Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

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Introduction

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

part le citoyen voit dans la Nature un lieu de repos, de loisirs, de
ressourcement. Il revendique tout à la fois une «Nature» attrayante
(de beaux paysages), accueillante (pas trop de moustiques), vivante
(des animaux et des végétaux à observer). L’intensification de l’agri-
culture avec les conséquences écologiques d’un usage immodéré des
pesticides et des engrais, ou la destruction de paysages bocagers, est
remise en cause. On commence à parler d’environnement au début des
années 1970. L’agriculteur, autrefois force vive de l’économie natio-
nale et jardinier de l’espace «naturel», est marginalisé et accusé, parfois
avec raisons, de détruire les paysages, la faune et la flore. Parallèlement,
dans le monde tropical, la destruction de surfaces importantes de forêts
considérées comme de hauts lieux de la Nature vivante, suscite une
réaction des milieux scientifiques et conservationnistes. L’homme est
mis en accusation: de par ses activités incontrôlées, il est responsable de
l’érosion de la diversité biologique à la surface de la Terre. On a inventé
le terme biodiversité pour qualifier cet impact des activités humaines
sur les espaces naturels et les espèces qu’ils hébergent. C’est une préoc-
cupation mondiale qui culmine à la Conférence de Rio sur le dévelop-
pement durable en 1992. Le débat se déplace du niveau scientifique au
niveau politique.

Et les événements s’enchaînent: il est urgent d’agir pour conserver

la diversité biologique si nous ne voulons pas être les acteurs et les
témoins d’une nouvelle extinction de masse. Pour cela nous avons besoin
tout à la fois de connaissances scientifiques et de volonté politique afin
de prendre des mesures appropriées. On signe des conventions, on crée
des réserves, on tente une mise en application un peu simpliste du prin-
cipe de développement durable. Pour certains, l’éthique est un puissant
levier: nous devons conserver pour nos enfants le monde que nous
avons reçu en héritage. Pour d’autres, il faut trouver des arguments
plus pragmatiques: la diversité biologique est présentée comme une
ressource économique de première importance, tout à la fois réservoir
de gènes et de molécules à usages agricoles, pharmaceutiques et indus-
triels. La marchandisation du vivant ouvre des perspectives économiques
avec les biotechnologies et les brevets sur le vivant. Il est donc logique
que de tels enjeux conduisent à prendre des mesures de conservation
d’une richesse encore très partiellement valorisée.

Parallèlement, chez les scientifiques, les recherches et les centres

d’intérêt se diversifient. Le séquençage des gènes et la biologie molé-
culaire amènent une connaissance de plus en plus intime du monde
vivant, et reposent la question de l’origine de la vie mais, cette fois,
avec des connaissances et des outils qui permettent d’apporter des


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Biodiversité

réponses concrètes. Les biotechnologies offrent de nouvelles perspectives
d’utilisation du monde vivant par ingénierie génétique des organismes.
Les enjeux économiques sont considérables mais de nouveaux question-
nements d’ordre éthique et scientifique quant aux limites et aux condi-
tions d’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) se font
jour. Grâce aux progrès de la génétique et aux nouvelles connaissances
acquises en paléontologie, la grande aventure de l’évolution connaît un
regain d’intérêt de la part du grand public.

Quant à l’inventaire des espèces, il se poursuit sur des bases renou-

velées, et avec de nouveaux outils (écologie, physiologie, biologie
moléculaire, bases de données, etc.). Alors que pendant longtemps on
envisageait la vie dans le cadre étroit des contraintes exercées par son
environnement physico-chimique, on sait maintenant grâce à l’écologie
et à la paléontologie qu’elle a largement contribué à le modifier et à
le façonner. Le monde vivant joue un rôle actif dans la dynamique des
grands cycles biogéochimiques dont certains sont responsables des
équilibres climatiques.

La conservation de la diversité biologique pose sur le plan opérationnel

des questions d’ordre technique et social. La mise en application des
principes du développement durable, point central de toute politique
de conservation, nécessite de trouver des compromis entre la protection
des espèces et le développement.

En moins d’un siècle, le comportement des sociétés occidentales par

rapport à la Nature s’est donc profondément modifié. De la volonté
initiale de maîtriser une Nature hostile, ce comportement s’est progres-
sivement orienté vers une approche plus respectueuse de la vie par la
recherche d’un équilibre entre la satisfaction des besoins de l’humanité
et le fait de ne pas détruire la diversité du monde vivant. La Nature a
toujours un rôle utilitaire, mais il s’agit maintenant de la protéger pour
permettre une meilleure exploitation des ressources qu’elle ne nous a
pas encore révélées. Ce changement d’attitude est le résultat de moti-
vations tout à la fois éthiques, esthétiques, économiques et écologiques
qui agissent conjointement et dont il est bien difficile d’évaluer la part
respective.

Simultanément, nous vivons sur le plan scientifique une période parti-

culièrement exaltante. Les progrès des connaissances sur le monde
vivant n’ont jamais été aussi rapides. Nous repoussons les frontières de
l’infiniment petit, tout en développant les outils permettant d’explorer
la Planète dans son ensemble, et de rechercher des traces de la vie dans
l’Univers. Le prisme de la diversité biologique nous permet d’autre
part de renouveler le débat des relations de l’homme avec la Nature, y


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Introduction

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compris celui des origines de l’humanité. C’est une situation tout à fait
opportune pour transgresser les barrières des disciplines académiques,
pour associer les sciences sociales aux sciences de la Nature dans la
recherche de solutions sur l’avenir de la diversité biologique dont
l’homme est une des composantes. Car l’avenir de biodiversité ne se
résout pas à un problème technique; il dépend des choix économiques
et politiques que les sociétés seront amenées à faire dans les décennies
à venir. Il dépend en quelque sorte de l’attitude de chaque citoyen.

L’objectif de cet ouvrage est ainsi d’ouvrir quelques perspectives en

proposant au lecteur un état des connaissances actuelles sur la diversité
du monde vivant et sur les différents problèmes que soulèvent sa
conservation et son utilisation durable.


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C

hapitre 

1

Pourquoi s’intéresser 

à la diversité biologique ?

Le concept de biodiversité, en tant que problème d’environnement,
s’est formalisé au début des années 1980, et s’est concrétisé lors de la
Conférence sur le développement durable de Rio de Janeiro en 1992,
avec la signature de la Convention sur la diversité biologique (CDB).
En cette fin de 

XX

e

 siècle, les hommes prenaient conscience de leur

impact sans précédent sur les milieux naturels et des menaces d’épui-
sement des ressources biologiques. Le terme «biodiversité», contraction
de diversité biologique, a d’ailleurs été introduit au milieu des années
1980 par des naturalistes qui s’inquiétaient de la destruction rapide de
milieux naturels, tels que les forêts tropicales. Ils réclamaient alors que
la société prenne des mesures pour protéger ce patrimoine. D’où la
montée en puissance des questions relatives à la gestion et à la conser-
vation de la biodiversité. Simultanément, on réalisait que la diversité
biologique était aussi une ressource économique pour les industries
agroalimentaires et pharmaceutiques. De nouvelles questions de nature
éthique, liées à la marchandisation de la biodiversité et aux prises de
brevets sur le vivant, commençaient également à émerger. Petit à petit
le concept, d’abord restreint à la protection de la Nature, s’est ainsi
enrichi de dimensions sociales, économiques, et éthiques.