ВУЗ: Не указан
Категория: Не указан
Дисциплина: Не указана
Добавлен: 20.01.2021
Просмотров: 12491
Скачиваний: 1
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
256
ner les individus dans des zones différentes au sein de ce qui est visible. Il
est également recommandé de ne pas trop multiplier les focales par jour de
terrain, surtout lorsqu’il existe un fort renouvellement des individus d’un
jour à l’autre (Sutherland, 2009). Enfin, une solution plus sûre consiste à
réaliser les focales sur des oiseaux marqués individuellement. Le marquage
individuel est parfois nécessaire à la réalisation d’observations focales (par
exemple, lorsqu’on veut suivre des animaux qui plongent complètement
pour s’alimenter et disparaissent donc temporairement).
Les observations focales et les observations par balayage peuvent
être réalisées de jour comme de nuit. Beaucoup d’anatidés se nourrissent en
effet la nuit, soit du fait de leur biologie, soit parce que le cycle des marées
conditionne l’accès à des zones d’alimentation intertidales (Mc Neil
et
al
.,
1992). Dans le cas d’observations nocturnes, on privilégie l’usage d’optiques
de grande qualité mais de grossissement limité, de manière à maximiser le
peu de lumière ambiante pour que celle-ci soit ensuite concentrée par les
lentilles. L’usage d’une caméra thermique n’est généralement pas adapté aux
suivis de comportement : ces appareils permettent de très bien distinguer la
silhouette des individus mais pas toujours de déterminer avec précision ce
qu’ils font. Les appareils les plus efficaces dans ces situations sont plutôt les
amplificateurs de lumière. Leur usage est toutefois réglementé et seuls les
appareils de très haute qualité, donc très coûteux, fournissent des résultats
vraiment satisfaisants (
cf
. leur usage dans Guillemain
et
al
., 2002a).
Méthodes alternatives
Outre les observations par balayage décrites ci-dessus, des méthodes
alternatives permettent d’estimer le budget d’activités à partir de mesures
individuelles. En effet, certains appareils électroniques tels que ceux compo-
sés de cellules photo-électriques et d’une horloge interne permettent par
exemple de calculer le temps passé en vol
vs
. le temps passé sur l’eau. Cette
méthode est utilisée chez les oiseaux marins (Tremblay
et
al
., 2003). Posés
sur le ventre des oiseaux, ils enregistrent l’absence de lumière lorsque
l’oiseau est sur l’eau ou au repos sur une falaise, ou au contraire la présence
de lumière lorsqu’il est en vol. Ces appareils sont particulièrement adaptés à
l’enregistrement des séquences alternant vol et plongeon.
Certains émetteurs V
HF
utilisés en radio-pistage émettent à des fré-
quences différentes selon que l’individu est actif ou au repos, et permettent
également de mesurer le temps passé dans ces deux types d’activités (Duriez
et al.
, 2005). Une bille de mercure placée dans l’appareil permet, selon
comment l’enregistreur a été placé, de faire contact lorsque l’oiseau a, par
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
257
exemple, la tête baissée pour s’alimenter. Si le contact n’a pas lieu, les bips
sont émis à une fréquence différente. Certains de ces appareils se mettent
également à émettre à une fréquence particulière si le contact au mercure n’a
pas varié depuis longtemps, ce qui permet de savoir à distance que l’oiseau
est mort ou que l’émetteur a été perdu.
Résultats : types de données récoltées lors des balayages et des focales
Dans les observations par balayage et les observations focales, on
tente de distinguer les comportements à l’échelle la plus fine possible, quitte
ensuite à regrouper certains en plus grandes catégories d’activités pour
établir le budget d’activités. Typiquement, on distingue les différents
comportements alimentaires, parfois associés à des postures différentes,
quitte à en faire ensuite le total pour estimer la proportion de temps passé à
s’alimenter. Chez les canards de surface, par exemple, on distingue les
individus s’alimentant avec uniquement le bec dans l’eau, la tête dans l’eau,
le cou dans l’eau ou « en bascule », c’est-à-dire immergeant toute la partie
antérieure du corps. Connaître la posture permet en effet de déterminer la
profondeur d’alimentation (Pöysä, 1983). La posture essentiellement utilisée
peut aussi renseigner sur les contraintes subies par les individus : s’alimenter
avec uniquement le bec immergé peut être lié au choix des zones
d’alimentation les moins profondes, mais peut aussi être une réponse au
besoin de maintenir une activité de vigilance (les yeux sont au-dessus de la
surface) dans les conditions où les risques de prédation ou de dérangement
sont les plus élevés (Guillemain
et
al
., 2002b).
En pratique, à partir des feuilles d’observation, on calcule la
proportion d’individus engagés dans chaque type d’activité lors de chaque
balayage, dont on fait la moyenne pour chaque jour de travail sur le terrain
(ou tout autre groupement pertinent : on peut à l’inverse préférer calculer la
moyenne des données issues de différents jours de terrain pour chaque
période de la journée). Dans la
figure
3, par exemple, est présentée la
proportion moyenne des Canards souchets s’alimentant en filtrant la surface
de l’eau parmi tous ceux s’alimentant à chaque période de la journée.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
258
Figure
3 :
proportion moyenne de Canards souchets hivernants s’alimentant avec
uniquement le bec immergé (par opposition aux oiseaux s’alimentant plus en
profondeur) au cours de la journée sur la réserve d’Yves, en Charente-Maritime
Le graphique montre comment les oiseaux adaptent leur profondeur d’alimentation
aux migrations verticales du zooplancton dont ils se nourrissent. Les barres
verticales représentent les erreurs standards, les nombres entre parenthèses le
nombre de jours pendant lesquels des observations par balayage ont été réalisées
pour chaque période de temps. Tiré de Guillemain et al. 2000 avec la permission de
la revue (Waterbirds).
