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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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groupe animal le mieux connu, quand on s’aperçoit des carences abyssales
(c’est le cas de le dire) en terme d’inventaire du vivant, notamment dans
certains groupes (je pense aux insectes en milieu continental) ou certains
milieux, dont le milieu marin. Et dire que l’on croyait avoir décrit l’essentiel
des espèces il y a seulement une trentaine d’années ! Depuis la signature de
la Convention sur la diversité biologique à Rio de Janeiro en janvier 1992, le
paradoxe est de passer plus de temps à évaluer l’état des populations, à dres-
ser l’inventaire des espèces disparues, en danger, menacées,…qu’à
s’intéresser à la découverte et à la description de nouvelles espèces, lors-
qu’on le peut puisque la systématique n’a plus droit de cité. Comment ne pas
être inquiet lorsque l’on constate que le Râle des genêts a perdu 50 % de ses
effectifs en dix ans, que les populations du Bouvreuil pivoine (l’un des oi-
seaux préférés de mon enfance) ont subi un déclin de 60 % en moins de
vingt ans. La liste rouge publiée par l’U
ICN
et le Muséum (en partenariat
avec la L
PO
, la S
EOF
et l’O
NCFS
) devrait faire réfléchir nos concitoyens lors-
qu’elle révèle que 78 espèces d’oiseaux sur 277 sont actuellement menacées
sur notre territoire. Penser qu’une espèce d’oiseau sur quatre pourrait dispa-
raître de notre patrimoine naturel est insupportable. Devant cet état de fait,
j’ai envie de reprendre la formule que j’avais proposée (avec l’appui d’un
naturaliste, Albert Lucas, biologiste marin) comme objectif au Comité scien-
tifique faune et flore du ministère de « l’impossible » en 1972 (et que j’ai
reprise après pour définir le programme à cinq ans du Comité écologie et
gestion du patrimoine naturel) : « mieux connaître pour mieux gérer ». Vous
comprenez qu’en disant cela, je souscris au titre de cet ouvrage car constater
le déclin des populations d’oiseaux ou anticiper pour éviter leur disparition
conduit immanquablement à une gestion raisonnée de tous les espaces
d’accueil de l’avifaune, en même temps que, dans certains cas, elle obligera
peut-être à promouvoir la gestion d’espèces, ce qui n’est pas une mince af-
faire, surtout lorsqu’il s’agit de « belles étrangères » : Ibis sacré ou Bernache
du Canada.
On a longtemps reproché aux ornithologues de ne s’intéresser
qu’aux décomptes des oiseaux, ce qui apparait maintenant comme nécessaire
puisque ces évaluations annuelles et les comptages de migrateurs sur tous les
mois d’hivernage dans certaines baies et estuaires sont largement utilisées
pour définir le statut des espèces en termes de bon état de conservation ou de
menaces. Mais je dois dire que ce qui me réjouit le plus est de voir augmen-
ter le nombre d’équipes qui acceptent de décrire les habitats utilisés, les ré-
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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gimes alimentaires et qui replacent l’oiseau dans le fonctionnement des éco-
systèmes. Je ne vous cache pas ma satisfaction lorsque, invité à des jurys de
thèse ou d’habilitation à diriger des recherches, je découvre des équipes qui
se fixent comme objectif principal « d’étudier l’espace littoral au travers de
son fonctionnement, de son évolution et des biens et services pouvant en
découler ». Cela me remplit de joie surtout quand de telles équipes accep-
tent, ce qui était vraiment rare il y a encore quelques années, d’intégrer des
chercheurs travaillant « sur l’étude des oiseaux limicoles en tant qu’élément
constitutif du compartiment des prédateurs supérieurs des vasières interti-
dales » (Bocher, 2011).
