraint à ingérer de grandes quantités et donc à passer plusieurs heures par
jour à se nourrir. En conséquence, alors que les canards granivores peuvent,
à certaines périodes de l’hiver, combler leurs besoins par une alimentation
essentiellement nocturne, les Canards siffleurs sont contraints à s’alimenter
aussi pendant la journée (Bruinzeel
et
al
., 1997). Il convient donc de fournir
à ces espèces non seulement des remises mais aussi des prairies pour se
nourrir pendant la journée (voir par exemple, le cas de la réserve de chasse et
de faune sauvage de la baie du Mont-Saint-Michel [Schricke, 2005, 2010]).
Les besoins d’une même espèce évoluent en fonction du climat gé-
néral de la zone d’hivernage : ainsi les oiseaux hivernant plus au nord pas-
sent une part plus grande des 24 heures en recherche de nourriture (Tamisier,
1972 ; Guillemain
et
al
., 2002c).
Comment faire ?
Les besoins énergétiques des individuspeuvent être mesurés de
plusieurs manières, mais qui font souvent appel à des techniques
relativement poussées et onéreuses. La seule exception, qui présente
toutefois une relative incertitude quant à une mesure précise de la dépense
énergétique, est l’étude du budget d’activités : on peut considérer que
l’observation d’une augmentation des temps d’alimentation journaliers
correspond à des périodes de plus grands besoins énergétiques. Ainsi les
« stratégies d’hivernage » des canards de surface les amènent-ils à
s’alimenter plus en début (engraissement préhivernal) qu’en milieu de saison
(Tamisier
et al.
, 1995). Les besoins sont également plus élevés pendant la
migration prénuptiale elle-même (le terme « migrateur sur revenu » étant
employé [Arzel
et
al
., 2007]). Chez beaucoup d’oies, des phénomènes
d’« hyperphagie », pendant lesquels l’alimentation occupe une part
croissante du budget d’activité au cours de la migration et juste avant la
reproduction, ont également été décrits (Mc Landress & Raveling, 1981).
Sachant ce que représente chaque type de comportement en termes d’énergie
par rapport au métabolisme basal, le budget d’activités permet d’estimer,
avec une certaine incertitude toutefois, les besoins totaux des individus (par
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exemple, une heure de vol représente un coût énergétique x fois plus grand
qu’une heure de repos [Goldstein, 1988]). Les autres méthodes de mesure
des besoins énergétiques journaliers sont réalisées au niveau individuel, et
impliquent la capture des individus (les
time energy budgets
ci-dessus sont
souvent fondés au départ sur ces mesures individuelles, afin de calibrer le
rapport entre coût énergétique d’une activité et coût énergétique au repos).
La respirométrie est fondée sur le principe qu’un individu augmente
sa fréquence respiratoire lorsque son métabolisme (ses besoins énergétiques)
est plus élevé. L’animal est placé dans une chambre hermétique (appelée
chambre respirométrique) qui mesure la quantité d’oxygène consommée et le
dioxyde de carbone rejeté. La différence de teneur en oxygène entre l’air
entrant et l’air sortant reflète l’activité respiratoire de l’individu au repos
(taux métabolique basal, ou
Basal Metabolic Rate
, B
MR
), qui peut varier en
fonction des saisons, de la température, etc. Ces chambres calorimétriques
sont le plus souvent des engins de laboratoire fixes (Duriez
et
al
., 2010), ce
qui oblige à capturer l’individu, à le déplacer vers le site de mesure et à l’y
maintenir en captivité pendant un certain temps. Du fait du stress engendré
par ces manipulations, il est recommandé d’attendre quelques heures avant
de réaliser la mesure du B
MR
sur l’animal, afin de lui donner le temps de
revenir à son métabolisme de base.
