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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Annexe
: Kitesurf et oiseaux : quelles connaissances ?
Le kitesurf est un sport nouveau attire l’attention par son côté « sport ex-
trême » permettant aux pratiquants de glisser sur l’eau mais également de se dépla-
cer en vol sur des distances parfois considérables. Ceci n’a pas été sans poser de
problèmes de sécurité et, dans ses débuts, ce sport a connu de nombreux accidents
graves voire mortels, ayant conduit tant les autorités que les associations de prati-
quants à prendre des mesures. La recherche de grands espaces libres de toute fré-
quentation et isolés par rapport à des constructions côtières a conduit les adeptes à
utiliser des zones encore naturelles et sauvages sur lesquelles ils se trouvent confron-
tés à des objectifs de conservation.
L’état de la connaissance
Les données chiffrées concernant les effets de cette activité sur les oiseaux
sont très limitées. Un texte paru sur internet constitue pratiquement l’unique preuve
d’un problème. Ce texte de Richard Smith,
The Effect of Kite Surfing on Wader
Roosts at West Kirby, Dee Estuary
(site internet, paru vers 2004) montre que les
voiles en elles-mêmes, par leur surface et la hauteur à laquelle elles sont pilotées,
peuvent constituer une première cause de dérangement. De plus, le kitesurf ne né-
cessitant pas de tirant d’eau pour se déplacer, peut s’approcher très près des repo-
soirs de marée haute et provoquer des dérangements importants. Une analyse des
comptages réalisés sur plusieurs années permet de démontrer une diminution des
effectifs chez l’Huîtrier pie et le Chevalier gambette en période hivernale. La dimi-
nution provient du passage répété des engins qui provoquent un départ durable.
En-dehors de ce texte, on trouve quelques citations sur les problèmes rela-
tionnels existants. La D
IREN
Languedoc Roussillon (2007) énumère le kitesurf et la
planche à voile parmi les activités pouvant conduire à un dérangement
intentionnel
ou non intentionnel des espèces à proximité de sites de reproduction ou de zones de
reposoir pour les oiseaux (
Catalogue régional des mesures de gestion des habitats et
des espèces d’intérêt communautaire, type Lagunes littorales
, 278 p).
J. Davenport et T.A. Switalski (2006) ont mis en ligne un chapitre d’un ou-
vrage sous le titre : « Environmental impacts of transport, related to tourism and
leisure activities ». Ils montrent qu’il y a conflit entre les kitesurfers et les oiseaux, et
plus particulièrement les limicoles, les sternes et les laridés. Les kitesurfers déran-
gent le long du littoral où les sternes et les autres oiseaux se nourrissent. Eux et les
kitebuggies interfèrent également avec les limicoles à la limite du flot. Le kitesurf
est également considéré comme élément dérangeant les oiseaux nicheurs sur le
Padre Island National Seashore.
Mary-Ann Smyth & Julia Cox (2006) considèrent que les principaux im-
pacts du kitesurf sont les dérangements potentiels pour les limicoles, et l’érosion des
dunes de sable utilisées comme parking ou piétinées (
Extreme tourism in South
Ayrshire
, Ayrshire Council, RSK ERA Limited).
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Sur l’estuaire du Humber, le kitesurf provoquent des dérangements consi-
dérables sur les oiseaux (
Humber Management Scheme
).
Contrairement à une idée répandue, ces petites embarcations ne sont pas
moins problématiques que les bateaux à moteur pour les oiseaux. Au contraire,
avançant sans bruit et au ras de l’eau, elles provoquent souvent une panique impor-
tante parmi les oiseaux d’eau, surtout lorsqu’elles sont proches des roselières (
Jour-
nal des Grèves, lac de Neuchâtel
, 66, juillet 2007).
Valérie Horyniecki (2006,
Impact et gestion des sports de nature dans les
espaces naturels protégés
. C
EL
, Rivages de France, 54 p.) résume ainsi les effets des
kitesurf sur les oiseaux :
- fuite / envol,
- perturbation pendant les phases de repos et de nidification,
- dérangement des zones refuge,
- augmentation de la vigilance.