Finalement, voir des ornithologues qui pendant des lustres ont aidé à
faire évoluer nos connaissances en dynamique de populations s’intégrer dans
des équipes s’intéressant au fonctionnement des écosystèmes fait partie
d’une évolution obligatoire sur le plan scientifique pour pouvoir aborder
avec sérénité le sujet, beaucoup plus difficile qu’il n’y parait, de « la gestion
des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières». Grâce à cet ouvrage, des
gestionnaires de réserves, des terrains du Conservatoire du littoral, les opéra-
teurs des D
OCOB
Natura 2000, les équipes des parcs naturels marins,… au-
ront entre les mains un outil exceptionnel qui leur apportera les connais-
sances nécessaires à l’élaboration de plans de gestion et à l’exercice du dur
métier de gestionnaire, chargé d’intégrer le besoin d’une avifaune (compre-
nant des migrateurs dont les populations dépendent aussi de ce qui se passe
sur leurs zones de reproduction et lors de leurs étapes migratoires) dans un
ensemble plus vaste, caractérisé par une diversité d’habitats extraordinaire :
eaux côtières, estrans à substrats différents dont les vasières, marais salés,
dunes ou falaises, etc., évoluant dans le temps et l’espace, soumis à des pro-
blèmes de qualité des eaux provenant aussi bien des bassins versants ter-
restres que de la mer (des apports de nitrates responsables des marées vertes
aux marées noires), mais également à des prélèvements de ressources parfois
excédentaires, à une hyper-fréquentation temporaire, etc.
Parfaire les connaissances pour aller vers une gestion intégrée des
littoraux : un beau challenge auquel des ouvrages de la qualité et de la con-
sistance de celui-ci apporteront une touche essentielle. Bravo.

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières
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Avant-propos
Patrick Triplet
Il est connu et reconnu que les zones littorales constituent des habi-
tats indispensables pour la survie de centaines de milliers d’oiseaux, anati-
dés, limicoles, laridés et certains passereaux. Afin de remplir ces fonctions,
ces espaces demandent à être mieux connus, mieux protégés, mieux gérés.
L’objectif de ce manuel est de mettre à la disposition des ornithologues, des
agents des réserves et des gardes du Conservatoire du littoral, un outil, un
ouvrage de référence dans lequel ils trouveront facilement des éléments sur
le fonctionnement des milieux, sur les relations entre les espèces et leur envi-
ronnement, et surtout, une véritable boîte à outils avec laquelle ils pourront
lancer des études et des suivis.
À notre connaissance, il s’agit du premier ouvrage en langue fran-
çaise qui réunisse autant d’informations sur le même thème. Il est le fruit du
travail de différents spécialistes, non seulement français, mais aussi belges,
anglais et marocains. Il a été conçu selon deux niveaux de lecture pour
chaque chapitre : une introduction plus ou moins importante sur ce qu’il faut
savoir du thème traité par le chapitre, une série de fiches présentant le proto-
cole à utiliser pour obtenir des informations complémentaires sur un sujet
déterminé. Les méthodes présentées ont toutes été employées par les auteurs
et fournissent donc un cadre de travail pouvant être mis en place par prati-
quement tous les techniciens disposant d’un peu de moyens et de matériel.
Avant de laisser le lecteur découvrir l’ensemble, je voudrais remer-
cier toutes les personnes qui m’ont soutenu depuis 1981, date à laquelle j’ai
commencé à travailler sur les milieux intertidaux. À cette époque, en France,
l’étude des anatidés avait commencé, celle des limicoles pas encore ou tout
au moins trouvait-on des rudiments sur différents aspects autres que le com-
portement alimentaire. Rudy Drent (†) et Jan Hulscher m’apportèrent de
premiers éclairages sur les méthodes employées pour étudier les limicoles,
au cours d’une semaine passée à l’université de Groningue et sur l’île de
Schriermonnikoog, dont le nom, imprononçable pour un Français, est cepen-
dant synonyme de lieu incontournable pour les études sur les oiseaux d’eau.
