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HYDROGÉOLOGIE

Par suite de l’examen des faits que j'ai cités, j'ai dit

plus haut que le bassin des mers se déplaçant
successivement, a déjà parcouru non-seulement une
fois, mais 

même plusieurs fois

 tous les points de la

surface du globe : voici sur quoi je me fonde.

Dès que la mer se déplace perpétuellement, et qu'il y

a des preuves qu'elle a déjà fait au moins une fois le
tour du globe, ce qu'attestent les 

corps marins fossiles

trouvés dans toutes les parties sèches et découvertes de
ce globe, même au milieu des continens, on sent
d'abord qu'elle peut l'avoir fait plusieurs fois ; mais il y
a déjà des faits recueillis qui viennent à l'appui de cette
présomption, et qui paraissent propres à la changer en
certitude.

Plusieurs naturalistes m'ont assuré que, sur nos côtes

de la Manche, les rochers sont lardés de grylphites, de

cornes d’ammon

 (d’ammonites) et de quelques autres

coquilles qu’on sait n'habiter que les grandes
profondeurs de la mer. J'ai vu, de ces endroits, une
coquille littorale vivante (dans l'état frais), fixée sur
une coquille pélagienne fossile. 

On trouve en abondance, aux 

Vaches-Noires

 (petites

montagnes sur nos côtes de la Manche), des coquilles
pélagiennes fossiles. Enfin, on m’a assuré qu'il y a,
dans le voisi- [voisinage]


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HYDROGÉOLOGIE

nage de ces Vaches-Noires, une manufacture de
poterie, où l'on est dans l'usage, pour se procurer une
bonne argile, d'attendre que la mer se soit retirée : on
va alors à environ un quart de lieue, dans la portion de
son lit qu'elle a laissé à découvert, et là on trouve une
bonne argile, mais dans laquelle existent quantité de

coquilles pélagiennes fossiles. 

La mer, qui est

actuellement en ces lieux, n'y est donc pas pour la
première fois ? D'ailleurs, les coquilles marines fossiles
qu'on trouve à plus de 60 pieds de profondeur dans la
terre n'y sont pas très-vraisemblablement du dernier
passage des mers.

CONCLUSION DE CE CHAPITRE

A la question présentée au commencement de ce

chapitre, on peut maintenant répondre que le bassin des
mers n'a pas toujours été où nous le voyons
actuellement ; et que si, d'une part, l’on connaît une
cause capable d'opérer le déplacement de ce bassin,
d'autre part on a des preuves qu’il a été nullement
déplacé, puisque la surface entière des parties nues du
globe est couverte de monumens irrécusables, qui
attestent que la mer a long-tems séjourné dans les lieux
où elle n'est plus 


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HYDROGÉOLOGIE

aujourd'hui. On peut enfin conclure que si la mer n'est
plus maintenant dans les lieux qu'elle a long-tems
habités, c'est que la cause qui l'y avait fait arriver, l'a
forcée de s'en retirer ; et l'on doit être persuadé que la
même cause saura l'y ramener un jour.

Une autre conclusion bien remarquable peut être

tirée de ces considérations : c'est que le déplacement du
bassin, des mers produisant une inégalité constamment
variable dans la masse des rayons terrestres, fait
nécessairement varier le centre de gravité du globe,
ainsi que ses deux points polaires. En outre, comme il
parait que cette variation, toute irrégulière qu'elle est,
n'est point assujettie à des limites, il est très -
vraisemblable que chaque point de la surface de la
planète que nous habitons, est réellement dans le cas de
se trouver successivement dans tous les climats divers.

Qu'il est curieux de voir que de semblables soupçons

reçoivent leur confirmation de la considération de l'état
de la surface du globe et de sa croûte externe, de celle
de la nature de certains fossiles qu'on trouve en
abondance dans les régions boréales de la terre, et dont
les analogues vivent maintenant dans les climats
chauds ; enfin, de celle des anti- [antiques]


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HYDROGÉOLOGIE

ques observations astronomiques des Égyptiens !

Oh ! quelle est grande, l'antiquité du globe terrestre !

et combien sont petites les idées de ceux qui attribuent
à l'existence de ce globe une durée de six mille et
quelques cents ans, depuis son origine jusqu'à nos
jours !

Le physicien-naturaliste et le géologue voient, à cet

égard, les choses bien différemment ; car pour peu
qu'ils considèrent, l’un, la nature des fossiles répandus
en si grand nombre dans toutes les parties nues du
globe, soit à des hauteurs, soit à des profondeurs
considérables ; l'autre, le nombre et la disposition des
couches, ainsi que la nature et l’ordre des matières qui
composent la croûte externe de ce globe, étudiée dans
une grande partie de son épaisseur et dans la masse des
montagnes, combien n'ont-ils pas d'occasions de se
convaincre que l'antiquité de ce même globe est si
grande, qu'il est absolument hors du pouvoir de
l'homme de l'apprécier en aucune manière !

Sans doute nos chronologies ne remontent pas fort

loin, et ne pourraient le faire qu'en s'étayant sur des
fables. Les traditions, soit orales, soit écrites, se
perdent nécessairement,


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HYDROGÉOLOGIE

et il est dans la nature des choses que cela soit ainsi.

Quand même l'invention de l'imprimerie serait plus

ancienne qu'elle ne l'est, qu’en pourrait-il résulter au
bout de dix mille ans ? Tout change, tout s'ulcère, tout
se perd ou se détruit. Toute langue vivante change
insensiblement son idiôme ; au bout de mille ans les
écrits faits dans une de ces langues quelconques ne
pourront être lus qu'avec difficulté ; après deux mille
ans aucun de ces écrits ne saurait être entendu.
D'ailleurs, les guerres, les régimes vandalismes,
l’intérêt des tyrans et de ceux qui dirigent les opinions
religieuses, qui porte toujours sur l'ignorance de
l'espèce humaine, et s'en fait un appui ; que de causes
pour que l’histoire et les sciences éprouvent, d'époques
en époques, des révolutions qui les détruisent plus 

ou

moins 

complétement ! Que de causes pour que les

hommes perdent la trace de ce qui a existé, et ne
puissent croire à l'immense antiquité du globe qu'ils
habitent, ni même la concevoir !

Combien cette antiquité du globe terrestre s'agrandira

encore aux yeux de l'homme, lorsqu'il se sera formé
une juste idée de l'origine des corps vivans, ainsi que
des causes