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HYDROGÉOLOGIE
L'action organique des corps vivans forme sans cesse
des combinaisons qui n'eussent jamais existé sans cette
cause.
On pourra plus ou moins retarder encore la
connaissance de cette vérité, et l'on aura intérêt de le
faire pour maintenir les théories accréditées qu'on
serait forcé d'abandonner si elle était reconnue. Mais
son évidence la fera sans doute triompher, plutôt qu'on
ne pense, des erreurs spécieuses qui la masquent ; j'en
ai l'intime persuasion.
J'ai dit qu'il existait dans la Nature une cause
particulière, puissante et continuellement active, qui a
la faculté de former des combinaisons, de les
multiplier, de les diversifier, et qui tend sans cesse à les
surcharger de principes, et à en augmenter les
proportions jusqu'à un certain terme. Or, il importe de
constater l'existence de cette cause étonnante qui répare
sans cesse par son activité la quantité des composés qui
existent, quantité que la puissance destructive de la
Nature (du tems, selon le vulgaire) s'efforce
continuellement d'anéantir.
Je le répète : la plus légère attention suffit pour nous
convaincre que partout la Nature travaille sans relâche
à détruire tous les com- [composés]

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HYDROGÉOLOGIE
posés qui existent, à dégager leurs principes de l'état de
combinaison, à les ramener à l’état de liberté qu'ils
tendent à conserver toujours ; enfin, à ruiner sans cesse
tout ce que la cause qui produit les combinaisons,
réussit à former de toutes parts. Aussi a-t-on lieu de
croire que l’existence unique des élémens, non
seulement n'eût jamais pu faire naître cette multitude
étonnante de composés qui se trouvent à la surface de
notre globe, qui modifient la partie externe de son
épaisseur et embellissent le spectacle de la Nature,
mais que sans la cause particulière qui sait les produire
aucune combinaison sans doute n’eût existé.
Pour peu qu'en se dépouillant des préventions
ordinaires, l'on veuille examiner ce qui se passe à cet
égard, l'on sera bientôt convaincu
que tous les êtres
doués de la vie ont, par le moyen des fonctions de leurs
organes, la faculté, les uns, de former des
combinaisons directes, c'est-à-dire, d'unir ensemble
des élémens libres, et de produire immédiatement des
composés ; les autres, de modifier ces composés, et de
les changer de nature, en les surchargeant de principes
ou en augmentant les proportions de ces principes
d'une manière très-remarquable.
J'ai donné sur cet objet, dans mes
Mé-
[
Mémoires
]

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HYDROGÉOLOGIE
moires de Physique et d'Hist. nat.
beaucoup de détails
qu'il ne convient pas de répéter ici, et auxquels je
renvoie. J'insiste seulement dans ce chapitre, à dire que
les corps vivans forment eux-mêmes, par l’action de
leurs organes, la substance qui les constitue, et qu'ils ne
prennent nullement dans la Nature cette substance toute
formée pour en composer leur corps, car elle n'y existe
pas.
C'est au moyen des alimens dont les végétaux et les
animaux sont obligés de faire usage pendant la durée
de leur vie, pour conserver leur existence, que l'action
de leurs organes parvient à modifier ces alimens, à en
former des matières particulières qui n'eussent jamais
existé sans cette faculté dont ces êtres sont munis, et à
en composer, par un renouvellement perpétuel, le corps
entier
qui
les constitue, ainsi que ses produits.
Mais les végétaux, qui n'ont ni canal intestinal ni
autre organe quelconque pour exécuter des digestions,
emploient nécessairement pour matières alimentaires
des substances fluides ou dont les molécules n'ont
aucune agrégation entre elles ; et l'on sait malgré cela
qu'ils parviennent, depuis l’instant de leur germination
jusqu'à celui de leur mort, à se développer et à
s'accroître, n'étant nourris

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HYDROGÉOLOGIE
qu'avec de l'eau mais jouissant des influences de l’air
atmosphérique, du calorique et de la lumière (
1
).
C'est cependant avec de pareils matériaux que les
végétaux, au moyen de leur action organique, forment
tous les sucs propres qu'on leur connaît et toutes les
matières dont leur corps est composé, c'est-à-dire,
qu'ils forment eux-mêmes
les mucilages, les gommes,
les résines, le sucre, les sels essentiels, les huiles fixes
et volatiles, les fécules, le gluten, la matière extractive
et la matière
ligneuse,
toutes substances tellement
résultantes de combinaisons premières ou directes, que
jamais l'art n'en saura former de semblables.
Assurément les végétaux n'ont pas besoin de prendre
dans le sol, par le moyen de leurs racines, les
substances que je viens d'indiquer ; elles n'y sont pas,
ou celles qui s'y rencontrent n'y sont que dans un état
d'altération et de décomposition plus ou moins
avancées ; enfin, s'il s'y en trouvait qui fus- [fussent]
__________
(1)
Voyez Mém. de Phys. et d’Hist. nat.
, p. 294 et suiv.
Voyez
encore dans le
Rapport des Mémoires présentés à la Société
d'Agriculture du département du Doubs
, les
Nouvelles expériences sur
la végétation
; par le cit. Girod-Chantrans, p. 20.

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HYDROGÉOLOGIE
sent encore dans leur état d'intégrité, le végétal ne
saurait s'en emparer ni en faire aucun usage.
Lui seul a formé directement les matières dont je
viens de parler ; mais hors de lui, ces matières ne
peuvent devenir utiles aux végétaux que comme
engrais,
c'est-a-dire, qu'après s'être dénaturées,
consumées, et avoir subi la somme d'altérations
nécessaires pour leur donner les facultés essentielles
des
engrais
.
Dans divers de mes ouvrages, j'ai examiné sous quel
point de vue les
engrais
pouvaient être utiles à la
végétation
; et après avoir épuisé toutes les
considérations relatives à cette recherche, j'ai fait voir :
“ Que les fumiers, les engrais, de quelque nature
qu'ils soient ; en un mot, que le terreau végétal et les
terres fertiles ne sont pas des substances nécessaires à
la végétation des plantes, comme leur fournissant des
sucs composés particuliers propres à les nourrir ; mais
que ce sont des matières qui, par leur nature ou leur
état, ont la faculté de retenir facilement l'eau des pluies,
des brouillards et des arrosemens ; de conserver long-
tems cette eau dans le plus grand état de division, et
conséquemment d'entretenir autour des raci- [racines]