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pareils à ceux des pattes et des antennes, et se recourbant de haut en bas. En arrière de ce dernier segment, se
montre un mamelon charnu, plus ou moins saillant; c'est l'anus. J'ignore la position des stigmates; ils se sont
dérobés à mes investigations, bien que faites à l'aide du microscope.

Lorsque la larve est en repos, les divers segments sont régulièrement imbriqués, et les intervalles
membraneux, correspondant aux articulations, ne sont pas visibles. Mais si la larve marche, toutes les
articulations, surtout celles des segments abdominaux, se distendent et finissent par occuper presque autant de
place que les arceaux cornés. En même temps, le segment anal sort de l'étui formé par le huitième; l'anus, à
son tour, s'allonge en mamelon et les deux pointes de l'avant-dernier anneau surgissent d'abord lentement, puis
se dressent tout à coup par un mouvement brusque comparable à celui que produit un ressort en se détendant;
enfin ces deux points divergent en cornes de croissant. Une fois cet appareil complexe déployé, l'animalcule
est en mesure de marcher sur la surface la plus glissante.

Le dernier segment et son bouton anal se recourbent à angle droit avec l'axe du corps, et l'anus vient
s'appliquer sur le plan de locomotion, où il déverse une gouttelette d'un liquide hyalin et filant, qui englue la
bestiole et la maintient solidement en place, appuyée sur une espèce de trépied que forment le bouton anal et
les deux cirrhes du dernier segment. Si l'on observe le mode de locomotion de l'animal sur une lame de verre,
on peut tenir la lame dans une position verticale, la renverser même sens dessus dessous, la secouer
légèrement sans que la larve se détache et tombe, retenue qu'elle est par l'humeur agglutinative du bouton
anal.

S'il faut avancer sur un plan où une chute n'est pas à craindre, la microscopique bête emploie un autre procédé.
Elle recourbe l'abdomen, et lorsque les deux pointes du huitième segment, alors pleinement étalées, ont trouvé
un point d'appui solide en labourant, pour ainsi dire, le plan de locomotion, elle s'appuie sur cette base et se
porte en avant, en dilatant les diverses articulations abdominales. Ce mouvement en avant est d'ailleurs
favorisé par le jeu des pattes, qui sont loin de rester inactives. Cela fait, elle jette l'ancre avec les puissants
onglets de ses pattes; l'abdomen se contracte, ses divers anneaux se resserrent, et l'anus, tiré en avant, prend de
nouveau appui, à l'aide des deux pointes, pour commencer la seconde de ces curieuses enjambées.

Au milieu de ces manoeuvres, les cirrhes des hanches et des cuisses traînent sur le plan d'appui, et par leur
longueur, leur élasticité, ne paraissent propres qu'à entraver la marche. Mais ne nous hâtons pas de conclure à
une inconséquence: le moindre des êtres est approprié aux conditions au milieu desquelles il doit vivre; il est à
croire que ces filaments, loin d'entraver l'animalcule en marche, doivent, dans les circonstances normales, lui
être de quelque secours.

Le peu que nous venons d'apprendre nous montre déjà que la jeune larve de Sitaris n'est pas appelée à se
mouvoir sur une surface ordinaire. Le lieu, quel qu'il soit, où cette larve doit vivre plus tard, l'expose à de bien
nombreuses chances de chutes périlleuses, puisque, pour les prévenir, elle est non seulement armée d'ongles
robustes, très mobiles, et d'un croissant acéré, espèce de soc capable de mordre sur le corps le mieux poli,
mais encore elle est munie d'un liquide visqueux, assez tenace pour l'engluer et la maintenir en place sans le
secours des autres appareils. En vain je me suis mis l'esprit à la torture pour soupçonner quel pouvait être le
corps si mobile, si vacillant, si dangereux, que doivent habiter les jeunes Sitaris, rien n'a pu m'expliquer la
nécessité de l'organisation que je viens de décrire. Convaincu d'avance, par l'étude attentive de cette
organisation, que je serais témoin de singulières moeurs, j'ai attendu, avec une vive impatience, le retour de la
belle saison, ne doutant pas qu'à l'aide d'une observation persévérante le mystère ne me fût dévoilé au
printemps suivant. Ce printemps si désiré est enfin venu; j'ai mis en oeuvre tout ce que je peux posséder de
patience, d'imagination, de clairvoyance; mais, à ma grande honte, à mon regret plus grand encore, le secret
m'a échappé. Oh! qu'ils sont pénibles ces tourments de l'indécision lorsqu'il faut remettre à l'année suivante
une étude qui n'a pas abouti!

