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Добавлен: 19.01.2021
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De meme l'habitude de voir la mer enfoncee constamment dans un lit particulier, laissant autour de ses limites des parties plus pesantes que ses eaux, et neanmoins elevees ou en saillie, fait croire a l'homme vulgaire qui a continuellement ce fait sous les yeux, qu'il n'y a rien d'etonnant que cela soit ainsi. Cependant tout homme capable de mediter profondement sur les grands objets que la Nature offre a son observation, ne peut s'empecher d'eprouver de l’etonnement en voyant que les eaux marines ont constamment un bassin et des limites pour les contenir, et qu'elles sont toujours enfoncees dans l'epaisseur de la couche ou crofite externe du globe, de maniere qu'en tout tems et partout leur niveau est plus bas que cette couche externe.
Mais pour peu que ce philosophe observateur examine avec attention tout ce qui a lieu a cet egard, bientot il s'aper5oit qu'il doit exister une cause puissante qui force les eaux des mers a se creuser continuellement un bassin particulier pour les contenir, a laisser toujours en saillie une grande partie des matieres solides qui forment la crofite externe du globe, malgre l'exces de pesanteur de ces matieres sur les eaux liquides, et enfin qui detruit sans cesse l’effet des remplissages formes continuellement par le mouvement des eaux douces ; en sorte que le bassin des mers ne se remplit jamais.
Voyons donc quelle pourrait etre cette cause singuliere qui empeche constamment les eaux des mers de se repandre sur toute la superficie du globe, et qui s’oppose a ce que les matieres plus pesantes que ces eaux, viennent remplir les lieux bas et s'y fixer.
Le bassin des mers doit son existence et sa conservation aux mouvemens perpetuels d'oscillation des eaux marines, ainsi qu'a un autre mouvement general de ces eaux, lesquels sont sans cesse entretenus par l'influence de la lune et du soleil.
Je ne balance pas a avancer que sans l'influence de la lune, et meme un peu celle du soleil, les eaux liquides environneraient necessairement les parties solides et plus pesantes du globe, c'est-a-dire, le globe entier, sous la forme d'une enveloppe generale liquide ; ne laisseraient aucune matiere plus pesante qu'elles s'elever au dessus de leur niveau, et ne seraient jamais renfermees et contenues dans un ou plusieurs bassins isoles.
Or, la cause puissante qui a force les eaux marines de se creuser un bassin limite et domine par des matieres solides plus pesantes que ces eaux, et qui empeche continuelle- [continuellement]
ment ce bassin d'etre comble par le resultat des mouvemens des eaux douces, et pas les suites de l'ordre naturel de pesanteur des matieres qui composent la masse de notre globe ; cette cause puissante, dis-je, c'est assurement le mouvement d'oscillation continuel des eaux des mers, mouvement qui a d'autant plus de puissance, que les eaux qui y sont assujetties, agissent toujours alors par grandes masses, et produisent des effets qui y sont proportionnes.
On sait en effet que deux fois par vingt-quatre heures les eaux des mers sont elevees au dessus de leur niveau sous le passage de la lune, et alternativement retablies dans leur situation ordinaire ; qu'il se forme alors deux bosses opposees, dont les bases sont enormes en etendue, et que, pour fournir a la formation de ces bosses aqueuses, les eaux marines de toutes les rives baissent ou se retirent. Il en resulte que pendant six heures de suite, les eaux littorales se retirent pour fournir aux bosses generales des deux hemispheres ; que les six qui suivent sont employees au retour des eaux dans leur situation ordinaire, et qu'a peine ce retour a-t-il ete acheve les eaux repartent et ensuite reviennent de meme en subissant dans tous les cas les retards que la lune subit elle-meme dans son cours.
Ces phenomenes du flux et reflux des mers ne s'operent point sur toutes les cotes a la fois, mais successivement, en commen5ant par celles qui sont les plus voisines de la zone torride, et finissant vers chaque pole de la terre, avec des irregularites qui tiennent aux formes et aux situations des cotes.
A ces considerations il faut ajouter que chaque bosse, c'est-a-dire, que le centre de chacune de ces elevations des eaux se deplace sans cesse, et se trouve successivement sous chaque meridien et son anti- meridien, a mesure que le mouvement progressif de la lune dans son orbite, la fait passer dans chacun des meridiens dont il s'agit.
