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Добавлен: 19.01.2021

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Ainsi, dans beaucoup d'animaux, tels par exemple que les poissons, le fluide elastique subtil et penetrant, qui est la cause materielle du bruit ou du son, est oblige de propager ses ebranlemens au travers de la substance meme du crane, afin d'en imprimer l’effet sur l'expansion pulpeuse de leur nerf auditif ; car, dans ces animaux, tout ce qui appartient a l'organe de l'ouie, est enferme avec le cerveau dans le crane meme, et n'a aucune communication libre avec les milieux exterieurs. C'est cependant pour les poissons, au travers de l'eau d'abord, et ensuite au travers de leur crane, que le fluide, qui est la cause du bruit ou du son, doit penetrer pour arriver a leur nerf auditif. Assurement l'air ne jouit pas d'une pareille faculte. (Mem. n°. 158.).

Nollet, en parlant de l’experience d'un timbre que l’on fait sonner dans le vide, s'exprime de la maniere suivante, dans ses remarques a cet egard.

Cette experience du timbre ou d'une sonnette dans le vide, si connue et tant repetee dans les colleges, a fait conclure a bien des gens, que l'air etait le seul milieu propre a la propagation du son. Qu'il y soit propre, cela n'est point douteux ; qu'il soit le seul, je crois que c'est trop dire. Car pourquoi cette meme experience ne reussit-elle pas au gre de ceux qui la font, quand ils n'ont pas soin d'isoler le corps sonore, ou d'empecher qu'il ne touche immediatement la platine, le recipient ou quelqu’autre corps dur qui communique au dehors ? N'est-ce point parce que le son se transmet par les corps solides qui ont communication d'une part avec le timbre, et de l'autre avec l'air exterieur ? ”

On voit que Nollet, qui, se pliant aux preventions existantes, voulait que l'air fut la matiere propagative du son, se trouvait force, par les faits, d'admettre encore une autre matiere propagatrice du son. Or, on peut bien assurer maintenant qu'il n'y a qu'une seule matiere qui ait cette faculte, soit qu'elle agisse a travers la masse de l'air, soit qu'elle propage ses ebranlemens au travers de l'eau ou au travers des corps solides.

Suivons encore ce physicien celebre dans ses remarques, au meme endroit cite.

D'ailleurs (continue-t-il), la quatrieme experience ne nous laisse, ce me semble, sur cela aucun doute. Si le son ne pouvait se transmettre que par l'air, pourquoi l'entendrait-on lorsque le corps sonore, enferme par le verre et par le plomb, se trouve plonge dans un vase plein d'eau ? N'est-on pas force de reconnaitre que le son se communique du reveil (ou timbre) a l'air qui l'environne, de l'air au recipient (la cloche de verre), du recipient a l'eau, et de l'eau a l'air exterieur ? ” Ibid.

Nollet etait trop instruit pour ne pas etre convaincu que toutes les vibrations possibles de l'air enferme sous la cloche de verre, comme dans sa quatrieme experience (Legons de Phys. vol. 3, p. 414), ne pouvaient pas communiquer leur mouvement a l'air exterieur, puisque le premier se trouvait separe de celui-ci, d'abord par le verre du recipient, que l'air qui y etait enferme, ne saurait traverser, et ensuite par l'eau qui entourait de tous cotes ce recipient, autre milieu qu'il fallait encore traverser pour arriver a l'air exterieur avec ses mouvemens de vibrations.

Si, dans le vide, le son parait affaibli et presque nul, cela n'arrive pas ainsi, parce que la matiere propre du son y manque ou s'y trouve trop rarefiee, ce qu'on a cru jusqu'a present ; mais c'est que cette matiere du son n'y trouve point de milieu propre a aider la propagation de ses ebranlemens, en servant d'appui a ses repercussions multipliees.

