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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
155
Chapitre III : Les habitats végétalisés
Les marais salés littoraux
157
Antoine M
EIRLAND
, Audrey B
OUVET
& Olivier C
HABRERIE
Cartographie la végétation des marais maritimes
209
Anthony S
TURBOIS
& Frédéric B
IORET
Cartographie des espèces et des habitats :
215
application à la baie de Somme
Antoine M
EIRLAND
& Olivier C
HABRERIE
Mesurer la pression de pâturage sur les prés-salés
217
Patrick T
RIPLET

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
156

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
157
Les marais salés littoraux
Antoine M
EIRLAND
, Audrey B
OUVET
&
Olivier C
HABRERIE
Définition
Les marais salés littoraux peuvent être définis comme des zones végé-
talisées par des plantes vasculaires. Ils sont sujets à des inondations par la
mer à intervalles réguliers. Les marais salés seront ici entendus au sens large
du terme, en incluant les herbiers à zostères dont certains sont submergés
toute l’année.
Les différents types de marais salés
Les marais salés peuvent être classés de différentes façons. Ainsi, une
typologie peut se fonder sur des aspects biologiques ou géomorphologiques.
Les marais salés français de la frontière belge à l’Espagne appartiennent tous
au domaine européen tempéré (Adam, 1990) caractérisé notamment par la
présence d’Obione faux pourpier Halimione portulacoides et d’Atropis mari-
time Puccinellia maritima. Les différences floristiques au sein de la zone
dépendent de la biogéographie des différentes espèces (tableau I). Un élé-
ment déterminant de la composition végétale dans ce type d’environnement
est la géomorphologie de la zone. Allen (2000) identifie sept types différents
de marais salés selon la configuration de la côte (Figure 1).
Chacun de ces systèmes comporte des spécificités (Adnit et al.,
2005) :
- les côtes ouvertes sont des systèmes généralement sableux avec une exposi-
tion importante à la mer,
- les systèmes de côte ouverte derrière une barrière sont des systèmes sablo-
vaseux protégés derrière une barrière qui peut être naturelle (galets, sable) ou
artificielle (digue),
- les indentations ouvertes sont des espaces végétalisés sur les marges, géné-
ralement sableux,
- les indentations à entrée restreinte sont des systèmes sablo-vaseux dont
l’entrée est plus ou moins fermée,

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- les marges d’estuaires sont des systèmes ouverts, généralement vaseux et
rencontrés dans les estuaires caractérisés par une faible obstruction de leur
ouverture,
- les estuaires protégés par une barrière sont composés en général de sable et
de vase ; l’entrée est protégée par une barrière,
- les rias ou abers sont des vallées d’un fleuve ennoyées par la montée du
niveau de la mer. Le substrat est en grande partie rocheux.
Figure 1 : classification géomorphologique des marais salés (Allen, 2000)
Les marais salés sont constitués de différentes zones distinctes dont
principalement une haute plate-forme végétalisée plus ou moins régulière-
ment recouverte par la mer et un réseau de chenaux qui se ramifient et rétré-
cissent vers la terre (
Figure
2
). D’autres systèmes, comme les buttes ou les dépressions,
peuvent ponctuer la zone végétalisée. Le système de chenaux permet
l’arrivée et le drainage de la marée sur les zones végétalisées. Il est ainsi le
lieu préférentiel d’arrivée d’eau et de sédiments au sein du marais salé.
Les variations de salinité, la topographie de l’estran et la compétition
interspécifique influencent fortement la végétation estuarienne. Par suite de
l’action de ces différents facteurs, les communautés végétales se répartissent
suivant un gradient terre-mer. L’estran est traditionnellement divisé en deux
grandes zones :

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- la slikke est la partie inférieure de l’estran. Elle est inondée à chaque marée
haute, quel que soit le coefficient de marée. Sa limite supérieure, parfois
caractérisée par une micro-falaise, est au niveau moyen des pleines mers de
mortes-eaux. La slikke subit donc de façon importante les effets de la marée
et des courants. La végétation de la slikke peut être constituée de Zostère
naine, la Zostère marine étant confinée au domaine subtidal. Sur les niveaux
les plus hauts, la végétation éparse est constituée de Spartines et de Sali-
cornes.
- le schorre correspond aux niveaux les plus élevés des marais salés. Il est en
continuité avec le milieu terrestre. Les sédiments sont, en général, plus fins
et plus tassés que sur la slikke. Il n’est recouvert que lors des marées de fort
coefficient, certaines zones n’étant atteintes qu’une ou deux fois dans
l’année. La végétation est dense et peut être scindée en différents étages : le
bas schorre, le moyen schorre et le haut schorre. Un réseau de chenaux par-
court l’ensemble de l’espace permettant les mouvements de va et vient de la
marée. Les communautés et les espèces végétales sont organisées sous forme
de mosaïques selon différents facteurs comme la micro-topographie,
l’altitude, la granulométrie, les pressions… Une quarantaine d’espèces halo-
philes colonisent les marais salés européens.
Figure 2 : sections des différents caractères morphologiques des marais salés
Les diagrammes du haut montrent certaines structures vues de dessus. Sur le bas, les
espèces de plantes d’un marais typique du sud de l’Angleterre (d’après Little 2009)