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Добавлен: 19.01.2021
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Enfin, ce fut toujours par une suite de la deviation forcee des mers vers le sud, dans le mouvement general de l'est a l'ouest, que l’ile de Madagascar fut detachee de l'Afrique, et que l'ile de Ceylan le fut de l'Inde.
On voit donc que, quoique le mouvement general des mers soit essentiellement de l'est vers l'ouest, puisqu'il resulte de l'action de la lune qui retarde les eaux marines dans leur mouvement commun avec la masse entiere du globe, neanmoins les obstacles qu'eprouvent les mers dans leur cours vers l'ouest, les for5ant de devier, depuis bien des siecles, du cote du sud, le deplacement du bassin des mers est en train de se faire de ce cote, et non uniquement vers l'ouest.
Il parait, d'apres les observations de plusieurs naturalistes voyageurs, qu'il est certain que la mer se porte graduellement, depuis un grand nombre de siecles, dans les regions situees au-dela de l'equateur ; en sorte que, dans ces regions, les iles semblent tous les jours s'enfoncer de plus en plus dans les eaux, et diminuer dans les diametres de leur etendue. Les Maldives ne sont que les sommets des montagnes d'une grande ile longitudinale detachee autrefois du sud-sud- ouest de l'Inde, etc. Au contraire, dans les regions boreales de notre globe, diverses observations connues attestent que la mer s’y abaisse insensiblement.
M. Thunberg a fait voir que le detroit du Sund se retrecissait tous les jours, au point de faire prevoir que ce passage sera sous peu de siecles interdit aux navires, et que la mer Baltique pourra devenir un vaste lac.
On sait que le terrain de la Hollande et de la Zelande etait anciennement cache sous les eaux, et que celui de la cote orientale d'Angleterre est actuellement bien plus eleve qu'il ne l'etait autrefois.
On a observe que la mer baisse dans l'espace de cent ans, de quarante-quatre pouces sur les cotes de la Suede ; ce qui prouverait que ce pays n'existait pas encore il y a deux mille ans, ou du moins que ses montagnes n'etaient que des lles. Ce resultat d'observations trouve un appui dans l'opinion de Tacite, qui dit expressement que les Sagons habitent des lles ; aussi remarque-t-on que la Suede offre tous les symptomes d'un pays tout nouvellement sorti des eaux, tres-peu de terre vegetale sur un roc.
M. Pallas a prouve que la mer Caspienne avait occupe, dans l'Asie, un espace bien plus grand que celui qui la contient maintenant ; et il est arrive a l'espace qui la separe de la mer Noire, avec laquelle elle communiquait autrefois, ce qui arrivera immanquablement un jour an detroit du Sund, et vraisemblablement un jour au detroit de Calais, ou la jonction de l’Angleterre a la France s'operera de nouveau, et transformera la Manche en un golfe profond et retreci dans le fond, comme la mer Rouge.
Enfin, un grand nombre d'observations consignees dans differens ouvrages, attestent que, sur les cotes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, d'Italie, d'Espagne, etc. la mer s'est eloignee en beaucoup d'endroits.
Comme les mers, a cause de la resistance de l'Amerique et de l’Asie orientale, sont, depuis quantite de siecles, en train de se porter vers le pole austral, et qu'elles envahissent continuellement de ce cote ; tandis que du cote du nord elles abandonnent et elevent proportionnellement le sol, l'equilibre qui se detruit de plus en plus dans la pesanteur du rayon terrestre boreal et du rayon austral, doit faire changer insensiblement les deux points opposes de l'axe de rotation du globe. Cela se peut d'autant plus, que cet axe n'est que rationnel, et qu'il doit s'accommoder aux mutations de pesanteur des rayons terrestres.
