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Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 215
Cartographie des espèces et des habitats
Application à la baie de Somme
Antoine M
EIRLAND
et Olivier C
HABRERIE
Une première cartographie des espèces et des habitats végétaux de
l’ensemble de la baie de Somme a été réalisée en 2006 dans le cadre du pro-
gramme Picardie connaissance et exploitation du littoral (P
ICCEL
) cofinancé
par l’Union européenne (F
EDER
), la région Picardie et le département de la
Somme. Le besoin d’une cartographie des espèces végétales a nécessité un
ajustement du protocole de cartographie des habitats utilisé (Clair et al.,
2005). Une typologie des habitats est réalisée au préalable afin de disposer
d’un inventaire des habitats phytosociologiques présents sur la zone d’étude.
Des recherches bibliographiques ont également permis d’avoir une première
typologie sur le site d’étude (Géhu, 1975 ; 1979). Les grands ensembles ont
ensuite été tracés sur photographie aérienne dans un logiciel de S
IG
afin de
faciliter le travail sur le terrain. Pendant la saison de développement optimal
de la végétation, l’ensemble de la zone végétalisée a été parcouru et les
zones de végétation homogènes ont été tracées sur photographie aérienne à
une échelle du 1 : 5 000
e
. Pour chaque zone tracée, un relevé de végétation a
été réalisé. Le recouvrement est estimé sous forme de pourcentage. Dans le
cas d’une végétation trop fragmentée, des relevés sont réalisés sous forme de
mosaïques. Pour chaque relevé est précisé le recouvrement (en %) de chaque
espèce, la proportion de sol nu, la hauteur de la végétation, la surface du
relevé ainsi que l’habitat selon la typologie réalisée. Différentes informations
concernant l’usage de la zone (pâturage, cheminement, chasse…) ou le des-
criptif de la zone (plateau, « gouille » [mares], « filandre » [fossés sinueux],
zone en colonisation…) ont également été ajoutés.
Les résultats obtenus permettent :
- d’affiner la typologie des habitats grâce à un nombre très important de re-
levés,
- de disposer d’une carte des habitats végétaux,
- de disposer d’une carte des espèces végétales.

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 216
À titre d’exemple, considérons la thématique du pâturage en baie de
Somme. Les lots de pâturage de l’État définis dans le cadre de l’autorisation
d’occupation temporaire (A
OT
) du domaine publique maritime (D
PM
) ont été
définis sur les bases suivantes :
- les lots doivent être facilement repérables sur le terrain,
- ils ne doivent pas se prolonger sur des zones en colonisation (habitats à
Spartine, à salicornes de bas niveaux et à Aster-Soude),
- ils ne doivent pas s’étendre sur des zones de plus de 60% d’Obione (Hali-
mione portulacoides),
- les zones de Chiendent (Elymus athericus) sont incluses dans les surfaces
des lots de pâturage (et donc dans l’estimation du troupeau pouvant y paître)
dans la mesure où ils sont l’objet d’une stratégie de reconquête de la part de
l’éleveur.
Pour chaque lot de pâturage dont les limites ont été repérées à l’aide
d’amers, la cartographie de la végétation a permis de calculer la surface en-
tière du lot ainsi que la surface pâturable du lot (c’est-à-dire la surface du lot
complet sans les surfaces de filandres, de mares de chasse, de zones de colo-
nisation et de zones d’Obione à plus de 60 %). Au sein de ces zones pâtu-
rables, les zones de plus de 75 % et de plus de 50 % de Chiendent ont été
signalées aux différents éleveurs concernés afin qu’ils puissent adapter leur
stratégie de pâturage de la zone à une reconquête de ces espaces (à l’aide de
parcs de contention, de fauches, ou de passages répétés).
Ce type d’analyse a été réalisé sur différentes thématiques liées aux
végétaux en baie de Somme : travaux sur la Spartine, travaux pour
l’entretien de la concession d’exploitation de salicornes, évaluation des bio-
masses exploitables de végétaux marins, suivi de dynamique de certaines
zones particulières…

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 217
Mesurer la pression de pâturage sur les prés-salés
Patrick T
RIPLET
Pour quelle utilisation ?
Les herbus assurent les fonctions suivantes :
- reposoir de marée haute pour les limicoles,
- gagnage nocturne pour le Canard siffleur, la Sarcelle d’hiver, voire pour le
Canard colvert,
- gagnage diurne pour la Bernache cravant, le Canard siffleur, en particulier
lors des vagues de froid,
- gagnage et reposoir pour le Tadorne de Belon,
- site de reproduction, dans les parties les plus hautes, pour de nombreuses
espèces, parfois de manière occasionnelle (Sarcelle d’été), parfois plus régu-
lièrement (Caille des blés, Pitpit farlouse).
Le pâturage doit permettre de maintenir ces fonctions essentielles de
préservation de la biodiversité animale, tout en sauvegardant la biodiversité
végétale et le fonctionnement des peuplements végétaux. La connaissance de
son impact constitue un élément fondamental préalable à toute mesure de
gestion dans un espace protégé.
Ce protocole vise donc à :
- déterminer la composition et l’évolution des peuplements phytocoenotiques
en fonction de l’absence ou de la présence de pâturage et dans ce dernier cas,
déterminer le rôle de la pression de pâturage sur ces mêmes peuplements,
- déterminer la production végétale par grands types de milieux et selon les
différentes pressions de pâturage,
- ajuster la répartition géographique de la pression de pâturage en fonction
des résultats précédents, de telle sorte que le pâturage constitue un élément
de gestion patrimoniale et non un facteur d’appauvrissement,
- déterminer les quantités de végétaux à laisser pour le pâturage des canards
et oies,
- suivre les zones préalablement fauchées avant la mise en pâturage (restau-
ration).