L'effet de l’elasticite du fluide subtil qui, par ses ebranlemens, forme le bruit ou le son, va en augmentant a mesure que ce fluide ebranle traverse des milieux plus denses, parce que ces milieux lui donnent lateralement des points d'appui et de repercussion d'autant plus solides. Or, il est evident que ce meme effet doit diminuer proportionnellement lorsque le fluide elastique, qui forme le bruit ou le son, ne traverse que des milieux mous et rares, et qu'il doit presqu'entierement s'aneantir, lorsque ce meme fluide, mu par des chocs ou des vibrations de corps sonores, se trouve isole ou dans le vide. (Mem. n°.157.)

Si le principe que j'ai etabli plus haut, est fonde, savoir, que le son ou le bruit se propage avec une intensite et une force qui sont en raison directe des chocs ou des vibrations des corps, et a la fois de la densite des milieux a travers lesquels la matiere qui le forme, propage ses ebranlemens, on ne sera plus etonne de remarquer :

1°. Que dans le vide, l’effet des ebranlemens de la matiere du bruit ou du son soit presque aneanti ;

2e. Que dans l’air, le meme effet soit alors perceptible, mais avec une certaine lenteur et faiblesse ;

3°. Que dans l'eau, le meme effet soit beaucoup plus fort, et se prolonge ou s'etende plus loin ;

4°. Enfin, qu'a travers la terre meme et differens corps solides, le meme effet s'etende encore plus loin, et ait plus de force et plus d'intensite.

Ainsi l’on ne doit plus etre surpris si, en se couchant sur la terre, on peut entendre le canon d'un siege, a la distance d'environ 10 myriametres (plus de 20 lieues), tandis qu'on cesse aussitot de l’entendre si on se leve pour ecouter dans l'air. On entendait a Monaco, en se couchant sur la terre, le canon des vaisseaux de Toulon, tirant, suivant la coutume, a dix heures, le jour du samedi de Paques. La distance de Toulon a Monaco est cependant de 12 ou 13 myriametres au moins (plus de 25 lieues).


C'est la meme cause qui fait qu'on entend, a l’extremite d'une grosse et longue poutre, les coups que l’on frappe avec la tete d’une epingle a l'autre extremite, tandis que ce leger bruit ne saurait etre entendu a travers l'air a la distance d'un metre.

Si l'on passe un bout de corde dans le sommet d'une pincette de cheminee (de celles qui ne sont pas a charniere), et qu'on porte a ses oreilles les bouts de cette corde, en faisant balancer et frapper contre quelque corps solide la pincette ainsi suspendue, on entend aussitot un bruit et un bourdonnement considerables, qui cessent des que l'on eloigne des oreilles les bouts de la corde, et qui recommencent des qu'on les en rapproche. Les enfans s'en font un jeu qui les amuse, parce qu'ils aiment le bruit. Mais le physicien, pour qui aucun fait n'est indifferent, remarque ici que la matiere du son, mue par le choc et les fremissemens de la pincette, propage avec plus de force ses ebranlemens a travers la corde, dans le sens de sa longueur, qu'a travers l'air commun.

Pour prouver encore la propagation du son et par consequent des ebranlemens de la matiere qui le forme au travers des corps solides, je citerai les faits suivans :

1°. Si on froisse avec une pierre le mur d'une maison a l'exterieur, les personnes qui sont dans cette maison, entendront un bruit plus considerable que celui qui frappe l’ouie en dehors.

2°. Deux mineurs travaillant dans des souterrains, quoiqu'il y ait 20 a 30 metres (60 a 90 pieds et plus) d'epaisseur de roche dure, la plus compacte entr'eux, entendent reciproquement la percussion de leurs outils. Si l'un interrompt son ouvrage, l'autre peut s'en apercevoir par la cessation du bruit, surtout s'il approche l’oreille de la roche.

