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225

HYDROGÉOLOGIE

MÉMOIRE

SUR LA MATIÈRE DU SON.

L

E choc des corps, opéré à certaine distance de

nous, produit sur l'organe de notre ouïe une sensation
connue de tout le monde, sous le nom de 

bruit 

ou

de

son

 (

1

). Il n'est pas douteux que cette sensation ne soit

le résultat de l’ébranlement ou de la vibration d'une
matière fluide, interposée entre le corps choqué et notre
organe ; matière que son extrême transparence ne nous
permet pas d'apercevoir.

Quelque familière que nous soit cette sensation du

son ou du bruit, il me semble que la matière qui la
cause, en affectant notre

__________

(1) Le son, proprement dit, résulte du choc des corps élastiques : il

est dû à une série de vibrations régulières et décroissantes de ces corps
ou de leurs parties ; vibrations qui opèrent dans le fluide subtil, qui est
la matière propre de ce son, une série de vibrations analogues.

Le 

bruit

, au contraire, résulte du choc des corps non élastiques : il

est le produit d'un ou de plusieurs chocs qui ne se répètent point par
vibrations. Ce n'est en quelque sorte qu'un son simple.


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HYDROGÉOLOGIE

organe auditif, ne nous est pas encore bien connue.

Peut-être paraîtra-t-il d'abord assez indifférent à

quelques personnes, de savoir quelle est réellement
cette matière ; car il y a peu d'apparence, diront-elles,
que plus de connaissances à cet égard nous soient de
grande utilité. Pour moi, je pense, au contraire, qu'il
importe beaucoup pour l'avancement de nos
connaissances en physique, de déterminer positivement
quelle est la matière invisible qui occasione en nous la
sensation du bruit ou du son, parce que des recherches
à cet égard peuvent nous mettre dans le cas de
découvrir quelque fluide particulier, qui,
quoiqu'échappant à plusieurs de nos sens par sa ténuité
et son extrême transparence, peut être néanmoins assez
actif et assez puissant pour influer considérablement
sur la plupart des faits physiques que nous observons,
et peut-être encore sur des faits relatifs à l’organisation
des êtres vivans, qu'il nous est si important de bien
connaître.

Le fluide invisible qui est pour nous la matière

propre du son et du bruit, se trouvant nécessairement
interposé entre les corps choqués et notre organe
auditif, doit être un fluide qui nous environne partout,
dans le- [lequel]


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HYDROGÉOLOGIE

quel, par conséquent, nous nous trouvons sans cesse
plongés ; en un mot, il doit constituer le milieu
invisible dans lequel nous vivons, ou au moins en faire
partie.

Quoique l’air commun, que je nomme 

gaz

atmosphérique

  (

1

), soit un fluide absolument nuisible,

ce fluide, dans lequel nous sommes continuellement
plongés, est sans doute de

__________

(1) J’ai donné à l'air commun, dans lequel nous vivons, le nom de

gaz atmosphérique

, parce que, comme je le ferai voir ailleurs, c'est un

composé gazeux, résultant de la combinaison de l'air élémentaire avec
les principes d'une grande partie des vapeurs qui émanent et s'exhalent
de toutes parts de la surface du globe, et qui s'élèvent et se répandent
dans le sein de l'atmosphère, où elles s'y détruisent. Ces vapeurs, qui
ne peuvent ainsi s'élever dans l'atmosphère que jusqu'à une hauteur
limitée, y donnent lieu à la formation et à l'entretien continuel d'une
combinaison particulière et gazeuse, dans laquelle l'air élémentaire (le

gaz oxigène

 des chimistes) paraît entrer au moins pour un quart, et qui

constitue le fluide invisible, connu sous le nom d'air commun. Il
remplit seulement la région inférieure de l'atmosphère, que je nomme

Région des vapeurs

.

On trouvera des développemens à cet égard, et des preuves

rigoureusement établies d'après les faits, dans un ouvrage que je vais
mettre incessamment sous presse, auquel je travaille depuis près de
trente ans, et qui sera intitulé : 

Théorie de l'Atmosphère terrestre

.


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HYDROGÉOLOGIE

tout tems parvenu à notre connaissance, parce que dans
ses déplacement il se rend sensible à nous en affectant
l'organe du bouclier, en nous poussant même avec
force, et ensuite parce qu'étant d'une certaine
grossièreté dans ses parties, nous avons la facilité de
l’enfermer dans des vaisseaux ; de l'y retenir à notre
gré, d'en faire l'examen, etc. etc.

Il était donc naturel de penser qu'un fluide dans

lequel nous sommes sans cesse plongés, qui se trouve
par conséquent interposé entre tous les corps et nous,
que nous connaissons en quelque sorte de tout tems,
qui nous semble d'ailleurs jouir d'un ressort
considérable, devait être la matière même qui nous
affecte dans la sensation du son ou du bruit. Il était
raisonnable de croire que c'était ce même fluide qui,
dans le choc des corps, recevait un ébranlement ou des
vibrations dans un degré de force proportionné, et
propageait cet ébranlement ou ces vibrations jusqu'à
notre ouïe.

C'est en effet ce qu'on a pensé jusqu'à présent, et

c'est sans doute ce qu'il faudrait continuer de croire, si
l'observation des faits ne nous apprenait d'une manière
convaincante que le fluide, quel qu'il soit, qui a la
faculté de nous transmettre le bruit ou le son, a


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HYDROGÉOLOGIE

aussi celle de le transmettre à travers des milieux et des
corps que l'air commun ne saurait traverser.

Nous allons voir que la matière fluide qui forme le

bruit ou le son, a la faculté de propager à travers
différens milieux, et surtout à travers des milieux
solides, les ébranlemens ou les vibrations qu'elle peut
recevoir du choc des corps, et qu'en conséquence il est
nécessaire que sa ténuité ou son extrême rarité la mette
dans le cas de traverser facilement ces différens
milieux. Or, on sait que l'air commun ne saurait
traverser une vessie de porc lorsqu'on l'y enferme, et
qu'on peut le retenir à son gré dans toutes sortes de
vaisseaux ; il n'a donc point les propriétés dont jouit
évidemment la matière propre du son.

Lorsqu'arriva l'affreux accident qu'éprouva la

poudrerie établie dans la plaine de Grenelle, prés Paris
(le 14 fructidor an 2), je distinguai très-bien la
commotion qui ébranlait tout, et qui causa tant de
dommages dans les matières fragiles, du bruit ou
craquement remarquable qui lui succéda, et qui parvint
à mon oreille à travers l'air commun. Je m'aperçus
clairement que le fluide qui causa la commotion que je
ressentis dans le lieu où