De la même manière, les résultats des observations focales peuvent
être transcrits sous forme de proportion de temps passé par l’individu en
question dans les différentes activités, dont on fera ensuite la moyenne pour
l’ensemble des individus observés, c’est-à-dire des observations focales en-
registrées. Il est souvent plus commode de présenter ce type de résultats sous
forme de proportions (qui varient donc de 0 à 1) ou de pourcentages (qui
varient de même de 0 à 100 %). Dans les analyses statistiques, cependant, il
conviendra en général de transformer ces données pour réaliser certains tests.
La plus commune de ces transformations consiste à utiliser l’arcsinus de la
racine carrée de la proportion en question.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
259
En termes de comportement, l’analyse des données de balayages ou
de focales permet entre autre de distinguer la prise alimentaire (
feeding time
en anglais) de la recherche alimentaire (
foraging time
) : alors que dans le
premier cas, on ne considère que l’ingestion proprement dite (par exemple,
chaque épisode de bascule d’un canard), dans le deuxième, on inclut
l’ensemble des comportements associés à l’alimentation, tels que les
épisodes de déplacement et de recherche entre zones d’alimentation
(Stephens & Krebs, 1986). La distinction entre les deux permet dans certains
cas de mieux appréhender les contraintes s’exerçant sur les individus : la
différence entre prise alimentaire et recherche alimentaire s’accroît lorsque
la densité de proies est plus faible, ou lorsque le danger ressenti par
l’individu augmente (du fait de prédateurs plus abondants, d’un dérangement
plus fréquent par les activités humaines, d’une densité de compétiteurs plus
élevée, etc.).
Une bonne connaissance préalable de l’écologie de l’espèce (au tra-
vers d’une revue de la littérature scientifique existante) est nécessaire avant
de mettre en place le protocole de suivi de comportement le plus adapté. Par
exemple, lorsque les Bernaches cravants s’alimentent sur des Zostères
Zoste-
ra
spp sur l’estran, elles ont tendance à avaler ces plantes longilignes à la
manière de spaghettis. Le temps passé par chaque individu tête baissée, le
bec au contact de l’herbier, fournit donc une bonne estimation de la quantité
de ressources qu’il a ingérée. Des observations par balayage aussi bien que
des observations focales permettent d’obtenir cette information. Au con-
traire, lorsque ces mêmes Bernaches s’alimentent sur les prés-salés de Puc-
cinellies
Puccinellia
sp, elles prélèvent les brins d’herbe quasiment un à un
en broutant. C’est alors la fréquence de ces coups de bec qu’il convient de
mesurer (Pettifor
et al
., 2000). Les observations focales sont ainsi beaucoup
plus appropriées. Il est même possible de simplifier ces observations en ne
mesurant que le nombre de coups de bec de chaque individu au cours d’une
période de temps donné. Dans la
figure
4, par exemple, est présentée la fré-
quence des pas et la fréquence des coups de bec des Bernaches cravants
s’alimentant pendant la période de reproduction. Les femelles doivent
s’alimenter efficacement pendant de courts moments entre deux épisodes
d’incubation des œufs. Les mâles peuvent s’alimenter à tout moment de la
journée mais ils restent moins efficaces
(i.e.
fréquence des pas plus impor-
tante et fréquence des coups de bec moins importante) lorsque les femelles
ne sont pas sur le nid, et qu’ils doivent alors assurer la surveillance à la fois
de la femelle et du nid (Poisbleau
et al
., 2007).
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
260
Figure
4 : fréquence des pas et fréquence des coups de bec des Bernaches cravants
pendant la période d’incubation
Moyenne ± erreur standard. Les nombres au-dessus des barres d’erreur représentent
les tailles d’échantillons. D’après Poisbleau
et al.
, 2007, reproduit avec l’accord de
la revue (Polar Biology).
Le comportement des individus est constamment ajusté aux condi-
tions environnementales rencontrées : abondance des ressources, risque de
prédation, conditions météorologiques, etc. Outre le comportement propre-
ment dit, il convient donc d’enregistrer le maximum de ces variables envi-
ronnementales, en fonction des questions posées par le gestionnaire, telles
que la température, la vitesse du vent, etc. De manière parfois plus fine, la
présence des congénères peut aussi influer sur le comportement alimentaire :
vivre en groupe procure une certaine sécurité, qui peut permettre
d’augmenter l’efficacité alimentaire (Elgar, 1989), mais la promiscuité peut
aussi entraîner des relations de compétition pouvant limiter cette efficacité
(Sutherland, 1996). Il est toujours intéressant d’enregistrer, par exemple au
début et à la fin d’une observation focale, la taille du groupe dans lequel se
trouve l’individu et sa distance au plus proche voisin (Pöysä, 1994) (
fi-
gure
5). Enregistrer ces paramètres permet, outre la description du compor-
tement, de tenter d’en expliquer les changements par d’éventuelles modifica-
tions des conditions environnementales.