En outre, lorsque les Tartares craignent d'etre attaques a l’improviste par leurs ennemis, qui, selon l'usage, sont a cheval et souvent forment une cavalerie nombreuse, ils connaissent a merveille leur arrivee, meme a une distance considerable, en prenant la precaution suivante. Ils ordonnent a leurs sentinelles de se coucher sur la terre et d'y preter l'oreille, ou ils s'y couchent les uns les autres a differens intervalles. Alors si l'ennemi vient, les Tartares, entendant de tres-loin les pas des chevaux, jugent tres-bien, par ce moyen, de la distance de l’ennemi, et meme a peu pres du nombre de combattans qu'il compose, tandis qu'a travers l'air environnant l'ennemi ne pourrait etre entendu, a moins d'etre fort pres.

Enfin, des experiences ont prouve que si, a un piano situe dans une chambre, l'on fait toucher un gros fil de fer neuf ou une verge d'acier, et que ce fil de fer, restant en contact avec l’instrument, soit conduit par un petit trou dans le mur ou dans la porte jusque dans une troisieme chambre ; et que si ensuite, lorsqu'on executera quelque piece sur le piano, une personne se trouve dans la troisieme chambre ayant toutes les portes fermees, elle n'entendra pas le moindre son ; mais dans cette circonstance, si cette personne prend le fil de fer entre les dents, alors les sons du piano lui paraitront tres-distincts.

Toutes ces observations s'accordent donc a prouver que le fluide elastique et tres-subtil qui forme le son, propage d'autant plus facilement ses ebranlemens, qu'il traverse des milieux plus denses.

Que l'on se rappelle en outre les sensations interieures et singulieres que certains sons nous font eprouver, et les effets etonnans que la musique produit sur nous ; que l'on se rappelle surtout sa puissance pour emouvoir nos passions, alors on jugera si le tremblement necessairement lent d'un fluide aussi grossier et aussi peu penetrant que l'air peut avoir de semblables facultes.

Il parait que le son ou le bruit eprouve de la difficulte a se transmettre d'un milieu dans un autre, lorsque la difference des densites est considerable, a moins que l'un des deux milieux n'ait peu d'epaisseur. Cela est cause qu'il est aisement reflechi par les corps durs, lorsque la matiere elastique et subtile qui le forme, propage ses ebranlemens a travers un milieu rare et vient a rencontrer ces corps. En effet, quoique cette matiere du son soit elle-meme tres-penetrante, on sent que l’extreme promptitude, et meme que la nature de ses ebranlemens la mettent plutot dans le cas d'etre repercutee ou reflechie dans cette circonstance, que de se repandre avec la conservation de ses mouvemens, d'un milieu rare dans un autre beaucoup plus dense. L'observation des faits me parait confirmer completement cette idee.

L'echo n'est pas seulement le resultat d'une reflexion parfaite du son, comme Buffon l’a pense (vol. 3, p. 342), mais il est dfi a une reunion, dans un point central, de reflexions ou repercussions diverses de la matiere ebranlee qui le forme. Aussi l'echo se trouve-t- il en un point qui peut etre regarde comme le foyer ou se reunissent les reflexions ou les repercussions diverses de la matiere du son. En de?a et au-dela de ce point, l'echo n'a plus lieu.

Si vous etes place en face d'une muraille en ligne droite, a une distance quelconque, le bruit que vous ferez, ne se repetera pas en echo a vos oreilles, parce que les repercussions de la matiere du son, ebranlee par vous, ne se reuniront pas en un foyer. Mais si la muraille etait disposee en ligne courbe, il se trouverait un point d'ou le bruit forme pourrait se repeter en echo.


On sait qu'au milieu d'une caverne, que sous la vofite d'un batiment, qu'entre les rochers d'une montagne, et qu'entre les arbres d'une foret, le bruit ou le son y forme ordinairement des echos remarquables : or, la disposition de ces corps durs, c'est-a-dire, celle des parois de la caverne et de la vofite, celle des rochers et des arbres que je viens de citer, les met dans le cas de reflechir diversement la matiere ebranlee qui produit le son ou le bruit ; et c'est dans les points ou un certain nombre de ces reflexions se reunissent et se croisent, que se rencontrent les echos que l'on y observe.