Il resulte donc des faits connus que je viens de citer, une oscillation continuelle dans la masse entiere des eaux des mers, qui deplace sans cesse ces eaux meme dans leur fond ; qui les force de se creuser, proportionnellement au mouvement qu'elles re?oivent, un lit ou un bassin plus ou moins isole qui s'entretient toujours, puisque la cause qui l'a forme ne cesse d'agir ; enfin, qui repousse perpetuellement vers les bords de ce bassin, tous les aterrissemens et les depots amenes dans ce meme bassin par les eaux douces. Ajoutez ces oscillations perpetuelles des eaux marines, les mouvemens qu'elles re?oivent dans certaines regions par des courans rapides ; les uns variables, parce qu'ils dependent des marees et de la position des continens et des iles ; les autres constans, parce qu'ils sont produits par un mouvement general des mers dont nous allons bientot parler, et qui n'est jamais interrompu. En un mot, ajoutez a ces mouvemens locaux des eaux marines, ceux occasionnes par les tempetes auxquelles ces eaux sont exposees, par des feux et des volcans sous-marins, etc.
Ce que je viens d'exposer suffit pour faire sentir que le vaste bassin des mers, qui ne se comble jamais, a ete forme et se conserve par les suites du mouvement de ses propres eaux ; et que le mouvement des eaux salees, s'operant necessairement dans de grandes masses de ces eaux, et meme dans leur masse entiere, a tant de puissance, qu'il repousse ou rejette constamment vers les rivages les aterrissemens et les remplissages apportes par les eaux douces, et qu'ainsi il s'oppose efficacement au comblement du bassin des mers.
Mais ce mouvement d'oscillation, qui s'opere dans la masse des eaux marines, prend principalement son origine dans l'influence de la lune, qui l'entretient perpetuellement.
Voila ce qu'il etait necessaire de remarquer ce qui montre comme tout s'enchaine, et ce qui fait sentir que la solution du probleme auquel donne lieu l'existence du bassin des mers, est appuyee sur des faits generalement reconnus, et non sur des suppositions gratuites.
Si la lune avait plus de masse ou qu'elle fut encore plus voisine de la terre, et que par cette raison elle elevat tous les jours les eaux des mers a une plus grande hauteur ; il n’est pas douteux qu'alors le bassin des mers deviendrait plus profond, plus simple, et que toutes les eaux marines n'acquissent plus de reunion.
Au contraire, si la lune avait mille fois moins de masse, ou qu'elle fut une fois plus eloignee de la terre qu'elle ne l'est ; alors le mouvement d'oscillation des eaux marines serait une fois moins grand, le bassin de ces eaux aurait une fois moins de profondeur et l'etendue que ces memes eaux occuperaient a la surface du globe, serait une fois plus grande.
Supprimez entierement le satellite de la terre ; alors, au bout d’un tems suffisant, les eaux marines n'auront plus de bassin particulier, et elles couvriront en totalite la superficie du globe terrestre. Le physicien-naturaliste peut seul apercevoir toutes les consequences qui resulteraient de la suppression de ce satellite de la terre.
A toutes ces considerations j'ajoute que si, au lieu de la lune, la terre avait pour satellite, et a la meme distance que celle de la lune, une planete aussi grosse que Jupiter (ce que je sais bien ne pouvoir etre), il n'est pas douteux que les mouvemens d'oscillation de nos eaux marines ne fussent alors bien plus considerables. Les bosses aqueuses, sous le passage de Jupiter, seraient extraordinairement grandes, et il en resulterait que les mers ne pourraient occuper que tres-peu d'etendue a la surface du globe, mais y auraient une profondeur enorme. Tel est vraisemblablement le cas ou se trouve la lune elle-meme ; car la terre, planete principale, ayant dans sa masse une grande superiorite sur celle de la lune, opere sur les eaux de cette derniere des effets si puissans, qu'elle resserre l'etendue de ses mers, au point qu'a peine peut-on les bien distinguer. Aussi n'est-il pas certain que ce qu'on prend pour des mers dans la lune, en soient reellement.
Tant que les mers auront un bassin particulier, c'est- a-dire, ne formeront pas autour du globe une enveloppe generale liquide, le centre de forme de ce globe ne sera jamais exactement le meme que son centre de gravite.
Une cause a laquelle on n'a peut-etre pas fait suffisamment attention, me parait devoir changer continuellement, quoique avec une lenteur extreme, le centre de gravite du globe terrestre, et en faire varier sans cesse la situation.