Puis John Goss-Custard débarqua (le mot n’est pas trop fort) un beau soir
chez moi (il était attendu le lendemain), et à la suite d’une soirée mémorable
(pas uniquement pour l’échange d’idées), une véritable collaboration et une

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grande amitié ont vu le jour, qui se continue encore actuellement. Je dois à
John ma connaissance sur les limicoles, ma compréhension sur l’écologie
comportementale, mes balbutiements sur les modèles comportementaux,
l’amélioration de mon anglais. Je lui dois également d’avoir eu la chance de
publier avec lui de nombreux articles, et nos longues soirées de discussion
ont abouti à des projets d’articles et d’ouvrages. Celui-ci a mûri pendant ces
moments… et John laisse de côté sa retraite et sa cornemuse pour rédiger
l’ouvrage de référence sur les modèles comportementaux.
L’autre « maître à penser » sur le fonctionnement des estuaires est
Fernand Verger. Comme toute personne qui s’intéresse à ces milieux, j’avais
lu et relu son
Marais et wadden
, qui me servait de référence. J’ai eu la
chance non seulement de le rencontrer, mais aussi de passer de longs mo-
ments avec lui, toujours riches en partages de connaissances. Notre compli-
cité s’est retrouvée dans différents écrits et son appui pour cet ouvrage fut
sans faille.
Mes collègues de l’O
NCFS
ont évidemment répondu présents dès que
je leur ai parlé de ce projet, et Vincent Schricke a pris toutes les dispositions
nécessaires pour que ses collègues et collaborateurs puissent apporter la con-
tribution souhaitée.
Sophie Le Dréan-Quénéc’hdu est depuis des années une véritable as-
sociée, me recherchant des données manquantes, me dessinant les cartes de
mes articles, m’encourageant à publier sur différents sujets. Avec Roger
Mahéo, nous avons formé une équipe qui publie, de manière trop irrégulière,
des articles sur les limicoles de France, depuis une dizaine d’années.
Nous sommes près de 50 auteurs de cet ouvrage, je ne peux tous les
citer, mais je dois les remercier pour ce travail qui, souvent, venait en plus de
leurs préoccupations premières. Ils ont tous accepté la pression grandissante
à laquelle je les ai soumis… notamment les tous derniers qui m’ont donné
quelques frayeurs car le bouclage était impératif à une date déterminée afin
d’être sûr de mettre en ligne le travail dans les délais.
Je n’oublierai pas mes deux « béquilles », sans lesquelles je ne par-
viendrai pas à éditer des ouvrages de cette ampleur. Alain Gallicé a toujours
fait preuve de patience et d’une rapidité de réponse surprenante… il doit
dormir encore moins que moi. Combien de fois lui ai-je demandé de re-
prendre un texte car je l’avais retouché et je souhaitais un regard extérieur.
La précision de ses relectures m’est d’un grand secours… et je dois dire que

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parfois, las d’un texte, je n’ai pas hésité à lui envoyer ainsi, en sachant qu’il
me reviendrait avec toutes les corrections à apporter.
Que dire de Daniel Convain ? Sa bonne humeur permanente a encore
été éprouvée ici, quand il a reçu une masse de textes… trop peu de photos, et
qu’avec tout cela il devait rendre, dans un délai bref, un document lisible,
agréable… Il n’est pas facile d’être en bout de chaine et de devoir préparer
ce qu’il y a de plus visible, l’aspect, le cadre. Daniel l’a fait à merveille.
Enfin, au nom de tous les coauteurs, je remercie nos structures pro-
fessionnelles d’origine qui nous ont laissé le temps de rédiger nos textes, et
nos familles respectives car de nombreux écrits ont été terminés au domicile
des uns et des autres.
Et maintenant, il ne me reste plus qu’à souhaiter que ce travail serve,
que les aires marines protégées (A
MP
) trouvent ici des éléments nouveaux
pour renforcer leur stratégie de conservation, que les études nécessaires pour
mettre en œuvre d’autres projets, de création de nouvelles A
MP
, de mise en
œuvre d’autres politiques de gestion du littoral.