Mes observations faites dans le courant du printemps 1856, quoique purement négatives, ont cependant leur
intérêt, parce qu'elles démontrent fausses quelques suppositions qu'amène naturellement le parasitisme

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incontestable des Sitaris. J'en dirai donc quelques mots. Vers la fin d'avril, les jeunes larves, jusque-là
immobiles et blotties dans le tas spongieux des enveloppes des oeufs, sortent de leur immobilité, se dispersent
et parcourent en tous sens les boîtes et les flacons où elles ont passé l'hiver. À leur démarche précipitée, à
leurs infatigables évolutions, aisément on devine qu'elles recherchent quelque chose qui leur manque. Cette
chose, que peut-elle être, si ce n'est de la nourriture? N'oublions pas, en effet, que ces larves sont écloses à la
fin de septembre, et que depuis cette époque, c'est-à-dire pendant sept mois complets, elles n'ont pris aucune
nourriture, bien qu'elles aient passé ce laps de temps avec toute leur vitalité, ainsi que j'ai pu m'en assurer tout
l'hiver en les irritant, et non dans une torpeur analogue à celle des animaux hibernants. Aussitôt écloses, elles
sont vouées, quoique pleines de vie, à une abstinence absolue de la durée de sept mois; il est donc naturel de
supposer, en voyant leur agitation actuelle, qu'une faim impérieuse les met ainsi en mouvement.

La nourriture désirée ne saurait être que le contenu des cellules de l'Anthophore, puisque plus tard on trouve
les Sitaris dans ces cellules. Or, ce contenu se borne ou à du miel ou à des larves. J'ai conservé précisément
des cellules d'Anthophore occupées par des nymphes ou par des larves. J'en mets quelques-unes, soit ouvertes,
soit fermées, à la portée des jeunes Sitaris, comme je l'avais déjà fait immédiatement après l'éclosion.
J'introduis même les Sitaris dans les cellules: je les dépose sur les flancs de la larve, succulent morceau, tout
semble le dire; je m'y prends de toutes les manières pour tenter leur appétit; et après avoir épuisé mes
combinaisons, toujours infructueuses, je reste convaincu que mes bestioles affamées ne recherchent ni larves,
ni nymphes d'Anthophore.

Essayons maintenant le miel. Il faut employer évidemment du miel élaboré pu la même espèce d'Anthophore
que celle aux dépens de laquelle vivent les Sitaris. Mais cette abeille n'est pas fort commune dans les environs
d'Avignon, et mes occupations du lycée ne me permettent pas de m'absenter pour me rendre à Carpentras, où
elle est si abondante. Je perds ainsi, à la recherche de cellules approvisionnées de miel, une bonne partie du
mois de mai; je finis cependant par en trouver de fraîchement closes et appartenant à l'Anthophore voulue.
J'ouvre ces cellules avec l'impatience fébrile du désir longtemps mis à l'épreuve. Tout va bien: elles sont à
demi pleines d'un miel coulant, noirâtre, nauséabond, à la surface duquel flotte la larve de l'hyménoptère
récemment éclose. Cette larve est enlevée, et je dépose à la surface du miel, avec mille précautions, un ou
plusieurs Sitaris. Dans d'autres cellules, je laisse la larve de l'hyménoptère et j'y introduis des Sitaris, que je
dépose tantôt sur le miel, tantôt sur la paroi interne de la cellule, ou simplement à son entrée. Enfin, toutes ces
cellules, ainsi préparées, sont mises dans des tubes de verre, qui me permettront une observation facile, sans
crainte de troubler, dans leur repas, mes convives affamés.