Quoique de pareils changemens soient, relativement a notre existence ephemere, d'une lenteur excessive, on se convaincra qu'ils s'operent effectivement, si l'on fait attention aux antiques observations des Egyptiens, recueillies recemment en Egypte par le citoyen Nouette. En effet, parmi ces observations, qui remontent a une grande antiquite, puisque les pretres egyptiens faisaient Enumeration de trois cent quarante-un rois qui ont regne dans l'espace de 11,340 ans, il en est qui attestent qu'autrefois la ville de Sienne etait sous le tropique, et qu'au solstice d'ete, le soleil observe d’Alexandrie, n'etait eloigne du zenith que de 7 degres.
Il paralt donc que le point boreal de rotation se rapproche insensiblement de l'Europe, puisque Sienne et Alexandrie en sont maintenant moins eloignees qu'autrefois.
Au reste, on peut remarquer que les changemens que les deux points polaires sont dans le cas de subir par les causes que j'ai indiquees, peuvent tres-bien s’observer sans faire varier l’inclinaison de l'axe terrestre sur le plan de l’ecliptique. La variation lente qu'on observe dans cette inclinaison, me parait independante de celle des points polaires.
Je reviens au deplacement du bassin des mers, et je dis que ce deplacement est necessairement irregulier, puisque les points de resistance qui se rencontrent dans sa direction naturelle, ne sont et ne peuvent etre vaincus successivement qu’avec beaucoup d'irregularite ; mais ces deplacemens n'en ont pas moins constamment lieu, et dans quelque sens que ces deplacemens s'operent, les mers n'en parcourent pas moins successivement tous les points de la surface du globe ; ce dont nous allons donner de nouvelles preuves. Il suffit a present qu'on sache que dans cette operation, dont la lenteur est inappreciable, la mer divise, detruit et envahit constamment d'un cote les continens qu'elle rencontre sur son passage, tandis que de l’autre cote elle s'abaisse sans cesse, abandonne le sol apres l’avoir eleve, et referme derriere elle de nouveaux continens qu'elle reviendra detruire un jour.
Des monumens authentiques et irrecusables attestent que la mer a reellement autrefois sejourne dans des points de la surface du globe ou maintenant elle n'est plus.
Lorsqu'un examen approfondi de l'etat des choses nous montre que, sans l'existence de la lune dans le voisinage de la terre, les mers n'existeraient point elles- memes telles que nous les voyons, c'est-a-dire, n'auraient pas un bassin creuse dans l'epaisseur de la crofite externe du globe, des limites et un niveau toujours plus bas que le niveau commun des parties seches de cette crofite ; lorsqu'ensuite on voit que les effets necessaires du mouvement des eaux douces rendent impossible la fixite des mers dans le meme bassin et la conservation de ce bassin, tandis que les suites naturelles de l’influence de la lune sur les mers fournissent une cause suffisante du deplacement successif des mers et de la conservation de leur bassin, il est bien satisfaisant pour le physicien observateur de la Nature, qui tremble toujours de s'egarer dans ses recherches ; il lui est bien satisfaisant, dis-je, de voir qu'une masse de monumens irrecusables et de la plus grande antiquite vient pleinement confirmer ce que la consideration des causes physiques lui annon5ait devoir etre.
Tous les naturalistes connaissent ces debris tres- anciens d'animaux et de vegetaux qu'on trouve dans le sein de la terre et a sa surface ; et qui conservent encore leur veritable forme. C'est a ces depouilles encore reconnaissables de corps organises, que j'ai donne particulierement le nom de fossiles ; nom que l'on ne doit pas etendre indistinctement, comme le font quelques naturalistes, a toutes les substances brutes et minerales qui composent la masse et, d'une maniere plus particuliere, la crofite exterieure de notre globe.
Sous ce point de vue, les os des animaux a vertebres, les debris des mollusques testacees, de quelques crustaces, de la plupart des radiaires-echinodermes (les oursins), des polypes coralligenes (les madrepores, etc.) et des parties ligneuses des vegetaux, sont veritablement fossiles, lorsqu'apres avoir ete long-tems enfouis dans la terre ou ensevelis dans les eaux, ces debris ont essuye une alteration qui, en denaturant leur substance, n'a pas neanmoins detruit leur forme, leur figure ni les traits particuliers de leur organisation.
