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HYDROGÉOLOGIE
membraneuse ou gélatineuse, qui est la plus prompte à
se décomposer. Cette altération que les amas énormes
de polypiers dont il est question continuent d'éprouver,
fait disparaître peu à peu leur organisation et leur
grande porosité, atténue sans cesse les parties de ces
masses pierreuses, en déplace et rapproche
successivement les molécules qui les composent ; en
sorte que, subissant une nouvelle agrégation, ces
molécules calcaires obtiennent un plus grand nombre
de points de contact, et constituent des masses plus
compactes et plus dures. Il en résulte à la fin, qu'à la
place de ces amas de madrépores et de millepores
accumulés, on ne retrouve plus que des masses de
pierre calcaire compacte, que les minéralogistes
modernes ont nommé improprement
calcaire primitif
,
parce que n'y voyant plus de traces de coquilles ni de
polypier, ils ont pris ces masses pierreuses pour des
amas d'une matière existante primitivement dans la
nature.
Mais, comme je crois l’avoir suffisamment prouvé
ailleurs (
1
), cette matière calcaire
__________
(1)
Voyez
mes
Mémoires de Physique et d’Histoire naturelle
, page
323, §. 459 et suiv., et page 336, §. 479 et suiv.
Voyez-y
de même le §
498.

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HYDROGÉOLOGIE
n'est pas plus primitivement dans la nature que le sont
les autres productions des êtres vivans, c'est-à-dire, que
les diverses parties constituantes des végétaux, que les
résines, les mucilages, etc. ou que les parties
gélatineuses, fibreuses ou osseuses des animaux, et que
la graisse, la bile, l'urine, etc. toutes matières plus ou
moins sécrétoires, mais formées essentiellement par les
résultats de l'action organique de ces êtres vivans ;
matières qui n'existent dans la nature que par eux, qui
s’y détruisent continuellement, et sont perpétuellement
reformées et déposées par eux.
La matière qui constitue les masses de pierre calcaire
dans lesquelles on ne retrouve plus de débris ni même
de traces des coquilles, et surtout des madrépores qui
les ont formés, devrait donc être, à plus juste titre,
nommée
calcaire antérieur
, que calcaire primitif ; et
pour la distinguer de celle qui forme les masses
calcaires tendres, moins compactes et moins anciennes,
et qui présentent encore des débris de polypiers ou de
coquilles, on pourrait nommer celle-ci
calcaire
postérieur
.
D'après ces observations, il convient donc de
distinguer, dans l'examen qu'on fait des montagnes, les
masses qui sont constituées par du calcaire postérieur,
c'est-à-dire, par

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HYDROGÉOLOGIE
du calcaire peu compacte et encore conchylifère ou
madréporifère, de celles qui ne présentent plus que du
calcaire antérieur,
c'est-à-dire, du calcaire dur,
compacte, dépourvu de débris et de traces de corps
marins. C'est ce dernier (le calcaire antérieur) qu'on
voit souvent plus ou moins changé en quartz, par suite
des altérations qu'il continue d'éprouver avec le tems ;
et alors les minéralogistes, qui méconnaissent cette
marche
de la Nature, disent que ce calcaire est mêlé
avec du quartz, etc.
Oui, je ne balance pas à le dire, je pense, je suis
même très-persuadé que l’énorme quantité de matière
calcaire qu'on rencontre dans les parties sèches ou
découvertes de notre globe, et qui y constitue les bancs
souterrains et les montagnes de pierre à chaux qu'on y
voit si abondamment, sont principalement l'ouvrage
des animaux à polypiers, c'est-à-dire, des madrépores,
millépores, etc. (
1
), et qu'ils y sont, tout aussi bien que
les coquilles marines fossiles, des preuves sans
réplique du séjour de la mer dans ces endroits. Dans
divers de ces bancs de pierre calcaire,
__________
(1)
Voyez
mes
Mémoires de Physique et d'Histoire naturelle,
p.
342, §. 490.

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HYDROGÉOLOGIE
on retrouve encore très souvent des places où
l’organisation, c'est-à-dire, la structure des madrépores,
etc. est très-reconnaissable.
On ne dira pas sans doute que ces bancs de polypiers,
que ces montagnes de madrépores, etc. sont les
résultats d'une catastrophe universelle ; car qui est-ce
qui ne verrait pas, dans une pareille supposition, l’aveu
tacite qu'on ignore la cause qu'on voudrait expliquer ?
Les seules catastrophes qu'un naturaliste puisse
raisonnablement admettre comme ayant pu avoir lieu,
sont les catastrophes partielles ou locales, celles qui
dépendent de causes qui n'agissent qu'en des lieux
isolés : tels sont les bouleversements qui sont causés
par des éruptions volcaniques, par des tremblemens de
terre, par des inondations locales, par de violens
ouragans, etc. Ces catastrophes sont avec raison
admissibles, parce qu'on en a observé d'analogues, et
qu'on connaît leur possibilité ; aussi est-on fondé à
croire qu'il en a pu exister de semblables dans les
endroits ou l’on aperçoit les traces des bouleversemens
auxquels elles peuvent donner lieu.
Mais l’effet de ces catastrophes locales est borné,
comme le sont les lieux qui les voient

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HYDROGÉOLOGIE
naître. Aussi je n'imagine pas qu'on soit tenté de leur
attribuer la formation de ces énormes bancs de
coquilles marines fossiles qu'on rencontre dans les
diverses parties sèches du globe, de ces bancs
nombreux et souterrains de pierre à chaux, de ces
montagnes calcaires et de ces rochers de marbres qui
laissent encore des traces très-reconnaissables de
l’organisation des madrépores, etc. dont ces masses
sont en grande partie les résultats, et que les pays
découverts de la surface de notre
globe
nous montrent
presque partout ; enfin, de ces grands amas de sel
gemme ensevelis dans les terres de certains pays, ainsi
que de ces vastes contrées dont tout le sol est encore
abondamment saumâtre, et qui sont cependant situées
au milieu même de l'ancien continent.
Quelque grande que soit la prévention en faveur
d'une prétendue catastrophe universelle que rien ne
constate, et qui même n'aurait pas été capable de
produire les faits observés, il sera toujours très-difficile
de contester l'authenticité des monumens divers
répandus sur la surface des parties sèches du globe, et
qui attestent que les parties découvertes de cette
surface ont été autrefois ensevelies sous les eaux
pendant une suite de siècles, dont le terme n'est pas
connu.