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HYDROGÉOLOGIE
fient continuellement l'état de cette surface, en ce que
Les eaux douces, par leur contact, et aidées de
l'influence de l'air et du calorique, altèrent sans cesse et
détachent les molécules abrégées ou agglutinées des
corps bruts ; ensuite, par leurs lavages et leurs
écoulemens divers, elles entraînent et charient toutes
les molécules et tous les corps qui cessent d'adhérer
aux masses solides, et les transportent dans le bassin
des mers qu'elles tendent à combler.
Par ces effets, les eaux douces détruisent
insensiblement le niveau des plaines, surtout de celles
qui sont voisines de la mer ; creusent les vallons ainsi
que les bassins des rivières et des fleuves ; enfin,
taillent et aiguisent les montagnes.
Les eaux marines, au contraire, ayant
perpétuellement leur masse agitée par un mouvement
d'oscillation, et en outre se trouvant entraînées par un
mouvement général et continuel d'orient en occident,
recreusent perpétuellement le bassin qui les contient, et
le déplacent sans cesse, quoiqu'avec une lenteur
inappréciable. C'est ce que je vais essayer de faire voir
dans le chapitre qui suit.

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HYDROGÉOLOGIE
CHAPITRE II.
Pourquoi la mer a-t-elle constamment un bassin et des
limites qui la contiennent et la séparent des parties
sèches du globe, toujours en saillie au dessus d'elle ?
P
our quiconque ne pense pas ou s'exerce peu à
réfléchir, les faits les plus remarquables ne le frappent
pas s'ils sont ordinaires ; il les trouve très-simples, très-
naturels, parce qu'il les voit tous les jours, et il ne lui
vient point à la pensée que la cause de ces faits peut
n'être pas connue. Quel est l'homme, parmi le vulgaire,
qui ait jamais réfléchi sur le phénomène de la
combustion,
et qui en ait été étonné ? Comme il fait
ou
voit du
feu
tous les jours et partout, jamais il ne lui
vient à l'idée qu'il y ait quelque chose de singulier et de
peu connu dans ce fait.
De même l'habitude de voir la mer enfoncée
constamment dans un lit particulier, laissant autour de
ses limites des parties plus pesantes que ses eaux, et
néanmoins

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HYDROGÉOLOGIE
élevées ou en saillie, fait croire à l'homme vulgaire qui
a continuellement ce fait sous les yeux, qu'il n'y a rien
d'étonnant que cela soit ainsi.
Cependant tout homme capable de méditer
profondément sur les grands objets que la Nature offre
à son observation, ne peut s'empêcher d'éprouver de
l’étonnement en voyant que les
eaux marines
ont
constamment un bassin et des limites pour les contenir,
et qu'elles sont toujours enfoncées dans l'épaisseur de
la couche ou croûte externe du globe, de manière qu'en
tout tems et partout leur niveau est plus bas que cette
couche externe.
Mais
pour peu que ce philosophe observateur
examine avec attention tout ce qui a lieu à cet égard,
bientôt il s'aperçoit qu'il doit exister une cause
puissante qui force les eaux des mers à se creuser
continuellement un bassin particulier pour les contenir,
à laisser toujours en saillie une grande partie des
matières solides qui forment la croûte externe du globe,
malgré l'excès de pesanteur de ces matières sur les eaux
liquides, et enfin qui détruit sans cesse l’effet des
remplissages formés continuellement par le
mouvement des eaux douces ; en sorte que le bassin
des mers ne se remplit jamais.

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HYDROGÉOLOGIE
Voyons donc quelle pourrait
être cette cause
singulière qui empêche constamment les eaux des mers
de se répandre sur toute la superficie du globe, et qui
s’oppose à ce que les matières plus pesantes que ces
eaux, viennent remplir les lieux bas et s'y fixer.
Le bassin des mers doit son existence et sa
conservation aux mouvemens perpétuels d'oscillation
des eaux marines, ainsi qu'à un autre mouvement
général de ces eaux, lesquels sont sans cesse entretenus
par l'influence de la lune et du soleil.
Je ne balance pas à avancer que sans l'influence de la
lune, et même un peu celle du soleil, les eaux liquides
environneraient nécessairement les parties solides et
plus pesantes du globe, c'est-à-dire, le globe entier,
sous la forme d'une enveloppe générale liquide ; ne
laisseraient aucune matière plus pesante qu'elles
s'élever au dessus de leur niveau, et ne seraient jamais
renfermées et contenues dans un ou plusieurs bassins
isolés.
Or, la cause puissante qui a forcé les eaux marines
de se creuser un bassin limité et dominé par des
matières solides plus pesantes que ces eaux, et qui
empêche continuelle- [continuellement]

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HYDROGÉOLOGIE
ment ce bassin d'être comblé par le résultat des
mouvemens des eaux douces, et pas les suites de l'ordre
naturel de pesanteur des matières qui composent la
masse de notre globe ; cette cause puissante, dis-je,
c'est assurément le
mouvement d'oscillation continuel
des eaux des mers,
mouvement qui a d'autant plus de
puissance, que les eaux qui y sont assujetties, agissent
toujours alors par grandes masses, et produisent des
effets qui y sont proportionnés.
On sait en effet que deux fois par vingt-quatre heures
les eaux des mers sont élevées au dessus de leur niveau
sous le passage de la lune, et alternativement rétablies
dans leur situation ordinaire ; qu'il se forme alors deux
bosses opposées, dont les bases sont énormes en
étendue, et que, pour fournir à la formation de ces
bosses aqueuses, les eaux marines de toutes les rives
baissent ou se retirent. Il en résulte que pendant six
heures de suite, les eaux littorales se retirent pour
fournir aux bosses générales des deux hémisphères ;
que les six qui suivent sont employées au retour des
eaux dans leur situation ordinaire, et qu'à peine ce
retour a-t-il été achevé les eaux repartent et ensuite
reviennent de même en subissant dans tous les cas les
retards que la lune subit elle-même dans son cours.