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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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notamment sur les espaces littoraux où les usages sont diversifiés, diffus et
relativement mal connus. En atteste la création (actuellement en cours) d’un
groupement d’intérêt scientifique (G
IS
) « Fréquentation, Usages et
Gouvernance des espaces marins et littoraux protégés » ayant pour objet les
sciences humaines et sociales et les aires marines protégées. Ce G
IS
est
attendu par nombre d’acteurs institutionnels et universitaires
7
.
Dans le cadre de la gestion de l’avifaune, les études de fréquentation
humaine permettent aux gestionnaires de disposer de données quantitatives,
qualitatives et comportementales souvent indispensables pour compléter
leurs données écologiques et ainsi avoir une vision d’ensemble sur leur site.
Les résultats obtenus mettent généralement en évidence que la fréquentation
des sites, contrairement aux idées répandues, est loin d’être anarchique, mais
est organisée en fonction d’un certain nombre de variables qu’il est possible
d’identifier et d’expliciter : conditions météorologiques, journées et heures
considérées, proximité des parkings et des zones d’habitations, praticabilité
des sentiers, nature de l’estran, conditions techniques liées à la pratique de
chaque activité, etc. Chaque activité humaine fait ainsi l’objet de modalités
d’investissement spatial et temporel bien spécifiques.
Si les données produites par le biais d’une étude de fréquentation
sont déjà une somme d’informations en soi, il est pourtant possible d’aller
plus loin en proposant une démarche de gestion intégrée croisant sciences de
l’environnement et sciences sociales. C’est l’esprit dans lequel se place
l’outil d’aide à la gestion du dérangement de l’avifaune que nous proposons
ici. Certes, ce dernier ne permet pas de répondre à toutes les questions po-
sées par la problématique du dérangement de l’avifaune, notamment les
questions liées à la quantification des impacts du dérangement sur les popu-
lations des sites (conséquences sur la survie des individus, conséquences sur
la taille des populations, etc.). En revanche, le protocole permet d’apporter
aux gestionnaires l’ensemble des informations élémentaires (à la fois hu-
maines et ornithologiques), nécessaires à la compréhension des interactions
territoriales entre les hommes et les populations d’oiseaux d’eau sur leur site.
Les résultats de la Petite-Mer de Gâvres mettent en évidence que les concur-
7
Dans le cadre de cette structure, il s’agira de mener un débat interdisciplinaire en sciences
humaines et sociales suscité par la gestion des aires marines protégées (A
MP
) (considérées
individuellement ou en tant que réseau) et d’explorer le cœur de métier du G
IS
en termes de
thématiques de recherche soulevées, de méthodologies pour les gestionnaires et d’innovations
tant du point de vue technique que technologique. Un partenariat entre l’Agence des A
MP
et
l’équipe Geomer (U
MR
L
ETG
) et l’U
MR
A
MURE
a déjà permis d’amorcer un premier diagnos-
tic grâce à la réalisation d’un état de l’art mené à l’échelle nationale.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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rences territoriales sont bien réelles mais qu’elles impliquent des réductions
de domaine vital différenciées en fonction des activités humaines et des es-
pèces concernées, en fonction des cycles de marée, des heures de la journée
ou encore des journées-types étudiées. Sur la base des conclusions obtenues
par le biais des analyses spatiales, il est finalement possible d’aboutir à un
zonage de l’espace en fonction des espèces, des activités et/ou des jours de
fréquentation considérés. Il est alors permis de proposer et de justifier di-
verses préconisations de gestion très concrètes et appropriées à chaque site
pour réduire le dérangement de l’avifaune. Ces préconisations sont ainsi des
compromis variables, selon les sites et les enjeux, qui privilégient, laisser-
faire et ouverture au public ou bien, au contraire, restriction des usages et
conservation des populations d’oiseaux.
L’outil développé nécessite d’être affiné (notamment d’un point de
vue méthodologique) et testé sur d’autres sites pour améliorer sa pertinence
globale et lui donner un caractère reproductible. Mais cette expérience est
déjà prometteuse. D’une part, elle a d’ores et déjà fourni le cadre méthodo-
logique pour des études d’incidence Natura 2000 en Bretagne (exemple :
sites de Ludré/Saint-Armel, Sarzeau dans le département du Morbihan, ri-
vière de Pont-l’Abbé dans le département du Finistère). D’autre part, elle a
prouvé l’intérêt qu’il y a à engager un partenariat entre gestionnaires et
scientifiques en sciences sociales (un laboratoire de géographie, une réserve
naturelle et un organisme d’État) sur un sujet qui soulève à la fois des en-
jeux de gestion et de recherche. Les bénéfices que pourraient tirer les ges-
tionnaires d’une telle approche transversale sont nombreux. Mais cette in-
terdisciplinarité demande un certain effort afin de décloisonner un monde de
spécialistes où chacun s’accommode de son propre vocabulaire et de ses
propres modes de raisonnements (Parc national de la Vanoise, 1997). Pour
Mathevet et Poulin (2006), il s’agit de « dépasser l’approche pluridiscipli-
naire interne à la biologie pour un réel travail interdisciplinaire permettant la
construction d’une démarche facilitant une prospective et une gestion des
problèmes de conservation ».