C'est un fait certain, que le mouvement des eaux a la surface du globe terrestre change continuellement cette surface, denature son plan, detruit sa forme, et, par une suite necessaire, fait varier sans cesse l'etat de masse de tous les rayons de ce globe, qui se font equilibre les uns aux autres. Il en resulte que ce changement perpetuel de l'etat de masse des rayons terrestres doit entrainer proportionnellement le deplacement du centre de gravite du globe, et le separer du centre reel que je nomme centre de forme.
En effet, les rayons de matiere dont l’ assemblage compose le volume et la masse de notre globe, doivent tous se ressembler, sinon par l’identite de matiere, du moins par le rapport de leur masse, et par consequent de leur pesanteur, avec la seule difference qui nait de ce que les uns ont un mouvement ou une force centrifuge plus ou moins considerable, que les autres n'eprouvent point : ils doivent donc se ressembler par le rapport de leur gravitation, puisqu'ils sont en equilibre les uns avec les autres.
Cependant le mouvement des eaux change sans cesse l’etat de masse de chacun de ces rayons, quoique plus ou moins, selon les circonstances de leur situation particuliere ; car il donne aux uns et ote aux autres des portions de matieres solides, c'est-a-dire, de matieres plus denses, et par consequent plus pesantes que les eaux ; ce qui deplace necessairement le centre de gravite de ces rayons.
Ainsi, par l'effet de l’inegalite de rapport entre la masse des rayons terrestres et leur longueur, le centre de gravite du globe n'est pas le meme que son centre de forme. En effet, par une suite de l'inegalite de masse des rayons de ce globe, il arrive que le centre de gravitation est reellement a cote du centre de forme, au lieu d'etre confondu avec lui.
J'ajouterai que si, comme on l'a cru jusqu'ici, le centre de gravite du globe terrestre coincidait parfaitement avec le centre de forme de cette planete, il serait evident que les rayons terrestres en opposition se ressembleraient par leur longueur et par le rapport de leur masse. Or, comment concevoir qu'un rayon terrestre qui aboutit aux grandes profondeurs de la mer, et qui par consequent est termine par une colonne d'eau de 5 kilometres (une lieue forte) ou peut- etre davantage en longueur, soit egal en masse a un rayon oppose, compose entierement de matiere solide, si celui-ci n'est plus court que l'autre ? Comment concevoir que le rayon terrestre qui soutient les Alpes de la Suisse, pays le plus eleve de l'Europe, ne soit pas un peu plus court que le rayon oppose qui aboutit a l'Ocean austral, a environ 40 myriametres (presque 100 lieues) de la Nouvelle-Zelande ?
A la verite, comme, selon mon opinion, toute la masse interieure du globe doit etre quartzeuse et meme totalement vitreuse, et que ce n'est que pres de sa surface que se trouvent les matieres composees pierreuses, terreuses et autres, ainsi que les eaux ; la distance du centre de gravite du globe a son centre de forme, ne peut etre que fort petite. Cette distance, qui vraisemblablement n'equivaut pas a la millieme partie en longueur d'un rayon terrestre, fait que l'axe de rotation ne passe pas loin du centre de forme ; en sorte que la vitesse de la revolution diurne de tous les points de la surface du globe, qui sont sur le meme parallele, ne parait pas inegale, quoiqu'elle le soit reellement un peu.
Il resulte, a ce qu'il me semble, de ce que je viens d'exposer, qu'a mesure que l'Ocean deplace son lit en s'avan5ant d'un cote quelconque, ce que je vais prouver tout a l'heure, le centre de gravitation du globe se deplace egalement. Et l'on con5oit que ce centre depla?able, qui est necessairement oppose aux plus grandes profondeurs de l'Ocean, aura fait une revolution complete autour du centre de forme, lorsque l’Ocean aura acheve sa revolution autour du globe ; revolution qu'il parait avoir faite au moins une fois.
CONCLUSION DE CE CHAPITRE.
Quoique l'influence des eaux douces sur les parties nues de la surface de notre globe tende continuellement a alterer tous les corps, a detacher de toutes les masses solides, des particules qui en faisaient partie ; a les entrainer, les charrier et les transporter dans les feux les plus bas, et consequemment a contribuer sans cesse au comblement du basin des mers, qui est force de les recevoir, d'apres les considerations exposees dans ce chapitre, on peut maintenaant [sic] conclure que ce comblement est impossible.
