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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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de jachères agricoles (6,5 à 10,5 couples par 10 hectares [Toepfer & Stubbe,
2001]) montrent bien l’importance des prés-salés pour cette espèce qui, pré-
cisons-le, présente des enjeux forts de conservation, notamment en France
où elle a perdu 22 % de ses effectifs en 20 ans (Rocamora & Yeatman-
Berthelot, 1999 ; Jiguet, 2009), De même, la Gorgebleue à miroir dont le
morphe
namnetum
est inféodé au littoral ouest français a un fort statut de
protection qui se traduit par son inscription à l’annexe I de la directive euro-
péenne oiseaux au vu des menaces qui pèsent sur ses milieux de reproduc-
tion. L’évaluation très récente de la liste rouge des espèces menacées en
France (U
ICN
-M
NHN
, 2008) montre que les autres espèces qui nichent sur les
schorres ont un statut national jugé en « préoccupation mineure » pour ce qui
concerne le Bruant des roseaux et la Bergeronnette printanière alors que le
Pipit farlouse, qui a perdu 65 % de ses effectifs en 20 ans (Jiguet, 2009), a un
statut qualifié de « vulnérable ». Cependant, en Europe, le déclin observé de
ces espèces reste pour l’instant non menacé (BirdLife International, 2004).
En conclusion, en Europe, il n’ya pas d’espèces dont la reproduction
s’effectue uniquement dans les prés-salés, bien que certaines comme
l’Alouette des champs ou le Pipit farlouse y atteignent de fortes densités,
mais la majorité de ces espèces ont des enjeux de conservation surtout natio-
naux qui soulignent d’autant plus l’intérêt de préserver ces milieux mari-
times.
Sélection des habitats des prés-salés
D’après les résultats repris de l’étude menée en baie du Mont-Saint-
Michel (Geslin
et al
., 2006 ; Eybert
et al
., 2006), les espèces de passereaux
reproducteurs sélectionnent différemment les habitats composant les prés-
salés. Les paramètres d’habitats relevés autour de chaque point d’écoute
dans un rayon de 100 mètres et les différents usages ont permis d’identifier
six types d’habitats dont les caractéristiques principales sont reprises dans le
tableau
I. L’habitat envahi par le Chiendent maritime (B) et l’habitat dominé
par l’Obione
Halimione portulacoides
avec un pâturage faible (C) abritent
les plus fortes valeurs de densités totales relatives de passereaux et de
nombre d’espèces (
tableau
II). Les habitats qui subissent respectivement un
gyrobroyage et un pâturage intensif (E et F) abritent les plus faibles densités
et richesses spécifiques.

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
383
Tableau
I : caractéristiques environnementales (moyenne ± erreur standard) et type
d’usage des six habitats définis par une classification hiérarchique (n= nombre de
points d’écoute) (d’après Eybert
et al.,
2006)
recouvrement
au sol (%)
hauteur de la
végétation (cm)
nombre moyen
espèces végétales
distance à
la
mer (m)
espèce végé-
tale domi-
nante
usage
habitat A
n=38
80,4 ± 1,6
20,0 ± 1,2
2,3 ± 0,8
494,7 ±
43,2
Halimione
portulacoides
aucun
habitat B
n=35
77,1 ± 2,0
46,6 ± 1,6
1,7 ± 0,7
832,8 ±
140,8
Elymus athe-
ricus
zone
envahie
habitat C
n=38
69,9 ± 2,0
22,8 ± 1,6
2,5 ± 0,8
1097,0 ±
177,9
Halimione
portulacoides
pâturage
léger
habitat D
n=12
60,8 ± 8,1
32,5 ± 6,4
1,3 ± 0,7
1516,7 ±
437,8
Elymus athe-
ricus
fauche
habitat E
n=8
78,8 ± 4,1
16,3 ± 2,5
2,4 ± 1,1
1075,0 ±
380,0
Puccinellia
maritima
gyro-
broyage
habitat F
n=45
56,8 ± 3,3
10,3 ± 1,1
1,8 ± 0,9
1198,9 ±
178,7
Puccinellia
maritima
surpâtu-
rage
ANOVA
F
5,170
= 11,7
P<0,001
F
5,170
= 65,3
P<0,001
F
5,170
= 7,3
P<0,001
F
5,170
=
23,6
P<0,001
Tableau
II : paramètres (moyenne ± erreur standard) du peuplement reproducteur
d’oiseaux dans chaque habitat des marais salés de la baie du Mont-Saint-Michel
(voir
tableau
I pour la définition des habitats) : nombre d’espèces de passereaux et
densité totale relative (d’après Eybert
et al.,
2006).