Une deuxième technique pour mesurer les besoins énergétiques est
celle de l’« eau doublement marquée » ou « eau lourde » : on injecte à un
individu de l’eau dont les atomes d’oxygène et d’hydrogène sont marqués de
manière radioactive, ou des atomes de différents types (isotopes stables) en
proportions connues. Après un temps de diffusion de ces atomes particuliers
dans l’organisme, une prise de sang est réalisée et l’animal est relâché. Après
une période d’activité normale (souvent 24 heures), l’oiseau est re-capturé et
subit une nouvelle prise de sang. La vitesse à laquelle ces atomes particuliers
ont disparu de son organisme permet d’estimer la production de dioxyde de
carbone, donc le métabolisme. Il s’agit cette fois du
Field Metabolic Rate
(FMR), qui correspond aux besoins énergétiques d’un individu ayant une
activité normale en nature (revue détaillée de la technique dans Butler
et
al
.,
2004).
Enfin des enregistreurs de rythme cardiaque sont parfois posés sur
les oiseaux pour mesurer, comme précédemment, leur taux métabolique sur
le terrain à partir de leur fréquence cardiaque (Weimerskirch
et al.
, 2000).
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Marquer individuellement les oies, canards et bernaches
Matthieu G
UILLEMAIN
, Vincent S
CHRICKE
,
Maud P
OISBLEAU
& Daphné D
URANT
Le type de marquage le plus simple utilisé pour les oies, les canards
et les bernaches consiste en des bagues métalliques posées sur les pattes et
porteuses d’une information sur le centre de baguage émetteur (« OIS. MUS.
PARIS » pour les oiseaux bagués en France dans le cadre des programmes
coordonnés par le Muséum national d’histoire naturelle de Paris) et d’un
code alphanumérique unique permettant de reconnaître chaque individu. Ces
bagues sont souvent en acier inoxydable pour être adaptées aux milieux
côtiers salés que les anatidés fréquentent au moins une partie de l’année, et
sont ainsi plus résistantes que les bagues en aluminium utilisées pour la plu-
part des autres oiseaux. Lorsqu’elles sont retrouvées, ces bagues doivent être
renvoyées au centre de baguage du pays (le Muséum à Paris pour la France).
Ce dernier contacte le centre de baguage du pays initial d’où provenait
l’oiseau. Le lieu, la date et les circonstances de reprise (tué à la chasse, trou-
vé mort, etc.) doivent être indiquées, ainsi que les coordonnées de
l’observateur s’il souhaite recevoir en retour l’historique de l’oiseau. Il est
également possible de transmettre ces données par Internet
via
le site
d’E
URING
, qui coordonne le baguage à l’échelle internationale
(www.ring.ac).
Les caractères inscrits sur ces bagues métalliques sont très petits, de
sorte qu’il est le plus souvent nécessaire d’avoir la bague en main pour en
lire le code. Ceci réduit donc les informations aux cas de reprises (oiseaux
tués volontairement ou trouvés morts) ou de contrôles (oiseaux capturés
vivants puis relâchés). Afin de permettre une reconnaissance des individus à
distance sans avoir besoin de les re-capturer, des marques portant des codes
individuels
sont aussi posées sur certains oiseaux.
Les bernaches (essentiellement Bernache cravant à ventre sombre
Branta b. bernicla
et Bernache nonnette
Branta leucopsis
en France) se
nourrissent souvent dans des prairies où la végétation est rase (prés-salés) ou
sur l’estran (vasières intertidales), ce qui permet de voir facilement leurs
pattes : des bagues en plastique comportant un code couleur, alphanumérique
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ou à base de lignes horizontales servent à identifier les individus (Ebbinge
et
al.
, 1991).
Chez les oies grises, la méthode de marquage la plus fréquemment
utilisée consiste en la pose de colliers en plastique porteurs eux aussi d’un
codage alphanumérique en plus du codage couleur du collier (
e.g.
Swann
et
al.
, 2005). Contrairement aux bernaches, les pattes des oies grises sont en
effet souvent difficiles à observer, car elles sont le plus souvent dans l’eau
ou cachées par la végétation dans laquelle ces oiseaux se nourrissent.