Il l'est d'abord, parce la masse des eaux marines recevant, de la part de la lune et meme du soleil, un mouvement de balancement perpetuel, recreuse continuellement son bassin, et rejette sur ses bords toutes les matieres qui tendaient a le remplir.
Il l'est ensuite, parce que ces memes eaux des mers, dans leur rotation commune avec les autres parties du globe, eprouvant, de la part des memes astres, une influence qui les retarde, en acquierent un mouvement particulier d'orient en occident, qui, par sa continuite, deplace peu a peu leur bassin, et lui fait parcourir successivement tous les points de la surface de la terre. Le fondement de ces interessantes considerations va recevoir un nouveau jour dans le chapitre qui suit.
On voit donc maintenant pourquoi la mer a constamment un bassin et des limites qui la contiennent et la separent des parties seches de la surface du globe, toujours en saillie au dessus d'elle ; et l'on sait que c'est principalement a l’influence du satellite de la terre que la cause de ces faits doit etre rapportee.
CHAPITRE III.
Le bassin des mers a-t-il toujours ete ou nous le voyons actuellement ? et si l'on trouve despreuves du sejour de la mer dans des lieux ou elle n'est plus, par quelle cause s'y est-elle trouvee, etpourquoi n'y est-ellepas
encore ?
I l semble, au premier abord, que la solution des questions qui viennent d'etre presentees soit reellement hors de la portee des connaissances humaines ; en sorte que pour oser entreprendre de la trouver, il faille avoir une presomption deraisonnable de ses propres moyens.
Neanmoins, si on met un peu d'ordre dans les considerations qui appartiennent a ces grandes questions, on verra sans doute avec surprise que les objets recherches, se simplifiant de plus en plus par ce moyen, peuvent etre veritablement connus par la seule voie de l’observation.
L'examen des causes physiques fait sentir, a quiconque y donne toute l'attention convenable, que malgre l'oscillation continuelle des eaux marines, operee principalement par l'influence de la lune, le bassin des mers ne pourrait pas subsister s'il n'eprouvait aucun deplacement, tandis qu'en admet tant le deplacement successif de ce bassin dans une direction quelconque, alors toutes les difficultes s'applanissent, quelque lent que puisse etre ce deplacement.
Or, les effets que les causes physiques rendent necessaires a cet egard, des monumens authentiques attestent qu'ils ont eu lieu et qu'ils continuent d'exister. Voyons donc d'abord ce que les causes physiques rendent ici necessaire ; nous porterons ensuite notre examen sur la realite des monuments qui constatent partout le deplacement successif du bassin des mers dans une direction determinee, et son sejour dans tous les points de la surface du globe.
Les
remplissages apportes continuellement par le mouvement des eaux
douces combleraient le bassin des mers ou eleveraient le niveau de
ses eaux au dessus de la surface moyenne du globe, si une cause sans
cesse active n'operait le deplacement de ce bassin.
Si le bassin des mers n'eprouvait aucun deplacement, quelque fortes que soient les oscillations des eaux marines, les remplissages apportes par les eaux douces retreciraient de plus en plus ce bassin et finiraient par le combler, ou au moins par elever graduellement le niveau de ses eaux au dessus de la surface moyenne du globe ; ce qui les forcerait de rompre leurs limites et de se repandre sur cette surface. En effet, ou le repoussement des aterrissemens sur les bords amoncelerait ces aterrissemens sur toutes les rives, et y eleverait de tous cotes des dunes, dont la hauteur ne cesserait de s'accroitre que lorsque le poids des eaux les aurait rompues quelque part, ou les eaux marines, insensiblement elevees dans leur niveau, se feraient jour par les embouchures des fleuves pour se repandre partout hors de leurs limites : l'un de ces deux effets aurait lieu necessairement.
Mais, au moyen d'un deplacement continuel du bassin des mers, opere dans un sens quelconque, le bassin et les limites de ces mers se conservent, malgre leurs deplacemens, dans l'etat qui leur est propre, comme celui ou nous les voyons maintenant.
En effet, par la nature d'un mouvement general des eaux marines, dont nous allons parler dans l'instant, les aterrissemens sont portes vers les bords que la mer abandonne et ne le sont jamais vers celles de ses limites qu'elle ronge insensiblement. La mer, en effet, repousse toujours d'un cote toutes les matieres qu'elle re?oit ou qu'elle detache, et qui cedent an mouvement de ses eaux, et de l’autre cote elle degrade et envahit sans cesse, quoiqu'avec une lenteur qui nous empeche d'apercevoir son deplacement.
