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HYDROGÉOLOGIE
Pour arriver au but que je me propose, il est
nécessaire de résoudre la question que je vais
présenter : sa solution est de la plus grande importance.
Est-il bien vrai que la matière du feu agisse toujours
dans les opérations chimiques où on l’emploie, qu’elle
agisse, dis-je, en instrument simplement mécanique, ne
s’unissant jamais aux matières qu’elle divise et
sépare
? Ou bien, agit-elle à-la-fois, et comme
instrument mécanique, en divisant et séparant les
parties des corps, et comme instrument chimique, en
s’unissant elle-même aux matières qu’elle dénature, et
dont elle devient un des principes constituans de leur
nouvel état ?
L’observation des faits les plus connus et les mieux
constatés, prouve que le second cas de la question est
le seul conforme à la vérité, et que le premier ne l’est
nullement. J’espère en convaincre bientôt ceux qui
donneront quelque attention à ce Mémoire.
Si le feu calorique était un instrument simplement
mécanique, avec lequel il soit possible de diviser les
corps, de détruire totalement l’état de combinaison de
leurs principes, et de les en séparer chacun isolément,
de manière à pouvoir les recueillir à part pour

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HYDROGÉOLOGIE
en faire l’examen, alors les chimistes auraient raison de
dire que les produits de leurs analyses sont des
matières qui existaient toutes formées dans les
substances qu’ils ont analysées.
Mais nous verrons qu’il n’en est pas ainsi, et qu’à
mesure que la matière du feu s’introduit dans une
substance, si elle en écarte d’abord les parties ou les
molécules essentielles par l’effet de son mouvement
expansif
et
répulsif
, si ensuite elle en sépare ou fait
exhaler certains principes, il n’en est pas moins très-
vrai qu’elle se fixe elle-même plus ou moins
abondamment dans les résidus de cette substance, et
qu’elle forme surtout avec leurs principes les plus
fixes, une combinaison plus ou moins intime, qui
constitue un ou plusieurs corps particuliers et
nouveaux. Dans ce cas, on sent assez que ces corps
n’ont rien de commun avec la substance sur laquelle on
a opéré, et qu’ils ne pouvaient être contenus dans cette
substance (
1
).
Il importe maintenant que je fasse remarquer qu’on
emploie l’action du feu par la voie humide comme par
la voie sèche, avec
__________
(1) Voyez mes
Mémoires de Physique et d’Histoire naturelle
, §.
461 à 466
.

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HYDROGÉOLOGIE
des résultats à très-peu-près semblables. En effet, dans
l’un et dans l’autre cas, c’est toujours la même matière
qui agit. Or, lorsqu’elle agit assez fortement pour
dénaturer les corps, elle ne le fait jamais en simple
instrument mécanique : c’est toujours alors en se fixant
plus ou moins abondamment dans les substances
qu’elle pénètre et qu’elle dénature, que son action est
exercée. Elle forme donc avec les principes qui la
fixent, des corps nouveaux, des combinaisons
véritablement particulières en sorte que les produits des
opérations faites par son moyen, soit par la voie sèche,
soit par la voie humide, ne sont jamais des matières
auparavant existantes dans les substances qui ont
subies ces opérations.
Examinons donc quels sont les résultats de l’action
du feu sur les corps qu’il dénature dans chacune des
deux voies où l’on peut l’employer.
PREMIÈRE PARTIE.
De l’action du feu employé comme instrument
chimique par la voie sèche.
J’appelle
action du feu par la voie sèche,
celle
qu’exerce le feu calorique à nu dans l’air

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HYDROGÉOLOGIE
ambiant, sur les corps soumis à son influence.
J’ai prouvé dans mes différens ouvrages de
physique, que ce calorique à nu était auparavant du feu
fixé et combiné dans certains corps, d’où il a été
dégagé et réduit en calorique par la combustion (
1
).
Lorsque le feu calorique à nu agit sur un corps,
d’abord il pénètre dans sa masse et s’introduit entre les
molécules essentielles qui la constituent. Bientôt après,
par les suites de son état expansif, ce feu qui est
répulsif dans tous les sens, écarte les molécules de ce
corps, dilate sa masse, ou la fait entrer en fusion, ou
même en volatilise les parties, si ce corps est
susceptible d’éprouver l’une ou l’autre de ces
modifications ; et tant que le feu calorique qui agit, n’a
pas altéré la nature du corps soumis à son action, il est
bien évident qu’il n’agit alors qu’en simple instrument
mécanique.
Mais il n’en est pas de même, lorsque le
__________
(1) La matière du feu étant libre et refoulée sur elle-même par le
frottement des corps solides entr’eux, ou par l’impulsion de la
lumière, est aussi très-souvent réduite directement en
calorique
; mais
comme le calorique provenu par cette voie n’est pas employé
communément par les chimistes, il n’en sera pas ici question. (
Voyez
mes
Recherches
, n°332 à 338, et mes
Mémoires de Physique
, § 217).

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HYDROGÉOLOGIE
calorique a dénaturé la substance soumise à son action,
c’est-à-dire, lorsqu’il a détruit l’état de combinaison de
ses principes, et je vais essayer de faire voir qu’alors
une partie du calorique qui agit, se fixe et se combine
avec les résidus de la substance qu’il a dénaturée, et
qu’il forme avec ces résidus des matières absolument
nouvelles.
Si l’on examine attentivement ce qui arrive à tous les
corps que l’on fait griller, rôtir, calciner, on aura
occasion de se convaincre que la fixation du feu dans
ces corps, n’est pas une de ces idées vagues que
l’imagination seule a pu créer, et qu’aucun fait bien
considéré n’appuie.
Sans doute, une partie des faits que je vais citer ne
paroîtra pas d’abord autoriser la conséquence que j’en
tirerai ; mais si ensuite j’obtiens sans contradiction la
même conséquence de quelqu’autres faits connus bien
concluant, les premiers y participeront nécessairement,
dès que leur analogie avec les seconds aura été montrée
jusqu’à l’évidence. Commençons par exposer les faits
qui paraissent les moins concluans.
La fixation du feu dans un grand nombre de corps,
que tous les jours, pour nos usages, nous faisons griller
ou rôtir, est indi- [indiquée]