habitat
A
habitat
B
habitat
C
habitat
D
habitat
E
habitat
F
ANOVA
nombre
d’espèces
2,4 ±
0,2
3,7 ±
0,3
3,7 ± 0,2
2,9 ± 0,2
2,0 ± 0,2
1,7 ± 0,2
F
5,170
= 14,9
P<0,001
Densité
totale
relative
5,4 ±
0,4
6,9 ±
0,7
7,1 ± 0,4
5,0 ± 0,5
2,4 ± 0,4
2,4 ± 0,4
F
5,170
= 16,4
P<0,001

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Les six espèces d’oiseaux terrestres qui se reproduisent dans le
schorre de la baie du Mont-Saint-Michel et qui sont les mieux représentées
montrent toutes des variations significatives de leurs abondances relatives
entre les six habitats (Eybert
et al.
, 2006) et une sélection variable et signifi-
cative des différents habitats (
figure
1). Ainsi, l’Alouette des champs, large-
ment distribuée dans tous les habitats du schorre, atteint ses plus fortes va-
leurs dans l’habitat à Obione. Elle sélectionne l’ensemble des zones domi-
nées par cette espèce végétale (A, C) tant que le pâturage reste faible et, à
l’inverse, elle évite les zones à Chiendent maritime (B) ainsi que les zones à
Puccinellia maritima
très rases (E, F), contrairement à ce qui est observé en
Vendée où cette espèce semble inféodée aux zones à Puccinellie maritime
Puccinellia maritima
(Meunier & Joyeux, 2003). L’Alouette des champs
privilégie donc le marais moyen mais peut également se retrouver très bas
sur le schorre.
Le Chiendent maritime (B) est sélectionné par cinq espèces notam-
ment la Cisticole de joncs qui choisit uniquement cet habitat ainsi que la
Gorgebleue à miroir, même si ses effectifs restent trop faibles pour pouvoir
le tester statistiquement. Le Bruant des roseaux montre une nette préférence
pour cet habitat mais sélectionne également et secondairement l’habitat à
Obione faiblement pâturé (C). La Bergeronnette printanière choisit prioritai-
rement ce dernier habitat à Obione (C) mais également le Chiendent mari-
time pour peu que des plages de vase jouxtent cet habitat. Le pâturage et
l’humidité sont importants dans le choix de l’habitat de cette espèce car ils
créent une hétérogénéité du milieu avec des zones clairsemées qui permet-
tent la recherche de nourriture, et avec une hauteur de végétation suffisante
pour l’installation du nid (Bradbury & Bradter, 2004). Les résultats de cette
étude sur la sélection des habitats par ces espèces sont bien corroborés par
les observations faites en Vendée (Meunier & Joyeux, 2003). Le Pipit far-
louse est l’espèce la moins sélective dans le choix de ses habitats mais évite,
par contre, les zones de végétation très rase (habitats E et F). Ajoutons la
Caille des blés, qui, faisant partie du cortège des oiseaux terrestres, est in-
féodée aux habitats à Chiendent maritime sur pied ou fauché- (B et D).

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure
1 : sélection des six habitats (A à F, voir
tableau
I pour la définition plus
précise des habitats) définis dans les marais salés de la baie du Mont-Saint-Michel
par les principales espèces d’oiseaux, en période de reproduction
La sélection est testée par l’indice de Jacobs qui varie de -1 à +1 (Jacobs 1974),
(d’après Eybert
et al.
