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Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 210
L’objectif de cet article est de présenter la démarche méthodologique
liée à cartographie de la végétation d’un site.
Présentation méthodologique de la cartographie de la végétation
L’objet d’étude de la cartographie de la végétation d’un territoire est
l’association végétale voire l’habitat naturel ou semi-naturel.
La méthode proposée se décompose en trois étapes successives.
Inventaire de terrain associé à la photo-interprétation
La première phase permet d’obtenir une idée générale de la végéta-
tion et d’élaborer la typologie des habitats cartographiables.
La typologie des habitats est fondée sur une phase de terrain consis-
tant en la réalisation de relevés phytosociologiques, selon la méthodologie de
la phytosociologie sigmatiste (Géhu, 1986 ; Géhu & Rivas-Martinez, 1981).
Pour chaque relevé géoréférencé et effectué sur une aire de végétation ho-
mogène d’un point de vue physionomique, floristique, et écologique, les
paramètres suivants sont notés : surface étudiée, pourcentage de recouvre-
ment total de la végétation (figure 9), liste des espèces et coefficients
d’abondance-dominance et de sociabilité de Braun-Blanquet, hauteur et stra-
tification de la végétation…).
Dans un deuxième temps, les grands ensembles sont identifiés par
photo-interprétation pour faciliter le contourage ultérieur des polygones
(photo-identification sur S
IG
), en utilisant la signature colorée des différents
habitats lorsque cela est possible. La réalisation de relevés phytosociolo-
giques géoréférencés au sein de chaque grand ensemble identifié permet de
confirmer et d’affiner la typologie des habitats.
La carte est dressée au 1 : 300 ou 1 : 5 000 en fonction des objectifs
et de la superficie du site. L’échelle du 1 : 5 000 est souvent la plus appro-
priée pour le croisement de la cartographie de végétation avec d’autres
couches d’informations : reposoirs, zones alimentaires, reproduction...
Une typologie détaillée (associations végétales, espèces caractéris-
tiques, facteurs écologiques…) et illustrée de photographies, permet de cons-
tituer un catalogue des unités de végétation, en indiquant les correspon-
dances avec les systèmes européens de classification des habitats (E
UNIS
,

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E
UR
27). Des éléments complémentaires pour chaque type d’habitat (surface
occupée, localisation, fonctionnalité pour l’avifaune...) peuvent être intégrés.
Figure 9 : échelles des coefficients d’abondance-dominance et de sociabilité
(d’après Braun-Blanquet, 1932)
Intégration des données au sein d’un S
IG
L’identification des polygones sur le terrain s’effectue par photo-
interprétation en utilisant des orthophotographies récentes. Lorsqu’elles sont
disponibles, des photographies à basse altitude peuvent également apporter
des compléments intéressants pour la délimitation spatiale de certains habi-
tats, ou pour les mosaïques d’habitats.
Les données sont saisies dans une table attributaire reprenant pour
chaque entité spatiale (polygone) des attributs tels que le type d’habitat, la
hauteur moyenne de la végétation... Plus l’échelle de numérisation est fine,
plus la précision du travail doit être importante.

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Analyse fonctionnelle et restitution cartographique de l’information
Dans un troisième temps, la cartographie de la végétation peut cons-
tituer une base pour étudier le rôle fonctionnel d’un marais maritime dans le
maintien des populations d’oiseaux hivernantes et/ou nicheuses. La carto-
graphie produite peut être intégrée à une approche fondée sur le renseigne-
ment de différents critères choisis en fonction de l’espèce ou du groupe
d’espèces visés ainsi que des fonctionnalités du marais à étudier (alimenta-
tion, nidification, refuge, reposoir…). La mise en place de suivis complé-
mentaires peut s’avérer indispensable.
S’il s’agit, par exemple, d’étudier la ressource alimentaire présente
dans des prés-salés pour des anatidés herbivores, des calculs de la biomasse
disponible peuvent être réalisés in-situ et être confrontés aux besoins énergé-
tiques des espèces étudiées.
Dans le cadre d’une approche fonctionnelle, il est également souhai-
table de prendre en compte les autres groupes taxonomiques pour lesquels
les marais maritimes revêtent une importance dans tout ou partie de leur
cycle biologique (ichtyofaune, entomofaune…), ainsi que les habitats pré-
sents en périphérie du marais ou à l’échelle du bassin versant.
Cette double approche peut permettre d’évaluer les potentialités
écologiques d’un marais maritime par rapport à une espèce ou un groupe
d’espèces et revêt un aspect prédictif, en intégrant les orientations ou les
scenarii de gestion du site (non-intervention, fauche, pâturage, restauration
écologique, lutte contre des espèces envahissantes…) et l’évolution supposée
de la végétation.
Les exemples des baies de l’Aiguillon et de Saint-Brieuc
L’exemple de la gestion des mizottes en baie de l’Aiguillon pour favoriser
l’accueil hivernal des anatidés herbivores
La réserve naturelle de la baie de l’Aiguillon a conduit des opéra-
tions expérimentales de fauche et de pâturage sur les mizottes (nom local
désignant les prés-salés) destinées à favoriser le développement de la Pucci-
nellie maritime, espèce consommée par les anatidés herbivores hivernant sur
le site (Meunier & Joyeux, 2003). Des comptages ont été réalisés et les diffé-
rents groupes d’oiseaux ont été localisés précisément sur les mizottes. Ces
données ont ensuite été superposées à la cartographie de végétation. Cette
analyse a permis de montrer que les Oies cendrées Anser anser répondaient
positivement aux opérations de gestion et fréquentaient les sites fauchés ou

