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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure
9 : carte de répartition des principales formations végétales aux abords du
Mont-Saint-Michel, état 1999 (Bonnot-Courtois & Levasseur, 2000)
Vers le bas de cet étage et, compte tenu des limites inférieures que
peut atteindre cette dernière espèce, l’Obione est remplacée par la
Puccinellie. Celle-ci caractérise en fait plus précisément le schorre inférieur,
paysage bosselé où le sommet des bosses est occupé par de l’Obione, les
creux par des Puccinellies et même par des plantes de la haute-slikke voisine
(
Suaeda maritima, Salicornia div.
sp., et même
Spartina anglica
). La
Puccinellie y forme des prairies souples et elle continue à se développer
même pendant l’hiver. Ce qu’on nomme « herbu » désigne en fait un
paysage secondaire, celui qui se substitue à l’Obione dans les secteurs où le
pâturage est chronique. Il caractérise de très vastes espaces présents dans
tous les secteurs de la Baie (Danais & Legendre, 1994) sous la forme d’un
groupement de substitution extrêmement ras, dont la richesse spécifique est
cependant plus forte que celle du peuplement à Obione, celle-ci, par son
port, monopolisant quasi-totalement l’espace.

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Figure
10 : subdivision bionomique du haut estran aux abords du Mont-Saint-
Michel et correspondance avec les niveaux de marée (Bonnot-Courtois & Levasseur,
2000)
Au contact du bas schorre (ou schorre inférieur), la diversité de la
haute slikke est faible, le recouvrement de la végétation n’étant plus continu.
La présence de plantes pionnières vivaces comme
Spartina anglica
(autrefois dénommée à tort
Sp. townsendi
, forme stérile de la précédente),
entraîne avec le temps la formation de buttes d’accumulation. Leur nombre
et le diamètre de certaines s’accroissant, ces buttes, que peuvent également
générer des pieds de Puccinellie, deviennent coalescentes et transforment
l’habitat initialement plan de la haute slikke en une formation composite à
deux habitats imbriqués (buttes et creux). C’est le bas schorre dont
l’édification doit ainsi partiellement aux plantes. Les plantes de la haute-
slikke et du bas-schorre ont une bien plus grande tolérance à la submersion
que les espèces du schorre supérieur. C’est ce qui, fondamentalement,
explique la zonation que l’on constate. Ainsi, une variation altitudinale de
quelques centimètres suffit à ce qu’une espèce en remplace une autre, ce qui
souligne le rôle fondamental joué par la microtopographie. Celle-ci peut
conduire à une différenciation intrazonale mosaïquée de peuplements à
l’intérieur d’un ensemble fondamentalement zoné. La présence fréquente de
pentes inverses, dans ces schorres très étendus, explique que des végétations
du schorre supérieur puissent s’établir directement sur le bourrelet frontal du
schorre. Les altitudes relatives atteintes dans ces lieux suffisent à les
déclasser mésologiquement, puisqu’ils sont, par leur élévation même, moins
fréquemment inondés que les espaces situés en arrière. Les espèces du
schorre inférieur ne peuvent plus s’y maintenir et en sont éliminées au fur et
à mesure des progrès de l’accrétion sédimentaire. Des rideaux de Fétuque ou
Schorre
sensu lato
Haut-Schorre
Moyen Schorre
Elymus pungens
(= Chiendent)
Festuca rubra v. littoralis
Atriplex portulacoides (= Obione)
Puccinellia maritima
Aster tripolium
Suaeda maritima
Slikke
sensu lato
Haute Slikke
Slikke s.s.
Salicornia div. sp
Spartina anglica
A
: Pleines mers de grande vive-eau
(Coeff. 120)
B
: Pleines mers moyennes de vive-eau
(Coeff. 100)
C
: Pleines mers moyennes
(Coeff. 70-75)
D
: Pleines mers moyennes de morte-eau
(Coeff. 45)
7,50 m
6,80 m
5,30 m
3,30 m
Cotes IGN 69
D
C
B
A
Bas Schorre
en baie du
Mt St-Michel
C. Bonnot-Courtois & J.E. Levasseur - 2000