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Établir une enquête fréquentation :
l’exemple de la réserve naturelle nationale de la baie de
Somme
Faustine S
IMON
L’intérêt pour la protection de l’environnement, l’envie de grands
espaces et le rapprochement à la nature, poussent le public à fréquenter de
plus en plus des sites naturels et pour la plupart protégés. Dans ce contexte,
il apparaît nécessaire qu’un gestionnaire connaisse la fréquentation de son
site, afin de gérer au mieux le public.
Une étude sur la fréquentation peut être mise en place pour étudier la
nature des activités, leur fréquence, leur évolution temporelle (année, mois,
journée), leur nombre… En parallèle à cette étude, le gestionnaire peut éga-
lement mener une enquête auprès des visiteurs, afin de connaître leur prove-
nance, leurs motivations, leurs connaissances du site…
Une fois les informations récoltées et les données analysées, le ges-
tionnaire a à sa disposition des résultats lui permettant d’adapter au mieux la
gestion et la protection de son site à la fréquentation.
L’étude fréquentation
Cette étude doit permettre de répondre aux questions de base :
quelles sont les activités présentes sur le site ? Est-ce qu’il y a des périodes
de l’année où la fréquentation est plus importante ? Est-ce que certains en-
droits sont plus pratiqués que d’autres ? Par combien de personnes ?
Une fois les questions fixées, il faut élaborer une grille qui permet de
collecter les informations nécessaires. Elle doit être pratique à remplir et être
fonctionnelle pour la personne qui l’analysera par la suite.
Pour se rapprocher au plus de la réalité, l’étude doit être menée sur
l’ensemble du territoire protégé. Mais si le territoire ne peut pas être couvert
en un minimum de temps, le mieux est de se positionner sur le point de vue
qui offre la meilleure vision pour le comptage.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Deux techniques de comptages peuvent être choisies, celle appelée
Scan
(comptage de tous les individus et/ou activités à un temps t donné) et
Focus
(comptage de tous les individus et/ou activités en continu).
La méthode du
Focus
permet de relever de façon réelle la fréquenta-
tion sur le site, c’est une méthode rigoureuse mais très coûteuse en énergie
(moyens humains importants). La méthode du
Scan
donne une estimation,
dépendante du nombre de comptages effectués, sur le laps de temps donné.
C’est une méthode moins rigoureuse mais beaucoup moins coûteuse, donc
plus facile à mettre en place.
Avant le lancement de l’étude, il faut également s’assurer de dispo-
ser des moyens humains nécessaires. Par exemple, pour un comptage en
Focus
de 8 h à 18 h tous les jours de la semaine, il faut compter un à deux
personnes à temps plein (un territoire avec plusieurs points de comptages
simultanés impose des moyens humains encore plus importants).
Par contre, un comptage
Scan
effectué toutes les deux heures entre
10 h à 18 h et seulement un jour par semaine, peut très bien être réalisé par le
personnel en place.
Si différents compteurs sont nécessaires, ils doivent absolument
s’accorder au préalable sur la façon de compter (lieux, heures, ce qui est pris
en compte ou non).
Exemple de la
Réserve naturelle de la baie de Somme
Les objectifs du gestionnaire sont de répondre à des questions
simples comme : Quelles sont les activités les plus présentes sur la Réserve ?
Quels sont les pics de fréquentation enregistrés sur une journée ou durant
l’année ? La fréquentation se répartit-elle de la même façon sur l’ensemble
du territoire ?
Les moyens humains (agents de la Réserve) permettent de réaliser
un
Scan
toutes les deux heures entre 10 h à 18 h, deux jours par semaine
choisis de façon aléatoire, pour ne pas introduire de biais.
Le
tableau
I résume les informations demandées.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Tableau
I : exemple de tableau pouvant être rempli sur le terrain
Les données sont ensuite saisies sur un logiciel simple de type Excel.
Elles peuvent être exprimées de manière graphique (
figure
16) par des sché-
mas de type camembert, des histogrammes, des courbes... La représentation
graphique dépend des préférences du gestionnaire ou de ce qu’il cherche à
mettre en avant. Par exemple, pour examiner la proportion des activités sur
la Réserve naturelle, un « camembert » paraît mieux adapté.
Figure
16 : activités observées sur la Réserve pour les mois d’avril à septembre
Date
Heure
haut de plage prés salés fond de baie
Total
Plage
Promenade
Groupe encadré
Chiens
Cueillette/ pêche
Equitation
Voile haute
Voile basse
Engins aériens
Scientifique / Observations
Vélos
Professionnels
Total
Réserve Naturelle
Répartition des activités sur la Réserve d'avril à septembre
74%
10%
2%
1%
8%
1%
2%
1% 1%
Activités pédestres
Groupe encadré
Naturalistes
Cueillette/ pêche
Equitation
Vélos
Voile haute
Mytiliculteurs
Autres