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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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d’oiseaux, la présence de personnes n’aura que des effets minimes, par
exemple, l’envol des oiseaux vers d’autres zones. Étant donné qu’à cette
période de l’année les températures sont élevées (relativement à l’hiver), les
oiseaux ont peu de besoins énergétiques et ces besoins peuvent être compen-
sés rapidement en raison de l’abondance des ressources alimentaires. L’effet
lié à un dérangement est faible.
- À l’inverse, en hiver, les températures de plus en plus basses entraînent des
besoins énergétiques allant croissant, tandis que les ressources alimentaires
vont, au contraire en diminuant. Un même dérangement a donc des consé-
quences plus importantes qu’en été.
Ainsi, si l’étude fréquentation et l’étude dérangement montrent une
importante pression humaine en été, qui se traduit par de nombreux déran-
gements, ceux-ci n’auront pas les mêmes conséquences qu’une faible pré-
sence en hiver avec des dérangements qui, bien que moins nombreux, indui-
ront des dépenses énergétiques fortes, pouvant être préjudiciables.
En baie de Somme, sur la base des observations de terrain, un mo-
dèle a été développé, qui montre que, chez l’Huîtrier-pie, il y a tolérance à
des dérangements faibles lorsque les ressources alimentaires sont élevées et
que les températures sont clémentes. Par contre, en cas de vague de froid, la
tolérance aux dérangements doit être égale à zéro, car le moindre dérange-
ment augmente la dépense énergétique, ce qui se traduit, dans le modèle, par
une augmentation de la mortalité des oiseaux (Goss-Custard
et
al
., 2006).
La perception différente que chaque observateur peut avoir du mo-
ment où l’oiseau réagit fait qu’il est convenu qu’il y a dérangement lorsque
le ou les oiseaux s’envolent. Chaque envol peut donc être attribué à une
cause. Un tableau de synthèse, indiquant les variables prises en compte per-
met ultérieurement une analyse objective des différentes causes de dérange-
ments et cela pour les différentes espèces. Ce premier degré de la connais-
sance peut être suivi de travaux complémentaires, par exemple, sur les modi-
fications du rythme d’activité. À la suite d’un dérangement, les oiseaux se
sont envolés, se posent et généralement se reposent au moins quelques ins-
tants (ce qui est appelé le temps de repos forcé), puis tentent de reprendre
leur activité alimentaire. Ces éléments peuvent être mesurés, ce qui permet
de déterminer l’importance du dérangement dans la répartition spatio-
temporelle et l’alimentation des oiseaux.
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Déterminer et quantifier les dérangements
L’étude des dérangements nécessite l’adoption de prises de mesures
standardisées :
- déterminer les causes de dérangements avec la plus grande précision, y
compris les envols liés aux passages de rapaces et les causes indéterminées,
- définir le nombre de dérangements par activité et pour des périodes de
temps données (par exemple, calcul d’une moyenne rapportée à une heure),
- définir le nombre d’occurrences de l’activité ayant conduit à un dérange-
ment (par exemple, nombre de cavaliers sur le site au moment où un cavalier
a provoqué un dérangement),
- noter l’espèce dérangée et le nombre d’individus concernés,
- noter le temps de vol comme étant le temps qui sépare le décollage du pre-
mier oiseau et la pose du dernier,
- noter le lieu utilisé comme zone refuge et sa caractéristique (zone alimen-
taire, zone de pré reposoir à partir duquel les oiseaux vont aller sur le repo-
soir si l’activité dérangeante est survenue au moment de la marée montante),
- noter le temps de repos forcé, temps qui sépare le moment où les oiseaux se
mettent au repos après le dérangement du moment à partir duquel la moitié
des oiseaux du groupe reprennent une activité alimentaire (Triplet et
al
.,
1999),
- noter le rythme d’activité avant le dérangement (voir fiche descriptive) et le
rythme après dérangement, ce dernier devant être étudié de manière plus
précise, par un relevé toutes les cinq minutes jusqu’à un retour à la normale.