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pâturés pour s’alimenter durant l’hiver (figure 10). La juxtaposition des don-
nées sur l’avifaune et la végétation présente localement un aspect prédictif
pour cette espèce au regard des différentes opérations de gestion conduites
et/ou programmées. Des suivis de la végétation peuvent également être en-
trepris pour étudier l’impact de l’abroutissement par les anatidés herbivores
sur les prés-salés.
Figure 10 : répartition de la végétation et de son utilisation par l’Oie cendrée (Meu-
nier & Joyeux , 2003)

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Consommation d’Ulva armoricana et potentialités de substitution par les
prés-salés: l’exemple de la Bernache cravant en Baie de Saint-Brieuc.
La réserve naturelle nationale de la baie de Saint-Brieuc, située sur
le littoral nord de la Bretagne, est un site d’hivernage d’importance interna-
tionale pour la Bernache cravant à ventre sombre Branta bernicla bernicla,
bien que les herbiers de zostères qui constituent sa nourriture préférée, soient
totalement absents. Une étude du régime alimentaire de l’espèce a permis de
mettre en évidence que les ulves Ulva armoricana, représentent 90 % de la
nourriture ingérée localement par les Bernaches, soit près de 400 tonnes par
hiver. Ces ulves sont par ailleurs responsables des spectaculaires marées
vertes qui impactent très fortement la baie chaque été. La politique actuelle
de résorption des excédents azotés arrivant en baie afin de lutter contre la
prolifération estivale des ulves pourrait, à terme, réduire cette ressource ali-
mentaire et amener les Bernaches à devoir trouver une nourriture de substitu-
tion. Dans la baie, celle-ci pourrait être une graminée poussant sur les prés
-
salés (Puccinellia maritima) ou les céréales d’hiver semées dans les champs
bordant la baie (Ponsero et al., 2009). Le Canard siffleur Anas penelope, se
nourrissant également d’ulves en baie de Saint-Brieuc, est une autre espèce
potentiellement affectée par une diminution du stock hivernal d’ulves.
La cartographie des prés-salés du fond de baie pourrait préciser les
superficies potentielles pour l’alimentation des anatidés herbivores en baie
de Saint-Brieuc, en répertoriant l’ensemble des habitats où la Puccinellie
maritime est dominante. D’autres notions telle que le dérangement à proxi-
mité des sentiers susceptibles d’entraîner la non utilisation de zones a priori
favorables, ou la présence de cultures de blé d’hiver seraient également à
intégrer à la réflexion. Dans un second temps, il serait intéressant de modéli-
ser la biomasse et la productivité en Puccinellie dans les prés-salés
d’Yffiniac et de confronter les résultats aux besoins énergétiques des anati-
dés herbivores fréquentant le fond de baie de Saint-Brieuc.
Si la gestion des prés-salés permet d’optimiser l’accueil d’une es-
pèce ou d’un groupe d’espèces particulier, il est cependant important de
prendre en considération l’ensemble des enjeux et des groupes faunistique et
floristique pour la gestion d’un marais maritime : habitats ou espèces floris-
tiques à forte valeur patrimoniale, nourricerie des poissons, reproduction et
alimentation des oiseaux, habitat pour l’entomofaune, rôle de protection des
côtes, intérêt paysager…