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HYDROGÉOLOGIE

quée dans certains cas par un caractère commun de
couleur, et de saveur qu’acquièrent tous ces corps, à
mesure que le feu, après en avoir fait exhaler la plus
grande partie de l’humidité et de l’air qu’ils
contiennent, se fixe dans leurs substances. Si, par
exemple, c’est à la fixation du feu dans les grains de
café bien grillés, qu’il faut attribuer la couleur et la
saveur particulières qu’acquièrent ces grains lorsqu’on
les torréfie, ce dont je suis très-persuadé, on ne doit
plus être étonné de voir que tant de graines différentes,
telles que des petites féves, des haricots rouges, des
graines de houx, des grains d’orge ou de seigle, etc.
étant bien grillés, sont tous les jours employés par le
peuple en guise de café. Ces graines, quoique très-
diversifiées par leur forme et leurs qualités propres,
acquièrent toutes cependant, par la torréfaction, c’est-à-
dire, par la fixation d’une certaine quantité de feu qui
se combine dans leur substance, des qualités
communes, et qui sont analogues à celles qu’a reçu le
café dans la même circonstance.

Les viandes et le pain rôtis, enfin le sucre brûlé,

connu sous le nom de 

karamel

, n’acquièrent cette

saveur particulière qui plaît à tout le monde, que parce
que le calorique,


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HYDROGÉOLOGIE

après en avoir fait dissiper une portion de l’eau et de
l’air que ces matières contenaient, s’est en partie fixé
lui-même dans ces substances. Aussi lorsqu’en
continuant d’exposer ces mêmes substances à
l’influence du feu, on les réduit à l’état de charbon, on
ne fait autre chose, après toutes les dissipations que le
calorique produit d’abord, que d’y fixer complétement
le feu lui-même jusqu’à 

saturation

, et de l’y fixer dans

l’état carbonique. Alors les qualités savoureuses et les
demi-teintes des colorations sont anéanties, et le
nouveau composé n’est plus en général qu’une base
terreuse combinée avec beaucoup de carbone.

L’empyreume, cette odeur et cette saveur

particulières qu’ont acquises les diverses matières
huileuses en partie brûlées, n’est lui-même que le
résultat de la fixation d’une portion du calorique qui a
agi sur ces matières lorsqu’elles ont été fortement
exposées à son action, et qui s’y est incomplétement
combinée.

Un savant distingué et très-connu (

1

), m’a dit avoir

prouvé depuis long-tems que l’

alkool

 n’est pas un

produit de la fermentation, qu’il n’existe nullement
dans le vin, mais que c’est réellement un produit de la
distillation ;

__________

(1) Fabroni, directeur du cabinet de Florence.


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HYDROGÉOLOGIE

et moi, j’ajoute que la distillation n’a pu produire
l’alkool, que parce qu’une portion du calorique s’est
fixée dans la partie la plus tenue du vin, s’est combinée
légèrement avec le principe acide de cette liqueur, et
lui a communiqué l’inflammabilité, la volatilité, et les
autres qualités qui caractérisent cet esprit ardent, à-la-
fois huileux et salin.

Les cendres de nos foyers, séjournant long-tems

après leur formation, dans le foyer même qui les
contient, se surchargent de feu qui se fixe dans leur
substance, et qui s’y combine dans l’état salin. Elles
sont alors fort différentes par leur pesanteur spécifique,
par leur couleur et par leur alkalinité, de ces cendres
blanches, légères et à peine salines qu’on observe dans
cet état, lorsqu’elles sont récemment formées. Ces
cendres grises, pesantes et alkalines, qu’on appelle
vulgairement 

cendres recuites

,

ont alors dans leurs

molécules essentielles, une épaisseur telle qu’elles
acquièrent une véritable incandescence, et une fluidité
remarquable toutes les fois qu’elles sont fortement
pénétrées par le calorique.

Mais la fixation du feu dans des matières solides,

fortement exposées à son action, n’est nulle part plus
évidente que dans les résidus 


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HYDROGÉOLOGIE

de la pierre calcaire calcinée, c’est-à-dire, que dans la
chaux vive.

Quand on expose de la pierre calcaire à une forte et

longue action du feu calorique, ce feu subtil, pénétrant
et expansif, s’introduit bientôt, non-seulement dans
toute la masse de la pierre entre les molécules calcaires
agrégées, mais encore entre les principes constituans de
ces molécules calcaires. Le feu calorique, en pénétrant
ainsi la matière dont il est question, altère
nécessairement l’état de combinaison de ses principes,
en fait exhaler tout l’air et une très-grande partie de
l’eau qui y étaient combinés, et qui, par leur
combinaison avec les résidus fixés, faisaient l’essence
de cette matière calcaire. Enfin, après avoir opéré ces
dissipations de principes, le feu calorique se fixe lui-
même en très-grande quantité dans les résidus de cette
calcination.

Ces résidus, qui sont alors des masses plus

compactes, presque sonores, et d’un moindre volume
que n’étaient les masses calcaires avant leur
calcination, sont connus sous le nom de 

chaux-vive. 

Ils

contiennent une si grande abondance de feu qui s’y est
fixé et combiné dans l’état salin, qu’à la provocation
qu’opère le contact d’un peu d’eau qu’on lui présente,
on voit aussitôt ce feu se dégager, et 


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HYDROGÉOLOGIE

former à l’instant du calorique qui se manifeste même
avec flamme, et incendie les corps voisins.

Sans m’arrêter à rappeler ici, ce que j’ai

suffisamment prouvé ailleurs (

1

) ; savoir, que la chaux

n’était nullement existante dans la pierre calcaire,
quoique ce soit avec une partie des principes de la
matière calcaire que la chaux a été formée par la
calcination, je dirai que dans cette opération, qui n’est
qu’une torréfaction long-tems soutenue, il est évident
que le feu calorique s’est fixé lui-même dans les
résidus de la matière qu’il a dénaturée ; je dirai en outre
qu’il s’y est fixé jusqu’à 

saturation

, quoiqu’en n’y

contractant qu’une union incomplète : d’où il résulte
que le nouveau composé nommé 

chaux vive

 est alors

stationnaire ; en sorte qu’une plus longue exposition au
feu calorique ne le change plus, ou au moins n’y en
fixe pas davantage. D’après cette considération, on ne
doit plus douter que le feu ne s’amasse, et ensuite ne se
fixe dans les matières qui sont fortement exposées à
son action, et qui n’en sont point saturées.

__________

(1) Voyez mes 

Mémoires de Physique et d’Histoire naturelle

, p. 16

à 25.