Ainsi, outre que les mers, perpetuellement resserrees par les remplissages qu’occasionnent les eaux douces, recreusent sans cesse leur bassin par le mouvement meme de leurs eaux, on ne saurait douter qu'elles
n'obeissent, en recreusant leur lit, a une impulsion
particuliere qui les dirige dans un sens unique, et qui force leur bassin a se deplacer, quoique insensiblement.
Cette consideration est si evidente, qu'elle n'a pu echapper a l'attention de plusieurs physiciens qui ont ecrit sur cette matiere, et qui se sont trouves forces d'admettre, comme un fait incontestable, ce deplacement successif du bassin des eaux marines.
Je dois donc maintenant m'occuper seulement a faire remarquer que le deplacement perpetuel du bassin des mers qui fait necessairement laisser en saillie les parties qu'il abandonne, en sorte que ces parties sont alors plus elevees que le niveau des eaux marines. S'il en etait autrement, l'on sent bien que le bassin des mers ne se conserverait pas, parce qu'insensiblement les eaux s'etendraient regulierement au tour du globe entier. Mais les eaux marines degradant sans cesse les rives des terrains qu'elles doivent envahir, et repoussant en meme tems les aterrissemens vers les bords qu'elles abandonnent, il en resulte que la mer s’enfonce, d’un cote, graduellement dans une partie de l’epaisseur de la couche solide et externe du globe, tandis qu'elle abandonne et laisse en saillie de l’autre cote les contrees qu'elle recouvrait auparavant.
Si l'on doute que la mer puisse laisser en saillie les parties qu'elle abandonne, je dirai d'abord que cela est prouve par le fait ; car on connait en Europe, en France meme, des terrains que la mer a abandonnes, et l'on sait qu'ils ne sont pas au dessous du niveau des eaux marines, et qu'ils ne peuvent pas l'etre. Je dirai ensuite que les resultats connus des mouvemens des eaux des mers presentent deux effets opposes. Dans certaines contrees, les mouvemens des eaux marines degradent continuellement les rives, et envahissent insensiblement le pays qu'elles bordent. Dans d'autres contrees, l'effet constant des mouvemens des eaux de mer est de rejeter toujours sur les cotes toutes les matieres que l'eau a pu deplacer ou entrainer, de les y amonceler insensiblement, et par une suite necessaire, d'elever ces cotes en y formant des dunes remarquables.
Sur ces dunes, il s'etablit par la suite des vegetaux qui les consolident, et leurs debris, successivement entasses et consumes, y forment, avec le tems, une couche de terres fertiles ou cultivables, qui va toujours en s'epaississant, et qui eleve progressivement le sol.
Les choses arrivent reellement ainsi, parce que les eaux marines re?oivent de la part d'une cause que nous allons indiquer, une impulsion particuliere, constante, reglee dans sa direction, et qui leur communique un mouvement general de I'est vers I'ouest.
L'Ocean atlantique a perpetuellement un mouvement d'orient en occident qui est bien reconnu, et que l'on estime etre au moins de 3 lieues par vingt-quatre heures, ou d'un huitieme de lieue par heure ; ce mouvement porte les eaux de cet Ocean contre l'Amerique, et plus particulierement sur les Antilles, parce qu'il est plus fort entre les tropiques qu'ailleurs. Mais comme les eaux retenues dans le golfe du Mexique font obstacle, ainsi que les Antilles, il en resulte que les eaux qui arrivent sans cesse de l'orient, se partagent et forment deus courans, dont l'un, tres- remarquable par sa rapidite, porte du sud au nord, et est connu sous le nom de canal de Bahama; l'autre courant longe la cote de la Guyane et porte vers le sud.
C'est sans doute a ce mouvement perpetuel des eaux de l'Ocean atlantique, qu'il faut attribuer l'excavation du milieu de l'Amerique, qui forme le golfe du Mexique ; et l'on doit presumer qu'a la suite des siecles il rompra l'isthme de Panama, et transformera l'Amerique en deux tres-grandes lles ou deux petits continens separes.
On a soup?onne que cette impulsion, qui porte sans cesse les eaux des mers a se mouvoir d'orient en occident, pouvait provenir de celle de la lumiere du soleil, qui semble chasser continuellement les eaux marines vers l'occident.