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de Chiendent peuvent surplomber directement la haute-slikke, même dans
les situations de schorre en progradation continue. Ces avant-postes jouent
un rôle très important dans les successions secondaires affectant les schorres
matures, dans la mesure où les espèces prairiales responsables de ces
modifications, par extension rétrogressive, suivent les levées de rive du
réseau de drainage du schorre, jusqu’à rejoindre les peuplements des mêmes
espèces, venues, quant à elles, du haut-schorre, et qui utilisent les mêmes
voies pour leur extension vers les parties déprimées entre les chenaux.
Plusieurs espèces, souvent des annuelles, peuvent former des faciès
saisonniers qui couvrent de vastes espaces. C’est ainsi que, selon l’altitude
relative des lieux, on note la présence de sortes de voiles saisonniers
s’étendant sur des végétations pérennes, qui deviennent très visibles en
automne, du fait de leur dessèchement, dans les schorres pâturés très ras (ces
espèces ne sont pas consommées). Ces plantes constituent également
d’excellents indicateurs topographiques ; de haut en bas, par ordre de
tolérance, on notera :
Hordeum maritimum
et
H. secalinum ; Parapholis
strigosa ; Sagina
maritima ; Suaeda maritima
(forme des niveaux moyens) ;
Salicornia ramosissima et S. disarticulata
;
S.
et
S. obscura ; S.
dolichostachya.
Dans les secteurs plus hygrophiles du schorre supérieur, se
développe une espèce vivace clonale à rhizomes courts, qui peut former des
taches de plusieurs m
²
:
Triglochin maritima
, souvent accompagnée de
Juncus gerardii
. Une mention spéciale doit être faite pour
Aster tripolium
,
seule plante à dispersion anémochore (= par le vent) de ses fruits, ce qui
explique sa large distribution, surtout dans le secteur à l’ouest du Mont, dans
la partie supérieure du schorre inférieur. L’espèce est souvent accompagnée
d’une grande forme peu ramifiée de
Suaeda maritima
. On considère que ces
deux plantes, dont l’extension a été très forte dans la baie ces dix dernières
années, ont un comportement d’espèces rudérales. Leur très grande
abondance dans toutes les formations du schorre inférieur doit être mise en
relation avec l’enrichissement progressif des eaux de la Baie.
On notera enfin la présence de trois espèces protégées à divers titres,
présentes dans le secteur de Roche-Torin :
Halimione pedunculata
, petite
plante grêle annuelle, confinée dans les charrières humides des zones pâtu-
rées par les bovins, ainsi que deux
Limonium
:
L. occidentale
, en petit
nombre et
L. normanicum
, très abondant, qui peuplent les dunes sableuses
sèches, restes d’une ancienne flèche sableuse plus étendue, ancrée sur la
pointe de Roche-Torin. Cette flèche a été amputée de plus des deux tiers de

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sa surface primitive, du fait de l’érosion initiée par le dérasement de la digue
de Roche-Torin en 1984.
Chaque espèce végétale s’installant en fonction de sa tolérance à la
submersion, la répartition des formations végétales du schorre peut être di-
rectement reliée à la topographie, tirée du levé Lidar, et donc aux niveaux de
marée (Bonnot-Courtois
et al
., 2007 ; 2009). Le traitement des données to-
pographiques du levé Lidar de 2002, couplé à l’analyse statistique des ni-
veaux de marée sur 50 ans, permet de corréler l’altimétrie fine des schorres
avec les niveaux moyens des pleines mers pour différents coefficients de
marée (
figure
11).
De part et d’autre du Mont-Saint-Michel, la microtopographie con-
trastée du schorre reflète la répartition des formations végétales, liée aux
niveaux de submersion. À l’est, le niveau du haut schorre est 50 centimètres
à 1 mètre plus élevé qu’à l’ouest du Mont. Les zones pionnières, visibles sur
la haute slikke, sont comprises entre les cotes 4,5 mètres et 6 mètres I
GN
.
Ces cotes altimétriques correspondent à des niveaux de submersion pour
différents coefficients de marée dont les plus élevés à 7 mètres I
GN
corres-
pondant au Chiendent ne sont couverts que par 3 % des marées dans l’année
(Roux, 1998). Le Lidar fournit ainsi un levé topographique précis de
l’ensemble de l’estran permettant d’établir une prospective des secteurs
d’accumulation sédimentaire de la haute slikke potentiellement colonisables
à court et moyen terme.
Conclusion : phases d’évolution du schorre (
figure
12)
Phase 1 : initiation ou édification
Lorsque des conditions mésologiques deviennent favorables à
l’installation des plantes pionnières (celles possédant les plus forts degrés de
tolérance à la fréquence et à la durée des submersions mais aussi à la hauteur
relative de la tranche d’eau qui les recouvre), des espèces spécialisées
germent et se développent sur la haute-slikke qui reste un espace à conquérir
car non saturé par la végétation. Parmi celles-ci, on trouve, d’une part, chez
les annuelles
Salicornia dolichostachya,
et
Suaeda maritima
, d’autre part,
chez les vivaces à rhizome
Spartina anglica
,
Spartina maritima
ou, très
localement,
Spartina alterniflora
, caractérisées par un fort développement
latéral de type clonal. S’y ajoute en contact avec le bas schorre
Puccinellia
maritima,
graminée stolonifère réputée comme piège à sédiments.

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Figure
11 : topographie des schorres de part et d’autre du Mont-Saint-Michel mise
en relation avec les pleines mers pour différents coefficients de marée
Ces espèces agissent comme point de départ de la succession
primaire. Physiquement, leur présence induit l’édification de petites buttes,
car l’appareil végétatif épigé des espèces vivaces bloque le transit des
sédiments. Plus on remonte vers la bordure du schorre
s.s
., plus ces buttes
sont rapprochées. Leur coalescence, dans le cas d’une transition
topographique sans solution de continuité avec le schorre voisin comme dans
les situations de progradation marquée, aboutit à l’édification du schorre
proprement dit.