Mais que vais-je parler de repas! Ce repas n'a pas lieu Les Sitaris placés à l'entrée d'une cellule, loin de
chercher à y pénétrer, l'abandonnent et s'égarent dans le tube de verre; ceux qui ont été déposés sur la face
intérieure des cellules, à proximité du miel, sortent précipitamment, à demi englués et trébuchant à chaque
pas; ceux enfin que je me figurais avoir le plus favorisés en les déposant sur le miel même, se débattent,
s'empêtrent dans la masse gluante et y périssent étouffés. Jamais expérience n'a subi pareille déconfiture.
Larves, nymphes, cellules, miel, je vous ai tout offert; que voulez-vous donc, bestioles maudites?

Lassé de toutes ces tentatives sans résultat, je finis par où j'aurais dû commencer, je me rendis à Carpentras.
Mais il était trop tard: l'Anthophore avait fini ses travaux, et je ne parvins à rien voir de nouveau. Dans le
courant de l'année, j'appris de L. Dufour, à qui j'avais parlé des Sitaris, j'appris, dis-je, que l'animalcule trouvé
par lui sur les Andrènes et décrit sous le nom générique de Triungulinus, avait été reconnu plus tard par
Newport comme étant la larve d'un Méloé. Or, j'avais trouvé précisément quelques Méloés dans les cellules de
la même Anthophore qui nourrit les Sitaris. Y aurait-il parité de moeurs entre les deux genres d'insectes? Ce
fut pour moi un trait de lumière; mais j'eus tout le temps de mûrir mes projets: il me fallait encore attendre une
année.

Le mois d'avril venu, mes larves de Sitaris se mirent, comme à l'ordinaire, en mouvement. Le premier
hyménoptère venu, une Osmie, est jeté vivant dans un flacon où se trouvent quelques-unes de ces larves, et au
bout d'un quart d'heure de séjour, je les visite à la loupe. Cinq Sitaris sont implantés dans la toison du thorax.

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C'est fait, le problème est résolu!... Les larves de Sitaris, comme celles des Méloés, se cramponnent à la toison
de leur amphitryon et se font voiturer par lui jusque dans la cellule. Dix fois je recommence l'épreuve avec les
divers hyménoptères qui viennent butiner sur les lilas en fleurs devant ma fenêtre, et en particulier avec les
Anthophores mâles; le résultat se maintient le même: les larves s'implantent au milieu des poils de leur thorax.
Mais après tant de désappointements on devient méfiant; aussi convient-il d'aller observer le fait sur les lieux
mêmes; les vacances scolaires de Pâques arrivent d'ailleurs fort à propos pour faire à loisir ces observations.

J'avouerai que ce ne fut pas sans quelques battements de coeur plus précipités qu'à l'ordinaire, que je me
trouvai de nouveau en face du talus à pic où niche l'Anthophore. Que va décider l'expérience? Va-t-elle encore
une fois me couvrir de confusion? Le temps est froid, pluvieux; aucun hyménoptère ne se montre sur le petit
nombre de fleurs printanières épanouies. À l'entrée des galeries sont blotties de nombreuses Anthophores
immobiles, transies. À l'aide de pinces, je les sors une à une de leur cachette pour les examiner à la loupe. La
première a des larves de Sitaris sur le thorax; la seconde en a également, la troisième, la quatrième de même,
et ainsi de suite, aussi loin que je désire pousser cet examen. Je change de galerie, dix, vingt fois, le résultat
est invariable. Il y eut là, pour moi, un de ces moments comme en ont ceux qui, après avoir pendant des
années tourné et retourné une idée de toutes les manières, peuvent enfin s'écrier; Eurêka!

Les journées suivantes, un ciel tiède et serein permit aux Anthophores de quitter leurs retraites pour se
répandre dans la campagne et butiner sur les fleurs. Je recommençai mon examen sur ces Anthophores volant
sans relâche d'une fleur à l'autre, soit dans le voisinage des lieux où elles étaient nées, soit à de grandes
distances de ces mêmes lieux. Quelques unes se trouvèrent sans larves de Sitaris; d'autres, en plus grand
nombre, en avaient deux, trois, quatre, cinq ou davantage entre les poils du thorax. À Avignon, où je n'ai pas
encore vu le Sitaris humeralis, la même espèce d'Anthophore, observée à peu près à la même époque, tandis
qu'elle butinait sur les lilas fleuris, s'est trouvée toujours exempte de jeunes larves de Sitaris; à Carpentras, au
contraire, où ne se rencontre pas un domicile d'Anthophores sans Sitaris, presque les trois quarts des individus
que j'ai visités avaient quelques-unes de ces larves au milieu de leur toison.