Hors des foyers dont je viens de parler, les lieux ou s'operent beaucoup de reflexions de la matiere du son, ebranlee par le choc ou la vibration de quelques corps, resonnent considerablement et souvent meme d'une maniere incommode ; mais il n'y a point d'dcho.

La multitude de reflexions que la matiere du son, en propageant ses ebranlemens, peut subir et recevoir de la disposition circulaire ou concave des corps durs, augmente proportionnellement la force du son au lieu de l'affaiblir, si cette disposition se trouve repetee et multipliee.

Cette meme disposition ainsi repetee, multiplie en effet, pour la matiere du son mise en mouvement, les reflexions et le nombre de leurs foyers ; et elle fait que les canaux coniques, tortueux ou en veloute, qui ne sont autre chose que des series de cavites confondues, croissantes ou decroissantes, presentent la circonstance la plus favorable a la propagation du son, et meme au maintien ou a l’accroissement de son intensite.

De la on peut concevoir pourquoi la Nature a donne aux animaux qui vivent dans l’air, un appareil tel a l’organe de leur ouie, que la matiere du son, avant d'arriver a leur nerf auditif, trouve dans la forme de leur conduit auditif externe, lequel souvent est augmente d'un pavillon qu'on nomme oreille exterieure, et trouve ensuite dans celle de leur conduit auditif interne, qu'on nomme labyrinthe, l'occasion d'accroitre la force de ses ebranlemens par des reflexions ou repercussions nombreuses, qui se multiplient avec le retrecissement des canaux qui re?oivent cette matiere.

Ce que nous venons de remarquer ici en grand, sur le pouvoir des repercussions de la matiere du son dans ses ebranlemens, et sur les effets de la multiplication de ces repercussions, nous indique assez maintenant pourquoi la matiere du son propage avec plus de facilite ses ebranlemens a travers des milieux denses et meme solides, qu'a travers ceux qui sont mous et rares.

La reunion de ces faits et de toutes les observations que je viens de presenter, prouve que l'air commun, qui est un fluide gazeux, grossier, mou, incapable de penetrer la substance ou les masses d'un grand nombre de corps, ne peut etre lui-meme la matiere qui forme et propage le bruit ou le son.

Cette reunion de faits prouve ensuite que, outre l'air commun qui nous environne, il existe dans sa masse et dans celle de tous les corps un autre fluide invisible, singulierement elastique, tres-subtil, d'une rarite extreme, present dans toutes les parties de notre globe, et par consequent dans son atmosphere, jusqu'a une hauteur que je crois limitee. Elle prouve enfin que ce fluide subtil,

qui sans doute est la cause de la force du ressort que nous observons dans l’air commun, est susceptible d'etre mu par le choc et les vibrations des corps, et qu'il propage ses ebranlemens a travers differens milieux, avec une facilite et une intensite d'autant plus grandes, que ces milieux ont plus de densite.

L'air commun n'est donc a la matiere du son, qui propage a travers sa masse les ebranlemens ou les fremissemens qu'elle re?oit du corps sonore vibrant, qu'un milieu qui facilite le maintien des fremissemens de cette matiere subtile. Peut-etre que l'air lui-meme, qui est partout penetre ou rempli du fluide subtil dont il est question, et qui en re?oit la tres-grande partie de son ressort, participe aussi du meme fremissement. Cela est tres-possible. Mais le compose gazeux qu'on nomme air commun, est trop grossier, trop mou, et surtout trop peu penetrant pour propager ses propres fremissemens a travers des milieux plus denses que lui. C'est, je crois, ce qu'on ne saurait contester, tandis que les faits deja cites suffisent pour nous convaincre que la matiere qui propage le son, jouit pleinement de cette faculte.

