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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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bien distinguer dans l’analyse les proies contenues dans le jabot (partie
antérieure du tube digestif) de celles contenues dans le gésier, et donc de les
trier à part. De même, les tubes digestifs doivent être prélevés le plus vite
possible après la mort de l’animal et stockés de manière adéquate
(congélation ou alcool à 70°) afin d’éviter toute digestion
post-mortem
.
L’identification des différentes proies animales peut être réalisée à l’aide de
guides de détermination d’invertébrés (essentiellement insectes et crustacés,
voir cependant Campredon
et
al.
(1982) pour un guide d’identification du
régime alimentaire des canards comprenant leurs proies animales). Il existe
pour les graines un certain nombre de collections de référence auxquelles on
peut se rapporter. Mettre en place une collection de référence (
tableau
I)
pour la zone d’étude considérée, en allant collecter les graines et les
invertébrés directement sur le terrain (donc sans digestion) est toujours plus
facile car elle est limitée aux espèces effectivement présentes dans la zone.
La détermination des plantes entières est en outre souvent plus aisée que
celle des simples graines.
Tableau
I :
collections de référence pour la détermination des graines (d’après
Legagneux
et al.
, 2007, reproduit avec permission de la revue Journal of
Ornithology)
source
Adresse
Accessibilité
Digital seed atlas of the
Netherlands
http://www.seedatlas.nl
accès gratuit
Université du Colorado
http://www.seedimages.com
accès limité
Interactive encyclopedia
of
North
American
weeds
http://www.thundersnow.com/weedid.htm cédérom, accès limité
Ohio State University
http://www.ag.ohio-
state.edu/~seedbio/seed_id/index.html
accès gratuit à 233
espèces
Bioimages.org
http://www.bioimages.org.uk
accès gratuity
Hypermedia for plant
protection – weeds
http://www.dijon.inra.fr/hyppa/
accès gratuit
The seed site
http://theseedsite.co.uk/
accès gratuit
Seed for free
http://seed.for.free.fr/
accès gratuit
Atlas of seeds
http://www.cebc.cnrs.fr/atlasofseeds.html accès gratuit
Pour les espèces typiquement herbivores (oies, bernaches, Canards
siffleurs), il est parfois possible de récupérer le tube digestif s’il s’agit
d’oiseaux chassés, mais les plantes ingérées sont souvent difficiles à
identifier du fait de leur digestion rapide. Dans le cas d’espèces protégées ou
s’il n’est pas possible de prélever les oiseaux (en réserve naturelle), on peut
collecter leurs crottes lorsqu’elles sont produites sur la terre ferme. Ceci peut
être réalisé à une période de la journée où les oiseaux ne sont pas présents,
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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ce qui évite tout dérangement. L’objectif est d’étudier les épidermes des
plantes consommées. Ceci est encore affaire de spécialiste et, comme pour
l’analyse des contenus digestifs, la détermination est grandement facilitée
par la mise en place d’une collection de référence pour les espèces de plantes
de la zone d’étude. Il n’existe pas de collection de référence publiée ou
disponible sur Internet pour les épidermes de plantes côtières. En pratique
sur le terrain, on ne collecte que des crottes éloignées les unes des autres de
manière à ne pas risquer de prélever deux crottes produites par le même
oiseau. Chaque crotte est placée dans un sac de congélation et identifiée, en
indiquant le lieu et la date de collecte. Les prélèvements sont conservés au
congélateur jusqu’à analyse.
Comment trier les prélèvements et présenter les résultats ?
Dans le cas de l’analyse des fragments d’épidermes, on commence
par sécher les crottes à l’étuve à 60°C pendant 48 heures. Elles sont ensuite
broyées et tamisées de manière à obtenir un mélange homogène de
fragments de 0,5 mm à 1 cm. Ces fragments sont ensuite trempés dans un
bain d’eau de Javel diluée afin de les rendre translucides. Une fois rincée, la
préparation est examinée au microscope. La proportion d’épidermes
correspondant à chaque plante comptée dans chaque crotte (ou échantillon
de crottes) est utilisée pour estimer la part de chaque plante dans le régime
(voir Ponce-Boutin
et al.
, 2000 ou Desnouhes & Lepley, 2004 pour plus de
détails sur les protocoles à mettre en œuvre).
Dans le cas de l’analyse des contenus digestifs, il existe différents
modes de présentation des résultats. Ils influent sur la méthode de tri à em-
ployer. Certains auteurs présentent la fréquence d’occurrence de certaines
proies, c’est-à-dire la proportion de tubes digestifs analysés contenant au
moins une fois la proie donnée. Dans ce cas, le problème est que la simple
présence d’un type de proie ne renseigne pas sur la propension des individus
à activement sélectionner cette proie plutôt qu’une autre. D’autres auteurs
présentent le poids (frais ou sec) ou le volume relatif de chaque type de proie
par rapport au poids ou au volume total. Dans ce cas, le travail de tri des
contenus digestifs est plus long, puisqu’il faut isoler chaque type de proies,
mais le résultat obtenu est aussi plus précis. Enfin, c’est parfois la proportion
de chaque type de proies qui est présentée,
i.e.
le nombre de proies de
chaque type par rapport au nombre total de proies dans l’échantillon analysé.
Cette méthode présente l’avantage de limiter le tri à un comptage sous loupe
binoculaire, sans avoir besoin de physiquement séparer les différentes proies.