Noter dans ce cas le temps nécessaire pour ce retour à la normale,
- noter le rythme de captures de proies dès le début de la reprise, en particu-
lier si la recherche alimentaire se produit sur des quadrats dans lesquels le
benthos a été échantillonné (voir fiche descriptive),
- si les oiseaux sont revenus sur des quadrats échantillonnés, noter la densité
d’oiseaux.
Analyser les distances d’envol
Définition
La distance d’envol est considérée comme étant la distance minimale
à partir de laquelle un oiseau s’enfuit lorsqu’une source de dérangement ou
de menace se rapproche de lui (Smit & Visser, 1993; Madsen & Fox, 1997).
Elle est influencée par différents facteurs : la masse des oiseaux, la taille du
groupe, les conditions météorologiques (Triplet
et
al
., 1998 ; Triplet &
Gembarski, 2001 ; Laursen
et
al
., 2005), le site et la réaction aux activités
humaines pratiquées (Triplet
et
al
., 2002). Il est également nécessaire pour
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les oiseaux d’effectuer un choix entre la prise d’un risque à laisser la menace
se rapprocher et celle de dépenser de l’énergie à s’envoler (Triplet
et
al
.,
1999).
La relative facilité à observer les limicoles a permis l’acquisition de
nombreuses données qui ont abouti sur la détermination de constantes :
- la distance d’envol est d’autant plus importante que les oiseaux sont plus
lourds (Smit & Visser, 1993 ; Davidson & Rothwell, 1993 ; Burns & Yden-
berg, 2002 ; Fernandez-Juricic, 2002 ; Triplet
et
al.
, 2001). Une conséquence
importante de cette situation est que la zone impactée par un humain est
proportionnelle à la taille des oiseaux, par exemple, un Tadorne de Belon
(
Tadorna tadorna
) comparativement à un oiseau de petite taille comme le
Bécasseau variable (
Calidris alpina
) (Smit & Visser, 1993 ; Davidson &
Rothwell, 1993).
- les grands groupes s’enfuient à de plus grandes distances que les petits ou
que les individus isolés,
- les oiseaux sont plus facilement dérangés par une approche directe que par
une approche tangentielle (Blumstein, 2003 ; Triplet
et
al
., 2007),
- la distance d’envol est également déterminée par la distance d’approche de
l’observateur (Blumstein, 2003 ; Triplet et
al
., 2007).
La diminution de la distance d’envol peut également être le fait
d’oiseaux arrivant de migration, la fatigue les conduisant à adopter une dis-
tance de sécurité inférieure à celle de leurs congénères stationnés sur le site
depuis plus longtemps.
Pratique
Analyser les distances d’envol consiste à approcher un groupe
d’oiseaux et à mesurer la distance à laquelle un premier oiseau du groupe
s’envole. Cette mesure s’effectue avec un télémètre laser. Cette méthode
fournit de nombreuses indications sur les distances respectives des espèces,
mais les résultats doivent être analysés et interprétés avec précaution. En
effet, ce n’est pas parce qu’un oiseau décolle uniquement à quelques di-
zaines de mètres qu’il est moins farouche qu’un oiseau s’envolant à plusieurs
centaines de mètres. Il est peut-être fatigué d’un long voyage et calcule
qu’un envol peut s’avérer inutile, voire dangereux. De plus, il se peut qu’il
ne décolle pas parce qu’il ne sait pas où aller (Gill
et
al
., 2001).
D’autres précautions doivent être prises, car il a été montré qu’en
fonction de la distance initiale séparant les oiseaux de la source de dérange-
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ment, l’envol se produisait plus ou moins tôt. Actuellement, pratiquement
toutes les études ont été faites dans des zones découvertes (vasières) et par
des personnes approchant à pied. Il manque de données quantifiées pour ce
qui concerne d’autres sources de dérangements, par exemple, les cavaliers,
les kitesurfers (
annexe
), les chars à cerf volant,… Autant de pratiques con-
nues pour leurs effets, mais pour lesquelles l’approche méthodologique n’est
pas évidente.