On trouve des fossiles dans les parties seches de la surface du globe, meme au milieu des continens et dans les grandes iles : on en rencontre non-seulement dans des lieux fort eloignes de la mer, mais meme sur des montagnes et dans leur sein, a des hauteurs considerables. Comme quelques personnes paraissent encore douter qu'on ait trouve des corps marins fossiles sur les montagnes, voici quelques faits connus que j'ai recueillis sur cet objet.
Il est certain, et reconnu par mille et mille observations, dit Buffon, qu'il se trouve des coquilles et d'autres productions de la mer sur toute la face de la terre actuellement habitee, et meme sur les montagnes, d’une tres-grande hauteur. J'ai avance, d'apres l’autorite de Wodward, qui le premier a recueilli ces observations, qu'on trouvait aussi des coquilles jusque sur les sommets des plus hautes montagnes, d'autant que j'etais assure par moi-meme et par d'autres observations assez recentes, qu'il y en a dans les Pyrenees et les Alpes, a 900, 1,000, 1,200 et 1,500 toises au dessus du niveau de la mer ; qu'il s'en trouve de meme dans les montagnes de l'Asie, et qu'enfin dans les Cordilieres, en Amerique (1), on en a nouvellement decouvert a plus du 2,000 toises au dessus du niveau de la mer.
(1) Le banc de coquilles dont parle ici Buffon, fut decouvert dans les Cordilieres par don Antonio de Ulloa, en 1761, dans le gouvernement de Ouanca-Velica, a la latitude de 13 a 14 degres, sur la montagne oй est le vif argent. A l'endroit oй se trouvent ces coquilles, qu'on dit etre du genre des peignes, le mercure se soutient a 17 pouces 1 ligne et un quart ; ce qui repond a 2,222 toises et un tiers de hauteur. Voyez la note dans Buffon, a l’endroit cite ci-dessus.
Buff. Hist. Nat. Suppl. vol. V, p. 537 et 538.
“ Au dessus du pont de Pisset, dit Lamanon, dans les montagnes des Alpes, du Champsaur en Dauphine, non loin de la montagne de Chaillot-le-Viel, le barometre se soutenant a 21 pouces 2 lignes, on trouve des bancs de pierre calcaire d'un gris-blanc, dans lesquels il y a des empreintes de pectinites bien conservees. J'en ai emporte une ; c'est le fossile le plus eleve qu'on ait encore decouvert en France : il se trouve a environ 1,200 toises au dessus du niveau de la mer.
“ M. de Saussure en a trouve au commencement, a 1,172 toises au dessus de la mer, et M. Duluc, dans les Alpes de la Suisse, a 1,307 toises et un tiers au dessus du meme niveau. ” Memoires Lithologiques sur la vallee du Champsaur et de la montagne de Drouveire, par le chev. de Lamanon, p. 8.
A 900 toises au dessus du niveau des eaux de la mer, et sur la montagne dans les Alpes du ci-devant Dauphine, du cote de Gap, Faujas etant avec Guettard et Villars, botanistes de Grenoble, trouva un banc coquillier compose de buccinites de diverses especes. Ce banc, qui a plus de deux toises d’epaisseur, est recouvert d'un monticule entierement forme de nummulites (1), et cette eminence, qui est au dessus des 900 toises ci-dessus, s'appelle dans le pays, la montagne des Lentilles. Hist. Nat. de la province du Dauphine, par Faujas. Tome I, p. 260.
