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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Le pâturage ovin (le plus fréquent) ou bovin change fondamentale-
ment la végétation du schorre et donc le fonctionnement écologique de ce
système. Il a pour effet de réduire la hauteur de végétation, la diversité des
plantes et celles des invertébrés associés (Bouchard
et al.,
2003) et de favori-
ser certaines plantes comme la Salicorne ou la Puccinellie maritime rempla-
cée par la Fétuque rouge
Festuca rubra
dans la zone de moyen marais mais a
un effet négatif sur l’Obione ; un pâturage léger pourrait limiter l’extension
du Chiendent maritime (Doody, 2008).
Les passereaux hivernant sur les prés-salés de la mer des Wadden
(Dierschke & Bairlein, 2004) montrent que les zones surpâturées sont préfé-
rées par l’Alouette hausse-col, la Linotte à bec jaune en hiver tandis que
l’Alouette des champs, les Pipits farlouse et maritime, les Bruants des ro-
seaux ou lapon choisissent essentiellement les zones non pâturées et que le
Bruant des neiges se répartit également sur les deux zones. Cette exploitation
des zones pâturées se fait par des espèces dont le régime alimentaire est for-
tement orienté vers les graines de Salicorne et de Soude maritime que le
pâturage a favorisées (Dierschke, 2002). Par contre, le surpâturage provoque
une diminution de la production de graines par plante et une raréfaction des
plantes qui produisent des graines énergétiquement riches comme les
Atri-
plex
sp., ce qui pourrait expliquer que les autres passereaux granivores préfè-
rent exploiter les zones non pâturées (Dierschke & Bairlein, 2004). Le pâtu-
rage favoriserait ainsi, en hiver, les espèces qui exploitent habituellement le
bas marais tandis qu’il défavoriserait les espèces exploitant le moyen et haut
marais.
En période de reproduction, en baie du Mont-Saint-Michel, les mil-
liers de moutons qui pâturent intensivement les herbus provoquent une trans-
formation des zones à Obione en une pelouse rase à Puccinellie maritime.
Les zones à Obione fournissent un habitat optimal pour des communautés de
crustacés détritivores tels que
Orchestia gammarella
dont la biomasse est
importante et pour des araignées diurnes (Laffaille
et al.,
2005 ; Pétillon
et
al.,
2005). Ce changement entraine la diminution de la faune détritivore qui
sert de proies pour de jeunes poissons (à 80 %
[
Laffaille
et al
., 2005
]
), des
limicoles et à certaines espèces de passereaux telle que l’Alouette des
champs comme cela a été observé dans les pièges d’interception
d’arthropodes (Pétillon, 2005).

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L’augmentation de la pression de pâturage ovin diminue significati-
vement la densité relative (test de Tukey, P< 0,001 entre chaque stade) et la
diversité du peuplement de passereaux (test de Tukey, P< 0,001 entre chaque
stade) (Eybert
et al.,.
2006) (
figure
4).
Absence de
pâturage
Pâturage ovin
< 50%
Pâturage ovin
> 50%
Pâturage bovin
n=104
7
8
6
4
5
2
3
0
1
n=35
n=26
n=11
7
8
6
4
5
2
3
0
1
Diversité
Densité
Diversité
Densité
Figure
4 : pression de pâturage sur le peuplement de passereaux de la baie du Mont-
Saint-Michel : moyennes et écarts-type des densités relatives (en nombre de contacts
par point d’écoute) et des diversités (en nombre d’espèces)
Les relevés d’avifaune ont été regroupés selon trois classes de pression de pâturage
ovin : « absence de pâturage », « inférieur à 50 % » et « supérieur à 50 % » opposées
au pâturage bovin (d’après Eybert
et al.
, 2006).
Le pâturage par les bovins provoque une diminution significative,
comparable à celle observée dans le cas d’un pâturage ovin moyen (test de
Tukey, P>0,05). En revanche, il n’influence pas significativement la diversi-
té spécifique mais la localisation particulière des bovins, sur un pré-salé
bordé de chenaux et d’une zone à Chiendent maritime, peut biaiser ces résul-
tats, car elle confère à cette zone pâturée une attractivité importante pour de
nombreux couples d’oiseaux en alimentation. De plus, le pâturage par les