Les connaissances sont cependant loin d’être complètes et Stefan Türk,
Edwin Jakob, Alexander Krämer & Ralf Roth dans une synthèse intitulée
Outdoor
recreation activities in nature protection areas – situation in Germany
, (Working
Papers of the Finnish Forest Research Institute 2) précisent que les impacts du
kitesurf sur les populations d’oiseaux littoraux n’ont pas été pleinement analysés.
Les mesures suggérées ou prises
Richard Smith, auteur de la seule étude chiffrée, propose une interdiction de
la pratique entre septembre et mars, au moment où les besoins énergétiques des
oiseaux sont les plus importants et où tout envol non naturel est source de déséqui-
libre énergétique potentiel.
Le kitesurf a été interdit complètement dans différents sites (Padre Island
National Seashore en 2003). Ceci a conduit différentes autorités fédérales à suivre
l’exemple du service des parcs nationaux des États-Unis à l’interdire sur d’autres
sites, tant pour les problèmes de dérangements d’oiseaux que pour les relations con-
flictuelles avec d’autres activités sportives.
Le Park Victoria a mis en place une zone d’exclusion qui ne concerne que
cette activité (Thompson Berrill Landscape Design Pty Ltd [2006]
Point Henry
Foreshore Management Plan
. 103 p.)
Sur les îles Hilbre (
Rapport des agents de terrain
.
janvier 2003 à août 2004,
Comité local de gestion de la réserve naturelle,), une zone d’exclusion marquée par
des bouées jaunes a été modifiée afin de prendre en compte les kitesurfs qui déran-
geaient les reposoirs d’oiseaux.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Le schéma de mise en valeur de la mer du golfe du Morbihan a été adopté
(7 mars 2006) afin d’éviter le dérangement de la faune et de maintenir des zones de
tranquillité, la navigation dans les parties en amont des rivières de Noyalo et du
Vincin sera interdite (sauf l’accès aux mouillages), de même que la pratique du
kitesurf et du scooter des mers.
Sur le lac de Neuchâtel, une signalisation a été mise en place afin de maté-
rialiser des zones d’interdiction afin d’interdire les activités comme le kitesurf con-
sidéré comme dérangeant pour les oiseaux.
Valérie Horyniecki indique que la prise d’un arrêté inter-préfectoral en
2004, interdisant la pratique du kitesurf dans le périmètre de la réserve naturelle du
Banc d’Arguin (dans un but de protection des oiseaux) a été immédiatement suivie
d’une demande de réalisation d’étude scientifique. Les kitesurfers se sont mobilisés
pour que les preuves des nuisances soient apportées. Cette démarche engagée par les
sportifs n’est pas un cas isolé et tend à se généraliser. C’est ainsi que le rapport
Noo-
sa River Marine Zone Proposal Final Report to Maritime Safety Queensland
in-
dique que différentes personnes consultées souhaitaient plus d’études sur les déran-
gements des limicoles afin de déterminer l’impact réel du kitesurf.
Les structures associatives spécialisées sensibilisent de leur côté les prati-
quants en leur faisant prendre conscience de la nécessité de ne pas déranger les oi-
seaux et les phoques (messages semblables au Royaume-Uni et en France), mais il
est clair que la plupart du temps, des individuels sont la cause des problèmes. En
effet, dans maints sites, des codes de bonnes pratiques ont vu ou voient le jour (Noo-
sa river, Grouville Bay, baie de Somme,...)
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Déterminer les réactions aux dérangements chez
les anatidés
Matthieu G
UILLEMAIN
, Vincent S
CHRICKE
,
Maud P
OISBLEAU
& Daphné D
URANT
Pour quoi faire ?
Fournir des zones de calme suffisant aux oiseaux fait partie des
objectifs les plus classiques de gestion des milieux naturels. Une fois les
zones les plus utilisées par les oiseaux et leurs périodes de plus grands
besoins énergétiques identifiées, il convient de s’assurer que la pression de
dérangement par les activités humaines est suffisamment faible (idéalement
nulle) de manière à ce que ces zones soient utilisées à leur plein potentiel.