Le citoyen Ramond, associe de l'institut national, visita le Mont-Perdu, qu'on regarde comme la plus haute montagne des Pyrenees, et dans une lettre ecrite a cette occasion il s'exprime ainsi : “ Je visitai tout ce que la neige eternelle et d'epouvantables glaciers laisserent percer de roches nues. Partout des gres, des breches et de la pierre calcaire compacte, couverte d'empreintes et de restes de corps marins. ”
Dans la meme lettre, en parlant d'un second voyage que ce citoyen fit sur la meme montagne et par un tems plus favorable, il dit : “ Cette fois toute la structure de la montagne, le gissement et l'etat des bancs, la nature, la succession des couches, tout enfin m'a ete manifeste, et j'ai complete la collection des corps marins que ces montagnes renferment. ”
(1) Nous avons appris par les savans de l'institut d'Egypte, que c'est avec une pierre remplie de nummulites ou camerines fossiles, que le chateau du Caire a ete construit.
Au couchant comme au levant, tout est secondaire et plein de coquillages. J'ai envoye un de mes eleves vers Vignamale ; il m'en a rapporte une corne d'ammon. ”
Ce que j'ai trouve de mieux conserve en debris de corps marins, est une ammonite parfaite, l'impression exacte d'une pectinite, des empreintes de cames, des asteries, beaucoup d'hultres en substance, des caryophylites et une multitude de madrepores. ” Journal des Mines, n°. 37, p. 36, 37 et 38.
Le citoyen Picot Lapeyrouse, en parlant des alentours du Mont-Perdu, a la hauteur oй l’on rencontre des glaces et des neiges permanentes, s'exprima ainsi :
“ Le pied des neiges qui recouvrent en entier le passage de la breche du Tucarroy, est obstrue par de gros quartiers a angles vifs, de la pierre calcaire et du gres dont nous venons de parler. La surface decomposee de la pierre calcaire offre des coupes longitudinales d'une espece de came pectiniforme a cannelures profondes : elle y est tres-commune (c'est un cardium). J'y ai pris aussi un buccin a bec alonge.
Les alentours du Mont-Perdu abondent en ostracites ecailleuses de l'espece commune (ostrea ....) ; j'en ai des groupes entiers, et j'en ai d'isolees.... J'en ai d'autres melees avec des gryphytes semblables a celles que Gillet avait ramassees au pied du cirque du Marbare..
Ce ne sont pas les seules depouilles de corps marins qui aient ete deposees a une si grande hauteur. Toutes les murailles des environs du lac sont farcies d'un retepore infundibuliforme (ocellite).... La quantite prodigieuse de cette espece de polypier qu'on trouve ici, non-seulement a la surface, mais encore dans le creur de la roche, ne permet pas de douter qu'il n'y ait vecu par famille. J'ai des morceaux de ce retepore, sur lesquels sont groupes des vermiculites (des serpules) et d'autres qui sont perces par de nombreuses piqfires de vers marins. ” Journal des Mines, n°. 37, p. 55, 56 et 57.
La citation de ces observations connues suffit, je crois, pour convaincre qu'a des hauteurs considerables sur les montagnes, ainsi que dans les plaines, on trouve quantite de debris de corps marins dans l’etat fossile, et particulierement des coquillages, des asteries, des echinites et des polypiers divers.
Les fossiles sont, les uns enfouis dans la terre, et les autres gissant ?a et la a sa surface. En beaucoup d'endroits, les fossiles enfonces dans la terre y forment des bancs d'une etendue de plusieurs lieues en longueur, et meme de plusieurs centaines de lieues. On en trouve dans l'epaisseur de la crofite externe du globe, a des profondeurs tres- considerables ; au fond des puits et dans des mines les plus profondes. En un mot, le nombre de ces depouilles d'animaux marins est si prodigieux, qu'il n'est pas a croire que la mer en nourrisse davantage, et qu'il devient evident que chaque partie maintenant a nu de la surface du globe, a ete autrefois, pendant un tems tres- long, un veritable fond de mer.
Non-seulement les fossiles se trouvent dans la terre, mais ils se rencontrent aussi dans la pierre, soit tendre, soit meme la plus dure, ou ils sont situes dans toutes sortes de directions et sans regularite.