Ainsi l'air n'a point par lui-meme le ressort dont il parait jouir ; ce fluide compose, grossier malgre son extreme transparence, est incapable d'avoir, par sa propre nature, un pareil ressort. Il doit donc celui qu'on lui observe, au fluide subtil dont il se trouve penetre, fluide qui parait etre aussi la source du ressort de tous les autres fluides elastiques, et qui met l'air lui-meme dans le cas d'etendre, avec une vitesse egale a celle de la propagation du son, les vibrations ou fremissemens qu'il en peut recevoir.

L'air ressemble en cela aux autres matieres composees gazeuses, qui ne doivent leur etat de gaz et la totalite de leur ressort qu'a un fluide subtil et eminemment elastique qui les penetre, c'est-a-dire, qui se trouve repandu dans leur masse sans y etre combine (le calorique).


L'effet du ressort que l'air re?oit du fluide elastique continuellement repandu dans sa masse, a pu etre observe, calcule et tres-bien determine par les geometres, et ensuite le resultat du calcul de cet effet a pu s'accorder parfaitement avec la vitesse bien connue (1) de la propagation du son ; ce dont je ne doute nullement : mais je dis que cette consideration n'interesse aucunement la proposition que j'entreprends d'etablir dans ce Memoire.

En effet, la proposition dont il s'agit se reduit a avancer que l'air commun n'est point la matiere propre du son, mais que c'est uniquement le fluide subtil et essentiellement elastique, repandu dans la masse de ce compose gazeux qui constitue cette matiere, puisque ce meme fluide subtil a la faculte de propager sans obstacle, a travers des milieux plus denses que lui, les fremissemens que lui causent les vibrations des corps sonores, et de penetrer, dans cet etat d'agitation, jusqu ’a l'expansion pulpeuse de notre nerf auditif; ce qui produit en nous la sensation du son.

L'etablissement de cette proposition ne contredit donc aucune verite mathematique, comme on me l'a objecte lorsque j'ai eu commence la lecture de mon Memoire, et ne pouvait me meriter tout ce que j'ai eu a essuyer dans cette circonstance.

Lorsqu'on a calcule la vitesse de la propagation du bruit ou du son dans l'atmosphere, on s'est regle sur la promptitude de l’effet produit a une distance determinee, et l'on en a conclu la vitesse de communication des ebranlemens de l'air, tandis que c'est au contraire celle d'un fluide subtil et tres-elastique repandu dans sa masse. C'est ainsi que ceux qui ont mesure la force repulsive de la vapeur de l'eau, ne considerant que l'eau dans cette circonstance, lui attribuent une force elastique qui appartient toute entiere au calorique qui environne alors ses molecules et qui les emporte (1).

La preuve, enfin, que l'air commun n'est point la matiere meme du son, c'est que les vibrations que cet air peut recevoir des corps sonores, a la faveur du fluide elastique dont il est toujours penetre, ne lui donnent point pour cela la faculte de traverser, dans cette circonstance, les milieux qu'il ne pouvait traverser dans l’etat de repos : on ne pourrait assurement supposer qu'il ait alors cette faculte. Or, si une simple membrane l'arrete, a plus forte raison sera-t-il arrete par l'inertie et l’incompressibilite propre de l’eau, par l'enveloppe osseuse qui constitue le crane des poissons, par le tissu serre et solide du bois, etc. etc. tandis que la matiere subtile et essentiellement elastique qui se trouve repandue partout, et consequemment dans le sein de l'air, et qui en constitue presque tout le ressort, ne s'arrete point a ces obstacles ; elle passe outre, sait traverser differens milieux, et arriver jusqu'a l’organe essentiel de notre ouie avec l'agitation qu'elle a pu recevoir du choc ou des vibrations des corps.

