Файл: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008.pdf

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1.2  

Les multiples visages de la biodiversité

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

lutte contre la pollution, la production d’énergie ou la fabrication de
textiles. La microbiologie industrielle utilise les capacités enzymatiques
et métaboliques des micro-organismes pour la fermentation de matières
premières agricoles et la fabrication d’aliments (œnologie, brasserie,
fromagerie, etc.).

1.2.5 La biodiversité à protéger

Depuis longtemps les hommes se sont préoccupés de la disparition ou
de la quasi-disparition d’espèces: celles de l’auroch et du bison en
Europe, du dodo de l’île Maurice, du grand pingouin de l’Arctique, et
du pigeon migrateur américain. Tous ces exemples qui concernent des
espèces souvent emblématiques, sont le résultat en grande partie d’une
chasse trop intensive. Mais avec les progrès technologiques et la
nécessité de conquérir de nouveaux espaces pour satisfaire les besoins
d’une population en forte croissance, l’homme agit maintenant avec
une ampleur sans précédent sur les milieux naturels et la diversité du
monde vivant. Des milieux naturels disparaissent, des espèces sont
menacées de surexploitation. À la fin des années 1970, des naturalistes
ont ainsi attiré l’attention sur la destruction rapide de certains milieux
tels que les forêts tropicales. De manière plus radicale, le zoologiste
américain E.O. Wilson affirme que l’homme est la cause d’une extinc-
tion équivalente aux grandes extinctions du passé. D’autres n’hésitent
pas à prophétiser la disparition de la vie sur Terre, et de l’homme avec
elle, si l’on ne fait rien pour inverser la tendance. Dans ce contexte, il
s’agit de rechercher des stratégies de conservation afin de préserver un
patrimoine naturel qui constitue un héritage pour les générations futures.

De fait, même si le problème du partage des bénéfices tirés de

l’exploitation des ressources biologiques retient l’attention, plus que la
protection des forêts tropicale, la CDB apparaît comme le premier accord
international à proposer une approche intégrée de la conservation et de
l’exploitation durable des ressources biologiques.

1.2.6 La biodiversité dont on ne veut pas

Le discours sur la biodiversité tenu par les ONG et les médias – et
auquel souscrit une partie de la communauté scientifique – ne parle
que des aspects patrimoniaux de la biodiversité, et des moyens de la
préserver. Ils marginalisent plus ou moins délibérément le fait que
l’homme, depuis ses origines, a eu à lutter contre une partie de la
biodiversité pour assurer sa survie. Maladies parasitaires, microbiennes


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Pourquoi s’intéresser à la diversité biologique ?

ou virales, affectant l’homme, ses plantes cultivées et ses animaux domes-
tiques,  espèces prédatrices ou dangereuses, phobies, etc., sont autant
de raison de chercher à contrôler, voire à éradiquer, certaines espèces.
N’a-t-on pas qualifié le moustique de «serial-killer». Dans ce domaine
la littérature reste souvent muette, les conservationnistes écartant déli-
bérément cette question de leurs discours, et le monde médical ou
vétérinaire, ignorant le plus souvent la thématique biodiversité. Or, dans
le domaine de la santé, on trouve d’excellents modèles illustrant les
capacités d’adaptation de la biodiversité aux nouvelles conditions créées
par les comportements et habitats humains, ainsi qu’aux moyens de
lutte qui ont été développés contre les pathogènes.

La lutte contre les pathogènes et leurs vecteurs, ou contre les nuisances

d’origine animale ou végétale, mobilise des moyens considérables. On
imagine mal interrompre les opérations de lutte et de contrôle. Comment
concilier ces activités avec la conservation de l’autre partie de la biodi-
versité? Et, surtout, comment concilier les actions de conservation avec
la protection de la santé humaine?

1.2.7 Biodiversité et société

Le préambule de la CDB mentionne la responsabilité des hommes dans
l’appauvrissement de la diversité biologique mais reconnaît que le
développement économique et social est une priorité pour les pays en
développement et que les États ont des droits souverains sur l’utilisation
et la conservation de leurs ressources biologiques. Cette Convention est
en réalité un compromis politique entre diverses communautés d’intérêt.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas de mesure en matière de

conservation qui ne soit voulue et acceptée par la société. L’usage
comme la conservation de la diversité biologique sont à l’origine de
conflits d’intérêts dont la résolution dépend de choix en matière de
développement économique et d’utilisation des ressources biologiques,
mais aussi de systèmes de valeurs inhérents aux sociétés et dans lesquels
la diversité biologique occupe ou non une place.

Les motivations peuvent relever d’une démarche éthique qu’elle soit

ou non d’inspiration religieuse: nous ne devons pas détruire ce que la
Nature a mis si longtemps à créer. Dans ce contexte, la conservation va
de soi. Dans d’autres cas, on cherche à protéger une ressource. C’est
l’objectif par exemple de certaines aires marines protégées qui sont
mises en place pour protéger les stocks de poissons. Ou bien encore, on
peut chercher à protéger des espèces et des écosystèmes dans une pers-
pective économique: écotourisme, ressources biologiques, etc. Certains


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Les multiples visages de la biodiversité

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mettent en avant le rôle fonctionnel de la diversité biologique dans le
fonctionnement des écosystèmes: rôle des insectes pollinisateurs, rôle
des zones humides dans l’épuration des eaux, etc.

Cependant, si ONG et conservationnistes sont prompts à dénoncer

l’action de l’homme, on se doit d’en rechercher les causes et les moyens
éventuels d’y remédier. La démographie entraîne presque automatique-
ment des besoins plus importants en terres et en ressources. Dont acte.
Mais deux autres facteurs ont également un poids considérable: la
pauvreté et la recherche du profit à court terme. Ainsi, les Nations
Unies ont bien identifié la lutte contre la pauvreté comme l’un des
objectifs du prochain millénaire. Ceux qui ont faim sont moins enclins
que d’autres à se préoccuper de la conservation des ressources naturelles.
Il reste à mettre en œuvre un tel projet! Quant au profit à court terme, il
est presque inhérent à l’économie libérale. De très nombreux exemples
montent que la biodiversité est menacée à tous les niveaux pour des
motifs qui relèvent au mieux de l’activité économique bien comprise,
que de la cupidité, du braconnage ou de la corruption… Des attitudes
qui ne nous sont pas inconnues, mais qui restent difficiles à maîtriser.
Sans compter que, de manière plus subtile, les subventions accordées à
certaines activités ont un effet tout aussi pervers. Et là, en théorie, on
pourrait agir!


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C

hapitre 

2

La diversité biologique :

un état des lieux

En dépit de l’attention qui est accordée à la diversité biologique depuis
une dizaine d’années par les médias et les scientifiques, nos connais-
sances ne permettent pas d’en dresser un état exhaustif, d’autant qu’elle
n’est pas distribuée de manière uniforme sur la Planète. Nous en avons
néanmoins une perception globale suffisante pour permettre de jeter
les bases d’une politique de conservation, conforme aux objectifs de la
Convention sur la diversité biologique.

2.1

LA CLASSIFICATION DU VIVANT 
ET SES PRINCIPES

La classification est une manière d’organiser l’information en regroupant
ce qui est similaire. On tente ainsi depuis des siècles de décrire, de
nommer, de classer, de compter les espèces, et il y a différentes façons
de le faire. En son temps, Aristote regroupait les humains et les oiseaux
parce qu’ils marchent sur deux jambes. Aujourd’hui, les classifications
sont basées sur le degré de similarité génétique entre individus et
regroupent les organismes en fonction de leurs parentés phylogénétiques.