A mesure que la pierre tendre passe a l'etat de pierre dure et devient graduellement quartzeuse (1), on remarque dans ce dernier etat, entre chacune des coquilles fossiles et la masse pierreuse qui les contient, un petit espace vuide, qui est neanmoins le plus souvent interrompu par les adherences de quel- [quelques-uns]
(1) Voyez mes Memoires de Physique et d'Histoire naturelle, p. 343, §§. 492, 493, 494 et 495.
ques-uns des cotes des coquilles a la pierre.
L'espace vuide dont je viens de parler, est dfi au retrait qu'a successivement eprouve la matiere calcaire, en s'alterant pour passer a l’etat quartzeux. Quelquefois le vuide dont il s'agit est assez considerable, parce que la coquille ayant ete detruite, et ses principes entraines par la filtration des eaux, il n'en reste plus dans la pierre que le moule qu'elle a forme ; c'est-a-dire, que la masse dure, terreuse ou pierreuse dont elle se trouvait remplie avant sa destruction.
Quelquefois les retraits operes par l’alteration que subissent avec le tems les matieres minerales qui se durcissent graduellement a mesure qu'elles se denaturent (1), produisent des affaissemens, et par suite, des compressions locales si considerables, que plusieurs coquilles fossiles en sont eminemment applaties. Nos collections en offrent de nombreux exemples.
Les coquilles fossiles connues sont presque toutes des coquilles marines, c'est-a-dire, des coquilles dont les animaux ont vecu necessairement dans la mer.
On trouve, a la verite, quelquefois parmi les fossiles enfouies dans la terre, quelques coquilles terrestres et fluviatiles, qui y sont aussi dans l’etat fossile. Leur origine ne doit pas embarrasser ; car on sent que les fleuves rapides ont pu porter dans les mers des coquilles fluviatiles qui habitent dans leurs eaux ou dans celles des rivieres qui les y auront entrainees, et qu'ils auront de meme pu charier dans la mer des coquilles terrestres que des eboulemens auront precipitees dans leur sein. On en trouverait sans doute bien davantage parmi les fossiles marins, si la delicatesse en general des coquilles terrestres et fluviatiles n'etait cause que le plus souvent elles sont brisees et detruites avant d'etre parvenues a la mer.
Les coquilles fossiles doivent etre distinguees, comme celles qui sont dans l’etat vivant ou marin, en coquilles littorales et en coquilles pelagiennes. Cette distinction est d'autant plus importante a faire, que la consideration des fossiles est, comme nous l’avons deja dit, un des principaux moyens de bien connaitre les revolutions qui se sont operees a la surface de notre globe. Ce sujet a trop d'importance, et sous ce point de vue il doit tellement porter les naturalistes a etudier les coquilles fossiles, a les comparer avec leurs analogues qu'on pourra decouvrir dans l’etat marin, enfin a rechercher soigneusement les lieux ou chaque espece se trouve, les bancs qui en sont formes, les lits differens que ces bancs peuvent presenter, etc. etc. que nous ne croyons nullement deplace d'inserer ici les principales considerations qui resultent deja de ce qui est connu a cet egard.
Les fossiles qu'on trouve dans les parties seches de la surface du globe, sont des indices evidens d'un long sejour de la mer dans les lieux mimes ou on les
observe.
Comme il est maintenant reconnu et bien constate qu'on trouve des coquilles marines fossiles dans toutes les parties seches de la surface du globe, au milieu ultime de nos continens, sur les montagnes les plus elevees, a la hauteur de 1,000 a 2,000 toises au dessus du niveau de la mer, et qu'on les rencontre souvent par bancs d'une etendue et d'une epaisseur considerables, il convient de rechercher par quelle cause tant de coquilles marines peuvent se trouver dans les parties decouvertes de notre globe.