Cette matiere subtile peut seulement, comme je l’ai deja dit, subir divers degres d'affaiblissement dans la force de ses mouvemens, soit lorsqu'elle change de milieu dans la transmission de ses fremissemens, soit lorsque de grands deplacemens de l'air au travers duquel elle se meut, viennent a alterer la force et la direction des mouvemens qu'elle propage.

Maintenant, considerant que le fluide subtil dont je viens de parler, existe indubitablement, puisque tous les faits relatifs a l'acoustique attestent la necessite de son existence ; considerant ensuite que le feu ethere qu'une multitude d’autres faits bien constates m'ont fait reconnaitre dans la Nature (Mem. de Phys. et d'Hist. nat. p. 135, etc.), existe pareillement et de la meme maniere ; enfin, considerant que ce feu ethere est, comme la matiere meme du son, un fluide invisible, subtil, excessivement elastique, d'une rarite extreme, penetrant facilement les masses de tous les corps, et consequemment repandu partout dans notre globe (Mem. de Phys. etc. p. 136, nos. 146 et 147), je suis force de reconnaitre que le feu ethere dont il s'agit, et la matiere propre du son et du bruit, sont une seule et meme matiere.

Ce n'est assurement point par hypothese ni par aucune supposition vague et gratuite que j'ai etabli l’existence du feu ethere, et auquel j'ai assigne, d'apres l'examen des faits, les qualites essentielles qui lui appartiennent. J'ai acquis et publie a cet egard des preuves suffisantes pour convaincre ceux qui n'aiment que des connaissances exactes, et j'ose dire que ces preuves sont telles, que je n'ai pas a craindre qu'on entreprenne de les contester publiquement.

J'ai ete conduit a decouvrir l'existence du feu ethere, en suivant avec soin tous les faits relatifs au feu calorique, et en examinant les suites de son expansion, c'est-a-dire, ce qu'il devient lui-meme au terme de l’expansion qu'il eprouve (Mem. de Phys. etc. p. 171 et suiv.). Je fus ensuite confirme dans ma decouverte, en observant les faits relatifs a la chaleur communiquee au globe terrestre par la lumiere du soleil, et a celle qui se forme et s'amasse sur un point ou un corps resistant, par les chocs multiplies de la lumiere reunie au foyer d'une lentille. J'en fus surtout convaincu lorsque des experiences qui me sont propres, m'eurent appris que la lumiere dont je viens de parler, n'avait en elle-meme aucune chaleur quelconque.


Newton avait, il y a long-tems, pressenti l'existence d'un fluide semblable, c'est-a-dire, d'un fluide subtil, elastique, et qui penetre tous les corps ; mais il ne put trouver les moyens d'en etablir la demonstration. En effet, demontrer l'existence d'un fluide qu'on ne saurait faire voir et qu'on ne peut retenir dans aucun vaisseau, cela n'est pas facile a executer.

Cet homme illustre en fait beaucoup mention dans ses questions, qui sont a la suite de son Traite d'Optique. (Voy. les questions 17, 18, 19, 20 et 21.) Il donne a ce fluide le nom de milieu ethere, et a son egard il s'exprime ainsi a la fin de sa dix-huitieme question :

Ce milieu n'est-il pas excessivement plus rare, plus subtil et plus elastique que l'air ? Ne penetre-t-il pas facilement tous les corps ? Et par sa force elastique ne se repand-il pas dans tous les cieux ? ”

Ce dernier membre de la question est completement hypothetique et n'est point vraisemblable ; au lieu que ceux qui le precedent, peuvent recevoir une reponse affirmative appuyee sur des faits bien constates.

Si Newton efit bien connu le feu calorique, et s'il efit decouvert que ce feu n'avait qu'accidentellement, et non essentiellement, les facultes qu'on lui observe, il n'efit pas manque de decouvrir le feu ethere, d'en etablir la demonstration, et de reconnaitre en lui ce meme fluide subtil, eminemment elastique, qui penetre tous les corps que son genie et son reil observateur lui ont fait pressentir, et auquel il a donne le nom de milieu ethere.

