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HYDROGÉOLOGIE

je me trouvais, arrivait à moi à travers la masse du sol,
me pénétrait, et occasionnait en moi une sensation
sourde et particulière très-distincte de celle que le bruit
qui se propageait à travers l'air, vint opérer sur mon
ouïe. Je suis convaincu que l'air commun était
incapable de produire de semblables effets ; car quelles
que soient les ondulations ou les vibrations qu'on
pourrait supposer s'être alors formées dans sa masse,
elles ne pourraient s'être propagées à travers le sol à la
distance d'environ cinq kilomètres (plus d'une lieue),
où je me trouvais, avec la célérité et la force que je
remarquai dans cette circonstance. J'eus donc occasion
de me convaincre que la commotion (

1

) que j'éprouvai

__________

(1) La commotion que je ressentis à une aussi grande distance du

lieu de son origine, n'était pas, comme on pourrait le croire, le résultat
d'une compression successive des parties du sol comprises entre le lieu
où j’étais et celui où se faisait l'explosion ; car on sait que l’effet de la
compression est non-seulement proportionnel au degré de force avec
lequel agit le corps comprimant, mais aussi au degré de
compressibilité du corps comprimé ; en sorte qu'une masse sera
d'autant plus comprimée par la force comprimante, que ses parties
seront moins dures et plus susceptibles de céder à la compression. Ce
n'est assurément pas la masse terreuse et pier- [pierreuse]


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HYDROGÉOLOGIE

à cette grande distance, était due singuliérement à
l’agitation violente d'un fluide subtil et élastique qui
avait la faculté de traverser la masse du sol sans
résistance, ou plutôt qui, s'y trouvant répandu, y
propageait les ébranlemens violens qui venaient de lui
être communiqués.

La matière qui occasiona la commotion dont il s'agit,

produisit les plus grands effets sur les corps denses, et
ne fit point osciller le feuillage des arbres ; ce que
j'observai étant à ma fenêtre, et faisant face au lieu où
s'opérait cette terrible détonnation. Une porte de
communication de ma chambre à une pièce voisine
s'ouvrit, et les plus légers ébranle- [ébranlemens]

__________

reuse qui constitue le sol qui a subi la commotion dont il s'agit, et que,
comparativement au fluide subtil qui la pénètre, on jugera très-
susceptible de céder à la compression.

Tandis qu'un fluide subtil, éminemment élastique par sa nature,

répandu dans toutes les parties du globe et dans toutes les masses qui
le constituent, recevant tout à coup, par l’explosion en question, une
compression énorme et subite, a dû communiquer, de proche en
proche, à ses parties voisines, la compression qu'il venait de recevoir,
et par suite de son ressort, s'efforcer de se rétablir partout dans son
premier état, ce qui a produit la commotion et les accidens observés.


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HYDROGÉOLOGIE

mens ne se firent point remarquer dans les rideaux. Le
piton d'un crochet de fer qui tenait une autre porte
fermée, s'arracha, pendant que dans le même lieu le
calme de l'air se faisait ressentir par le repos des corps
légers. J'appris le lendemain que, dans une maison fort
élevée qu'occupait alors le citoyen Crapelet, imprimeur
(rue des Carmes), la commotion s'était si fortement fait
ressentir dans le bas, au rez-de-chaussée de cette
maison, que les ouvriers y avaient été effrayés de
l’ébranlement qu'ils remarquaient dans les meubles de
leur atelier ; tandis que le citoyen Crapelet, qui se
trouvait alors au quatrième étage de la même maison,
n'avait point ressenti de commotion, mais avait
seulement entendu par la fenêtre le bruit que
l'explosion avait occasioné.

Les grandes agitations de l'air par déplacemens,

comme les vents tempêteux, peuvent causer le
renversement des édifices, le soulévement des toits,
etc. Celles que l'on croit pouvoir se faire par
ondulations circulaires, concentriques et croissantes, ou
par des espèces de vibrations, devraient ébranler
proportionnellement les corps légers, tels que le
feuillage des arbres, etc. etc. Mais aucune de ces sortes
d'agitations ne doit pouvoir casser


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HYDROGÉOLOGIE

des vitres sans forcer les fenêtres, rompre des glaces
dans l'intérieur des habitations, comme cela est arrivé à
plusieurs de celles qui ferment les armoires des galeries
du Muséum ; fendre des plafonds, et arracher des
pitons de fer dans le moment même où l'air très calme
ne parut pas même faire branler ou voltiger le feuillage
des arbres. C'est cependant ce qui est arrivé à la suite
de l’explosion de la poudrerie de Grenelle. -
Recherches,

vol. 2, p. 401.

L'observation des faits m'a forcé de reconnaître et

d'établir en principe, que le son ou le bruit se propage
avec une intensité ou une force qui est en raison directe
du choc ou des vibrations des corps, et à la fois de la
densité des milieux, à travers lesquels la matière qui le
forme, propage ses ébranlemens.

Le bruit ou le son se transmet dans l'air commun

d'une manière connue de tout le monde, et avec cette
seule variation qu'il s'étend plus au loin, et s'entend
plus fortement dans un air dense que dans un air
raréfié. Aussi le bruit ou le son s'entend mieux le soir
ou la nuit, que dans le jour ; dans un bois que dans une
plaine nue ; dans l'air qui domine les eaux, que dans
celui qui couvre des terrains arides. Mais dans tous ces
cas, la


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HYDROGÉOLOGIE

propagation du bruit on du son à travers l'air, est
toujours plus lente et moins forte qu'à travers les autres
milieux plus denses.

Diverses observations attestent que le son ou le bruit

se propage sous l'eau, c'est-à-dire, dans la masse de ce
liquide, bien plus fortement qu'à travers l’air (

1

) : on y

entend même, quoique plus faiblement, les sons qui y
arrivent à travers l'air qui la domine (

2

).

La Nature a donné aux animaux qui vivent dans l'air,

un conduit auditif externe, pour augmenter en eux les
moyens d'entendre le bruit ou le son qui ne se propage
qu'avec une certaine faiblesse, à travers un milieu si
mou et qui a si peu de densité ; mais

__________

(1) C'est un fait prouvé, que les bruits qui se font sous l’eau, sont si

formidables et si terribles, qu’au rapport de l'abbé Nollet, un plongeur
qui était descendu au fond de la mer, par le moyen d'une cloche, eut à
peine commencé de sonner du cor qu'il pensa s'évanouir. (

Problème

d'Acoustique

, introduct. p. xxvj. 

Tentamen de vi soni et musices in

corpus humanum, par 

Roger, médecin de Montpellier. §. 98.)

(2) “ J'ai eu la curiosité, dit Nollet 

(Leçons de Physique,

 vol. 3, p.

420), de me plonger exprès, à différentes profondeurs, dans une eau
tranquille, et j'y ai entendu très-distinctement toutes sortes de sons,
jusqu'aux articulations de la voix humaine. ”