Les personnes qui mettent peu de soin a la recherche des connaissances exactes, ont pretendu que les coquilles marines jetees sur tous les continens, oй elles s'y sont transformees en fossiles, sont des monumens authentiques du deluge.
D'autres, sans nommer precisement le deluge, assurent que les fossiles sont la preuve d'une catastrophe subite et universelle, ou d’un grand bouleversement qui s’est opere, au moins a la surface du globe.
Si l’on veut admettre que le deluge ou la grande catastrophe en question ait ete cause que la mer a sejourne, pendant une suite de siecles, dans tous les lieux oй nous voyons les fossiles, ce qui a ete necessaire pour produire les bancs enormes de fossiles que nous connaissons, et les lits ou les couches regulieres qui composent la masse de ces depots de corps marins, alors je pourrai tomber d'accord sur cette possibilite, en remarquant neanmoins que la catastrophe universelle dont il s'agit, n'est pas autrement prouvee ; tandis qu'il est possible de concevoir l'existence des fossiles au milieu de nos continens, par une cause plus dans la Nature, moins extraordinaire, et sans avoir recours a des suppositions qui ne sont etayees d'aucune vraisemblance.
Dans le globe que nous habitons, tout est soumis a des mutations continuelles et inevitables, qui resultent de l'ordre essentiel des choses : elles s'operent, a la verite, avec plus ou moins de promptitude ou de lenteur, selon la nature, l'etat ou la situation des objets ; neanmoins elles s'executent dans un tems quelconque.
Pour la Nature le tems n'est rien, et n'est jamais une difficulte ; elle l'a toujours a sa disposition, et c'est pour elle un moyen sans bornes, avec lequel elle fait les plus grandes choses comme les moindres. Les mutations auxquelles toutes les choses de ce Monde sont assujetties, ne sont pas seulement des changemens de forme et de nature, mais ce sont aussi des changemens de masse et meme de situation.
Toutes les considerations exposees dans les chapitres precedens doivent nous convaincre que rien, a la surface du globe terrestre, n'est inimitable. Elles nous apprennent que le vaste ocean, qui occupe une si grande partie de la surface de notre globe, ne peut avoir son lit constamment fixe dans le meme lieu ; que les parties seches ou decouvertes de cette surface subissent elles- memes des mutations perpetuelles dans leur etat, et que tour-a-tour elles sont successivement envahies et abandonnees, par les mers.
Il est, en effet, de toute evidence que ces enormes masses d'eau se deplacent, ou plutot deplacent continuellement, et leur lit, et leurs limites.
A la verite, ces deplacemens, qui ne s'interrompent jamais, ne se font en general (1) qu'avec une lenteur extreme et presque inappreciable ; mais ils s'operent toujours, et avec une constance telle, que le lit de l'Ocean, qui perd necessairement d'un cote ce qu'il gagne de l'autre, a deja sans doute parcouru non seulement une fois, mais meme plusieurs fois, tous les points de la surface du globe.
S'il en est ainsi, si chaque point de la surface du globe terrestre a ete a son tour do- [domine]
(1) Je ne parle pas des cas particuliers a certaines localites, oй des pays sont quelquefois submerges subitement et envahis par les eaux, soit par les suites de quelque irruption volcanique, soit par la rupture de certaines des limites de la mer, d^ resulte la submersion des terrains moins eleves que son niveau. mine par les eaux, c'est-a-dire, a contribue a former le lit de ces immenses amas d'eau qui constituent les mers, il en doit etre resulte 1°. que le transport insensible, mais non interrompu, du bassin des mers sur toute la surface du globe, a dfi donner lieu a des depots de debris d'animaux marins que nous devons retrouver dans l'etat fossile ; 2°. que ce transport du bassin des mers doit etre cause que les parties seches du globe sont toujours plus elevees que le niveau des mers ; en sorte que l’ancien lit des mers ne peut devenir a decouvert sans s'elever au dessus des eaux, et sans donner lieu par la suite a la formation des montagnes qu'on observe dans tant de contrees diverses des parties nues de notre globe. Examinons quel peut etre le fondement de ces considerations.