Utiliser les résultats
Les études de fréquentation et de dérangements doivent aboutir, le
cas échéant, à la prise de mesures destinées à remédier à des situations qui
pourraient devenir problématiques pour les oiseaux. Citons :
-
l’éducation du public, coûteuse en temps, mais qui vise à faire aimer la
nature. Elle doit être l’action première à entreprendre et nécessite une bonne
connaissance de la biologie des espèces concernées, des problèmes que
celles-ci rencontrent, des habitudes et demande des visiteurs, ceci afin de
mettre en place une série d’actions adaptées. Elle a été mise en place effica-
cement aux États-Unis (Burger
et al.
, 2004).
-
la gestion participative qui permet de sensibiliser les structures et associa-
tions locales. Elle peut aboutir à la mise en place d’un dispositif de surveil-
lance et de sensibilisation reposant sur des personnes spécialement formées
qui peuvent relayer l’information auprès du public.
-
la signalisation qui indique à l’aide de pancartes les zones fragiles et invite
les gens à les respecter. Elle n’est efficace qu’accompagnée de la présence
régulière d’agents chargés d’expliquer pourquoi des panneaux ou des piquets
ont été mis en place. Sans surveillance, les panneaux ont une durée de vie
courte en raison des nombreuses dégradations qu’ils risquent de subir. La
signalisation a été associée à la canalisation et à l’éducation du public pour
diminuer avec succès les dérangements sur les limicoles dans la baie du De-
laware (Burger
et al.
, 2004).
- la canalisation, par exemple, l’aménagement de sentiers améliorés pour les
différents usagers. Ceci n’est pas possible sur le domaine public maritime où
toute forme de cheminement doit être accompagnée de mesures de sécurité
importantes et qui entraine pour le gestionnaire une prise de responsabilités
très contraignantes.
- l’exclusion qui interdit l’accès au site par des moyens physiques : elle est
difficile à mettre en œuvre sur le domaine public maritime qui, par défini-
tion, est un bien collectif. Par contre, si elle est spatialement et/ou temporai-
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rement limitée, elle peut être mise en œuvre par arrêté préfectoral, pour une
période allant de un à trois ans, renouvelables.
-
l’interdiction consistant à expliquer qu’une activité n’est pas autorisée sur
le site. Elle demande au préalable de bien connaître l’impact de cette activité
sur les oiseaux et que les protocoles utilisés aient été largement validés de
telle sorte qu’il n’y ait aucune contestation possible ; arrêté préfectoral ?
-
la sanction qui réprime les actes interdits. Elle est à utiliser quand les autres
moyens de persuasion s’avèrent inopérants ou que les personnes au compor-
tement perturbateur manifestent une mauvaise volonté évidente ou mettent
en difficulté les agents chargés de la tranquillité du site et des espèces.
Conclusion
Les premières et plus importantes études menées à l’origine concer-
naient le rôle de la chasse comme activité de dérangements. Au fil des an-
nées, des activités autres ont également montré qu’elles pouvaient avoir des
effets sur la distribution et le comportement des oiseaux. Ainsi, les activités
sportives et de loisirs ont été à l’origine de différents disfonctionnements au
niveau d’aires protégées littorales. Ceci a conduit les gestionnaires à déter-
miner l’importance des dérangements et à proposer des mesures en consé-
quence. La réponse immédiate et unique de la réglementation fait de plus en
plus place à la recherche de solutions négociées, basées sur la sensibilisation
des acteurs.
Il appartient au gestionnaire d’une aire protégée de mener des études
qui lui permettront d’attirer l’attention des autorités administratives sur un
problème à régler, puis de trouver la solution la plus adéquate, afin simulta-
nément, mieux préserver les oiseaux, tout en ne s’aliénant pas l’opinion pu-
blique, avec les risques que cela peut comporter pour la mise en œuvre d’une
stratégie globale de conservation de l’espace concerné.