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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bovins, en déchirant les plantes plus haut que les ovins, et en ayant une por-
tance plus grande, crée une hétérogénéité végétale et topographique plus
importante dans les prés-salés favorable à l’exploitation par les passereaux.
Les bovins se sont révélés plus utiles dans la restauration de certains prés-
salés de la mer des Wadden après l’abandon de pâturage, car, en pâturant
près des digues, ils limitent le Chiendent maritime et créent de meilleures
conditions pour l’installation de zones pionnières (Doody 2008).
Le rôle du pâturage intensif est donc controversé car, si, d’un côté, il
permet, en hiver, l’accueil de bandes de passereaux granivores avec
l’augmentation du stock de graines de plantes pionnières, il tend, de l’autre,
à faire disparaître les zones à Obione du marais moyen très favorables à la
nidification de certaines espèces comme l’Alouette des champs. Une faible
pression de pâturage, n’a pas le même effet dépressif qu’un surpâturage ; elle
permet une augmentation de la densité et la diversification de l’avifaune et a
souvent été utilisée dans les prés-salés abandonnés par les éleveurs et dans
certains prés-salés du nord ouest de l’Europe (Doody 2008) ; un pâturage
modéré, capable de garantir une végétation à Obione, des espèces moins
fréquentes comme la lavande de mer (
Limonium
sp.) et une biodiversité op-
timale, s’établit entre 5-6 ovins (entre avril et octobre) (Beeftink, 1977
in
Doody, 2008) ou 1-1,5 jeunes bovins à l’hectare toute l’année (Kleyer
et al
.,
2003
in
Doody, 2008). Ces chiffres représentent, à peu près, la moitié de
ceux pratiqués en surpâturage. Une diminution de la charge en ovins (2 mou-
tons ou 0,3 bovins à l’hectare), sur six mois de l’année, garantit un pâturage
léger (Beeftink, 1977
in
Doody, 2008). Le pâturage modéré peut également
être respecté en associant des zones non pâturées et des zones légèrement
pâturées représentant chacune 50 % de la surface de prés-salés
(Andresen
et
al
., 1990
in
Doody, 2008)
..
La fauche du Chiendent maritime
En baie du Mont-Saint-Michel, l’étude menée sur la comparaison
des peuplements de passereaux entre trois habitats, naturels recouverts par
l’Obione, envahis par le Chiendent maritime et après la fauche montre
l’influence significative de l’usage de la fauche sur la densité totale relative
(F
2,88
= 12,727, P < 0,001) (
figure
5) et la diversité spécifique (F
2,88
= 5,543, P
= 0,005) (Eybert
et al
., 2006 ; Geslin
et al
., soumis). Dans la mesure où la
présence du Chiendent maritime favorise les peuplements de passereaux et la
plupart des espèces, à part l’Alouette des champs, la fauche entraine, par
rapport au milieu envahi, une diminution significative de la diversité spéci-
fique et de la densité totale relative qui atteint même une valeur inférieure à

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celle du milieu naturel. Les densités des cinq espèces terrestres les mieux
représentées accusent des variations significatives entre les trois habitats.
L’Alouette des champs, négativement influencée par la présence du Chien-
dent maritime, remonte ses effectifs après la fauche mais sans atteindre les
densités observées dans l’habitat naturel. La densité du Pipit farlouse, qui est
la même dans les habitats naturels et fauchés, diminue après la fauche. La
fauche, pour des espèces dont le milieu optimal est le Chiendent maritime,
maintient la densité de la Caille des blés, diminue celle de la Cisticole des
joncs qui retrouve des valeurs comparables à celles de l’habitat naturel et
affecte très fortement celle du Bruant des roseaux qui atteint des valeurs
inférieures au milieu naturel.
La comparaison de la disponibilité des proies dans les habitats enva-
his et fauchés permet de comprendre, en partie, la raison des variations ob-
servées sur certaines espèces d’oiseaux (Pétillon, 2005 ; Geslin
et al.
, sou-
mis). En effet, l’envahissement des marais salés par le Chiendent maritime
provoque une augmentation de la hauteur de la végétation et de
l’arthropofaune associée à la végétation tandis qu’elle entraine une diminu-
tion de la faune du sol (en particulier celle des amphipodes) qui reste cepen-
dant en nombre non négligeable. Mais, en zone fauchée, la diminution est
plus spectaculaire et les amphipodes deviennent quasi-absents. Cette dispari-
tion des arthropodes serait probablement provoquée par un changement de
structure de litière trop épaisse et d’un export de matière organique (sous
forme de balles) qui tend à diminuer de manière générale l’ensemble des
arthropodes associés à sa décomposition. Cette baisse des arthropodes au sol
peut globalement expliquer la diminution des espèces d’oiseaux qui prélè-
vent leurs proies au sol comme l’Alouette des champs ou le Pipit farlouse.
Dans les habitats envahis, les diptères et globalement les arthropodes de la
végétation augmentent leurs effectifs. Cette augmentation peut être favorable
à des espèces se nourrissant à terre et dans la strate herbacée comme le
Bruant des roseaux ou la Cisticole des joncs. Dans les zones fauchées, la
densité des tiges de graminées est bien supérieure à celle des zones envahies
(en moyenne deux fois plus forte que dans des zones à Chiendent). Mais si
cette densité élevée provoque une forte augmentation de ces groupes
d’arthropodes, en effectifs totaux, elle n’entraine pas, pour autant,
d’augmentation chez ces espèces d’oiseaux qui rencontrent peut-être un pro-
blème d’accessibilité aux proies ce qui expliquerait leur diminution dans les
zones gérées. Quant à la Caille des blés, dont le statut est déclaré « menacé »
(BirdLife International, 2004), les effets de la fauche peuvent également
paraître négatifs car elle se nourrit d’arthropodes terrestres en reproduction

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et nourrit ses jeunes avec des amphipodes (pour plus de 50 %) durant leur
première semaine (Combreau
et al
., 1990). La fauche entraîne donc la dispa-
rition d’un
item
alimentaire principal qui peut potentiellement amener à des
changements de zones d’alimentation et/ou à une réduction de la survie des
jeunes Cailles, au moins durant leurs premiers jours.
L’usage de ces deux modes de gestion, contradictoires dans leurs ef-
fets sur les passereaux, s’avère très utile dans le contrôle d’espèces végétales
envahissantes et dans le cas précis de prés-salés désertés par les agriculteurs
depuis plusieurs années, comme en mer des Wadden. Ils induisent une aug-
mentation de la diversité mais une mosaïque d’habitats doit être conservée
pour ne pas induire de dominance d’espèces végétales et conserver des habi-
tats spécifiques à certaines espèces de passereaux, pour certaines menacées,
et très sélectives dans le choix de leurs habitats de reproduction (par
exemple, la Gorgebleue dans les prés-salés de la baie de l’Aiguillon). La
gestion de la biodiversité doit donc s’effectuer à partir de choix collectifs
permettant, de façonner l’organisation spatiale des divers habitats constitutifs
des schorres et la conservation de la biodiversité.