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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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longue. Les stationnements n’y sont pas clairement limités par les activités
nautiques qui se pratiquent en période estivale. De ce fait, sur ce site, de
vastes zones ne sont déjà plus utilisées par les oiseaux.
De nombreux travaux montrent par ailleurs que les piétons dérangent
plus que les véhicules qui semblent sécuriser les oiseaux (voir par exemple
Klein, 1993). Les piétons sont d’autant plus dérangeants qu’ils sont accom-
pagnés d’un chien, dans ce cas, la distance d’envol des oiseaux peut être 20 à
30 fois supérieure (Pearce-Higgins & Yalden, 1997). L’impact des chiens est
très important, notamment pour les espèces se reproduisant au sol ou en mi-
lieu estuarien où ces animaux sont visibles de très loin par les oiseaux. Les
avions et autres engins aériens (U
LM
, hélicoptères,…) sont également des
sources de dérangements potentiels. Owens (1977) montre, par exemple, que
les avions et autres aéronefs peuvent provoquer des envols à des distances
comprises entre 500 mètres et 1,5 kilomètres. En baie de l’Aiguillon
(France), les survols aériens contribuent à 25 % des sources de dérangement
des oiseaux d’eau en période d’hivernage (Marchegay & Tesson, 1999).
Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon face à une
source de dérangement. Smit & Visser (1993) ont ainsi montré les diffé-
rences existant chez deux espèces, l’Huîtrier pie (
Haematopus ostralegus
) et
le Courlis cendré (
Numenius arquata
), confrontées à différentes sources de
dérangements. La distance d’envol liée au passage de personnes à pied est
supérieure à celle provoquée par un véhicule chez la première espèce alors
que le phénomène inverse est constaté chez la seconde. La différence de
sensibilité pour une même espèce entre les sites peut s’expliquer par la diffé-
rence de pression de dérangement. En baie de Seine (France), la distance
d’envol de l’Huîtrier-pie est plus faible qu’en baie de Somme, probablement
en liaison avec une pression de chasse sur les limicoles moins importante.
De même les distances d’envol estimées en baie de Somme (France) sur
deux espèces de limicoles sont nettement supérieures à ce qui est estimé sur
les sites britanniques (
tableau
X) (Fitzpatrick & Bouchez, 1998 ; Triplet
et
al.,
1998).
Tableau
X : comparaison des distances d’envol de deux espèces de limicoles en baie
de Somme (France) (d’après Triplet
et al.,
1998) et en Grande-Bretagne (d’après
Fitzpatrick & Bouchez, 1998)
baie de Somme
Grande-Bretagne
Huîtrier pie (
Haematopus ostralegus
)
29 m
89 m
Chevalier gambette (
Tringa totanus
)
37 m
113 m
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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La
figure
19 synthétise les réactions d’un oiseau confronté à des
dérangements. En théorie, les réactions sont enregistrées à trois niveaux :
l’individu, la population d’une zone (aire de reproduction ou d’hivernage), la
population de l’espèce. En l’absence d’un site de substitution présentant des
ressources alimentaires suffisantes ou une compétition faible, un oiseau de-
vra soit se déplacer jusqu’à trouver le site propice, soit mourir de faim, soit
prendre la place d’un autre oiseau qui devra à son tour rechercher un autre
site ou mourir (Cayford, 1993 ; Goss-Custard
et al
., 1997). En théorie tou-
jours, le départ des oiseaux après un dérangement n’est pas forcément la
réponse qui assurera leur survie en raison du fait qu’il doit exploiter un autre
site subissant également une pression de dérangement probable, site que par
ailleurs les oiseaux devront apprendre à connaître pour éviter les risques
(chasse) et pour repérer les meilleures zones alimentaires.
Figure
19 : gradient de réponse des oiseaux aux dérangements d’origine humaine
(d’après Hill
et al.
1997) : en fonction de la tolérance au dérangement des espèces,
un site peut devenir moins attractif même pour des niveaux moyens de dérangement
Conséquences à moyen terme des dérangements
Un défaut de prise alimentaire (dû soit à la diminution de prise de
nourriture soit à l’augmentation des dépenses énergétiques) peut avoir un
impact significatif pour l’individu, voire pour la population, dans la mesure
où l’oiseau ne peut plus accumuler les réserves énergétiques nécessaires à la
survie hivernale (particulièrement lors d’hivers rigoureux), à la migration ou
à la reproduction (voir par exemple Davidson, 1981 ; Davidson & Evans,
1988 ; Ebbinge, 1989 ; Evans, 1991). Or le dérangement se traduit souvent
par un arrêt de l’activité, en particulier alimentaire, puis par un envol suivi
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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d’un repos forcé pendant lequel l’oiseau ne s’alimente toujours
pas. Par
exemple, dans le cas des dérangements cycliques, liés aux activités récréa-
tives de fin de semaine, les oiseaux sont contraints à un repos forcé d’une à
deux journées assez élevé pendant ces journées (observation personnelle).
Sur le plan physiologique, l’envol correspond à une dépense énergé-
tique importante. De plus, le repos forcé qui suit ne permet pas de compenser
la perte subie juste après le dérangement. De nombreuses études ont montré
que l’augmentation des dépenses énergétiques journalières due aux déran-
gements est comprise entre 5 % et 25 % (Bélanger & Bédard, 1990 ; Rid-
dington
et al
., 1996 ; Lefeuvre, 1999). Ces besoins sont dépendants du temps
passé en vol après un dérangement. Les oiseaux seront d’autant plus sen-
sibles aux dérangements que leur condition corporelle (masse de lipides et de
protéines) est au plus bas (Lefeuvre, 1999).
