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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Les sédiments qui contribuent au comblement des estuaires provien-
nent de sources marine et fluviale. Le comblement peut se caractériser par
une variabilité interne importante du fait du remaniement des dépôts à
l’intérieur du système. Les sédiments sont composés de graviers, de sables et
de particules fines. Les sables, beaucoup plus fréquents que les galets, se
déplacent préférentiellement par charriage sur le fond tandis que les sédi-
ments les plus fins se retrouvent dans la totalité de la colonne d’eau, trans-
portés en suspension, une caractéristique importante qui leur permet de se
déposer sur les niveaux les plus hauts d’un estuaire, niveaux souvent se
trouvant à l’abri des houles et des courants forts générés par la marée ou par
le vent. Dans ces zones, les surfaces envasées offrent un substrat meuble,
riche en matière organique, qui permet l’installation d’une faune très adaptée
au substrat physiquement contraignant. Ces organismes peuvent atteindre de
très fortes densités et fournir ainsi des ressources alimentaires importantes et
essentielles pour l’ensemble du réseau trophique. Une fois que ces dépôts
atteignent une élévation suffisante, qui détermine les durées d’inondation,
des végétaux supérieurs, possédant une forte tolérance au sel, peuvent
s’installer. Cette colonisation primaire, qui représente le stade initial de
l’édification d’un marais salé, fait place ensuite à l’apparition progressive
d’un cortège végétal plurispécifique (Marion, 2007). Il est important de noter
que la végétation halophile peut aussi se développer de manière très dense
sur un substrat sableux, un critère important étant la faible durée
d’inondation par la marée. Ces prés-salés, une fois développés, peuvent aussi
contribuer très activement à la sédimentation en freinant notamment les cou-
rants (Leonard & Croft, 2006). La dynamique sableuse à plus grande échelle
a également une influence importante sur la dynamique des sédiments fins
en créant des zones d’abris propices à leur dépôt. La compréhension du
fonctionnement de ces aires de sédimentation fine, mais aussi sableuse, est
donc de première importance pour l’accrétion d’un estuaire et sur les plans
écologique et socio-économique.
Les estuaires ont été historiquement des zones privilégiées par
l’homme en raison des nombreux avantages qu’ils offrent. Ils sont des lieux
de concentration de population importante où les activités humaines sont très
diversifiées (navigation, tourisme, chasse, écotourisme, pêche à pied…).
Cette pression anthropique forte et grandissante exacerbe les problèmes liés
à la dégradation de l’environnement côtier en général. Les problématiques
rencontrées en termes de gestion du territoire et des ressources naturelles
sont extrêmement diverses. L’aménagement de ces espaces, sujets à de nom-
breux conflits d’usage, se révèle particulièrement délicat : il doit notamment
composer avec leur dynamique sédimentaire (problèmes d’érosion et de

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comblement) tout en tenant compte des enjeux économiques (poldérisation,
dragages et chenalisation), et, de plus en plus, écologiques. Du fait de leur
capacité d’accueil sédimentaire, les estuaires se comportent notamment
comme de véritables pièges à polluants (rejets industriels et agricoles du
bassin versant, pollution d’origine marine…). Cette situation peut devenir
très préoccupante pour la pérennité de leurs fonctions écologiques (hiver-
nage des oiseaux migrateurs, nourriceries de poissons…).

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Les franges littorales : une dynamique sédimentaire
animée par un système de cellules actives
J
ULIA
B
ASTIDE
Une cellule sédimentaire contient toutes les sources, les voies de
transport, les zones de stockage et les puits de sédiments habituellement
trouvés sur une plage (May & Tanner, 1973 ; Bray
et
al.
, 1995). Elle est
définie par des limites durables nettes identifiées à partir de critères morpho-
logiques et/ou sédimentologiques. Le concept est devenu utile pour circons-
crire les transits longitudinaux côtiers de sédiments qui sont si souvent à
l’origine de problèmes nécessitant des aménagements plus ou moins lourds.
La dynamique à moyen terme (10-100 ans) d’une cellule dépend théorique-
ment de gradients énergétiques des vagues.
De ce fait, le découpage en cellules peut se faire sur les côtes à mar-
nage faible à modéré (<3 m) en utilisant des critères morphologiques et sé-
dimentologiques qui traduisent des limites de circulation des sédiments liée
aux vagues.
L’adjonction d’une marée importante (>3 m) induit souvent un estran
large affecté simultanément par les vagues et les courants de marée. Ceux-ci
tendent à estomper les limites de cellules, notamment lorsqu’il s’agit d’un
estran sableux (Anthony
et
al.
, 2002). Cette différence doit être prise en
compte dans tout découpage en cellules sédimentaires. Il est bien illustré par
les côtes macrotidales à mégatidales (marnage > 5 m) du nord de la France.
L’analyse des photographies aériennes et le suivi de la dynamique sédimen-
taire des franges des estuaires macrotidaux montrent que ces entités lui sont
reliées
via
deux systèmes cellules sédimentaires complexes et distinctes.
L’exemple de l’estuaire de la Somme
L’estuaire de la Somme, est, par excellence, l’exemple d’un estuaire
à forte diversité morphologique, aménagé depuis fort longtemps (
figure
1). Il
est soumis à l’ensemble des pressions décrites ci-dessus et est porteur de
préoccupations sur son devenir. Il fait partie des espaces littoraux soumis à
de très forts marnages (supérieurs à 6 m) ce qui lui confère sa première spé-

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cificité en raison de la faible occurrence de ce type de milieu, qualifié de
mégatidal par Levoy
et
al
. (2000) (
figure
2).
Cependant à cette influence tidale extrême s’ajoute une action tout
aussi intense de la houle et des vents forts en raison de la fréquence des
vagues de tempêtes. Anthony et Orford (2002) ont proposé une synthèse des
caractéristiques de ces littoraux qui se placent dans des contextes méso à
mégatidaux et présentant des hauteurs significatives de la houle entre 0 et 2
m (
figure
3).