Mais, d'autre part, si l'on recherche ces larves dans les vestibules où elles se trouvaient quelques jours avant,
amoncelées en tas, on n'en trouve plus. Par conséquent, lorsque les Anthophores, ayant ouvert leurs cellules,
s'engagent dans les galeries pour en atteindre l'orifice et s'envoler; ou bien, lorsque le mauvais temps et la nuit
les y ramènent momentanément, les jeunes larves de Sitaris, tenues en éveil dans ces mêmes galeries par le
stimulant de l'instinct, s'attachent à ces hyménoptères, se glissent dans leur fourrure, et s'y cramponnent d'une
manière assez solide pour ne pas avoir à craindre une chute dans les lointaines pérégrinations de l'insecte qui
les porte. En s'attachant ainsi aux Anthophores, les jeunes Sitaris ont évidemment pour but de se faire
transporter, et au moment opportun, dans les cellules approvisionnées.

On pourrait même croire tout d'abord qu'ils vivent quelque temps sur le corps de l'Anthophore, comme les
parasites ordinaires, les Philoptères, les Poux, vivent sur le corps de l'animal qui les nourrit. Il n'en est rien
cependant. Les jeunes Sitaris, implantés au milieu des poils, perpendiculairement au corps de l'Anthophore, la
tête en dedans, l'arrière en dehors, ne remuent plus du point qu'ils ont choisi et qui se trouve dans le voisinage
des épaules de l'abeille. On ne les voit pas errer d'un point à un autre pour explorer le corps de l'Anthophore et
en rechercher les parties où les téguments ont plus de délicatesse, comme ils ne manqueraient pas de le faire si
réellement ils puisaient quelque nourriture dans les sucs de l'hyménoptère. Au contraire, presque toujours
fixés sur la partie la plus résistante, la plus dure du corps de l'abeille, sur le thorax, un peu au-dessous de
l'insertion des ailes, ou plus rarement sur la tête, ils gardent une complète immobilité, et se tiennent fixés au
même poil, à l'aide des mandibules, des pattes, du croissant fermé du huitième segment, enfin à l'aide de la glu
du bouton anal. S'ils viennent à être troublés dans cette position, ils gagnent à regret un autre point du thorax,
en s'ouvrant un passage à travers sa fourrure, et finissent par se fixer à un autre poil, comme ils l'étaient avant.

Pour mieux me convaincre encore que les jeunes larves de Sitaris ne se nourrissent pas aux dépens du corps
de l'Anthophore, j'ai mis quelquefois à leur portée, dans un flacon, des hyménoptères morts depuis longtemps
et complètement desséchés. Sur ces cadavres arides, bons tout au plus à ronger, mais où il n'y avait

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assurément rien à sucer, les larves de Sitaris ont gagné la position habituelle et y sont restées immobiles
comme sur l'insecte vivant. Elles ne puisent donc rien dans le corps de l'Anthophore; mais peut-être
rongent-elles sa toison, comme les Philoptères rongent les plumes des oiseaux?

Pour cela, il leur faudrait un appareil buccal d'une certaine vigueur, en particulier des mâchoires cornées et
robustes, tandis que ces mâchoires sont si aiguës, qu'un examen microscopique n'a pu me les montrer. Les
larves sont, il est vrai, pourvues de fortes mandibules; mais ces mandibules aiguës, recourbées et excellentes
pour tirailler, pour déchirer la nourriture, ne sauraient servir à la broyer, à la ronger. Enfin, une dernière
preuve en faveur de l'état passif des larves de Sitaris sur le corps des Anthophores, c'est que ces dernières ne
paraissent nullement incommodées de leur présence, puisqu'on ne les voit pas chercher à s'en débarrasser. Des
Anthophores exemptes de ces larves, et d'autres en portant cinq ou six sur le corps, ont été mises séparément
dans des flacons. Quand le premier trouble résultant de la captivité a été calmé, je n'ai rien pu voir de
particulier sur celles qu'occupaient les jeunes Sitaris. Et si toutes ces raisons ne suffisaient pas, j'ajouterais
qu'un animalcule qui a pu déjà passer sept mois sans nourriture, et qui dans peu de jours va s'abreuver d'une
matière fluide, hautement savoureuse, commettrait une singulière inconséquence en se mettant à ronger le
duvet aride d'un hyménoptère. Il me paraît donc indubitable que les jeunes Sitaris ne s'établissent sur le corps
de l'Anthophore que pour se faire transporter par elles dans les cellules, dont la construction ne tardera pas à
commencer.