Pour les canards, qui passent la plupart du temps dans l’eau, les
combinaisons de bagues colorées
ne sont pas une solution efficace puisque
leurs pattes sont le plus souvent invisibles. Une exception concerne cepend-
ant le Canard siffleur
Anas penelope
dont le mode d’alimentation à terre en
prairies humides facilite l’observation des bagues (Mitchell, 1997).
Les marques patagiales, attachées à l’avant de l’aile, ont été utilisées
dans le passé mais semblent mal acceptées par les chasseurs et le public en
général, et leur effet sur les oiseaux eux-mêmes reste débattu (Saunders,
1988).
La technique la plus efficace pour identifier les canards à distance
semble être la pose de marques nasales en plastique : cette technique a été
testée à la fois en volière et en nature, permettant de démontrer son innocuité
pour les espèces concernées (Guillemain
et
al
., 2007a). Aujourd’hui,
plusieurs centaines de canards sont ainsi marqués par an en France, auxquels
s’ajoutent les oiseaux marqués à l’étranger dans le cadre de projets coordon-
nés à l’échelle européenne. Différentes couleurs de marques nasales sont
utilisées pour les différentes espèces dans les différents pays (
figure
7).
Figure 7
: Sarcelle d’hiver baguée et porteuse d’une marque nasale (code B10)
(cl. D. Lédan)
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Tous les programmes de marquage colorés d’oiseaux en Europe sont
recensés sur le site www.cr-birding.be. Les observations d’oies marquées
peuvent être directement saisies sur le site www.geese.org. Pour les canards,
les observations peuvent être renvoyées directement à Alain Caizergues
(alain.caizergues@oncfs.gouv.fr) pour les plongeurs, et à Matthieu Guille-
main (matthieu.guillemain@oncfs.gouv.fr) pour les canards de surface.
Outre les marquages présentés ci-dessus, des appareils électroniques
sont parfois posés sur les canards, les oies et les bernaches, mais n’ont pas
pour objet l’identification visuelle à distance de chacun d’eux. Trois types
d’appareil sont généralement utilisés :
-
les émetteurs radio
. Ils émettent en V
HF
un bip à intervalle régulier (dont la
vitesse d’émission peut varier en fonction de l’activité de l’oiseau) sur une
fréquence propre à chaque individu. En utilisant un récepteur radio et en
scannant les différentes fréquences, l’observateur peut s’assurer de la pré-
sence de chaque individu dans un rayon donné qui dépend de la puissance de
l’émetteur (voir Bregnballe
et al.
, 2009 pour l’usage de cette technique dans
des analyses d’utilisation de l’habitat par les Sarcelles d’hiver).
-
des transpondeurs
. Une puce est placée sous la peau, et l’individu porteur
est reconnu lorsqu’il passe à proximité d’un lecteur (portique ou autre). Le
très faible poids de ces transpondeurs confère un avantage certain à cette
technique. Par contre, la portée du lecteur limitée à quelques mètres maxi-
mum restreint leur usage à des conditions très particulières (par exemple,
chez les Manchots lorsque la localisation des colonies les oblige à emprunter
des trajets très précis pour atteindre l’océan [Gendner
et al.,
2005]).
-
des enregistreurs
(qui peuvent parfois également transmettre automatique-
ment les données). Ils ont pour but de renseigner sur le comportement ou le
déplacement des individus qui les portent. Dans cette catégorie se rangent,
par exemple, les altimètres et les enregistreurs de fréquence cardiaque. Les
plus connus sont les enregistreurs de position, basés sur le système Argos ou
le système G
PS
utilisés de plus en plus fréquemment sur les anatidés (Gaidet
et al.,
2010). Lorsqu’un oiseau équipé de cette manière est retrouvé, il est
important de récupérer l’appareil. En effet, certains de ces appareils ne font
qu’enregistrer les données et ne peuvent pas les transmettre, de sorte qu’il
faudra connecter l’appareil à un ordinateur pour en récupérer les infor-
mations. L’adresse de retour est le plus souvent indiquée directement sur
l’appareil. Dans le cas contraire, il convient de contacter le Muséum national
d’histoire naturelle comme on le ferait pour une bague.