On voit que Newton pensait que la lumiere agit sur son milieu ethere comme sur les autres corps, et qu'elle excite dans sa masse et dans celle des autres corps, des ondes de vibrations qui causent en eux la chaleur ; il croyait en outre que les vibrations de son milieu ethere, ainsi que celles de beaucoup d'autres corps, avaient a leur tour la faculte d'agir sur la lumiere, de la lancer, de la reflechir et de la refracter, selon leurs differens etats et leurs diverses natures.

Mais tout cela n'est qu'une belle hypothese, digne a la verite du genie de l'illustre Newton ; hypothese que ce savant justement celebre fut oblige d'imaginer pour remplacer deux causes qu'il n'eut pas occasion de connaitre ; celle qui reduit le feu ethere en feu calorique, et celle qui reside dans l'influence que l’etat du feu fixe dans les corps exerce sur la lumiere qui tombe sur eux ; influence que j'ai suffisamment fait connaitre dans mes ecrits, et a laquelle Newton n'a point pense. (Voyez mes Memoires de Phys. et d'Hist. natur., p. 56, nos. 44 a 52, et p. 179, nos. 217 a 232.)

CONCLUSION.

D'apres les observations et les faits cites dans ce Memoire, je me crois tres-fonde a conclure :

1°. Que l'air commun dans lequel nous vivons, n'est point la matiere propre du son, puisque, malgre sa parfaite transparence, ce fluide est encore trop grossier pour penetrer librement les masses des corps qui ont plus de densite que lui ; faculte dont jouit evidemment la matiere propre du son ;

2°. Qu'il existe un fluide invisible, tres-subtil, singulierement elastique, d'une rarite extreme, penetrant facilement tous les corps, repandu dans toutes les parties de notre globe, et consequemment dans son atmosphere, et que c'est aux facultes de ce fluide qu'un grand nombre de faits physiques jusqu'ici mal expliques doivent etre attribues ;

3°. Que ce meme fluide subtil qui est repandu dans toute la masse de l'air atmospherique, est la cause essentielle du ressort dont cet air parait jouir par lui- meme, et que c'est aux vibrations communiquees au fluide subtil dont il s'agit, vibrations qui se transmettent avec celerite a travers differens milieux, meme a travers des milieux solides, qu'il faut rapporter la cause immediate du son et du bruit par rapport a nous ;

4°. Que le fluide subtil qui constitue la matiere propagatrice du son, est parfaitement le meme que le feu ethere dont j'ai demontre l'existence dans mes differens ecrits, et qu'on peut aussi le regarder comme le meme que le milieu ethere dont a parle Newton, si, a toutes les facultes bien reconnues de ce fluide, l'on n'y joint pas la supposition par laquelle Newton attribue a ses vibrations une vitesse plus grande que celle du mouvement de la lumiere, ni une existence au-dela de notre globe (1) ;

5°. Que puisque, parmi les matieres invisibles, il en existe au moins une que son extreme rarite met dans le cas de traverser facilement les corps meme les plus denses, en sorte que nous ne pouvons jamais la retenir ou en isoler des portions dans aucun vaisseau, il est possible que cette matiere, dans certaines circonstances soit susceptible d'etre modifiee et fixee dans les corps, comme un de leurs principes constituans, et que dans d'autres circonstances elle en soit degagee ; elle peut donc jouer un role important dans les combinaisons qui se forment, comme dans celles qui se detruisent. Qui est-ce qui raisonnablement osera nier l'importance de cette consideration ?

6°. Enfin, que tant qu'on ne sera pas assure de tenir un compte exact de tout ce qui se passe et de tout ce qui agit dans un phenomene que l’on observe, ou dans un fait que l'on examine, on sera necessairement expose a se tromper dans l’explication des causes auxquelles on l'attribuera.