Mais jusque-là, il faut que les parasites futurs se maintiennent dans la toison de leur amphitryon, malgré ses
rapides évolutions au milieu des fleurs, malgré le frottement contre les parois des galeries quand il y pénètre
pour s'y abriter, et surtout malgré les coups de brosse qu'il doit se donner assez souvent avec les pattes, pour
s'épousseter, se lustrer. De là, sans doute, la nécessité de cet appareil étrange qu'une station et une locomotion
sur des surfaces ordinaires ne sauraient expliquer, comme il a été dit plus haut, lorsqu'on s'est demandé quel
pouvait être le corps si mobile, si vacillant, si plein de dangers, où la larve devait s'établir plus tard. Ce corps,
c'est un poil d'un hyménoptère, qui fait mille courses rapides, qui tantôt plonge dans ses étroites galeries,
tantôt pénètre avec violence dans la gorge étranglée d'une corolle et ne reste en repos que pour se brosser avec
les pattes, se débarrasser des grains de poussière recueillis par le duvet qui le recouvre.

On comprend très bien maintenant l'utilité du croissant exsertile dont les deux cornes, en se rapprochant,
peuvent saisir un poil mieux que ne le ferait la pince la plus délicate; on voit toute l'opportunité de la glu
tenace qu'au moindre danger l'anus fournit pour arrêter l'animalcule dans une chute imminente; on se rend
compte enfin du rôle utile que peuvent remplir ici les cirrhes élastiques des hanches et des pattes, véritable
superfluité très embarrassante pour la marche sur un plan uni, mais qui, dans le cas actuel, pénètrent comme
autant de sondes dans l'épaisseur du duvet de l'Anthophore, et servent à maintenir la larve de Sitaris pour ainsi
dire à l'ancre. Plus on réfléchit à cette organisation modelée en apparence par un caprice aveugle, lorsque la
larve se traîne péniblement sur un plan uni, et plus on est pénétré d'admiration devant les moyens aussi
efficaces que variés prodigués à la débile créature pour conserver son périlleux équilibre.

Avant de raconter ce que deviennent les larves de Sitaris en abandonnant le corps des Anthophores, je ne
saurais passer sous silence une particularité fort remarquable. Tous les hyménoptères envahis par ces larves et
observés jusqu'ici se sont trouvés, sans une seule exception, des Anthophores mâles. Ce sont des mâles que
j'ai retirés de leurs cachettes; ce sont des mâles que j'ai saisis sur les fleurs; et malgré d'actives recherches, je
n'ai pu trouver une seule femelle en liberté. La cause de cette absence totale de femelles est facile à
reconnaître.

En abattant quelques mottes de terre de la nappe occupée par les nids, on voit que si tous les mâles ont déjà
ouvert et abandonné leurs cellules, les femelles, au contraire, y sont encore incluses, mais sur le point de
prendre bientôt l'essor. Cette apparition des mâles un mois presque avant la sortie des femelles, n'est pas
particulière aux Anthophores; je l'ai constatée chez beaucoup d'autres hyménoptères, et en particulier chez
l'Osmia tricornis qui habite le même emplacement que l'Anthophora pilipes. Les mâles de l'Osmie
apparaissent même avant ceux de l'Anthophore, et à une époque si précoce, qu'alors les jeunes larves de

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Sitaris ne sont peut-être pas encore excitées par l'instinctive impulsion qui les met en activité. C'est, sans
doute, à leur réveil précoce que les mâles de l'Osmie doivent de pouvoir traverser impunément les corridors
où sont entassées les jeunes larves de Sitaris, sans que ces dernières s'attachent à leur toison; du moins, je ne
saurais expliquer autrement l'absence de ces larves sur le dos des Osmies mâles, puisque, quand on les met
artificiellement en présence de ces hyménoptères, elles s'y attachent aussi volontiers qu'aux Anthophores.