La perte de temps d’alimentation alliée à une diminution de la vi-
tesse de nourrissage peut provoquer une diminution de la consommation de
nourriture de 10 à 20 % par jour (Bélanger & Bédard 1990) et jusqu’à 50 %
dans des situations de dérangements fréquents (Riddington
et
al
., 1996).
Pour compenser ces pertes énergétiques, les oiseaux peuvent modifier leur
comportement et leur rythme alimentaire. Par exemple, les oiseaux
s’alimentent plus souvent, pendant des périodes brèves, ce qui leur permet de
se reposer aux moments de plus forte fréquentation humaine (Davidson &
Rothwell, 1993). Dans les îles Britanniques, au cours de la saison estivale,
les dérangements liés aux personnes sur un site estuarien provoquent une
diminution du temps d’exploitation de cette zone. Les effets des dérange-
ments sont cependant atténués par une diminution des périodes de repos
classiques chez les trois espèces étudiées, l’Huîtrier pie, le Courlis cendré et
le Chevalier gambette
Tringa totanus
(Fitzpatrick &Bouchez, 1998).
Les oiseaux présentent par ailleurs de nombreuses possibilités
d’adaptation aux dérangements, telles que l’accoutumance à la présence
relativement proche d’humains aux activités pacifiques et la diminution de
leur distance d’envol, qui permettent de limiter le temps perdu et une aug-
mentation du temps consacré à la surveillance lorsque des risques de déran-
gements existent (Riddington
et al.
, 1996). Toutefois, si les dérangements
deviennent trop fréquents, des sites peuvent être abandonnés comme cela a
été observé notamment sur l’estuaire de la Vilaine (France) (Schricke, 1982).
En baie du Mont-Saint-Michel (France), les stationnements des limicoles ont
évolué depuis le début des années 1980 avec en particulier une diminution
de la fréquentation d’un secteur de la partie normande. Cette diminution est
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particulièrement nette pour certaines espèces qui ont déserté le site comme
les Barges rousses
Limosa limosa
et les Bécasseaux maubèches
Calidris
canutus
mais est également visible pour d’autres espèces comme l’Huîtrier
pie, ou le Bécasseau variable
Calidris alpin
(Le Dréan-Quénec’hdu
et
al
.,
1995). Ce changement peut en partie s’expliquer par une augmentation de la
pression de dérangement sur ce secteur. La conséquence est donc identique à
une perte d’habitat temporaire (Madsen, 1995 ; Goss-Custard
et al
., 1994).
Chasse et dérangements
Parmi les dérangements occasionnés par les activités humaines aux
oiseaux d’eau, ceux causés par la chasse sont sûrement les mieux documen-
tés. De nombreuses publications ont été consacrées à cet aspect (notamment
Bell & Owen, 1990 ; Madsen & Fox, 1995 ; Fox & Madsen, 1997 ; Le-
feuvre, 1999). Des réserves, où la chasse est théoriquement interdite en
toutes saisons, ont été créées pour compenser les dérangements liés à la
chasse (voir Triplet
et al.
2003).
Analyser une situation
Un gestionnaire d’aire protégée doit mettre en œuvre différents
moyens afin d’éviter les dérangements qui peuvent affecter la survie des
espèces qu’il doit protéger. Pour en arriver là, des études diverses sont né-
cessaires.
Une étude sur le dérangement est avant tout comportementale. Elle
consiste d’abord à déterminer ce qui permet de conclure à un dérangement.
L’observation du comportement d’un individu soumis à un élément inhabi-
tuel montre l’existence de quatre zones (
figure
20). Dans le cas de l’entrée
d’un humain dans la zone d’alerte, l’oiseau se montre inquiet, relève la tête,
stoppe son activité. Quand la personne entre dans la zone d’évitement,
l’oiseau se déplace en marchant, en sautillant, ou en nageant puis s’envole si
la personne change de zone jusqu’à arriver dans la plus proche où les oi-
seaux ne peuvent tolérer une présence source possible pour eux de prédation.
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Figure
20 : les quatre zones
Bien définir de quoi on parle
Sur le terrain, les dérangements liés aux activités se manifestent de
deux façons :
- une personne ou un groupe, à pied, à cheval, ou pratiquant une activité
sportive avec un engin, passe et effarouche les oiseaux qui décollent. Ce
dérangement est dit actif.
- l’autre est beaucoup plus difficile à mettre en évidence. Il s’agit d’un dé-
rangement dit passif. Une personne ou groupe de personnes se trouvent sur
une zone favorable à des stationnements d’oiseaux, mais ceux-ci ne peuvent
être présents en raison de cette présence humaine. Les personnes concernées
diront qu’elles ne dérangent pas puisqu’il n’y a pas d’oiseaux. Mais on peut
dire également qu’il n’y a pas d’oiseaux parce qu’il y a quelqu’un. Se pose
alors la difficile appréciation de ce qui dérange et de ce qui ne dérange pas.
Il est nécessaire de distinguer la fréquentation des dérangements. La
fréquentation concerne l’ensemble des activités et des pratiquants de ces
activités. Et cela peut ne pas forcement conduire à des dérangements, du
moins actifs. Il est toujours très important de mettre en œuvre une étude de la
fréquentation, elle permet de relativiser les activités les unes par rapport aux
autres (voir fiche de présentation dans cet ouvrage).
Dans l’idéal, l’étude dérangement doit se faire dans le même laps de
temps. Il est cependant nécessaire de bien prendre en compte des faits impor-
tants.
- La fréquentation par les activités humaines est la plus élevée en période
clémente, du printemps à l’automne. Dans les zones sans reproduction
Distance de fuite
Distance d
’
alerte
ZONE D
’
INDIFFÉRENCE
ZONE D
’
ALERTE
ZONE D’ÉVITEMENT
ZONE
D
’ «
ATTAQUE
»