Cette cause peut bien produire quelque effets, mais elle n'est pas la seule qui agisse, et meme c'est la plus faible de celles qui ont lieu. Selon moi, la principale cause du mouvement general des eaux des mers doit etre attribuee a l'influence de la lune, c'est-a-dire, au resultat de la gravitation des eaux marines vers la lune, a mesure qu'elle passe vers les points qui dominent ces eaux.
On a en effet remarque entre les tropiques, que, par une suite de l’elevation successive des eaux sous chaque meridien, lors du passage de la lune, la mer paraissait aller de l'est a l'ouest. Cela est conforme aux effets physiques qu'on devait attendre ; car, le globe tournant sur son axe d'occident en orient, les eaux marines, emportees par ce mouvement general du globe, doivent eprouver de la part de la lune qui les attire, un retard particulier, puisqu'elles constituent une matiere plus susceptible de ceder a cette puissance, que les matieres solides qui composent le reste du la surface de notre globe.
Telle est sans doute la cause principale qui communique sans cesse aux eaux des mers un mouvement general de l'est vers l'ouest.
D'apres ce que je viens d'exposer, l'on con5oit que les mers, ayant un mouvement general qui les porte sans cesse de l’orient sur l'occident, doivent degrader et envahir continuellement le cote de l'est des continens, et abandonner proportionellement les cotes occidentales de ces memes continens a mesure que leur bassin se deplace. Il devrait resulter de cette cause, une forme et une disposition particuliere des continens, qui leur donnerait plus d'etendue en longitude qu'en latitude, rendrait leur etendue en longueur plus parallele a l’equateur. Cela cependant n'est pas generalement vrai : en voici la raison.
Si l'on fait attention que le mouvement general des mers, qui les porte de l'orient vers l’occident, est peu rapide, puisque les eaux marines, dans les regions ou leur mouvement general est le plus fort, ne parcourent que trois a quatre lieues par vingt-quatre heures, on sentira que ces eaux ne doivent degrader qu'avec une extreme lenteur les matieres solides des continens qu'elles minent ; et qu'en attendant qu'elles se soient ouvert un passage libre dans leurs cours, elles sont forcees de refluer vers d'autres points, et de former dans les directions de ces points, des courans non interrompus qui portent sur ces points une partie des gradations et des envahissemens de ces mers.
Alors on ne sera plus etonne de voir que dans leurs efforts de deplacement de l’est vers l'ouest, les mers arretees par l’Amerique et par les cotes orientales de la Chine refluent en grande partie vers le pole du sud, et avancent continuellement de ce cote les principales portions de leur bassin.
Les mers, dans leur mouvement general, faisant effort pour se frayer un passage au travers de l'ancien continent, sur ses rives orientales, ont depuis long-tems reduit la portion de ce continent qui unissait la Nouvelle-Hollande a l’Asie, en un archipel qui comprend les lles Moluques, Philippines et Marianes, et qui est entierement comparable a celui qui, dans l'immense golfe du Mexique pris dans toute son etendue, constitue les lles sous le vent et les Antilles. Mais dans le golfe du Mexique, la mer n'a pas encore force et rompu l'isthme de Panama ; au lieu que dans le golfe qui comprend les Moluques et les Philippines, elle s'est ouvert plusieurs passages qui lui permettent de communiquer avec la mer des Indes par une voie plus courte que par le sud de la Nouvelle-Hollande.
Que l'on compare, sur une bonne carte, l'archipel des Moluques et des Philippines, a celui que les Antilles et les lles sous le vent forment dans le golfe du Mexique, on verra que, pour la situation generale, c'est absolument la meme chose, et que la Nouvelle- Hollande est, par rapport a l’archipel des Moluques, ce que l'Amerique meridionale est par rapport aux Antilles.
La mer n'ayant pu forcer jusqu'a present l’isthme de Panama, ses deviations vers le sud, et la rapidite de ses courans vers la pointe australe de l’Amerique, sont parvenus a detacher du continent de l’Amerique l'lle de Magellan.
Elle fit autrefois la meme chose sur les cotes orientales de l'ancien continent ; car alors, n'ayant pu s'ouvrir des passages entre les Moluques, le detroit de la Sonde, etc. elle deviait forcement vers le sud, le long de la Nouvelle-Hollande, et y formait des courans qui parvinrent a detacher l'lle de Nouvelle-Zelande de la Nouvelle-Hollande, qui elle-meme tenait alors au continent.