Puisqu'il est vrai que le bassin des mers est dans le cas d'eprouver un deplacement continuel, de maniere que chaque point de la surface du globe est a son tour recouvert par les eaux, il en resulte evidemment, d'apres la lenteur presque inappreciable d'un pareil deplacement, que tout point de la surface du globe qui s'est trouve dans cette situation, y est reste necessairement pendant une longue suite de siecles. En effet, tout point du globe qui a ete envahi par les eaux, a dfi faire partie du rivage de la mer long-tems avant d'appartenir a son fond : il a donc alors re?u necessairement les debris des animaux marins qui vivent habituellement sur les rivages. Ainsi les coquilles littorales de tout genre, telles que des peignes, des tellines, des bucardes, des sabots, etc. les madrepores et autres polypiers littoraux, les ossemens d'animaux marins ou amphibies qui ont habite dans le voisinage de ces sortes de lieux, et que nous retrouvons fossiles, y sont donc des monumens irrecusables du sejour des bords de la mer sur les points de la partie seche du globe ou l'on observe ces depots.
Par la suite, ce point du globe envahi par les eaux, et dont je viens de parler, s'est eloigne insensiblement et graduellement du rivage ; il s'est de plus en plus enfonce sous les eaux, et enfin il a fait partie du lit meme de la mer, se trouvant alors un de ceux qui etaient situes dans ses grandes profondeurs : la il a necessairement re?u les debris des animaux qui vivaient particulierement dans ces lieux. Ainsi les encrinites, les belemnites, les orthoceratites, les ostracites, les terebratules, etc. tous animaux qui vivent habituellement dans le fond du bassin des mers, se retrouvant la plupart parmi les fossiles deposes dans le point du globe dont il est question, sont des temoins irrecusables qui attestent que ce meme lieu s'est aussi trouve faire partie du fond ou des grandes profondeurs de la mer.
A la verite, comme on n'a pas de preuve que tous les fossiles que je viens de nommer, appartiennent a des animaux qui vivent habituellement dans les grandes profondeurs des mers, quelques naturalistes se plaisent a repousser l’idee de l’existence des coquilles pelagiennes, et selon eux les animaux des belemnites, des ammonites, des orthoceratites, etc. n'existent plus dans la Nature.
On sent bien que tous les etres vivans qui habitent dans les grandes profondeurs des mers, doivent etre difficilement connus de l’homme, qui n'est pas a portee de pouvoir les observer ; mais en nier l'existence par ce motif, c'est ce que je ne crois pas raisonnable, et cela l’est d'autant moins, 1°. que l'on connait deja une gryphee marine et differentes terebratules aussi marines, coquillages qui n'habitent cependant point pres des rivages ; 2°. que la plus grande profondeur oй l'on puisse atteindre avec le rateau ou la drague, n'est pas denuee de coquillages, puisqu'on y en trouve un grand nombre qui ne vivent qu'a cette profondeur, et que sans les instrumens qui y atteignent et les enlevent, on ne connaitrait pas les cones, les olives, les mitres, quantite de murex, de strombes, etc. 3°. qu'enfin depuis la decouverte qu'on a faite d’une encrinite recueillie vivante, en retirant une sonde descendue dans les eaux a une grande profondeur, et ou vivait l'animal ou le polypier que je viens de citer, il n'est plus possible d'assurer qu'a cette profondeur il n'y a point d'animaux vivans : on est au contraire tres-autorise a penser que d'autres especes du meme genre et vraisemblablement d'autres animaux de genres differens vivent aussi dans de semblables profondeurs. Tout me porte donc a admettre avec Brugniere [sic pour Bruguiere], l'existence des coquillages et des polypiers pelagiens, que je distingue comme lui des coquillages et des polypiers littoraux.