, 2006).
En résumé, l’habitat à Chiendent maritime joue un rôle majeur dans
l’installation de la majorité des espèces nicheuses sur le schorre en fournis-
sant un habitat de substitution aux espèces fréquentant soit les milieux agri-
coles (par exemple, la Caille des blés ou le Pipit farlouse) soit les milieux
humides de roselières (Gorgebleue à miroir, Bruant des roseaux ou Cisticole
Ind
ic
e
d
e
Jaco
bs
Ind
ic
e
d
e
Jaco
bs
Ind
ic
e
d
e
Jaco
bs
Ind
ic
e
d
e
Jaco
bs
Habitat A : Obione
Habitat B : Chiendent
maritme
maritime
Habitat C : Obione mixte pâturé
faiblement pâturée
Habitat D : Chiendent
fauché
Habitat E : Gyrobroyage
Habitat F : pâturage intensif
Caille des blés
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Cisticole des joncs
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Bruant des roseaux
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Alouette des champs
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Bergeronnette
printanière
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Pipit farlouse
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
-1
-0,5
0
0,5
1
A
B
C
D
E
F
Gorgebleue à miroir

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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des joncs). Le marais moyen, dominé par l’Obione, est fortement associé à
l’Alouette des champs, la Bergeronnette printanière et plus faiblement au
Pipit farlouse et au Bruant des roseaux.
Les passereaux en hivernage
Les références consultables sur les passereaux hivernants sur les
schorres étudiés soulignent les différences de composition de l’avifaune
selon qu’ils sont situés sur les côtes anglaises, germaniques ou, plus au sud,
en France ou en Espagne.
Diversité des espèces
Les prés-salés européens servent de zones d’alimentation hivernale
pour une grande variété de passereaux. Les ressources en graines sont nom-
breuses et les températures hivernales y sont généralement plus douces qu’à
l’intérieur du continent. Pour cette raison, les prés-salés servent de zones
d’accueil pour des espèces nordiques, scandinaves ou islandaises d’une ma-
nière régulière ou ponctuelle, en cas de vagues de froid. Les prés-salés des
côtes de la mer des Wadden jouent un rôle majeur et exclusif dans
l’hivernage des Alouettes hausse-col
Eremophila alpestris
et des Linottes à
bec jaune
Carduelis flavirostris
en accueillant près de 50 % des populations
scandinaves (Dierschke, 2001
in
Dierschke & Bairlein, 2004) ainsi que dans
celui du Bruant des neiges
Plectrophenax nivalis
. Ils accueillent aussi une
grosse proportion de Pipits maritimes
Anthus petrosus
. Au total, neuf es-
pèces sont observées en hivernage sur les prés-salés de la mer des Wadden
dans sa partie allemande (Dierschke & Bairlein, 2004) : La Linotte à bec
jaune, l’Alouette des champs, l’Alouette Hausse-col, et le Pipit maritime
sont les mieux représentés auxquels se joignent le Chardonneret
Carduelis
carduelis
, le Bruant des neiges, le Pipit farlouse et, en plus petit nombre, le
Bruant des roseaux et le Bruant lapon
Calcarius lapponicus
.
En Angleterre, l’Alouette hausse-col et la Linotte à bec jaune sont
respectivement des hivernants plus rares ou qui se localisent plus sur la côte
est (Raine
et al
., 2006) ; les prés-salés accueillent une avifaune terrestre dif-
férente où dominent largement l’Alouette des champs, l’Étourneau sansonnet
Sturnus vulgaris
, la Bergeronnette grise
Motacilla alba
, les Pipits farlouse et
maritime, la Linotte mélodieuse ou le Bruant des roseaux sur la côte ouest
(Kaletja-Summers, 1997) et l’Alouette des champs et la Linotte à bec jaune
sur la cote est (Brown & Atkinson, 1996). Le nombre d’espèces de passe-