Le gestionnaire doit déterminer quelles sont les sources principales
de dérangement sur les sites dont il a la charge et les espèces qui y sont les
plus sensibles. Il prend les mesures nécessaires pour limiter ces
dérangements, de manière réglementaire (interdiction de certaines activités
dans certains secteurs ou à certaines périodes) ou par la mise en place
d’aménagements adaptés.
Les principaux types de dérangement
Les canards et les oies étant pour la plupart des espèces chassées, on
pense logiquement à la chasse comme une source de dérangement
potentiellement importante pour ces espèces (Fox & Madsen, 1997 ;
Tamisier
et
al
., 2003). Les effets de la chasse en termes de dérangement ont
effectivement été démontrés très clairement de manière expérimentale par
des études sérieuses et impartiales (Madsen, 1998a ; 1998b). Outre la chasse,
cependant, le risque que traduit la présence des êtres humains pour ces
espèces se manifeste dans leur réaction envers un grand nombre d’autres
activités (voir, par exemple, la revue de littérature dans Dahlgren &
Korschgen, 1992 ; Triplet & Schricke, 1998). En zone littorale, les activités
industrielles affectent les oiseaux d’eau plutôt
via
la perte ou la dégradation
(
e.g.
pollution) d’habitats que
via
le dérangement qu’elles peuvent
occasionner. Dans ces zones, le dérangement est plus le fait d’activités de
loisirs, telles que la promenade (en particulier si les promeneurs sont
accompagnés de chiens), les pêcheurs à pied, les véliplanchistes et, plus
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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récemment, les kitesurfers (Davidson & Rothwell, 1993 ; Triplet
et
al
., 2003). Le dérangement que peut causer la présence de certains
prédateurs (
e.g.
survol des groupes de canards par les Busards des roseaux
Circus aeruginosus
, [Guillemain
et
al
., 2007a]) n’est pas traité ici.
Comment faire ?
Afin de pouvoir comparer les situations (sites ou périodes) sur une
base chiffrée, il faut tout d’abord de quantifier la fréquence des différents
types de dérangements. Comme dans le cas des observations focales, on note
pendant une période donnée assez longue (la demi-journée ou la journée
semblant une base de temps adéquate) tout événement de dérangement ainsi
que l’heure à laquelle il se produit. Ces données permettront de quantifier les
évènements les plus fréquents et le nombre de répétitions par unité de temps.
Dans l’idéal, il convient de réaliser simultanément des mesures de
comportement sur les oiseaux, observations focales et/ou par balayage, afin
d’estimer dans quelle mesure un dérangement altère le budget d’activités, si
les oiseaux se déplacent ou quittent la zone, le temps qui leur est nécessaire
pour revenir à un comportement standard, etc.
Outre la réponse instantanée à ces évènements ponctuels
(Riddington
et
al
., 1996), les oiseaux peuvent aussi avoir tendance à moins
utiliser les zones où les dérangements sont les plus fréquents (Hill
et
al
.,
1997). On pourra quantifier ce phénomène en cartographiant la position des
individus, par rapport aux sources de dérangement potentiel (point de vue
utilisé par les touristes, route, etc.). En pratique, l’utilisation d’un télémètre
(appareil de mesure des distances) couplé à une mesure d’azimut pour
chaque individu permet de réaliser des cartes de répartition des oiseaux très
précises. On peut aussi utiliser des repères naturels (îlot, arbres, etc.) pour
positionner les individus visibles sur un fond de carte.
La distribution et le comportement des individus restent, cependant,
le résultat de l’interaction de très nombreux facteurs, de sorte qu’il est
parfois difficile de démontrer de manière empirique l’effet du dérangement
en lui-même. La distribution des oiseaux peut en effet être plutôt soumise à
des relations de dominance, de sorte que les zones les moins peuplées
peuvent être à la fois les plus dérangées ou au contraire les meilleures zones
que les individus les plus dominants s’approprient (distribution idéale
despotique [Stephens & Krebs, 1986]). Une solution couramment employée
est d’étudier le dérangement de manière expérimentale. On peut, par
exemple, s’avancer vers un groupe d’oiseaux jusqu’à ce qu’ils s’envolent,
pour déterminer leur distance de fuite (
e.g.
Bregnballe
et
al
., 2009a). On peut