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 218
En baie du Mont-Saint-Michel, la hauteur de la végétation, la densité du tapis
végétal, la présence d’inflorescences et de fructification ainsi que le recouvrement
de la surface de l’herbu par le Glaux maritime (Mainguin, 2002) ont semblé consti-
tuer les paramètres les plus pertinents quant à l’évaluation de l’intensité du pâturage
sur de grandes surfaces, non délimitées par des clôtures. Cette méthode vient donc
en complément de celle, plus classique, de détermination du nombre d’U
GB
/ha.
Comment procéder ?
Choix des parcelles
Différents types de milieux sont sélectionnés en raison de leur rôle
dans le pâturage ou à l’inverse de l’importance du pâturage dans leur main-
tien ou leur régression. Par exemple :
- prairie halophile de schorre moyen et inférieur à Puccinellia maritima,
- pré
-
salé de moyen schorre à Obione faux-pourpier,
- prairie à Plantain maritime et Lilas de mer,
- prairie à Fétuque littorale,
- végétation à Élyme piquant.
Il peut être mis en place trois stations de suivi, de préférence avec
une pression de pâturage différente, sur chacun de ces habitats. Sur le terrain,
chaque station doit être repérée au G
PS
et matérialisée au sol par un pieu
enfoncé profondément.
Composition floristique
La composition floristique est établie sur des surfaces rondes de 10
m de rayon dont le centre est le piquet. Sont déterminés :
- la liste des espèces présentes dans le quadrat,
- le pourcentage de recouvrement de chaque espèce.
Hauteur
Deux mesures sont possibles :
- la hauteur est mesurée le long d’un diamètre du quadrat suivant, par
exemple, un axe nord-sud, sur un point tous les mètres, en prenant soin de
noter l’espèce végétale au point de mesure,
- un quadrat de 40 x 40 cm est posé sur la végétation. La hauteur est mesurée
au centre du quadrat.

Manuel d’études et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 219
Quatre relevés sont pris par station (une station est déterminée par un
piquet). Les quadrats se situent à 5 mètres des piquets en suivants les points
cardinaux. Le premier relevé de hauteur de végétation est accompagné d’un
recensement des espèces présentes sur des superficies de 40 cm² et d’une
évaluation du pourcentage de recouvrement de chaque espèce.
La végétation est dite rase quand elle est inférieure à 5 centimètres
(note 0), puis de plus en plus haute, 5 à 30 centimètres (1), supérieure à 30
centimètres (2).
Le pâturage est intensif lorsqu’il provoque une diminution de la
densité de végétation au sol. Lorsque le piétinement est important, le passage
des animaux sur le pré
-
salé peut provoquer l’apparition de plages dénudées
de sol :
- tapis végétal peu dense : 0,
- tapis végétal moyennement dense : 1,
- tapis végétal dense : 2.
L’absence d’inflorescences et de fructifications implique que la vé-
gétation se renouvelle végétativement :
- moins de 2 inflorescences / m² : 0,
- entre 3 et 10 /m² : 1,
- plus de 10 /m² : 2.
Production
Elle repose sur une coupe de l’herbe à 2 centimètres du sol sur
quatre placettes de 0,25 m² (0,5 x 0,5) au mois de mars puis sur ces mêmes
placettes et sur une placette contiguë non étudiée au préalable de mai à oc-
tobre le long d’un diamètre suivant un axe est-ouest. Les végétaux prélevés
doivent être mis en sacs plastiques et acheminés en laboratoire afin d’être
séchés (généralement 48 heures à 60°C, jusqu’à stabilisation de la masse) et
pesés. Les résultats sont fournis en masse de matière sèche produite par m².
Après le premier mois de coupe, les prélèvements sont réalisés sur les pla-
cettes coupées le mois précédent et sur des placettes contiguës afin de dé-
terminer si la production est plus élevée sur des zones exploitées
(fauche induite par l’expérimentation ou pâturage) ou non exploitées.
Pression de pâturage
Elle est déterminée sur les surfaces d’échantillonnage par le pour-
centage de la surface broutée par rapport à la surface observée auquel on