La sortie hors de l'emplacement commun commence par les Osmies mâles, se continue par les Anthophores
mâles, et se termine par la sortie à peu près simultanée des Osmies et des Anthophores femelles. J'ai pu
aisément constater cette succession en observant chez moi, au premier printemps, l'époque de rupture des
cellules que j'avais recueillies dans le précédent automne.

Au moment de leur sortie, les Anthophores mâles traversant les galeries où attendent, en plein éveil, les larves
de Sitaris, doivent en prendre un certain nombre; et ceux d'entre eux qui, s'engageant dans des couloirs
déserts, échappent ainsi une première fois à l'ennemi, ne lui échapperont pas longtemps, puisque la pluie, l'air
froid et la nuit les ramènent à leurs anciennes demeures, où ils s'abritent tantôt dans une galerie, tantôt dans
une autre, pendant une grande partie du mois d'avril. Ces allées et venues des mâles dans les vestibules de
leurs habitations, le séjour prolongé que le mauvais temps les contraint souvent d'y faire, fournissent aux
Sitaris l'occasion la plus favorable pour se glisser dans leur fourrure et y prendre position. Aussi, après un
mois environ d'un pareil état de choses, il ne doit pas rester, ou il ne reste que fort peu de larves errant encore
sans avoir atteint leur but. À cette époque, je n'ai pu réussir à en trouver autre part que sur le corps des
Anthophores mâles.

Il est donc extrêmement probable qu'à leur sortie, ayant lieu à l'approche du mois de mai, les Anthophores
femelles ne prennent pas des larves de Sitaris dans les couloirs, ou n'en prennent qu'un nombre qui ne peut
soutenir de comparaison avec celui que portent les mâles. En effet, les premières femelles que j'ai pu observer
au mois d'avril, dans le voisinage même des nids, étaient exemptes de ces larves. Cependant, c'est sur les
femelles que les larves de Sitaris doivent finalement s'établir, les mâles sur lesquels ils sont en ce moment
n'étant pas capables de les introduire dans les cellules, puisqu'ils ne prennent aucune part à leur construction et
à leur approvisionnement. Il y a donc, à un certain moment, passage de larves de Sitaris des Anthophores
mâles sur les Anthophores femelles; et ce passage s'effectue, sans aucun doute, lors du rapprochement des
deux sexes. La femelle trouve à la fois, dans les embrassements du mâle, et la vie et la mort de sa progéniture;
au moment où elle se livre au mâle pour la conservation de sa race, les parasites vigilants passent du mâle sur
la femelle pour l'extermination de cette même race.

À l'appui de ces déductions, voici une expérience assez concluante alors même qu'elle ne réalise que
grossièrement les circonstances naturelles. Sur une femelle prise dans sa cellule, et par conséquent dépourvue
de Sitaris je place un mâle qui en est pourvu, et je maintiens les deux sexes en contact, en maîtrisant autant
que possible leurs mouvements désordonnés. Après quinze à vingt minutes de ce rapprochement forcé, la
femelle se trouve envahie par une ou plusieurs larves qui étaient d'abord sur le mâle; il est vrai que
l'expérience ne réussit pas toujours dans des conditions aussi imparfaites.

En surveillant à Avignon les rares Anthophores que j'ai pu découvrir, il m'a été possible de saisir l'instant
précis de leurs travaux; et le jeudi suivant, 21 mai, je me suis rendu en toute hâte à Carpentras pour assister,
s'il était possible, à l'entrée des Sitaris dans les cellules de l'abeille. Je ne me suis pas trompé, les travaux sont
en pleine activité.

Devant une haute nappe de terre, s'agite un ballet en démence, un essaim stimulé par le soleil, qui l'inonde de
lumière et de chaleur. C'est une nuée d'Anthophores de quelques pieds d'épaisseur et d'une étendue mesurée
sur celle de l'espèce de façade que forme le sol à pic. Du sein tumultueux de la nue s'élève un monotone et
menaçant murmure, tandis que le regard s'égare, sans pouvoir se retrouver, au milieu des inextricables
évolutions de l'ardente cohue. Avec la rapidité de l'éclair, des milliers d'Anthophores s'éloignent
incessamment et se dispersent dans la campagne pour butiner; incessamment aussi des milliers d'autres

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