Dans ce cas, il est difficile de comparer des types de proies très différentes
en termes de poids ou de volume. Chaque façon de présenter les résultats
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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offre donc des avantages et des inconvénients. Cette incohérence entre
études mène souvent à l’incapacité à comparer les résultats de différents
travaux (Dessborn, soumis). Il est maintenant plutôt recommandé d’utiliser
le poids sec ou le volume des différents types de proies. La valeur absolue
est à privilégier par rapport à la présentation de proportions, qui peuvent
toujours le cas échéant être recalculées. L’analyse des contenus digestifs est
une tâche longue et fastidieuse, qui demande de bonnes conditions de travail
(laboratoire bien éclairé, bon matériel optique). Il est commode, une fois
l’analyse des contenus réalisée, de stocker séparément les proies contenues
dans chaque tractus (dans de l’alcool à 70° si elles n’ont pas été étuvées), ce
qui constitue ainsi une collection de référence.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Déterminer les besoins énergétiques
Matthieu G
UILLEMAIN
, Vincent S
CHRICKE
,
Maud P
OISBLEAU
& Daphné D
URANT
Pour quoi faire ?
Permettre aux oiseaux de satisfaire leurs besoins énergétiques
journaliers est une des priorités du gestionnaire. Ces besoins peuvent
cependant différer entre individus et fluctuer fortement au cours du temps. Il
convient donc de déterminer quand et quels types d’individus ont les besoins
les plus importants, afin de potentiellement ajuster la gestion des habitats en
conséquence : si, sur un site d’hivernage des anatidés, fournir des zones de
repos favorables paraît un objectif de gestion adéquat dans des conditions
environnementales (par exemple climatiques) normales, le besoin de leur
fournir des sources d’énergie suffisantes est plus marqué lors de vagues de
froid entrainant un déficit nutritionnel ou sur les haltes migratoires.
Dans ce domaine, il est important de distinguer l’énergie qui est
utilisée pour satisfaire les besoins immédiats des individus, de celle qui est
emmagasinée sous forme de réserves et utilisée plus tard. Cette distinction
est particulièrement claire concernant l’énergie utilisée pour la reproduction :
on distingue en général les reproducteurs sur revenu (
income breeders
en
anglais), qui vivent à flux tendu et utilisent et sélectionnent pour se repro-
duire des ressources qu’ils trouvent sur les zones de reproduction elles-
mêmes, des reproducteurs sur capital (
capital breeders
) qui accumulent par-
fois très à l’avance l’énergie utilisée plus tard pour produire les œufs ou as-
surer la survie de la femelle pendant la couvaison (Jönsson, 1997). De ma-
nière schématique, les espèces migratrices les plus grandes sont plutôt des
reproducteurs sur capital. Les plus petites sont plus fréquemment des repro-
ducteurs sur revenu, du fait du coût trop élevé pour ces dernières de trans-
porter des réserves trop importantes par rapport à leur masse corporelle pen-
dant la migration prénuptiale (Klaassen
et
al
., 2001). Les oies, les bernaches
et l’Eider à duvet sont ainsi des reproducteurs sur capital (voir cependant
Gauthier
et
al
., 2003), les espèces de canards les plus petites (sarcelles) des
reproducteurs sur revenu et les canards de taille moyenne des espèces inter-
médiaires (Mann & Sedinger, 1993) .
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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On comprend aisément qu’il est nécessaire au gestionnaire d’un site
d’hivernage d’oies de leur fournir par conséquent les conditions nécessaires
à une bonne alimentation en fin d’hiver, quand elles commencent à préparer
la reproduction. Il est notable dans ce cas que les oiseaux peuvent changer de
type de ressources consommées par rapport au cœur de l’hiver, afin
d’acquérir certains éléments particulier (par exemple des protéines, Prins &
Ydenberg, 1985). Les conditions d’hivernage des petites espèces de canards,
cependant, ne sont pas non plus sans effet sur leur succès reproducteur
futur : la proportion de jeunes sarcelles dans les captures d’automne en
Camargue (utilisée comme un indicateur du succès de reproduction) est ainsi
plus élevée lorsque les individus semblent, considérant leur masse
corporelle, en meilleure condition corporelle à la fin de l’hiver précédent
(Guillemain
et al
., 2008, voir aussi Poisbleau
et al.
, 2006 pour les bernaches
cravant). Cette corrélation ne remet cependant pas en cause le fait que les
sarcelles soient des reproducteurs sur revenu, mais il est possible qu’une
meilleure condition corporelle en fin d’hiver leur permette de migrer de
manière plus efficace (plus vite ? en évitant certaines zones ?) et donc
d’arriver en plus grand nombre et plus tôt sur les zones de reproduction, leur
permettant alors d’être plus productives (
figure
6).
0.4
0.5
0.6
0.7
0.8
0.9
1
250
260
270
280
290
300
310
Masse moyenne (g)
Pr
o
p
o
rt
io
n
d
e
j
e
u
n
e
s
d
a
n
s
l
e
s
cap
tu
res
d
'au
to
m
n
e
Figure
6
: relation entre la proportion de jeunes Sarcelles d’hiver dans les captures
d’automne (utilisée comme un indicateur du succès de reproduction de l’année) et la
condition corporelle des oiseaux à la fin de l’hiver précédent (tiré de Guillemain
et
al
. (2008) avec la permission de la revue Ibis).